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A second trial run, this time with Déjacque.

Joseph Déjacque
L’Humanisphère

Joseph DEJACQUES Joseph DEJACQUES
THE HUMANISPHERE L’HUMANISPHÈRE
Bibliothèque des “Temps Nouveaux” – N°14. Bibliothèque des “Temps Nouveaux” — N°14.
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SOME INTRODUCTORY WORDS1 QUELQUES MOTS D’AVERTISSEMENT
The goal of our association, TEMPS NOUVEAUX, is to publish all the works which had their share of influence in the development of the anarchist ideal. For this reason, Déjacque’s HUMANISPHERE is one of those works which most deserve a place in our library. Le but de notre société des TEMPS NOUVEAUX est de publier tous les ouvrages qui ont eu leur part d’influence dans le développement de l’idéal anarchique. A ce titre, l’HUMANISPHÈRE de Déjacques est une des œuvres qui méritent le plus d’être placées dans notre bibliothèque.
Indeed, Déjacque was an anarchist of yesteryear, an anarchist before the name; since the days of June, where he fought in the ranks of the insurrectionists, and undoubtedly well before, though he is known only from this time on, he did not cease to protest by words and deeds against the bourgeois reaction; he understood that a republic thus directed was to lead inexorably to the coup d’etat. Subsequently exiled, not without having known political trials, prison, persecutions of all kinds, he continued to defend libertarian ideas in the English, Belgian, and American newspapers, not hesitating to contradict, in ardent polemics, his proscribed brothers, Ledru-Rollin, even Proudhon, whom he did not forgive for excluding woman from the anarchist city. En effet, Déjacques fut un anarchiste de la veille, un anarchiste avant le nom ; depuis les journées de juin, où il combattit au rang des insurgés, et sans doute bien auparavant, quoiqu’il ne soit connu que dès cette époque, il ne cessa de protester par les paroles et par les actes contre la réaction bourgeoise ; il comprenait qu’une république ainsi dirigée devait fatalement aboutir au Coup d’État. Exilé alors, non sans avoir connu les procès politiques, la prison, les persécutions de toute sorte, il continua dans les journaux anglais, belges, américains, à défendre les idées libertaires, n’hésitant pas à contredire, en d’ardentes polémiques, ses frères proscrits, Ledru-Rollin, Proudhon même, auquel il ne pardonnait pas d’exclure la femme de la cité anarchique.
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He was a poet, and his verse, of a rough eloquence, like his prose, had no other goal than the revolutionary propaganda to which he devoted all his labor. It was during the years 1858 and 1859 that he published THE HUMANISPHERE, “ANARCHIST UTOPIA”, in Le Libertaire, journal du Mouvement Social, which appeared in New York, published, written, managed, dispatched by Déjacque alone. Many very interesting articles of propaganda and principles are to be found there, as well as remarkable poetries impressed with a high ideal of justice and freedom. Il était poète et ses vers, d’une âpre éloquence, n’avaient, comme sa prose, d’autre but que la propagande révolutionnaire à laquelle il consacrait tout le produit de son travail. Ce fut pendant les années 1858 et 1859 qu’il publia L’HUMANISPHÈRE «UTOPIE ANARCHISTE», dans le Libertaire, journal du Mouvement Social, qui paraissait à New York, édité, rédigé, administré, expédié par le seul Déjacque. On y trouve de nombreux articles très intéressants de propagande et de principes, ainsi que de remarquables poésies empreintes d’un idéal élevé de justice et de liberté.
It does not yet appear to us to be time to publish THE HUMANISPHERE in its entirety. The current edition will present some omissions, by the very simple reason that certain passages would likely be interpreted wrongly, not to mention those who read with the intention of finding in the works the evil that they seek there, not all readers have this beautiful philosophy which makes it possible to understand the very high thought of others while keeping the serenity of their own. A day shall come when Déjacque’s work will be freely published to the last line. Le temps ne nous paraît pas encore être venu de publier L’HUMANISPHÈRE en son entier. L’édition actuelle présentera quelques omissions, par la raison très simple que certains passages risqueraient d’être faussement interprétés ; sans parler de ceux qui lisent avec le parti-pris de trouver dans les ouvrages le mal qu’il y cherchent, tous les lecteurs n’ont pas cette belle philosophie qui permet de comprendre de très haut la pensée d’autrui, tout en gardant la sérénité de la sienne. Un jour viendra où l’œuvre de Déjacque sera librement publiée jusqu’à la dernière ligne.

1. Max Nettlau attributes this unsigned introduction to the Temps Nouveaux edition of L’Humanisphère to Elisée Reclus.

The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Utopia: “A dream that is unrealized but not unrealizable.” Utopie : “Rêve non réalisé, mais non pas irréalisable.”
Anarchy: “Absence of government.” Anarchie : “Absence de gouvernement.”
Revolutions are conservations. (P-J Proudhon) Les révolutions sont des conservations. (P. J. Proudhon)
The only true revolutions are revolutions of ideas. (Jouffroy) Il n’y a de vraies révolutions que les révolutions d’idées. (Jouffroy)
From now on, let us create morals and not laws. (Émile de Girardin) Faisons des moeurs et ne faisons plus de lois. (Emile de Girardin)
So speak ye, and so do, as they that shall be judged by the law of liberty…. Stand fast therefore in the liberty wherewith Christ hath made us free, and be not entangled again with the yoke of bondage. Réglez vos paroles et vos actions comme devant être jugées par la loi de la liberté…… Tenez-vous donc fermes dans la liberté à l’égard de laquelle le Christ vous a affranchis et ne vous soumettez plus au joug de la servitude.
For we wrestle not against flesh and blood, but against principalities, against powers, against the rulers of the darkness of this world, against spiritual wickedness in high places. (Saint Paul the apostle) Car nous n’avons pas à combattre contre le sang et la chair, mais contre les “principautés”, contre les “puissances”, contre les “seigneurs du monde”, gouverneurs des ténèbres de ce siècle. (L’apôtre Saint-Paul)
What is this book! Qu’est-ce que ce livre !
This book is not a literary work, it is an infernal work, the cry of a rebellious slave. Ce livre n’est point une oeuvre littéraire, c’est une oeuvre infernale, le cri d’un esclave rebelle.
Being, like the scum of the Salamander, unable, in my individual weakness, to overthrow all who dominate and mistreat me on the ship of the legal order, – when my day in the workshop is done, when my quarter on the bridge is finished, I descend by night to the bottom of the hold, I take possession of my solitary corner; and, there, with tooth and claw, like a rat in the shadows, I scrape and I corrode the worm-eaten walls of the old society. By day, too, I use my hours of unemployment; I arm myself with a pen as a drill, I dip it in the gall I use for grease, and, gradually, I open a way, each day larger, to the flood of the new, I tirelessly perforate the hull of Civilization. I, a puny proletarian, on whom the crew, the horde of exploiters, daily inflict the torment of the aggravated misery of the brutalities of exile or prison, I open up the abyss beneath the feet of my murderers, and I spread the balsam of revenge on my ever-bleeding wounds. I have my eye on my Masters. I know that each day brings me closer to the goal; that one formidable cry, – the sinister every man for himself! – shall soon resound at the height of their merry intoxication. An alley-rat, I prepare their shipwreck; this shipwreck can only put an end to my evils as with the evils of my similar. Come the revolution, will not the suffering have, for biscuits, ideas in reserve, and, for their last plank of hope, socialism! Comme le mousse de la Salamandre, ne pouvant, dans ma faiblesse individuelle, terrasser tout ce qui, sur le navire de l’ordre légal, me domine et me maltraite, ¬ quand ma journée est faite dans l’atelier, quand mon quart est fini sur le pont, je descends nuitamment à fond de cale, je prends possession de mon coin solitaire ; et, là, des dents et des ongles, comme un rat dans l’ombre, je gratte et je ronge les parois vermoulues de la vieille société. Le jour, j’utilise encore mes heures de chômage, je m’arme d’une plume comme d’une vrille, je la trempe dans le fiel en guise de graisse, et, petit à petit, j’ouvre une voie chaque jour plus grande au flot novateur, je perfore sans relâche la carène de la Civilisation. Moi, infime prolétaire, à qui l’équipage, horde d’exploiteurs, inflige journellement le supplice de la misère aggravée des brutalités de l’exil ou de la prison, j’entrouvre l’abîme sous les pieds de mes meurtriers, et je passe le baume de la vengeance sur mes cicatrices toujours saignantes. J’ai l’oeil sur mes maîtres. Je sais que chaque jour me rapproche du but ; qu’un formidable cri ¬ le sinistre sauve qui peut ! ¬ va bientôt retentir au plus fort de leur joyeuse ivresse. Rat-de-cale, je prépare leur naufrage ; ce naufrage peut seul mettre fin à mes maux comme aux maux de mes semblables. Vienne la révolution, les souffreteux n’ont-ils pas, pour biscuit, des idées en réserve, et, pour planche de salut, le socialisme !
This book is not written with ink; its pages are not paper sheets. Ce livre n’est point écrit avec de l’encre ; ses pages ne sont point des feuilles de papier.
This book is made of steel folded in octavo and charged with fulminate of ideas. It is an authoricidal projectile that I throw in a thousand copies upon the pavement of the civilized. Capable of hurling its fragments across the distance to mortally pierce the ranks of the prejudiced. Able to crack the old society down to its very foundations! Ce livre, c’est de l’acier tourné en in-8° et chargé de fulminate d’idées. C’est un projectile autoricide que je jette à mille exemplaires sur le pavé des civilisés. Puissent ses éclats voler au loin et trouer mortellement les rangs des préjugés. Puisse la vieille société en craquer jusque dans ses fondements.
You who are privileged! – for those who sowed the seeds of slavery, the time has come to reap rebellion. There is not a single worker who, under the paneling of his brain, has not clandestinely manufactured a few thoughts of destruction. You have the bayonet and the Penal Code, the catechism and the guillotine; we have the barricade and utopia, sarcasm and the bomb. You are the compression; we are the explosive: a single spark will be enough to blow you up! Privilégiés ! ¬ pour qui a semé l’esclavage, l’heure est venue de récolter la rébellion. Il n’est pas un travailleur qui, sous les lambris de sa cervelle, ne confectionne clandestinement quelques pensées de destruction. Vous avez, vous, la baïonnette et le Code pénal, le catéchisme et la guillotine ; nous avons, nous, la barricade et l’utopie, le sarcasme et la bombe. Vous, vous êtes la compression ; nous, nous sommes la mine : une étincelle peut vous faire sauter !
Know that today, under their iron yoke, behind their superficial torpor, the multitudes are composed of powder grains; the fibers of thinkers are the capsules. And is it not without danger that they crush freedom in the face of the dark crowd. Reckless reactionaries! – God is God, say you. Yes, but Satan is Satan!… The elect of the golden calf are very few, and hell abounds in the damned. Hear me, aristocrats: one should not play with fire, the fire of hell!… C’est qu’aujourd’hui, sachez-le, sous leur carcan de fer, sous leur superficielle torpeur, les multitudes sont composées de grains de poudre ; les fibres des penseurs en sont les capsules. Aussi, n’est-ce pas sans danger qu’on écrase la liberté sur le front des sombres foules. Imprudents réacteurs ! ¬ Dieu est Dieu, dites-vous. Oui, mais Satan est Satan !… Les élus du veau-d’or sont peu nombreux, et l’enfer regorge de damnés. Aristocrates, il ne faut pas jouer avec le feu, le feu de l’enfer, entendez-vous !…
This book is not a writing, it is an act. It was not traced by the gloved hand of a fantasist; it is formed of heart and logic, blood and fever. It is a cry of insurrection, a ringing of the alarm bell sounded with the hammer of the idea in the ear of popular passions. It is, moreover, a song of victory, a triumphal salvo, the proclamation of individual sovereignty, the advent of universal freedom; it is the amnesty full and whole authoritative sorrows of passed by an anarchic decree of the humanitarian Future. Ce livre n’est point un écrit, c’est un acte. Il n’a pas été tracé par la main gantée d’un fantaisiste ; il est pétri avec du cœur et de la logique, avec du sang et de la fièvre. C’est un cri d’insurrection, un coup de tocsin tinté avec le marteau de l’idée à l’oreille des passions populaires. C’est de plus un chant de victoire, une salve triomphale, la proclamation de la souveraineté individuelle, l’avènement de l’universelle liberté ; c’est l’amnistie pleine et entière des peines autoritaires du passé par décret anarchique de l’humanitaire Avenir.
This is a book of rage, it is a book of love!… Ce livre, c’est de la haine, c’est de l’amour !….
Foreword Préface
Know thyself. Connais-toi toi même.
Social science proceeds by inductions and deductions, by analogy. It is by a series of comparisons that it arrives at the combination of the truth. La science sociale procède par inductions et par déductions, par analogie. C’est par une série de comparaisons qu’elle arrive à la combinaison de la vérité.
I will thus proceed by analogy. Je procéderai donc par analogie.
I will try to be laconic. Fat tomes are not the ones that say the most. Rather than long essays or classical pedagogies, I will employ the colored phrase [la phrase imagée]: it has the advantage of being able to say much in few words. Je tâcherai d’être laconique. Les gros volumes ne sont pas ceux qui en disent le plus. De préférence aux longues dissertations, aux pédagogies classiques, j’emploierai la phrase imagée, elle a l’avantage de pouvoir dire beaucoup en peu de mots.
I am far from having mastered science. I have read a little, observed more, meditated much. I am, I believe, in spite of my ignorance, in one of the most favorable mediums to summarize the needs for humanity. I have all passions, although I cannot satisfy them, that of love and that of hatred, the passion for extreme luxury and for extreme simplicity. I include all the appetites, those of the heart and of the belly, those of the flesh and of the spirit. I have a taste for white bread and even for black bread, for stormy discussions and also for gentle conversations. I know all physical and moral thirsts, I have the intuition of all intoxications; all that over-excites or calms has its seductions for me: coffee and poetry, champagne and art, wine and tobacco, milk and honey, spectacles, tumult, lights, shade, solitude and pure water. I like work, hard labor; I like also leisure, soft laziness. I could live little and find myself rich, consume enormously and find myself poor. I have looked through the keyhole into the private life of opulence, I know its hothouse warmth and its sumptuous salons; and I have also experienced cold and misery. I have had indigestion and I have been hungry. I have a thousand whims and not a single enjoyment. I am sometimes susceptible of what the jargon of the civilized insults by the name of virtue, and even more susceptible of what it honors with the name of crime. Of everyone I know, I am emptiest of prejudices and fullest of passions; proud enough not to be conceited at all, and too proud to be hypocritically modest. I have only one face, but this face is mobile, like the face of the wave; to the least breath, it passes from one expression to another, calming from storm and anger to tenderness. This is why, as a multiple passionality, I hope to treat human society with some chance of success, considering that to treat it adequately depends as much on the knowledge that one has of one’s own passions as on the knowledge that one has of others’ passions. Je suis loin d’avoir la science infuse. J’ai lu un peu, observé davantage, médité beaucoup. Je suis, je crois, malgré mon ignorance dans un des milieux les plus favorables pour résumer les besoins de l’humanité. J’ai toutes les passions bien que je ne puisse les satisfaire, celle de l’amour et celle de la haine, la passion de l’extrême luxe et celle de l’extrême simplicité. Je comprends tous les appétits, ceux du coeur et du ventre, ceux de la chair et de l’esprit. J’ai du goût pour le pain blanc et même aussi pour le pain noir, pour les discussions orageuses et aussi pour les douces causeries. Toutes les soifs physiques et morales je les connais, j’ai l’intuition de toutes les ivresses ; tout ce qui surexcite ou qui calme a pour moi des séductions : le café et la poésie, le champagne et l’art, le vin et le tabac, le miel et le lait, les spectacles, le tumulte et les lumières, l’ombre, la solitude et l’eau pure. J’aime le travail, les forts labeurs ; j’aime aussi les loisirs, les molles paresses. Je pourrais vivre de peu et me trouver riche, consommer énormément et me trouver pauvre. J’ai regardé par le trou de la serrure dans la vie privée de l’opulence, je connais ses serres-chaudes et ses salons somptueux ; et je connais aussi par expérience le froid et la misère. J’ai eu des indigestions et j’ai eu faim. J’ai mille caprices et pas une jouissance. Je suis susceptible de commettre parfois ce que l’argot des civilisés flétrit du nom de vertu, et le plus souvent encore ce qu’il honore du nom de crime. Je suis l’homme le plus vide de préjugés et le plus rempli de passions que je connaisse ; assez orgueilleux pour n’être point vaniteux, et trop fier pour être hypocritement modeste. Je n’ai qu’un visage, mais ce visage est mobile comme la physionomie de l’onde ; au moindre souffle, il passe d’une expression à une autre, du calme à l’orage et de la colère à l’attendrissement. C’est pourquoi, passionalité multiple, j’espère traiter avec quelque chance de succès de la société humaine, attendu que, pour en bien traiter, cela dépend autant de la connaissance qu’on a des passions de soi-même, que de la connaissance qu’on a des passions des autres.
The world of anarchy is not my invention, certainly, no more than it is Proudhon’s invention, or Peter’s, or John’s. Each of us invents nothing as an individual. Inventions are the result of collective observations; they are the explanation of a phenomenon, a scratch made upon the colossus of the unknown, but they are the work of all men and all the generations of men linked to one another by an undissolvable solidarity. However, if invention there be, I have at most the right to a patent of improvement. I would be poorly flattered if some practical joker wanted to stamp on my face the title of master of a school. I understand that one presents ideas that are either nearer or farther from the ideas commonly known. But what I do not understand is that there are men who accept them servilely, who even make themselves followers of the thinker who first arrived at them, who model themselves on his way of seeing, who sing his praises in his least details and put on, like a soldier or a lackey, his uniform or his livery. At least adjust them to your own size; cut down them or widen them, but do not carry them just as they are, with the sleeves too long or the sides too short. To do otherwise is not to show intelligence; it is little worthy of a man who feels and thinks, and then it is ridiculous. Le monde de l’anarchie n’est pas de mon invention, certes, pas plus qu’il n’est de l’invention de Proudhon, ni de Pierre, ni de Jean. Chacun en particulier n’invente rien. Les inventions sont le résultat d’observations collectives ; c’est l’explication d’un phénomène, une égratignure faite au colosse de l’inconnu, mais c’est l’oeuvre de tous les hommes et de toutes les générations d’hommes liés ensemble par une indissoluble solidarité. Or, s’il y a invention, j’ai droit tout au plus à un brevet de perfectionnement. Je serais médiocrement flatté que de mauvais plaisants voulussent m’appliquer sur la face le titre de chef d’école. Je comprends qu’on expose des idées se rapprochant ou s’éloignant plus ou moins des idées connues. Mais ce que je ne comprends pas c’est qu’il y ait des hommes pour les accepter servilement, pour se faire les adeptes quand même du premier venu, pour se modeler sur ses manières de voir, le singer dans ses moindres détails : et endosser, comme un soldat ou un laquais, son uniforme ou sa livrée. Tout au moins ajustez-les à votre taille ; rognez-les ou élargissez-les, mais ne les portez pas tels quels, avec des manches trop courtes ou des pans trop longs. Autrement ce n’est pas faire preuve d’intelligence, c’est peu digne d’un homme qui sent et qui pense, et puis c’est ridicule.
Authority lines men up under its flags by means of discipline; it chains them there through the military code of orthodoxy, through passive obedience; its imperious voice orders silence and immobility in the ranks, autocratic fixity. Freedom joins men to its banner by the voice of free examination; it does not fix them in a single line. Each one lines up where he likes and goes where he pleases. Freedom does not regiment men under the pen of the head of a sect: it initiates the evolution of ideas in them and inculcates them with the feeling of active independence. Authority is unity through uniformity! Freedom is unity in diversity. The axis of authority is club-archy [la knout-archie]. Anarchy is the axis of freedom. L’autorité aligne les hommes sous ses drapeaux par la discipline, elle les y enchaîne par le code de l’orthodoxie militaire, l’obéissance passive ; sa voix impérieuse commande le silence et l’immobilité dans les rangs, l’autocratique fixité. La Liberté rallie les hommes à sa bannière par la voix du libre examen ; elle ne les pétrifie pas sur la même ligne. Chacun se range où il lui plaît et se meut comme il l’entend. La Liberté n’enrégimente pas les hommes sous la plume d’un chef de secte : elle les initie au mouvement des idées et leur inculque le sentiment de l’indépendance active. L’autorité, c’est l’unité dans l’uniformité ! La Liberté, c’est l’unité dans la diversité. L’axe de l’autorité, c’est la knout-archie. L’anarchie est l’axe de la liberté.
For me, it is much less a question of making disciples than of making men, and one is a man only on condition of being oneself. We incorporate the ideas of the others and incarnate our ideas in others; let us mix our thoughts, nothing better; but let us make of this mixture a conception which is henceforth ours. Let us be an original work and not a copy. The slave models himself on the master, he imitates. The free man produces only after his own style. He creates. Pour moi, il s’agit bien moins de faire des disciples que de faire des hommes, et l’on n’est homme qu’à la condition d’être soi. Incorporons-nous les idées des autres et incarnons nos idées dans les autres ; mêlons nos pensées, rien de mieux ; mais faisons de ce mélange une conception désormais nôtre. Soyons une oeuvre originale et non une copie. L’esclave se modèle sur le maître, il imite. L’homme libre ne produit que son type, il crée.
My plan is to paint a picture of society such as society appears to me in the future: personal freedom flowing anarchically through the social community and producing harmony. Mon plan est de faire un tableau de la société telle que la société m’apparaît dans l’avenir : la liberté individuelle se mouvant anarchiquement dans la communauté sociale et produisant l’harmonie.
I have no wish to impose my opinion on others. I do not descend from a cloud-topped Sinai. I do not walk escorted by lightning and thunders. I am not sent by the autocrat of all the universes to reveal his word to his most humble subjects and to publish the imperial ukase of his commands. I live in the pits of society; I drew revolutionary thoughts from there, and they poured out of me, tearing darkness. I am a seeker after truths, an incubator of progress, a dreamer of lights. I sigh after happiness and I evoke its ideal. If this ideal makes you smile, as it does me, love it. If you find imperfections in it, correct them. If it displeases you, create another. I am not exclusive, and I will readily give up mine for yours, if yours seems more perfect to me. And yet, I see only two great figures as possible; one can modify the expression, but there can be no changing their features: they are absolute freedom or absolute authority. Me, I chose freedom. One has seen authority at work, and its works condemn it. It is the old whore who has taught only depravity and engendered only death. Freedom is still known only by its shy smile. It is a virgin whom the kiss of humanity has not yet made fecund; but if man lets himself be seduced by her charms, if he gives her all his love, she will soon give birth to generations worthy of the great name which she carries. Je n’ai nullement la prétention d’imposer mon opinion aux autres. Je ne descends pas du nuageux Sinaï. Je ne marche pas escorté d’éclairs et de tonnerres. Je ne suis pas envoyé par l’autocrate de tous les univers pour révéler sa parole à ses très-humbles sujets et publier l’oukase impérial de ses commandements J’habite les gouffres de la société ; j’y ai puisé des pensées révolutionnaires, et je les épanche au dehors en déchirant les ténèbres. Je suis un chercheur de vérités, un coureur de progrès, un rêveur de lumières. Je soupire après le bonheur et j’en évoque l’idéal. Si cet idéal vous sourit, faites comme moi, aimez-le. Si vous lui trouvez des imperfections, corrigez-les. S’il vous déplaît ainsi, créez-vous en un autre. Je ne suis pas exclusif, et j’abandonnerai volontiers le mien pour le vôtre, si le vôtre me semble plus parfait. Seulement, je ne vois que deux grandes figures possibles ; on peut en modifier l’expression, il n’y a pas à en changer les traits : c’est la liberté absolue ou l’autorité absolue. Moi, j’ai choisi la liberté. L’autorité, on l’a vue à l’oeuvre, et ses oeuvres la condamnent. C’est une vieille prostituée qui n’a jamais enseigné que la dépravation et n’a jamais engendré que la mort. La liberté ne s’est encore fait connaître que par son timide sourire. C’est une vierge que le baiser de l’humanité n’a pas encore fécondée ; mais, que l’homme se laisse séduire par ses charmes, qu’il lui donne tout son amour, et elle enfantera bientôt des générations dignes du grand nom qu’elle porte.
To invalidate authority and criticize its acts is not enough. A negation, to be absolute, needs to be supplemented by an assertion. This is why I affirm freedom, why I deduce from it its consequences. Infirmer l’autorité et critiquer ses actes ne suffit pas. Une négation, pour être absolue, a besoin de se compléter d’une affirmation. C’est pourquoi j’affirme la liberté, pourquoi j’en déduis les conséquences.
I address myself, above all, to the proletarians, and the majority of proletarians are even more stupid than myself; thus, before coming to speak of the anarchist order, the painting of which will be for this book the last stroke of the author’s pen, it is necessary to outline the history of Humanity. I will thus follow its march through the ages in the past and in the present and I will accompany it into the future. Je m’adresse surtout aux prolétaires, et les prolétaires sont pour la plupart encore plus ignorants que moi ; aussi, avant d’en arriver à faire l’exposé de l’ordre anarchique, peinture qui sera pour ce livre le dernier coup de plume de l’auteur, il est nécessaire d’esquisser l’historique de l’Humanité. Je suivrai donc sa marche à travers les âges dans le passé et dans le présent et je l’accompagnerai jusque dans l’avenir.
In this sketch I have to reproduce a subject touched by the masterful hand of a great artist in poetry. I do not have his work at hand; even if I did have it, I seldom read a book twice, I hardly have the leisure or the courage to do so. My memory is all my library, and my library is very often in disorder. If it escaped my reminiscences, if it sometimes happened to me to draw from my memories, believing to draw from my own depths, I declare that it would at least be without the knowledge or desire of doing so. I have a horror of plagiarists. However, I am of the opinion of Alfred de Musset: I may think what another thought before me. I could wish one thing: that those who have not read Eugene Pelletan’s book, Le Monde marche, should read it before continuing to read my own. The work of this brilliant writer is an entire museum of the reign of humanity until our days, splendid pages which it is always wise to know, and which will be of a great help to a more civilized person, leaning before my work, not only to compensate for what he misses there, but also to help them to understand the shadows and lights therein. Dans cette esquisse j’ai à reproduire un sujet touché de main de maître par un grand artiste en poésie. Je n’ai pas son travail sous la main ; et l’eusse-je, je relis rarement un livre, je n’en ai guère le loisir ni le courage Ma mémoire est toute ma bibliothèque, et ma bibliothèque est souvent bien en désordre. S’il m’échappait des réminiscences, s’il m’arrivait de puiser dans mes souvenirs, croyant puiser dans mon propre fonds, je déclare du moins que ce serait sans le savoir et sans le vouloir. J’ai en horreur les plagiaires. Toutefois, je suis aussi de l’avis d’Alfred de Musset, je puis penser ce qu’un autre a pensé avant moi. Je désirerais une chose, c’est que ceux qui n’ont pas lu le livre d’Eugène Pelletan, Le Monde marche, voulussent bien le lire avant de continuer la lecture du mien. L’œuvre du brillant écrivain est tout un musée du règne de l’humanité jusqu’à nos jours, magnifiques pages qu’il est toujours bon de connaître, et qui seront d’un grand secours à plus d’un civilisé, accoudé devant mon ouvrage, non seulement pour suppléer à ce qu’il y manque, mais encore pour aider à en comprendre les ombres et les clairs.
And now, reader, if you wish to travel with me, make provision of intelligence, and let’s move! Et maintenant, lecteur, si tu veux faire route avec moi, fais provision d’intelligence, et en marche !
The Geological Question Question géologique
“If one says to them (i.e., to the civilized) that our swirl of approximately two hundred comets and planets presents but the image of a bee occupying a single cell in the hive; that the other fixed stars, each one surrounded by such a swirl, represent other planets, and that the whole of this vast universe, in its turn, counts only as a single bee in a hive formed of approximately a hundred and thousand sidereal universes, the ensemble of which comprises a BINIVERSE, that then comes the TRINIVERSE formed from several thousand biniverses, and so on; finally, that each one of these universes, biniverses, triniverses is a creature, having, like us, its own soul, its own phases of youth and old age, death and birth…….; they will not follow this theme to its end, they will cry out against the insanity, the outrageous daydream; and yet they pose in principle the universal analogy!” “Si on leur dit (aux civilisés) que notre tourbillon d’environ deux cents comètes et planètes est l’image d’une abeille occupant une alvéole dans la ruche ; que les autres étoiles fixes, entourées chacune d’un tourbillon, figurent d’autres planètes, et que l’ensemble de ce vaste univers n’est compté à son tour que pour une abeille dans une ruche formée d’environ cent mille univers sidéraux, dont l’ensemble est un BINIVERS, qu’ensuite viennent les TRINIVERS formés de plusieurs milliers de binivers et ainsi de suite ; enfin, que chacun de ces univers, binivers, trinivers est une créature ayant comme nous son âme, ses phases de jeunesse et de vieillesse, mort et naissance …… : ils ne laisseront pas achever ce sujet, ils crieront à la démence, aux rêveries gigantesques ; et pourtant ils posent en principe l’analogie universelle ! “
(CH. FOURIER) (CH. FOURIER)
We know the physiognomy of the Earth, its external conformation. The pencil, the brush, the pen have recalled its features. The canvases of artists and the poets’ books took it in its cradle and showed it to us still swaddled in the flood, still quite soft, and with a newborn’s tinea; then hardening itself and covering itself with a vegetative hair, animating its places, embellishing itself as it advanced in life. On connaît la physionomie de la Terre, sa conformation externe. Le crayon, le pinceau, la plume en ont retracé les traits. Les toiles des artistes et les livres des poètes l’ont prise à son berceau et nous l’ont fait voir enveloppée d’abord des langes de l’inondation, toute molle encore et avec la teigne des premiers jours ; puis se raffermissant et se couvrant d’une chevelure végétative, animant ses sites, s’embellissant au fur et à mesure qu’elle avançait dans la vie.
One also knows its internal conformation, its physiology; the anatomy of its entrails has been made. Excavations have exposed its osseous frame, to which has been called mineral; its arteries, in which water circulates; its intestines, coated with a mucosity of fire. On connaît aussi sa conformation interne, sa physiologie ; on a fait l’anatomie de ses entrailles. Les fouilles ont mis à nu sa charpente osseuse à laquelle on a donné le nom de minéral ; ses artères, où l’eau circule, ses intestins enduits d’une muquosité de feu.
But its psychological organism, who has taken account of that? No one. Where is its seat of thought? Where is its brain located? One does not know. And however the spheres, to be of a nature different from ours, are not less beings moving and thinking. What we have taken, up to now, for the surface of the Earth, is it really the surface? And by stripping it, by scalping it of the atmospheres which wrap it, don’t we lay bare its muscles and its veins, we do not dig into the cerebellum down to the marrow, do we not tear the skin off its bones? Mais son organisme psychologique, qui s’en est occupé ? Personne. Où est chez elle le siège de la pensée ? Où est placé son cerveau ? On l’ignore. Et cependant les globes, pour être d’une nature différente de la nôtre, n’en sont pas moins des êtres mouvants et pensants. Ce que nous avons pris jusqu’ici pour la surface de la terre, en est-il bien réellement la surface ? Et en la dépouillant, en la scalpant des atmosphères qui l’enveloppent, ne mettons-nous pas à vif sa chair et ses fibres, ne lui entamons-nous pas le cervelet jusqu’à la moelle, ne lui arrachons-nous pas les os avec la peau ?
Who knows if, for the terrestrial sphere, which is also an animated being and whose zoological study is so far from being completed, humanity is not the matter of its brain? If the human atom is not the animalcule of thought, the molecule of the planetary intelligence functioning under vast cranium of its atmospheric circles? Does one know something of the nature of its inward senses? And what would there be the strange so that all our social actions, swarming of homoncular societies, were the ideas or dreams which people, from one pole to another, the face of the globe? Qui sait si, pour le globe terrestre qui, lui aussi, est un être animé et dont l’étude zoologique est si loin d’être achevée, qui sait si l’humanité n’est pas la matière de sa cervelle ? Si l’atome humain n’est pas l’animacule de la pensée, la molécule de l’intelligence planétaire fonctionnant sous le vaste crâne de ses cercles atmosphériques ? Connaît-on quelque chose à la nature de ses sens intimes ? Et qu’y aurait-il d’étrange à ce que toutes nos actions sociales, fourmillement de sociétés homonculaires, fussent les idées ou les rêves qui peuplent d’un pôle à l’autre le front du globe ?
I will not attempt to answer this question right away, to affirm it or deny it absolutely. I certainly have not meditated enough on this subject. I only raise the issue in the form of a question in order to provoke thought, a response. Perhaps I will make thise response myself. The intellectual organization of the being within which we have arisen does not strike me as an uninteresting subject any more than its physical organization strikes me as uninteresting. For whoever wishes to study the zoology of beings, whether animals or planets, psychology is inseparable from physiology. Je ne prétends pas résoudre de prime abord la question, l’affirmer ou l’infirmer absolument. Je n’ai certainement pas assez médité sur ce sujet. Seulement, je pose la chose sous forme interrogative, afin de provoquer des recherches, une réponse. Cette réponse peut-être bien la ferais-je moi-même. Il ne me paraît pas sans intérêt de s’occuper de l’organisme intellectuel de l’être au sein duquel nous avons pris naissance, pas plus qu’il ne me paraît sans intérêt de s’occuper de son organisme corporel. Pour qui veut étudier la zoologie des êtres, animaux ou planètes, la psychologie est inséparable de la physiologie.
This prologue ended, let us allow the earth to roll on its axis and revolve around the sun, and let us occupy ourselves with the movement of humanity and her gravitation towards progress. Ce prologue terminé, laissons la terre rouler sur son axe et graviter vers son soleil, et occupons-nous du mouvement de l’humanité et de sa gravitation vers le progrès.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
(continued) (suite)
The Movement of Humanity Mouvement de l’Humanité
I. I.
“A cretin! i.e. a poor, depressed being, apprehensive and dwarfish; a matter that moves or a man who vegetates, a disgraced creature gorging itself on aqueous plants, black bread and raw water; – nature without industry, ideas, past, future, forces; – an unfortunate who does not recognize his kind, who does not speak, who remains insensible to the external world, who is born, grows and dies in the same place, miserable as the lichen and the knotty oaks. ‘‘Un crétin ! c’est-à-dire un pauvre être déprimé, craintif et nain ; une matière qui se meut ou un homme qui végète, une créature disgraciée qui se gorge de végétaux aqueux, de pain noir et d’eau crue ; – nature sans industrie, sans idées, sans passé, sans avenir, sans forces ; – infortuné qui ne reconnaît pas ses semblables, qui ne parle pas, qui reste insensible au monde extérieur, qui naît, croit et meurt à la même place, misérable comme l’amer lichen et les chênes noueux.
“Oh! it is a dreadful spectacle to see man thus squatted in dust, the head inclined towards the ground, the hanging arms, the curved back, the bent legs, the clear or dull eyes, the vague or alarming glance of fixity, hardly knowing to tighten the hand with the passer by; – with infiltrated cheeks, long fingers and long feet, hair roughcast like the peeling of the deer, a reducing or narrowed face, a flattened head, and a face of monkey. Oh ! c’est un affreux spectacle que de voir l’homme ainsi accroupi dans la poussière, la tête inclinée vers le sol, les bras pendants, le dos courbé, les jambes fléchies, les yeux clairs ou ternes, le regard vague ou effrayant de fixité, sachant à peine tendre la main au passant ; – avec des joues infiltrées, de longs doigts et de longs pieds, des cheveux hérissés comme le pelage des fauves, un front fuyant ou rétréci, une tête aplatie, et une face de singe.
“That our body is unperceivable in the medium of the universe, if it is not grown by our knowledge! how the first men were trembling opposite overflowed water and the rebellious stones! How the great Alps diminish the mountain dweller of Valais! How he crawls slowly, from their feet with their heads, by paths that can hardly be followed! One might say that he is afraid of awakening a subterranean rage. Worm of the earth, ignoramus, slave, cretin: man would be all that today if he had never revolted against the force. And here we see him superb, gigantic, a God, because he has dared everything! Que notre corps est imperceptible au milieu de l’univers, s’il n’est pas grandi par notre savoir ! Que les premiers hommes étaient tremblants en face des eaux débordées et des pierres rebelles ! Comme les grandes Alpes rapetissent le montagnard du Valais ! Comme il rampe lentement, de leurs pieds à leurs têtes, par des sentiers à peine praticables ! On dirait qu’il a peur d’éveiller des colères souterraines. Ver de terre, ignorant, esclave, crétin, I’homme serait tout cela aujourd’hui s’il ne s’était jamais révolté contre la force. Et le voilà superbe, géant, Dieu, parce qu’il a tout osé !
“And yet man would fight against the Revolution! The son curses his mother! Moses, saved from the waters, disavows the noble daughter of the Pharaoh! That cannot be. To the God of heaven, to Fate, belongs the blind Lightning; to the God of the earth, to the free man, belongs the clear-eyed Revolution. Fire against fire, lightning against lightning, flood against flood, light against light. The sky is not so high that we cannot already see it; and man sooner or late attains all that he covets!” Et l’homme lutterait encore contre la Révolution ! Le fils maudirait sa mère, Moise, sauvé des eaux, renierait la noble fille de Pharaon ! Cela ne peut pas être. Au Dieu du ciel, à la Fatalité, la Foudre aveugle ; au Dieu de la terre, à l’homme libre, la Révolution qui voit clair. Feu contre feu, éclairs contre éclairs, déluge contre déluge, lumières contre lumières. Le ciel n’est pas si haut que nous ne puissions déjà le voir ; et 1’homme atteint tôt ou tard tout ce qu’il convoite ! ‘‘
(Ernest Cœurderoy) (Ernest Cœurderoy)
“The world goes forward.” ‘‘Le monde marche.’’
(E. Pelletan) (E. Pelletan)
The world goes forward, as Pelletan says – a beautiful writer, but a bourgeois writer, a Girondine writer, a theocrat of the intelligence. Yes, the world goes forward, on and on. Initially, it started by crawling, face to the ground, on knees and elbows, ploughing with his face the earth that was still softened by the waters of the deluge, and fed on peat. The vegetation smiling upon it, it was raised to its hands and feet, and he grazed on tufts of grass and tree bark with his muzzle. Squatting at the foot of the tree, the top of which drew its glances, it dared to raise its head; then it lifted its hands to the height of its shoulders, then finally it was drawn up on its two feet, and, at the peak of its stature, it dominated by the weight of the pupils of its eyes all that had dominated it the moment before. At that moment, still so weak and so naked, it felt a quiver of pride. It is that it had been just initiated with the height of its body size. It is that the blood which, in man’s horizontal pace, buzzed in his ears, and deafened him, pushed into his eyes and plugged them up, flooded his brain and deafened it, this blood, taking again its level, just as did the water of the rivers and the oceans after the flood, this blood came to rest in his natural arteries by the revolution of horizontality to human verticality, removing its face from one temple to the other, and discovering, for fecundation, the silt of all the intellectual seeds. Le monde marche, comme dit Pelletan, belle plume, mais plume bourgeoise, plume girondine, plume de théocrate de l’intelligence. Oui, le monde marche, marche et marche encore. D’abord il a commencé par ramper, la face contre terre, sur les genoux et les coudes, fouillant avec son groin la terre encore détrempée d’eau diluvienne, et il s’est nourri de tourbe. La végétation lui souriant, il s’est soulevé sur ses mains et sur ses pieds, et il a brouté avec le mufle les touffes d’herbes et l’écorce des arbres. Accroupi au pied de l’arbre dont le haut jet sollicitait ses regards, il a osé lever la tête ; puis il a porté les mains à la hauteur de ses épaules, puis enfin il s’est dressé sur ses deux pieds, et, du haut de sa stature, il a dominé du poids de sa prunelle tout ce qui le dominait l’instant d’auparavant. Alors, il a eu comme un tressaillement de fierté, lui, encore si faible et si nu. C’est qu’il venait de s’initier à la hauteur de sa taille corporelle. C’est que le sang qui, dans l’allure horizontale de l’homme, lui bourdonnait dans les oreilles et l’assourdissait, lui injectait les yeux et l’aveuglait, lui inondait le cerveau et l’assourdissait ; ce sang, reprenant son niveau, comme, après le déluge, les eaux fluviales, les eaux océanides, ce sang venait refluer dans ses artères naturelles par la révolution de l’horizontalité à la verticalité humaine, débarrassant son front d’une tempe à l’autre, et découvrant, pour la fécondation, le limon de toutes les semences intellectuelles.
Until then, the human animal had been only a brute among brutes; man had just appeared. Thought had its dawn; it was still in a germinal state, but the germ contained the future harvests… The tree in the shade of which the man had drawn up himself bore fruits; he took one with his hand, the hand… this hand which hitherto had only been a leg and had served him only as another thing to trail along, to walk, now it will become the sign of his royal animality, the scepter of his terrestrial power. Having eaten the fruits within his reach, he sees those that his arm cannot reach. Then he uproots a young growth, lengthening his arm, by means of this stick, to the level of the fruit, and detaching it from its branch. This stick will soon serve to help him on his walk, to defend him against wild beasts or to attack them. After having bitten the fruit, he wants to bite flesh: and he becomes the hunter; and as he had gathered the apple, he becomes the killer of game. And he makes himself a fur out of the skins of animals, a lodging out of the branches and leaves of trees, those trees whose trunks he grazed upon yesterday, the highest summits of which, today, he climbs to steal eggs or small birds. His eyes, which had been fastened upon the crust of the ground, now contemplate in majesty the azure and all the golden pearls of its splendid jewel case. It is his sovereign crown to him, king among all that breathe, and to each of these celestial jewels he gives a name, an astronomical value. With the instinct which gives birth in him to the developing intelligence that still but stammers and will speak tomorrow. His tongue was untied along with his hand, and both function at the same time. He can converse with his kind and join his hand to their hand, exchange with them ideas and forces, sensations and sentiments. Man is no longer isolated, weak, he is a race; he thinks and acts, and he participates, in thought and action, in all that concerns other men. Solidarity appears in him. His life is increased: he lives neither only in its individual, nor only in the present generation, but in the generations which preceded it and in those which will succeed his own. A reptile in the beginning, he became a quadruped, from a quadruped became a biped, and goes upright on his two feet, bearing, like Mercury, wings at his head and his heels. With his gaze and his thought, he rises like an eagle beyond the clouds and plunges into the depths of the infinite; the coursers which he overcame lend him the agility of their haunches to cross terrestrial spaces; the tree trunks dug rock it on the floods, of the branches cut in paddles are used to him as fins. From a simple grazer, he made himself a hunter, then a herder, a farmer, an industrialist. Destiny told him: Go forward! And he goes ever forward. And he steals a thousand secrets from nature; he works wood, kneads the earth, forges metals; he puts his stamp upon all that surrounds him. Jusque là, l’animal humain n’avait été qu’une brute entre les brutes ; il venait de se révéler homme. La pensée s’était fait jour ; elle était encore à l’état de germe, mais le germe contenait les futures moissons… L’arbre à l’ombre duquel l’homme s’était dressé portait des fruits ; il en prit un avec la main, la main… cette main qui jusqu’alors n’avait été pour lui qu’une patte et ne lui avait servi à autre chose qu’à se traîner, à marcher, maintenant elle va devenir le signe de sa royale animalité, le sceptre de sa terrestre puissance. Ayant mangé les fruits à sa portée, il en aperçoit que son bras ne peut atteindre. Alors, il déracine une jeune pousse, il allonge au moyen de ce bâton son bras à la hauteur du fruit et le détache de sa branche. Ce bâton lui servira bientôt pour l’aider dans sa marche, pour se défendre contre les bêtes fauves ou pour les attaquer. Après avoir mordu au fruit, il veut mordre à la chair ; et le voilà parti à chasser ; et comme il a cueilli la pomme, le voilà qui tue le gibier. Et il se fait une fourrure avec des peaux de bêtes, un gîte avec des branches et des feuilles d’arbres, ces arbres dont hier, il broutait le tronc, et dont il escalade aujourd’hui les plus hautes cimes pour y dénicher les œufs ou les petits des oiseaux. Ses yeux, qu’il tenait collés sur la croûte du sol, contemplent maintenant avec majesté l’azur et toutes les perles d’or de son splendide écrin. C’est sa couronne souveraine à lui, roi parmi tout ce qui respire, et à chacun de ces joyaux célestes, il donne un nom, une valeur astronomique. A l’instinct qui vagissait en lui a succédé l’intelligence qui balbutie encore et parlera demain. Sa langue s’est déliée comme sa main et toutes deux fonctionnent à la fois. Il peut converser avec ses semblables et joindre sa main à leur main, échanger avec eux des idées et des forces, des sensations et des sentiments. L’homme n’est plus seul, isolé, débile, il est une race ; il pense et il agit, et il participe par la pensée et par l’action à tout ce qui pense et agit chez les autres hommes. La solidarité s’est révélée à lui. Sa vie s’en est accrue : il vit non plus seulement dans son individu, non plus seulement dans la génération présente, mais dans les générations qui l’ont précédé, dans celles qui lui succéderont. Reptile à l’origine, il est devenu quadrupède, de quadrupède bipède, et, debout sur ses deux pieds, il marche portant, comme Mercure, des ailes à la tête et aux talons. Par le regard et par la pensée, il s’élève comme l’aigle au-delà des nuages et plonge dans les profondeurs de l’infini ; les coursiers qu’il a domptés lui prêtent l’agilité de leurs jarrets pour franchir les terrestres espaces ; les troncs d’arbres creusés le bercent sur les flots, des branches taillées en pagaies lui servent de nageoires. De simple brouteur il s’est fait chasseur, puis pasteur, agriculteur, industriel. La destinée lui a dit : Marche ! il marche, marche toujours. Et il a dérobé mille secrets à la nature ; il a façonné le bois, pétri la terre, forgé les métaux ; il a mis son estampille sur tout ce qui l’entoure.
Thus the man-individual departed from chaos. He vegetated, initially, like the mineral or the plant, then he crawled; he goes forward and aspires to winged life, to a faster and wider locomotion. Man-humanity is still a fetus, but the fetus develops in its generative organ, and after its successive phases of increase, it will one day finally be released from chaos and, from gravitation to gravitation, will reach the plenitude of its social faculties. Ainsi l’homme-individu est sorti du chaos. Il a végété d’abord comme le minéral ou la plante, puis il a rampé ; il marche et aspire à la vie ailée, à une locomotion plus rapide et plus étendue. L’homme-humanité est encore un fœtus, mais le fœtus se développe dans l’organe générationnel, et après ses phases successives d’accroissement, il se fera jour, se dégagera enfin du chaos et, de gravitation en gravitation, atteindra la plénitude de ses facultés sociales.
II II
– God is Evil. – Dieu, c’est le mal.
– Property is Theft. – La propriété, c’est le Vol.
– Slavery is Murder. – L’Esclavage, c’est l’Assassinat.
P.J. PROUDHON (P.J. Proudhon)
The Family is Evil, it is Theft, it is Murder. La Famille, c’est le Mal, c’est le Vol, c’est l’Assassinat.
All that was, had to be; recriminations would change nothing. The past is the past, and there is to return there only to draw from it from the lesson for the future Tout ce qui fut devait être ; les récriminations n’y changeraient rien. Le passé est 1e passé, et il n’y a à y revenir que pour en tirer des enseignements pour l’avenir.
In the first days of the human being, when men, still weak in force and numbers, were dispersed upon the globe and vegetated, rooted and sparse, in the forests, like cornflowers in the meadows, collisions and wounds could hardly occur. Each one lived upon the common teat, and the teat produced abundantly for all. Besides, a little was enough for man: fruits to eat, leaves for clothing or shelter, such was the meager sum of his needs. Only, as I note, the point on which I insist, man, from his beginnings in the world, since his departure from the belly of the earth, from hour when the instinctive law guides the first movements of the new-born beings, this hour when the great voice of nature speaks into their ears and their destiny is revealed to them, this voice that indicates the spaces of the air to the birds, the underwater firmaments to the fish, to the other animals the plains and forests to be traversed; who says to the bear: you shall live solitary in your cave, and to the ant: you shall live in society in the anthill; and to the dove: you shall live coupled in the same nest, male and female, at the times of loving; – man then heard this voice to say to him: you shall live in community on the earth, free and in fraternity with your kind; social being, sociability shall increase your being; rest your head where you will, pick fruits, keep game, make love, drink or eat, you are everywhere at home: all belongs to you with you as to all. If you wish to make violence upon your neighbor, male or female, your neighbor will answer you with violence, and, as you know, his force is about equal to your own; give play to all your appetites, to all your passions, but do not forget that it is necessary that there be harmony between your forces and your intelligence, between what you please and what pleases others. And, now, go forward: the earth, in this condition, shall be for you the garden of the Hesperides. Aux premiers jours de l’être humain, quand les hommes, encore faibles en force et en nombre, étaient dispersés sur le globe et végétaient enracinés et clairsemés dans les forêts comme des bluets dans les blés, les chocs, les froissements ne pouvaient guère se produire. Chacun vivait à la commune mamelle, et la mamelle produisait abondamment pour tous. Peu de chose d’ailleurs suffisait à l’homme : des fruits pour manger, des feuilles pour se vêtir ou s’abriter, telle était la faible somme de ses besoins. Seulement, ce que je constate, le point sur lequel j’insiste, c’est que l’homme, à ses débuts dans le monde, au sortir du ventre de la terre, à l’heure où la loi instinctive guide les premiers mouvements des êtres nouveau-nés, à cette heure où la grande voix de la nature leur parle à l’oreille et leur révèle leur destinée cette voix qui indique aux oiseaux les aériens espaces, aux poissons les firmaments sous-marins, aux autres animaux les plaines et les forêts à parcourir ; qui dit à l’ours : tu vivras solitaire dans ton antre, à la fourmi : tu vivras en société dans la fourmilière ; à la colombe tu vivras accouplée dans le même nid, mâle et femelle aux époques d’amour ; – l’homme alors entendit cette voix lui dire : tu vivras en communauté sur la terre, libre et en fraternité avec tes semblables ; être social, la sociabilité grandira ton être ; repose où tu voudras ta tête, cueille des fruits, tue du gibier, fais l’amour, bois ou mange, tu es partout chez toi ; tout t’appartient à toi comme à tous. Si tu voulais faire violence à ton prochain, mâle ou femelle, ton prochain te répondrait par la violence, et, tu le sais, sa force est à peu près égale à la tienne ; donnes carrière à tous tes appétits, à toutes tes passions, mais n’oublie pas qu’il faut qu’il y ait harmonie entre tes forces et ton intelligence, entre ce qui te plaît à toi et ce qui plaît aux autres. Et, maintenant, va : la terre, à cette condition, sera pour toi le jardin des Hespérides.
Before arriving at the combination of the races, the Earth, a little girl avid to play at production, measures and cuts out in clay, from the days of its fermentation, many formless monsters that it tore up and crumpled with a tremor of anger and a flood of tears. Any work requires an apprenticeship. And it was necessary for it to make many defective tests before arriving at the formation of complete beings, the composition of the species. For mankind, its masterpiece, it made the mistake of compressing the brain a little too much and giving a little too much girth to the belly. The development of the one did not correspond to the development of the other. There was a false cut, the foundation of disharmony. It is not a reproach that I address to her. Could she have done better? No. It was fated to be thus. All was coarse and wild around man: man was thus to begin by being coarse and wild: too great a delicacy of sense would have killed him. The sensitive withdraws within himself when the weather is stormy and only flourishes under the calm and radiant azure. Avant d’en arriver à la combinaison des races, la Terre, petite fille avide de jouer à la production, tailla et découpa dans l’argile, aux jours de sa fermentation, bien des monstres informes qu’elle chiffonna ensuite et déchira avec un tremblement de colère et un déluge de larmes. Tout travail exige un apprentissage. Et il lui fallut faire bien des essais défectueux avant d’en arriver à la formation d’êtres complets, à la composition des espèces. Pour l’espèce humaine, son chef-d’œuvre, elle eut le tort de comprimer un peu trop la cervelle et de donner un peu trop d’ampleur au ventre. Le développement de l’une ne correspondit pas au développement de l’autre. Il y eut fausse coupe, partant de là désharmonie. Ce n’est pas un reproche que je lui adresse. Pouvait-elle faire mieux? Non. Il était dans l’ordre fatal qu’il en fût ainsi. Tout était grossier et sauvage autour de l’homme ; l’homme devait donc commencer par être grossier et sauvage ; une trop grande délicatesse de sens l’eut tué. La sensitive se replie sur elle-même quand le temps est à l’orage, elle ne s’épanouit que sous le calme et rayonnant azur.
The day thus came where the increase in the human race exceeded the increase in its intelligence. Man, still within the limits of idiotism, had little relation with man. His dazed state made him wild. His body had well admittedly been concerned its primitive abjection; it had exerted well the skill of its muscles, conquered their corporeal force and agility; but his mind, having awakened for a moment, had fallen back into its embryonic lethargy and threatened to remain there forever. The intellectual fibers stagnated in their swaddling clothes. The fulcrum of pain became necessary to dislodge man’s brain from its somnolence and to recall it to its social destiny. Fruits became rarer, hunting more difficult: it became necessary to dispute possession. Man approached man, but to fight him as often as to lend his support to him. At any rate, there was contact. Wandering as they were, man and the woman coupled themselves; then groups and tribes were formed. The groups had their herds, then their fields, then their workshops. The intelligence from now on had left its torpor behind. The voice of necessity shouted to them: go forward! and they went. However, all this progress was not achieved without damage. The development of ideas always lagged behind the development of appetites. Balance once broken could not have been restored. The world went forward, or rather, it oscillated between blood and tears. Iron and flame brought desolation and death everywhere. The strong killed the weak or seized him. Slavery and oppression had stuck to the sides of humanity like a leprosy. The natural order collapsed. Le jour vint donc où l’accroissement de la race humaine dépassa l’accroissement de son intelligence. L’homme, encore sur les limites de l’idiotisme, avait peu de rapport avec l’homme. Son hébétement le rendait farouche. Son corps s’était bien, il est vrai, relevé de son abjection primitive ; il avait bien exercé l’adresse de ses muscles, conquis la force et l’agilité corporelle ; mais son esprit, un moment éveillé, était retombé dans sa léthargie embryonnaire et menaçait de s’y éterniser. La fibre intellectuelle croupissait dans ses langes. L’aiguillon de la douleur devenait nécessaire pour arracher le cerveau de l’homme à sa somnolence et le rappeler à sa destinée sociale. Les fruits devinrent plus rares, la chasse plus difficile : il fallut s’en disputer la possession. L’homme se rapprocha de l’homme, mais pour le combattre, souvent aussi pour lui prêter son appui. N’importe comment, il y eut contact. D’errants qu’ils étaient, l’homme et la femme s’accouplèrent ; puis il se forma des groupes, des tribus. Les groupes eurent leurs troupeaux, puis leurs champs, puis leurs ateliers. L’intelligence était désormais sortie de sa torpeur. La voix de la nécessité leur criait marche ! et ils marchaient. Cependant, tous ces progrès ne s’accomplirent pas sans déchirements. Le développement des idées était toujours en retard sur le développement des appétits. L’équilibre rompu une fois n’avait pu être rétabli. Le monde marchait ou plutôt oscillait dans le sang et les larmes. Le fer et la flamme portaient en tout lieu la désolation et la mort. Le fort tuait le faible ou s’en emparait. L’esclavage et l’oppression s’étaient attachés comme une lèpre aux flancs de l’humanité. L’ordre naturel périclitait.
A supreme moment, and one which was to decide man’s fate for a long succession of centuries. What shall the intelligence do? Will it overcome ignorance? Will it deliver men from the torment of destroying one another? Will it leave them in this labyrinth where sorrow and hunger keen? Will it show them the paved way of fraternal instincts that leads to emancipation, to general happiness? Will it break the odious chains of the patriarchal family? Will it make fall the incipient barriers of property? Will it destroy the Tables of the Law, the governmental power, this weapon with two edges that kills those whom it must protect? Will it bring victory to the revolt that is always threatening the tyranny that is always before it? Lastly, – luminous pillar, principle of life, – will it found the anarchist order on equality and freedom or, – funerary urn, essence of death, – will it found an arbitrary order in hierarchy and authority? Which shall gain supremacy, the fraternal communion of interests or their fratricidal division? Will humanity perish after having taken just two steps from its cradle? Moment suprême, et qui devait décider pour une longue suite de siècles du sort de l’homme. Que va faire l’intelligence ? Vaincra-t-elle l’ignorance? Va-t-elle délivrer les hommes du supplice de s’entre-détruire ? Les sortira-t-elle de ce labyrinthe où beuglent la peine et la faim ? Leur montrera-t-elle la route pavée d’instincts fraternels qui conduit à l’affranchissement, au bonheur général ? Brisera-t-elle les odieuses chaînes de la famille patriarcale ? Fera-t-elle tomber les barrières naissantes de la propriété ? Détruira-t-elle les tables de la loi, la puissance gouvernementale, cette arme à deux tranchants et qui tue ceux qu’elle doit protéger ? Fera-t-elle triompher la révolte toujours menaçante de la tyrannie toujours debout ? Enfin, – colonne lumineuse, principe de vie –, fondera-t-elle l’ordre anarchique dans l’égalité et la liberté ou, –urne funéraire, essence de mort – fondera-t-elle l’ordre arbitraire dans la hiérarchie et l’autorité? Qui aura le dessus, de la communion fraternelle des intérêts ou de leur division fratricide ? L’humanité va-t-elle donc périr à deux pas de son berceau?
The Humanisphere L’Humanisphère.
Anarchist Utopia UTOPIE ANARCHIQUE
(continued) (suite)
Alas, little could be done! In its inexperience, humanity took a poison for an elixir. It then twisted in atrocious convulsions. It did not die; but the centuries passed on its head without being able to extinguish the torments of which it is devoured; the poison ever burns its entrails. Hélas ! peu s’en fallut ! Dans son inexpérience, l’humanité prit du poison pour de l’élixir. Elle se tordit alors dans des convulsions atroces. Elle ne mourut pas ; mais les siècles ont passé sur sa tête sans pouvoir éteindre les tourments dont elle est dévorée ; le poison lui brûle toujours les entrailles.
This poison, a mixture of nicotine and arsenic, has but one word on its label: GOD Ce poison, mélange de nicotine et d’arsenic, a pour étiquette un seul mot : DIEU
From the day Man swallowed God, the sovereign master; from the day when he allowed the idea of an Elysium and a Tartarus, a hell and an extra-worldly paradise, to penetrate his brain, he was punished by his own sin. The authority of heaven logically consecrated authority upon the earth. The subject of God became the creature of man. There was no longer any question of a free humanity, only of masters and slaves. And it is in vain that, for thousands of years, legions of Christs have died, martyred for his original sin, so to speak, and to deliver him from God and his pomps, from the authority of Church and State. Du jour où l’Homme eut avalé Dieu, le souverain maître ; du jour où il eut laissé pénétrer en son cerveau l’idée d’un élysée et d’un tartare, d’un enfer et d’un paradis outre-monde, de ce jour il fut puni par où il avait péché. L’autorité du ciel consacra logiquement l’autorité sur la terre. Le sujet de Dieu devint la créature de l’homme. Il ne fut plus question d’humanité libre, mais de maîtres et d’esclaves. Et c’est en vain que depuis des mille ans des légions de Christ moururent martyrisées pour le racheter de sa faute, pour ainsi dire originelle, et le délivrer de Dieu et de ses pompes, de l’autorité de l’Eglise et de l’Etat.
As the physical world had had its flood, so the moral world had its own as well. The religious faith submerged the consciences, carried devastation in the spirits and the hearts. All the robberies of force were legitimated by deceit. The possession of man by man became an established fact. From now on the revolt of the slave against the Master was smothered by the lure of celestial rewards or infernal punishments. Woman was stripped of her title to the name human, deprived of her soul, and relegated forever to the ranks of the domestic animals. The holy institution of authority covered the ground of temples and fortresses, soldiers and priests, swords and shackles, instruments of war and instruments of torture. Property, the fruit of conquest, became sanctified for the victors and overcome, in the insolent hand of the invader as to the twinkling eyes of dispossessed. The family – staged in a pyramid with the boss at its head and children, woman and servants at its base – was cemented and blessed, and dedicated to the perpetuation of evil. In the midst of this flood of divine beliefs, man’s freedom sank, and with it the instinct for the defense of rights against the fact. All that there was revolutionary forces, all that there was revolutionary forces, all that there was vital energy in the fight of human progress, all that was drowned, absorbed; all disappeared in the floods of the cataclysm, in the abysses of superstition. Comme le monde physique avait eu son déluge, alors le monde moral eut aussi le sien. La foi religieuse submergea les consciences, porta la dévastation dans les esprits et les coeurs. Tous les brigandages de la force furent légitimés par la ruse. La possession de l’homme par l’homme devint un fait acquis. Désormais la révolte de l’esclave contre le maître fut étouffée par le leurre des récompenses célestes ou des punitions infernales. La femme fut dégradée de ses titres à l’appellation humaine, déchue de son âme, et reléguée à tout jamais au rang des animaux domestiques. La sainte institution de l’autorité couvrit le sol de temples et de forteresses, de soldats et de prêtres, de glaives et de chaînes, d’instruments de guerre et d’instruments de supplice. La propriété, fruit de la conquête, devint sacrée pour les vainqueurs et les vaincus, dans la main insolente de l’envahisseur comme aux yeux clignotants du dépossédé. La famille, étagée en pyramide avec le chef à la tête, enfants, femme et serviteurs à la base, la famille fut cimentée et bénie, et vouée à la perpétuation du mal. Au milieu de ce débordement de croyances divines la liberté de l’homme sombra, et avec elle l’instinct de revendication du droit contre le fait. Tout ce qu’il y avait de [force] révolutionnaires, tout ce qu’il y avait d’énergie vitale dans la lutte du progrès humain, tout cela fut noyé, [engloutit] ; tout disparut dans les flots du cataclysme, dans les abîmes de la superstition.
Will the moral world, like the physical world, one day leave chaos behind? Will the light shine in the darkness? Will we attend a new birth of humanity? Yes, because the idea, this other dove that wanders over its surface, this idea that has not yet found a piece of land from which it might gather a bough, it sees the level of prejudice, error, and ignorance decrease day by day under the sky, – i.e. under the cranium, – of the human intelligence. A new world will spring from the rainbow of utopia. And you, sediment of past societies, slime of Authority, you will serve to fertilize the germination and blossoming of the societies of the Future and to illuminate, in gaseous state, the movement of Freedom. Le monde moral, comme le monde physique, sortira-t-il un jour du chaos? La lumière luira-t-elle au sein des ténèbres? Allons-nous assister à une nouvelle genèse de l’humanité? Oui, car l’idée, cette autre colombe qui erre à sa surface, l’idée qui n’a pas encore trouvé un coin de terre pour y cueillir une palme, l’idée voit le niveau des préjugés, des erreurs, des ignorances diminuer de jour en jour sous le ciel, — c’est-à-dire sous le crâne, — de l’intelligence humaine. Un nouveau monde sortira de l’arche de l’utopie. Et toi, limon des sociétés du passé, tourbe de l’Autorité, tu serviras à féconder la germinaison et l’éclosion des sociétés de l’Avenir et à illuminer à l’état de gaz le monument de la Liberté.
Could this moral cataclysm have been avoided? Was man free to act and think differently than he did? It would be as logical to say that the Earth was free to avoid the flood. Any effect has a cause. And… but to come here an objection that I see stinging by far, and which does not fail to pose to you by laughing of ease very happy confessor of God: Ce cataclysme moral pouvait-il être évité? L’homme était-il libre d’agir et de penser autrement qu’il n’a fait ? Autant vaudrait dire que la Terre était libre d’éviter le déluge. Tout effet a sa cause. Et… mais voici venir une objection que je vois poindre de loin, et que ne manque pas de vous poser en ricanant d’aise tout béat confesseur de Dieu :
– You say, M. Déjacque, that any effect has a cause. Very well. But then, you recognize God, for in the end, the universe was not self-created; isn’t it an effect? And whom do you think created it, if not God?… Is God thus the cause of the universe? Ah! ah! you see, I have got you, my poor M. Déjacque; you cannot escape me. No way out of it. — Vous dites, M. Déjacque, que tout effet a une cause. Très bien. Mais alors vous reconnaissez Dieu, car enfin l’univers ne s’est pas créé tout seul ; c’est un effet, n’est-ce pas? Et qui voulez-vous qui l’ait créé, si ce n’est Dieu?… Dieu est donc la cause de l’univers? Ah ! ah ! vous voyez, je vous tiens, mon pauvre M. Déjacque ; vous ne pouvez pas m’échapper. Pas moyen de sortir delà.
– Idiot! And the cause… of God? — Imbécile ! Et la cause… de Dieu?
– the cause of God… the cause of God… Damn! you know well that God can not have a cause, since he is the first cause. — La cause de Dieu… la cause de Dieu… Dam ! Vous savez bien que Dieu ne peut pas avoir de cause, puisqu’il est la cause première.
– But, you brute, if you admit that there is a first cause, then there does not have to be any more, and there is no more God, as we can expect if God can be his own cause, then the universe also is the cause of the universe. This is as simple as ABC. If on the contrary you affirm with me that any effect has its cause, and that consequently there is no cause without cause, your God also must have one of them. For to be the cause of which the universe is the effect, it is quite necessary that it be the effect of a higher cause. Furthermore, you want that I say to you, the cause of which your God is the effect is not at all of a higher order; it is of a rather lower order: this cause is quite simply your stupidity. Let us go, I have been interrupted enough. Silence! And know this well henceforth: you are not the son, but the father of God. — Mais, espèce de brute, si tu admets qu’il y ait une cause première, alors il n’y en a plus du tout, et il n’y a plus de Dieu, attendu que si Dieu peut être sa propre cause, l’univers aussi peut être la propre cause de l’univers. Cela est simple comme bonjour. Si au contraire tu affirmes avec moi que tout effet a sa cause, et que par conséquent il n’y a pas de cause sans cause, ton Dieu aussi doit en avoir une. Car pour être la cause dont l’univers est l’effet, il faut bien qu’il soit l’effet d’une cause supérieure. Au surplus, veux-tu que je te dise, la cause dont ton Dieu est l’effet n’est pas du tout d’un ordre supérieur ; elle est d’un ordre très-inférieur, bien plutôt ; cette cause est tout simplement ton crétinisme. Allons, c’est assez m’interrompre. Silence ! et sache bien ceci dorénavant : c’est que tu n’es pas le fils, mais le père de Dieu.
Thus, as I have said, any effect has its cause. But this cause is for us visible or invisible as our sight or our thought is more or less perfect, and our sight or thought is a rather crude, incomplete optical instrument. Je disais donc que tout effet a sa cause. Seulement, cette cause est pour nous visible ou invisible, selon que notre vue ou notre pensée est plus ou moins parfaite ; et notre vue ou notre pensée est un instrument d’optique bien grossier, bien incomplet.
There is no being that is not the toy of circumstances, and man is like the rest in this. He is dependent upon his own nature and the nature of the objects that surround him, or, to put it better, the beings that surround him, for all these objects have voices that constantly speak and modify his education. All of man’s freedom consists in satisfying his nature, yielding to its attractions. All that he has the right to demand of his neighbor is that his neighbor not make an attempt on his freedom, i.e. on the entire development of his nature. All that they have the right to require of him is that he not make such an attempt on their own. Man, having grown prodigiously in strength since taking his first steps, and also having grown a little in intelligence, although not in the same proportion, and comparing what he had become with what he had been in the cradle, then experienced a vertigo, a giddiness. Pride is innate in him. This feeling doomed him; it will save him too. The crown of creation weighed upon the head of the human child. He wished to be rid of it. And as he already had the knowledge of many things, although many things remained to him to experience, as he could not explain certain facts, and nevertheless wished to explain them, he found nothing better to do than to expel them from the natural order and to relegate them to the supernatural spheres. In his conceited ignorance, the terrible child wanted to play with the unknown, he stumbled, and he fell headfirst down the slopes of absurdity. The mutiny of the little child, the wound of youth, from which it shall long carry the scar!… Il n’est pas un être qui ne soit le jouet des circonstances, et l’homme comme les autres êtres. Il est dépendant de sa nature et de la nature des objets qui l’environnent ou pour mieux dire des êtres qui l’environnent, car tous ces objets ont des voix qui lui parlent et modifient constamment son éducation. Toute la liberté de l’homme consiste à satisfaire à sa nature, à céder à ses attractions. Tout ce qu’il est en droit d’exiger de ses semblables c’est que ses semblables n’attentent pas à sa liberté, c’est-à-dire à l’entier développement de sa nature. Tout ce que ceux-ci sont en droit d’exiger de lui, c’est qu’il n’attente pas à la leur. Dès ses premiers pas, l’homme ayant grandi prodigieusement en force et grandi aussi un peu en intelligence, bien que la proportion ne fût pas la même, et comparant ce qu’il était devenu avec ce qu’il avait été au berceau, l’homme eut alors un éblouissement, le vertige. L’orgueil est inné en lui. Ce sentiment l’a perdu ; il le sauvera aussi. Le bourrelet de la création pesait à la tête de l’enfant humain. Il voulut s’en défaire. Et comme il avait déjà la connaissance de bien des choses, encore qu’il lui restât bien des choses à expérimenter ; comme il ne pouvait expliquer certains faits, et qu’il voulait quand même les expliquer, il ne trouva rien de mieux que de les expulser de l’ordre naturel et de les reléguer dans les sphères surnaturelles. Dans sa vaniteuse ignorance, l’enfant terrible a voulu jouer avec l’inconnu, il a fait un faux pas, et il est tombé la tête la première sur l’angle de l’absurdité. Mutinerie de bambin, blessure du jeune âge dont il portera longtemps la cicatrice !…
Man, – what a pride and, at the same time, what a puerility! – man thus proclaimed his faith in a God, creator of all things, an idiotic and ferocious God, a God in his own image. I.e., he made himself the creator of God. He laid the egg, he brooded over it and he sat in worship before his chick, – I were going to say before his excrement, – for man must have had quite violent colics of the brain on the day when he met his needs… from such stupidity. Quite naturally, the chick had the temples and churches for its hen house. Today this chick is an old cock, three quarters plucked, without comb or teeth, an old carcass so runty that it is hardly worth wringing its neck to put it in the pot. Science has deprived it of all its terrible attributes. And the clowns in cassocks who parade it around the fairgrounds of the world hardly have the all-powerful God any more than the image spread out over the fabrics of their hut. And yet this image is still a bogeyman for the mass of humanity. Ah! if, instead of kneeling in front of it, those faithful to the divinity dared to look it in the face, they would see well that it is not a real person but a bad painting, a little makeup and mud, a mask greasy with blood and sweat, an ancient mask behind which the schemers hide to impose themselves on the deprived and to put them to work. L’homme, — quel orgueil à la fois et quelle puérilité ! — l’homme a donc proclamé un Dieu, créateur de toutes choses, un Dieu imbécile et féroce, un Dieu à son image. C’est-à-dire qu’il s’est fait le créateur de Dieu. Il a pondu l’oeuf, il l’a couvé et il s’est mis en adoration devant son poussin, — j’allais dire devant son excrément, — car il fallait que l’homme eût de bien violentes coliques de cerveau le jour où il a fait ses nécessités… d’une pareille sottise. Le poussin eut tout naturellement pour poulailler des temples, des églises. Aujourd’hui ce poussin est un vieux coq aux trois quarts déplumé, sans crête et sans ergots, une vieille carcasse tellement rabougrie que c’est à peine si cela mérite qu’on lui torde le cou pour le mettre dans la chaudière. La science lui a enlevé une à une toutes ses terribles attributions. Et les saltimbanques en soutanes, qui le promènent encore sur les champs de foire du monde, n’ont plus guère du Dieu tout puissant que l’image étalée sur les toiles de leur baraque. Et pourtant cette image est encore un loup-garou pour la masse de l’humanité. Ah ! si, au lieu de s’agenouiller devant elle, les fidèles de la divinité osaient la regarder en face, ils verraient bien que ce n’est pas un personnage réel, mais une mauvaise peinture, un peu de fard et de boue, un masque tout gras de sang et de sueurs, masque antique dont se couvrent les intrigants pour en imposer aux niais et les mettre à contribution.
The family, property and government, like religion, also had their cause in man’s ignorance. It is a consequence of the nature of his intelligence, slower to awaken up than the nature of his physical faculties. Comme la religion, — la famille, la propriété et le gouvernement ont eu leur cause. Elle est également dans l’ignorance de l’homme. C’est une conséquence de la nature de son intelligence plus paresseuse à éveiller que la nature de ses facultés physiques.
Among the animals, according to whether the offspring require care for a greater or lesser length of time, the instinct of maternity is more or less developed and is exerted in a more or less different way, according to the conditions appropriate to the species. Nature takes care of the conservation of the races. Among wild animals, none live other than in a solitary state: the she-wolf nurses her wolf cubs and seeks her food herself; she does not seek society with the male; her strong individuality suffices for all. Maternal love redoubles its forces. Among those frail and tender creatures, the nightingales, the warblers, the mother broods over her offspring in the nest, while the male seeks the beakful outside. The two sexes remain united until the day when the living products of their love have warm down and strong feathers and are vigorous enough to split the air with blows of their wings and go to the fields to gather their food. Among the insects, the ant, the bee, sociable races, the children are raised in common; there, individual marriage does not exist, the nation comprising one single and indivisible family Chez les bêtes, selon que les petits ont plus ou moins longtemps besoin de soins, l’instinct de la maternité est plus ou moins développé et s’exerce d’une manière plus ou moins différente, selon la condition qui convient à l’espèce. La nature veille à la conservation des races. Parmi les animaux féroces, il n’en est pas qui vivent autrement qu’à l’état solitaire : la louve allaite ses louveteaux et cherche elle-même sa nourriture ; elle ne fait pas société avec le mâle ; sa forte individualité suffit à tout. L’amour maternel double ses forces. Chez l’oiseau, frêle et tendre créature, le rossignol, la fauvette, la mère couve au nid sa progéniture, le mâle va au dehors chercher la becquée. Il y a union entre les deux sexes jusqu’au jour où les fruits vivants de leur amour ont chaud duvet et fortes plumes, et qu’ils sont assez vigoureux pour fendre l’air à coups d’ailes et aller aux champs moissonner leur nourriture. Chez les insectes, la fourmi, l’abeille, races sociables, les enfants sont élevés en commun ; là le mariage individuel n’existe pas, la nation étant une seule et indivisible famille.
The offspring of the human being takes a long time to raise. The human female could not suffice to this task alone, to give it the breast, to rock it and continue to provide for its personal needs. The man must also come to its aid, as the chick of its brood, helping in the care of the household and bringing food and drink back to the hut. Le petit de l’homme, lui, est long à élever. La femelle humaine ne pouvait y suffire à elle seule, lui donner le sein, le bercer et pourvoir encore à ses besoins personnels. Il fallait que l’homme se rapprochât d’elle, comme l’oiseau de sa couvée, qu’il l’aidât dans les soins du ménage et rapportât à la hutte le boire et le manger.
Man was often less constant and more brutal than the bird, and maternity was always a burden heavier than paternity. L’homme fut souvent moins constant et plus brutal que l’oiseau, et la maternité fut toujours un fardeau plus lourd que la paternité.
Therein lay the cradle of the family. Ce fut là le berceau de la famille.
In the period when the earth was but a single, immense virgin forest, man’s horizon was limited. He lived like a rabbit within the limits of its burrow. His realm extended no further than a day or two of walking. Lack of communication made man almost foreign to man. Not being cultivated by the society of his kind, his intelligence remained a waste. Everywhere where there could be agglomeration of men progress of the intelligence acquired more force and more extent. Man, imitating man, gathered servile animals, making a herd of them, penning them in. He dug fields, sowed furrows, and saw his harvest maturing. But soon, from the depths of the uncultivated forests, appeared the wild men whom hunger drove out of the woods. Isolation had maintained them in the state of brutes; the famine whipping them rendered them ferocious. Like a band of furious wolves, they invaded these fields, massacring the men, raping the women and slitting their throats, destroying the harvest and driving the herd before them. They seized the fields, installed themselves in the dwelling, and left half of their victims alive only to turn them into a herd of slaves. The man was harnessed to the plough; the woman had her place with the hens or in the pigsty, fated to tend to the stove or to the master’s obscene appetite. A l’époque où la terre n’était qu’une immense forêt vierge, l’horizon de l’homme était des plus bornés. Celui-ci vivait comme le lièvre dans les limites de son gîte. Sa contrée ne s’étendait pas à plus d’une journée ou deux de marche. Le manque de communications rendait l’homme presque étranger à l’homme. N’étant pas cultivée par la société de ses semblables, son intelligence restait en friche. Partout où il put y avoir agglomération d’hommes les progrès de l’intelligence acquirent plus de force et plus d’étendue. L’homme émule de l’homme rassembla les animaux serviles, en fit un troupeau, les parqua. Il creusa le champ, ensemença le sillon et y vit mûrir la moisson. Mais bientôt du fond des forêts incultes apparurent les hommes fauves que la faim faisait sortir du bois. L’isolement les avait maintenus à l’état de brutes ; le jeûne, sous le fouet duquel ils s’étaient rassemblés, les rendait féroces. Comme une bande de loups furieux, ils passèrent au milieu de ce champ, massacrant les hommes, violant et égorgeant les femmes, détruisant la récolte et chassant devant eux le troupeau. Plus loin, ils s’emparèrent du champ, s’établirent dans l’habitation, et laissèrent la vie sauve à la moitié de leurs victimes dont ils firent un troupeau d’esclaves. L’homme fut attelé à la charrue ; la femme eut sa place avec les poules ou à la porcherie, destinée aux soins de la marmite ou à l’obscène appétit du maître.
This armed robbery by transgressors and murderers, this theft was the core of property. Ce vol à main armée par des violateurs et des meurtriers, ce vol fut le noyau de la propriété.
At the sound of these robberies, the producers who had not yet been conquered massed in the city in order to better protect themselves from the invaders. After the example of the conquerors whose approach they feared, they named a chief or chiefs charged to organize the public force and to guard the safety of the citizens. Just as the devastating hordes had established conventions ruling the share of spoils going to each, in the same way, they established a legal system to settle their disagreements and to guarantee to each the possession of the instrument of labor. But soon the chiefs abused their power. No more did the workers of the city have only to defend themselves against outrages from without the walls, but also and even more so against the outrages from within them. Without suspecting it, they had introduced and installed the enemy in their city’s heart. Plunder and murder had breached the walls, and, enthroned in the middle of the forum, were now supported upon authoritarian pillars. The republic carried the worm within its own entrails. Its government had just been born. Au bruit de ces brigandages, les producteurs qui n’étaient pas encore conquis se massèrent dans la cité, afin de se mieux protéger contre les envahisseurs. A l’exemple des conquérants dont ils redoutaient l’approche, ils nommèrent un chef ou des chefs chargés d’organiser la force publique et de veiller à la sûreté des citoyens. De même que les hordes dévastatrices avaient établi des conventions qui réglaient la part de butin de chacun ; de même aussi, ils établirent un système légal pour régler leurs différends et garantir à chacun la possession de l’instrument de travail. Mais bientôt les chefs abusèrent de leur pouvoir. Les travailleurs de la cité n’eurent plus seulement à se défendre contre les excès du dehors, mais aussi et encore contre les excès du dedans. Sans s’en douter, ils avaient introduit et installé l’ennemi au coeur de la place. Le pillage et l’assassinat avaient fait brèche et trônaient au milieu du forum, appuyés sur les faisceaux autoritaires. La république portait dans ses entrailles son ver rongeur. Le gouvernement venait d’y prendre naissance.
Assuredly, it would have been preferable if the family, property, government, and the religion had not invaded the domain of facts. But, at this hour of individual ignorance and collective improvidence, could it be different? Could childhood not be not childhood? Social science, like other sciences, is the fruit of the experiment. Could man have hoped that nature would reverse the order of the seasons for him, and that it would grant him the wine before the vine’s flowering, and distill for him the cordial of harmony before the development of ideas? Assurément, il eût été préférable que la famille, la propriété, le gouvernement et la religion ne fissent pas invasion dans le domaine des faits. Mais, à cette heure d’ignorance individuelle et d’imprévoyance collective, pouvait-il en être autrement ? L’enfance pouvait-elle n’être pas l’enfance ? La science sociale, comme les autres sciences, est le fruit de l’expérience. L’homme pouvait-il espérer que la nature bouleversât pour lui l’ordre des saisons, et qu’elle lui accordât la vendange avant la floraison de la vigne, et la liqueur de l’harmonie avant l’élaboration des idées?
In that time of savage infancy, when the Earth still bore on its skin the marks of a painful childbirth; when, travelling in its soiled clothes of mud, it still shivered to remember its pains, how, in its hours of fever, it twisted and tore its own breast, and made spout from the crater of its teats floods of sulphur and fire; how, in its terrible convulsions, laughing savagely, it crushed its members between the rocks; at that time so full of deadly terrors and disasters, rages and deformities, man, attacked by the elements, was prey to all fears. Danger surrounded him on all sides, hounded him. Its spirit as its body was in danger; but for all it was necessary to deal with the body, to save the carnal sphere, the star, to preserve the radiation, the spirit of it. However, I repeat it, his intelligence was not on the level his physical faculties; the muscular force had the step on the intellectual force. This one, slower to be moved than the other, had been let precede by it, and went to its trailer. One day will come where it will be the reverse, and where the intellectual force will exceed of speed the physical force; it will be the tank become locomotive which will tow ox. All that is intended to acquire high summits starts initially by extending underground its roots before growing with the light and opening out its foliage there. The oak pushes less quickly than grass; the acorn is smaller than a pumpkin; and yet the acorn contains a colossus. It is remarkable that the prodigal children, the little marvels of youth, are seldom geniuses in maturity. In the fields of men as in the societies of wheat stalks, it is in fact the seeds which sleep longest under the ground that often produce the most beautiful stems, the richest ears. Before rising, the sap needs to collect. A cette époque d’enfantement sauvage où la Terre portait encore sur la peau les stigmates d’un accouchement pénible ; quand, roulant dans ses draps souillés de fange, elle frissonnait encore au souvenir de ses douleurs, et qu’à ses heures de fièvre, elle se tordait le sein, se le déchirait, et faisait jaillir du cratère de ses mamelles des flots de soufre et de feu ; que, dans ses terribles convulsions, elle broyait, en riant d’un rire farouche, ses membres entre les rochers ; à cette époque toute peuplée d’épouvantements et de désastres, de rages et de difformités, l’homme, assailli par les éléments, était en proie à toutes les peurs. De toutes parts le danger 1’environnait, le harcelait. Son esprit comme son corps était en péril ; mais avant tout il fallait s’occuper du corps, sauver le globe charnel, l’étoile, pour en conserver le rayonnement, l’esprit. Or, je le répète, son intelligence n’était pas au niveau de ses facultés physiques ; la force musculaire avait le pas sur la force intellectuelle. Celle-ci, plus lente à émouvoir que l’autre, s’était laissée devancer par elle, et marchait à sa remorque. Un jour viendra où ce sera l’inverse, et où la force intellectuelle dépassera en vitesse la force physique ; ce sera le char devenu locomotive qui remorquera le boeuf. Tout ce qui est destiné à acquérir de hautes cimes commence d’abord par étendre souterrainement ses racines avant de croître à la lumière et d’y épanouir son feuillage. Le chêne pousse moins vite que l’herbe ; le gland est plus petit que la citrouille ; et cependant le gland renferme un colosse. Chose remarquable, les enfants prodiges, les petites merveilles du jeune âge, à l’âge de maturité sont rarement des génies. Dans les champs d’hommes comme dans les sociétés de blés, ce sont les semences qui dorment le plus longtemps sous la terre qui souvent produisent les plus belles tiges, les plus riches épis. La sève avant de monter a besoin de se recueillir.
All that happened thereafter was but the consequence of these three facts – family, property, and government – joined together in just one, which crowned and consecrated all three: religion. I will thus pass quickly on what remains to traverse past as on what in the zones of the present in order to arrive more quickly at the goal, the society of the future, the world of anarchy. In this retrospective draft of humanity as in the outline of the future society, my intention is not to make the least shortened history of the march of human progress. Rather, I will not tell it. It is to the reader to be compensated by the memory or the intuition so that I omit or will omit to mention. Tout ce qui arriva par la suite ne fut que la conséquence de ces trois faits, la famille, la propriété, le gouvernement, réunis en un seul, qui les a sacrés et consacrés tous trois, — la religion. Je passerai donc rapidement sur ce qui reste à parcourir du passé comme sur ce qui est dans les zones du présent, afin d’arriver plus vite au but, la société de l’avenir, le monde de l’anarchie. Dans cette esquisse rétrospective de l’humanité comme [au loin] dans l’ébauche de la société future, mon intention n’est pas de faire l’histoire même abrégée de la marche du progrès humain. J’indique plutôt que je ne raconte. C’est au lecteur à suppléer par la mémoire ou par l’intuition à ce que j’omets ou omettrai de mentionner.
The Humanisphere L’Humanisphère.
Anarchist Utopia Utopie anarchiste
(continued) (Suite.)
III. III.
Liberty, equality, fraternity! – or death! Liberté, égalité : fraternité ! – ou la mort !
(Revolutionary slogan.) (Sentence révolutionnaire.)
An eye for an eye and a tooth for a tooth. (Moses.) Œil pour œil et dent pour dent. (Moïse.)
The world went forward. From a pedestrian, it had made itself a rider; from a driver, it had made itself a navigator. Commerce, this form of conquest, and conquest, this other commerce, galloped on the gravel of the highways and sailed on the flood of the marine plains. The breasts of camels and the prows of ships pierced the deserts and mediterraneans. Horses and elephants, oxen and carriages, sailing ships and galleys steered their way under man’s hand and traced their furrows on the earth and the waves. The idea penetrated with the sword into the flesh of the populations, it circulated in their veins with the food products of all the climates, it was mirrored in their eyes with the goods of all lands. Horizons were widened. Man had gone forth, initially from the family to the tribe, then from the tribe to the city, and finally from the city to the nation. Asia, Africa, Europe formed nothing any more but one continent; the armies and the caravans had brought closer the distances. India, Egypt, Greece, Carthage and Rome had overflowed into one another, carrying in their currents blood and gold, iron and fire, life and death; and like the waters of the Nile, along with devastation, they had brought a manure of fertilization for the arts and sciences, for industry and agriculture. The flood of the ravagers having passed or having been absorbed by the conquered peoples, progress hastened to raise her head and to provide a more beautiful and ample harvest. First India, then Egypt, then Greece, then Rome had shone, each in its turn, upon the waves of men, and had helped to mature their minds to some extent. Architecture, statuary, letters already formed a splendid spray. In its revolutionary rise, philosophy, like an electric fluid, still strayed among the clouds, but it thundered dully and sometimes flickered lightning while waiting for release from its obstacles. All-powerful Rome had one foot in Persia and the other in Armorica. Like divine Phoebus driving the sun’s chariot, it held the reins of enlightenment in its hands and cast its rays upon the world. Yet in its triumphal race, it had exceeded its zenith and entered its phase of decline. Its proconsular dictatorship touched its decline. It had indeed triumphed over the Gauls and the Carthaginians; it had indeed drowned a formidable insurrection of slaves in blood and almost driven it to extinction; a hundred thousand Spartacuses had perished with weapon in hand, heart pierced by the sword of the civic legions; the broken chains had been reforged and the idea’s shackles made heavier. But the she-wolf had been frightened. And this fight where it had been necessary to spend the best part of its forces, this fight to the death had exhausted it. – Oh! recalling to me these great June days of ancient times, this immense barricade raised by the gladiators in the face of the privileged of the Republic and the armies of the Capitol; oh! I cannot help thinking in these modern times of this other general uprising of the proletarians, and saluting across the centuries, – I, the vanquished on the banks of the Seine, – the vanquished on the banks of the Tiber! The noise of such rebellions is not lost in the mists of time, it reverberates from fiber to fiber, from muscle to muscle, from generation to generation, and it will have echo on the earth as long as society remains a pit of exploiters!… Le monde marchait. De piéton il s’était fait cavalier, de routier navigateur. Le commerce, cette conquête, et la conquête, cet autre commerce, galop[p]aient sur le gravier des grands chemins et voguaient sur le flot des plaines marines. Le poitrail des chameaux et la proue des navires faisaient leur trouée à travers les déserts et les méditerranées. Chevaux et éléphants, bœufs et chariots, voiles et galères manœuvraient sous la main de l’homme et traçaient leur sillon sur la terre et sur l’onde. L’idée pénétrait avec le glaive dans la chair des populations, elle circulait dans leurs veines avec les denrées de tous les climats, elle se mirait dans leur vue avec les marchandises de tous les pays. L’horizon s’était élargi. L’homme avait marché, d’abord de la famille à la tribu, puis de la tribu à la cité, et enfin de la cité à la nation. L’Asie, l’Afrique, l’Europe ne formaient plus qu’un continent ; les armées et les caravanes avaient rapproché les distances. L’Inde, l’Egypte, la Grèce, Carthage et Rome avaient débordé l’une sur l’autre, roulant dans leur courant le sang et l’or, le fer et le feu, la vie et la mort ; et, comme les eaux du Nil, elles avaient apporté avec la dévastation un engrais de fertilisation pour les arts et les sciences, l’industrie et l’agriculture. Le flot des ravageurs une fois écoulé ou absorbé par les peuples conquis, le progrès s’empressait de relever la tête et de fournir une plus belle et plus ample récolte. L’Inde d’abord, puis l’Egypte, puis la Grèce, puis Rome avaient brillé chacune à leur tour sur les ondulations d’hommes et avaient mûri quelque peu leur front. L’architecture, la statuaire, les lettres formaient déjà une magnifique gerbe. Dans son essor révolutionnaire, la philosophie, comme un fluide électrique, errait encore dans les nuages, mais elle grondait sourdement et lançait parfois des éclairs en attendant qu’elle se dégage de ses entraves et produisît la foudre. Rome toute-puissante avait un pied dans la Perse et l’autre dans l’Armorique. Comme le divin Phoebus conduisant le char du soleil, elle tenait en main les rênes des lumières et rayonnait sur le monde. Mais dans sa course triomphale, elle avait dépassé son zénith et entrait dans sa phase de décadence. Sa dictature proconsulaire touchait à son déclin. Elle avait bien, au loin, triomphé des Gaulois et des Carthaginois ; elle avait bien anéanti, dans le sang et presque à ses portes, une formidable insurrection d’esclaves ; cent mille Spartacus avaient péri les armes à la main, mordus au cœur par le glaive des légions civiques ; les maillons brisés avaient été ressoudés et la chaîne rendue plus pesante à l’idée. Mais la louve avait eu peur. Et cette lutte où il lui avait fallu dépenser la meilleure partie de ses forces, cette lutte à mort l’avait épuisée. – Oh ! en me rappelant ces grandes journées de Juin des temps antiques, cette immense barricade élevée par les gladiateurs en face des privilégiés de la République et des armées du Capitole ; oh ! je ne puis m’empêcher de songer dans ces temps modernes à cette autre levée de boucliers des prolétaires, et de saluer à travers les siècles, – moi, le vaincu des bords de la Seine, – le vaincu des bords du Tibre ! Le bruit que font de pareilles rébellions ne se perd pas dans la nuit des temps, il se répercute de fibre en fibre, de muscle en muscle, de génération en génération, et il aura de l’écho sur la terre tant que la société sera une caverne d’exploiteurs !…
The gods of the Capitol grew old; Olympus collapsed, undermined by a new heresy. The pagan Gospel had become illegible. The progress of the times had corroded it in both the letter and the spirit. Progress brought forth the Christian fable. The Empire had replaced the Republic, the Caesars and emperors had replaced the tribunes and consuls. Rome remained Rome. But the Praetorians debauched it, the mystifiers of the empire having replaced the masters of the people, the bloody pioneers of universal unity. The Roman eagles no longer soared on the winds; their tired eyes could no longer contemplate the great lights. Only the dreary torches of the orgy suited their aging eyes; the feats of the circus and the hippodrome sufficed for their bellicose nullity. Like Jupiter, the Roman eagle grew old. The time of moral decomposition had arrived. Rome was hardly more than Rome’s shade. The sewer became its River Acheron, and it sailed, drunk with abjection and steered by the helmsman of the decline, towards the repose of the dead. Les dieux du Capitole se faisaient vieux, l’Olympe croulait, miné par une hérésie nouvelle. L’Evangile païen était devenu illisible. Le progrès des temps en avait corrodé la lettre et l’esprit. Le progrès édita la fable chrétienne. L’Empire avait succédé à la République, les césars et les empereurs aux tribuns et aux consuls. Rome était toujours Rome. Mais les prétoriens en débauche, les encanteurs d’empire avaient remplacé les embaucheurs de peuple, les sanglants pionniers de l’unité universelle. Les aigles romaines ne se déployaient plus au souffle des fortes brises, leurs yeux fatigués ne pouvaient plus contempler les grandes lumières. Les ternes flambeaux de l’orgie convenaient seuls à leur prunelle vieillie ; les hauts faits du cirque et de l’hippodrome suffisaient à leur belliqueuse caducité. Comme Jupiter, l’aigle se faisait vieux. Le temps de la décomposition morale était arrivé. Rome n’était plus guère que l’ombre de Rome. L’égo[û]t était son Achéron, et elle voguait, ivre d’abjection et entraînée par le nautonnier de la décadence, vers le séjour des morts.
In these times, just as life manifests itself within corpses, just as vegetation emerges from putrefaction, so Christianity burgeoned in the catacombs, having germinated underground, and pushed up through the pores of society like grass. The more it was mown, the more it acquired force. En ce temps-là, comme la vie se manifeste au sein des cadavres, comme la végétation surgit de la putréfaction ; en ce temps-là, le christianisme grouillait dans les catacombes, germait sous la terre, et poussait comme l’herbe à travers les pores de la société. Plus on le fauchait et plus il acquérait de force.
Christianity, the work of the Saint-Simonians of that time, is more revolutionary in appearance than in substance. The formalities are followed and… imitated. It is always a matter of universal theocracy, God and the pope; eternal authority both celestial and terrestrial, the father of infants [père enfanteur] and the Father Enfantin, as well as the Father Cabet and the Almighty Father, the Supreme Being and the Holy Father Robespierre; the hierarchy with all the degrees, perpetual command and submission, the shepherd and the lamb, the victim and the sacrificator. It is always the shepherd, the dogs and the herd, God, the priests and crowd. As long as it will be a question of divinity, divinity will always have as consequence in humanity, – at the summit, – the pontiff or king, the God-man; the altar, the throne or the armchair of authority; the tiara, the crown or the presidential toga: the personification on earth of the sovereign master of the heavens. – At the base, – slavery or serfdom, ilotism or the proletariat; the starvation of the body and the intelligence; the rags of the attic or the rags of the penal colony; the labor and the fleece of brutes, labor exploited, the fleece shorn and the flesh itself devoured by the rich. – And between these two terms, the base and the summit, – the clergy, the army, the bourgeoisie; the church, the barracks, the shop; theft, murder, trickery; the man, servant towards his superiors, and the arrogant servant towards his inferiors, crawling like crawl the reptile, and, on the occasion, standing up straight and whistling like them. Le christianisme, oeuvre des saint-simoniens de l’époque, est d’un révolutionnarisme plus superficiel que profond. Les formalistes se suivent et… se ressemblent. C’est toujours de la théocratie universelle, Dieu et le pape ; la sempiternelle autorité et céleste et terrestre, le père enfanteur et le père Enfantin, comme aussi le père Cabet et le père Tout-Puissant, l’Etre-Suprême et le saint-père Robespierre ; la hiérarchie à tous les degrés, le commandement et la soumission à tous les instants, le berger et l’agneau, la victime et le sacrificateur. C’est toujours le pasteur, les chiens et le troupeau, Dieu, les prêtres et la foule. Tant qu’il sera question de divinité, la divinité aura toujours comme conséquence dans l’humanité, – au faîte, – le pontife ou le roi, l’homme-Dieu ; l’autel, le trône ou le fauteuil autoritaire ; la tiare, la couronne ou la toge présidentielle : la personnification sur la terre du souverain maître des cieux. – A la base, – l’esclavage ou le servage, l’ilotisme ou le prolétariat ; le jeûne du corps et de l’intelligence ; les haillons de la mansarde ou les haillons du bagne ; le travail et la toison des brutes, le travail écrémé, la toison tondue et la chair elle-même dévorée par les riches. – Et entre ces deux termes, entre la base et le faîte, – le clergé, l’armée, la bourgeoisie ; l’église, la caserne, la boutique ; le vol, le meurtre, la ruse ; l’homme, valet envers ses supérieurs, et le valet arrogant envers ses inférieurs, rampant comme rampe le reptile, et, à l’occasion, se guindant et sifflant comme lui.
Christianity was all of this. There was, in the evangelic utopia, much more ryegrass than wheat, and the wheat was choked by the ryegrass. Christianity, actually, was a conservation much more than a revolution. But, with its appearance, there was within it a sap that was subversive of the old social order. It is him which raised the woman of her inferiority and proclaimed it equalizes it of the man; he which broke irons in the thought of the slave and opened the doors of a world to him where damnés of this one would be the elected officials of that one. There had been well already some share of the revolts of ilotes. But it is not in the destiny of the man and the woman to go divided and with exclusion one of the other. Christ, or rather the multitude of Christs that this name personifies, put the hand in the hand to them, of made brothers and sisters, gave them the word for the sword, the conquest of future immortality for their place. Then, from atop their cross, it showed them the circus: and all these free recruits, these volunteers of the religious revolution, sprang, – hearts beating and heads filled with courage, – into the mouths of the lions, the flames at the feet of the stakes. Men and women shed their blood in the arena and accepted the baptism of martyrdom side by side. Woman was no less heroic. It was her heroism that determined the victory. These young girls lashed to posts and delivered to the tongues of flame or eaten alive by wild animals; these defenseless gladiators who died with such grace and beauty; these Christian women carrying the aura of enthusiasm, all these hecatombs become apotheoses ended by impressing the witnesses and moving them, in favour of the victims, to espouse their beliefs. The martyrs were thus reborn from their ashes. The circus, which had immolated so many, continued to immolate them, and more armies of attackers came to strangle and kill them. In the end, however, the circus was acknowledged to have been vanquished, and the victorious signs of Christendom were raised over the walls of the field of carnage. Christianity would become Catholicism. The good seed, exhausted, would not be surrendered whole to the tares. Le christianisme fut tout cela. Il y avait dans l’utopie évangélique beaucoup plus d’ivraie que de froment, et le froment a été étouffé par l’ivraie. Le christianisme, en réalité, a été une conservation bien plus qu’une révolution. Mais, à son apparition, il y avait en lui de la sève subversive du vieil ordre social. C’est lui qui releva la femme de son infériorité et la proclama l’égale de l’homme ; lui qui brisa les fers dans la pensée de l’esclave et lui ouvrit les portes d’un monde où les damnés de celui-ci seraient les élus de celui-là. Il y avait bien eu déjà quelque part des révoltes d’Amazones, comme il y avait eu des révoltes d’ilotes. Mais il n’est pas dans la destinée de l’homme et de la femme de marcher divisés et à l’exclusion l’un de l’autre. Le Christ ou plutôt la multitude de Christs que ce nom personnifie, leur mit la main dans la main, en fit des frères et des soeurs, leur donna pour glaive la parole, pour place à conquérir l’immortalité future. Puis, du haut de sa croix, il leur montra le cirque : et toutes ces libres recrues, ces volontaires de la révolution religieuse s’élancèrent, – coeurs battant et courage en tète, à la gueule des lions, au feu des bûchers. L’homme et la femme mêlèrent leur sang sur l’arène et reçurent côte à côte le baptême du martyre. La femme ne fut pas la moins héroïque. C’est son héroïsme qui décida de la victoire. Ces jeunes filles liées à un poteau et livrées à la morsure de la flamme ou dévorées vives par les bêtes féroces ; ces gladiateurs sans défense et qui mouraient de si bonne grâce et avec tant de grâce ; ces femmes, ces chrétiennes portant au front l’auréole de l’enthousiasme, toutes ces hécatombes, devenues des apothéoses, finirent par impressionner les spectateurs et par les émouvoir en faveur des victimes. Ils épousèrent leurs croyances. Les martyrs d’ailleurs renaissaient de leurs cendres. Le cirque, qui en avait tant immolé, en immolait toujours, et toujours des armées d’assaillants venaient lui tendre la gorge et y mourir. A la fin, cependant, le cirque s’avoua vaincu, et les enseignes victorieuses de la chrétienté furent arborées sur les murs du champ de carnage. Le christianisme allait devenir le catholicisme. Le bon grain épuisé allait livrer carrière entière au mauvais.
The greatness of Rome did not exist any longer but in name. The empire struggled like a shipwrecked man amid an ocean of barbarians. This rising tide invaded the Roman possessions and beat in breach the walls of the imperial city. Rome succumbed to the fury of the blades. Pagan civilization had had its dawn, its apogee, its setting; now it drowned the bloody gleam of its last rays in the dark vastnesses. Following this storm, all that there was of scum in the heart of the society agitated on its surface and trôna on the peak of these barbaresque intelligences. The successors of the apostles polluted in the honors the virginity of Christianity. The fraternal Immaculate Conception fell through on its bed of triumph. The doctors in charge of the childbirth had introduced into the maternal organization a solvent homicide, and drug had taken effect. To the day of the delivery, the foetus did not give any more sign of life. Then, in the place of the little runt fraternity, they reflect small their entrails, monster half authority half servility. The barbarians trickery, also adored was too coarse to realize the usurpation of the Church like legitimate thing. To propagate the new worship, to walk the cross and the banner were the mission of cruelty. Only, in these hands accustomed to handle the sword, one reversed the image of crucifié. They strangled the crucifix by the head which they used as a hilt, and turned the point in the air like an unsheathed blade. La grandeur de Rome n’existait plus que de nom. L’empire se débattait comme un naufragée au milieu d’un océan de barbares. Cette marée montante envahissait les possessions romaines et battait en brèche les murs de la cité impériale. Rome succomba à la fureur des lames. La civilisation païenne avait eu son aurore, son apogée, son couchant ; maintenant elle nouait la sanglante lueur de ses derniers rayons dans les ténébreuses immensités. A la suite de cette tourmente, tout ce qu’il y avait d’écume au coeur de la société s’agita à sa surface et trôna sur la crête de ces intelligences barbaresques. Les successeurs des apôtres polluèrent dans les honneurs la virginité du christianisme. L’immaculée conception fraternelle avorta sur son lit de triomphe. Les docteurs chargés de l’accouchement avaient introduit dans l’organe maternel un dissolvant homicide, et la drogue avait produit son effet. Au jour de la délivrance, le foetus ne donnait plus signe de vie. Alors, à la place de l’avorton fraternité, ils mirent le petit de leurs entrailles, monstre moitié autorité moitié servilité. Les barbares étaient trop grossiers pour s’apercevoir de la supercherie, aussi adorèrent-ils l’usurpation de l’Eglise comme chose légitime. Propager le nouveau culte, promener la croix et la bannière fut la mission de la barbarie. Seulement, dans ces mains habituées à manier le glaive, l’on renversa l’image du crucifié. Ils étranglèrent le crucifix par la tête qu’ils prirent pour la poignée, et lui mirent la pointe en l’air comme une lame hors du fourreau.
Cependant, these great displacements of men had not taken place without moving on their passage some barriers. Owners and nationalities were modified. Slavery became serfdom. The patriarchate had had its days of splendour, it was now with the tower of prélature and the baronnie. Military and religious feudality covered the floor of keeps and bell-towers. The baron and the bishop were the powerful ones of then. The federation of these demigods formed the empire whose kings and popes were the Master-gods, the lords suzerains. – the Middle Ages, night disc, went up at the horizon. The bees of science did not have any more where to deposit their honey, if it is not in some cell of monastery; and still the very-holy catholic enquiry penetrated there the clippers and red iron with the hand to destroy the invaluable deposit there and to torture the philosophical swarm there. They were not already any more the shades of the twilight but the funeral veils of the night which planed on the manuscripts of antiquity. Darkness was so thick that it seemed that humanity had about it to never leave. Eighteen times the knell of the centuries tinkled with the clock of time before the Diana the Huntress stripped like an arrow the first rays of the paddle in the heart of this long night only once during these eighteen centuries of cruelty or civilization, – as one will want to call them, – only once, the Humanité giant stirred up under his chains. He would have still supported the dîme and cuts it, the drudgery and the hunger, the whip and the bracket, but the rape of its flesh, the odious right seigneurial weighed too heavily on its heart. Titan tightened its fists convulsivement, squeaked of the teeth, opened the mouth, and an eruption of torches and forks, stones and of faulx streamed on the grounds of the lords; and of the castle-forts collapsed and of the barded lords of the manor of crimes were triturated under the debris. The fire that the negligible vassal ones had lit, and who illuminated one moment sinks it feudal period, died out in their own blood. The jacquerie, like Christianity, had its martyrs. The war of the peasants of France, like that of the ilotes of Rome, ends in the defeat. The Jacques, these legitimate wire of Christs and the spartacus, had the fate of their ancestors. There was not soon more this rebellion that a little ash. The stamping from the communes was all that it resulted. Only, the notable ones among the churls benefitted from it. But the spark brooded under ash and was to produce a general flashover later: ‘89 and ‘93 will set the world ablaze. Cependant, ces grands déplacements d’hommes ne s’étaient pas opérés sans déplacer sur leur passage quelques barrières. Des propriétés et des nationalités furent modifiées. L’esclavage devint le servage. Le patriarcat avait eu ses jours de splendeur, c’était maintenant au tour de la prélature et de la baronnie. La féodalité militaire et religieuse couvrit le sol de donjons et de clochers. Le baron et l’évêque étaient les puissants d’alors. La fédération de ces demi-dieux forma l’empire dont les rois et les papes furent les maîtres-dieux, les seigneurs suzerains. – Le Moyen Age, disque nocturne, montait à l’horizon. Les abeilles de la science n’avaient plus où déposer leur miel, si ce n’est dans quelque cellule de monastère ; et encore la très sainte inquisition catholique y pénétrait-elle les tenailles et le fer rouge à la main pour y détruire le précieux dépôt et y torturer le philosophique essaim. Ce n’étaient déjà plus les ombres du crépuscule mais les funèbres voiles de la nuit qui planaient sur les manuscrits de l’antiquité. Les ténèbres étaient tellement épaisses qu’il semblait que l’humanité n’en dût jamais sortir. Dix-huit fois le glas des siècles tinta à l’horloge du temps avant que la Diane chasseresse décochât comme une flèche les premiers rayons de l’aube au coeur de cette longue nuit. Une seule fois pendant ces dix-huit siècles de barbarie ou de civilisation, – comme on voudra les appeler, – une seule fois, le géant Humanité remua sous ses chaînes. Il aurait encore supporté la dîme et la taille, la corvée et la faim, le fouet et la potence, mais le viol de sa chair, l’odieux droit seigneurial pesait trop lourdement sur son coeur. Le titan serra convulsivement ses poings, grinça des dents, ouvrit la bouche, et une éruption de torches et de fourches, de pierres et de faulx ruissela sur les terres des seigneurs ; et des châteaux-forts s’écroulèrent et des châtelains bardés de crimes furent triturés sous les décombres. L’incendie que d’infimes vassaux avaient allumé, et qui illumina un instant la sombre période féodale, s’éteignit dans leur propre sang. La jacquerie, comme le christianisme, eut ses martyrs. La guerre des paysans de France, comme celle des ilotes de Rome, aboutit à la défaite. Les jacques, ces fils légitimes des Christs et des Spartacus, eurent le sort de leurs ancêtres. Il n’y eut bientôt plus de cette rébellion qu’un peu de cendre. L’affranchissement des communes fut tout ce qu’il en résulta. Seuls, les notables d’entre les manants en profitèrent. Mais l’étincelle couvait sous la cendre et devait produire plus tard un embrasement général : 89 et 93 vont flamboyer sur le monde.
One knows too this time so that it is necessary to review it. I will say only one thing: what lost the Revolution of 93, it is initially like always the ignorance of the masses, and then then they are the mountain dwellers, people more turbulent than revolutionary, more agitated than agitators. What lost the Revolution, it is the dictatorship, it is the committee of public hello, royalty in twelve people superimposed on a vast body of citizen-subjects, which as of-at the time were not accustomed not to be any more but the members slaves of the brain, not to have more other will but the will of the head which dominated them; so that, the day when this head was decapitated, there were not any more republicans. Died the head, died the body. The claquor multitude beat hands with the representation thermidorienne, as it had beaten hands in front of the trestles of the decemvirs and as it beat hands with the spectacle of the 18 brumaire. One had wanted dictaturer the masses, one had worked with their degradation by drawing aside from them any initiative, in their making abdicate any individual sovereignty. One had controlled them in the name of the Republic and to the yoke of the drivers of the public thing; the Empire had only to harness this cattle with its tank to be made some acclaim. While if, on the contrary, one had left each one in charge of representing himself, being his own agent; if this committee of public health had been composed of the thirty million inhabitants who populated the territory of the Republic, i.e. of all that in this number, men or women, was in age to think and to act; if the need then had forced each one to seek, on his own initiative or the initiative of his close relations, measures suitable to safeguard his independence; if one had reflected more maturely and that it had been seen that the social body as the human body is not the inert slave of thought, but well rather a kind of animated alembic the free function of whose organs produces thought; that this thought is only the quintessence of this anarchy of evolution of which the unit is caused by gravitational attractions; finally, if the bourgeois mountain had had less monarchical instincts, if she had wished to count only as one drop among the others in the arteries of the revolutionary torrent, instead of posing like a crystallized pearl on its flood, like an authoritarian jewel encased in its scum, if it had wanted to revolutionize the center of the masses instead of trôner on them and claiming to control them, then undoubtedly the French Armies would not have broken the nations with gunshots, planted the Tricolor on all the European capitals, and souffleté all the conquered people with the defamatory and supposedly honored title of French citizen; not undoubtedly. But the spirit of liberty had made men everywhere on the inside as on the outside; but each man had become an impregnable citadel, each intelligence an inexhaustible arsenal, each arm an invincible army to fight despotism and to destroy it in all its forms; but the Revolution, this Amazon with hypnotic eyes, this conquering of man by humanity, had intoned some great social Marseillaise and unfolded before the world her scarlet scarf, the rainbow of harmony, the radiant purple of unity!… On connaît trop cette époque pour qu’il soit nécessaire de la passer en revue. Je dirai seulement une chose : ce qui a perdu la Révolution de 93, c’est d’abord comme toujours l’ignorance des masses, et puis ensuite ce sont les montagnards, gens plus turbulents que révolutionnaires, plus agités qu’agitateurs. Ce qui a perdu la Révolution, c’est la dictature, c’est le comité de salut public, royauté en douze personnes superposée sur un vaste corps de citoyens-sujets, qui dès lors s’habituèrent à n’être plus que les membres esclaves du cerveau, à n’avoir plus d’autre volonté que la volonté de la tête qui les dominait ; si bien que, le jour où cette tète fut décapitée, il n’y eut plus de républicains. Morte la tête, mort le corps. Le claqueur multitude battit des mains à la représentation thermidorienne, comme il avait battu des mains devant les tréteaux des décemvirs et comme il battit des mains au spectacle du 18 brumaire. On avait voulu dictaturer les masses, on avait travaillé à leur abrutissement en écartant d’elles toute initiative, en leur faisant abdiquer toute souveraineté individuelle. On les avait asservies au nom de la République et au joug des conducteurs de la chose publique ; l’Empire n’eut qu’à atteler ce bétail à son char pour s’en faire acclamer. Tandis que si, au contraire, on avait laissé à chacun le soin de se représenter lui-même, d’être son propre mandataire ; si ce comité de salut public se fût composé des trente millions d’habitants qui peuplaient le territoire de la République, c’est-à-dire de tout ce qui dans ce nombre, hommes ou femmes, était en âge de penser et d’agir ; si la nécessité alors eût forcé chacun de chercher, dans son initiative ou dans l’initiative de ses proches, les mesures propres à sauvegarder son indépendance ; si l’on avait réfléchi plus mûrement et qu’on eût vu que le corps social comme le corps humain n’est pas l’esclave inerte de la pensée, mais bien plutôt une sorte d’alambic animé dont la libre fonction des organes produit la pensée ; que la pensée n’est que la quintessence de cette anarchie d’évolution dont l’unité est causée par les seules forces attractives ; enfin, si la bourgeoisie montagnarde avait eu des instincts moins monarchiques ; si elle avait voulu ne compter que comme une goutte avec les autres dans les artères du torrent révolutionnaire, au lieu de se poser comme une perle cristallisée sur son flot, comme un joyau autoritaire enchassé dans son écume ; si elle avait voulu révolutionner le sein des masses au lieu de trôner sur elles et de prétendre à les gouverner : sans doute les armées françaises n’eussent pas éventré les nations à coup de canon, planté le drapeau tricolore sur toutes les capitales européennes, et souffleté du titre infamant et prétendu honorifique de citoyen français tous les peuples conquis ; non sans doute. Mais le génie de la liberté eût fait partout des hommes au dedans comme au dehors ; mais chaque homme fût devenu une citadelle imprenable, chaque intelligence un inépuisable arsenal, chaque bras une armée invincible pour combattre le despotisme et le détruire sous toutes ses formes ; mais la Révolution, cette amazone à la prunelle fascinatrice, cette conquérante de l’homme à l’humanité, eût entonné quelque grande Marseillaise sociale, et déployé sur le monde son écharpe écarlate, l’arc-en-ciel de l’harmonie, la rayonnante pourpre de l’unité !…
The empire, the restoration of the Caesars, led to the restoration of the old monarchy, which was a progress on the Empire: and the restoration of the old monarchy led to 1830, which was a progress over 1815. But what a progress! a progress in the ideas much more than in the facts L’Empire, restauration des Césars, conduisit à la restauration de la vieille monarchie, qui fut un progrès sur l’Empire : et la restauration de la vieille monarchie conduisit à 1830, qui fut un progrès sur 1815. Mais quel progrès ! un progrès dans les idées bien plus que dans les faits.
Since the ancient ages, sciences had constantly made way. Earth is not any more one the full and motionless surface, as one formerly believed it in the time of creative God, ante or ultra-torrential monster. Not: the ground is a sphere always moving. The sky is not any more one ceiling, the floor of a paradise or a olympe, a kind of vault painted in blue and decorated gold pendants; it is an ocean of fluid of which the neither eye nor the thought can probe the depth. The stars as the suns roll in this wave of azure, and are worlds revolving, like ours, in their vast orbits, and with a pupil animated under their luminous lashes. This definition of Circulus: “the life is a circle in which one can find neither beginning nor end, bus, in a circle, all the points of the circumference are beginning and fine; this definition, while taking more universal proportions, will receive an application more brought closer to the truth, and will become thus more comprehensible with vulgar all the these spheres circulating freely in ether, attracted tenderly by those, pushed back gently by these, obeying all only their passion, and finding in their passion the law of their mobile and perpetual harmony; all these spheres turning initially on themselves, then grouping with other spheres, and forming what is called, I believe, a planetary system, i.e. a colossal circumference of spheres travelling in.liaison.with more gigantic planetary systems and circumferences in circumference, always increasing, and always finding worlds new for coarse their volume and of always unlimited spaces to carry out their progressive evolutions there; finally, all these spheres of spheres and their continuous motion can give only one spherical idea of infinite, and show by an argumentation without counterpart, – argumentation which one can touch of the eye and the thought, – that the anarchist order is the universal order. Because a sphere which always turns, and on all the directions, a sphere which has neither beginning neither end, can have neither high neither low, and consequently neither god with made nor the devil at the base. Circulus in the universality détrône ‘ authority divine and proves its negation by proving the movement, like Circulus in humanity dethrones the governmental authority of the man on the man and the absurdity proves some by proving the movement. Just as the spheres circulate anarchically in universality, in the same way, men must circulate anarchically in humanity, under the sole impulse of reciprocal sympathies and antipathies, attractions and repulsions. Harmony can exist only through anarchy. There is all the solution of the social problem to want to solve it differently, it is to want to give to Galileo a contradicted eternal, it is to say that the ground is not a sphere, and that this sphere does not turn. And however it turns, will repeat I with this poor old man that one condemned to parjurer, and who accepted the humiliation of the life in sight, undoubtedly, to save its idea. This large autoricide, I forgive his apparent cowardice in favour of his science: there are not only the Jesuits who think that the goal justifies the means. The idea of the Circulus in humanity is, in my eyes, a subject of too great importance to devote only these few lines to it; I will return to it. While awaiting more complete developments, I call for the meditations of revolutionaries on this passage. Depuis les âges antiques, les sciences avaient constamment fait du chemin. La Terre n’est plus une surface pleine et immobile, comme on le croyait jadis du temps d’un Dieu créateur, monstre anté ou ulté-diluvien. Non : la terre est un globe toujours en mouvement. Le ciel n’est plus un plafond, le plancher d’un paradis ou d’un olympe, une sorte de voûte peinte en bleu et ornée de culs-de-lampe en or ; c’est un océan de fluide dont ni l’oeil ni la pensée ne peuvent sonder la profondeur. Les étoiles comme les soleils roulent dans cette onde d’azur, et sont des mondes gravitant, comme le nôtre, dans leurs vastes orbites, et avec une prunelle animée sous leurs cils lumineux. Cette définition du Circulus : “ La vie est un cercle dans lequel on ne peut trouver ni commencement ni fin, car, dans un cercle, tous les points de la circonférence sont commencement ou fin ; “ cette définition, en prenant des proportions plus universelles, va recevoir une application plus rapprochée de la vérité, et devenir ainsi plus compréhensible au vulgaire. Tous ces globes circulant librement dans l’éther, attirés tendrement par ceux-ci, repoussés doucement par ceux-là, n’obéissant tous qu’à leur passion, et trouvant dans leur passion la loi de leur mobile et perpétuelle harmonie ; tous ces globes tournant d’abord sur eux-mêmes, puis se groupant avec d’autres globes, et formant ce qu’on appelle, je crois, un système planétaire, c’est-à-dire une colossale circonférence de globes voyageant de concert avec de plus gigantesques systèmes planétaires et de circonférence en circonférence, s’agrandissant toujours, et trouvant toujours des mondes nouveaux pour grossir leur volume et des espaces toujours illimités pour y exécuter leurs progressives évolutions ; enfin, tous ces globes de globes et leur mouvement continu ne peuvent donner qu’une idée sphérique de l’infini, et démontrer par une argumentation sans réplique, – argumentation que l’on peut toucher de l’oeil et de la pensée, – que l’ordre anarchique est l’ordre universel. Car une sphère qui tourne toujours, et sur tous les sens, une sphère qui n’a ni commencement ni fin, ne peut avoir ni haut ni bas, et par conséquent ni dieu au faîte ni diable à la base. Le Circulus dans l’universalité détrône l’autorité divine et prouve sa négation en prouvant le mouvement, comme le circulus dans l’humanité détrône l’autorité gouvernementale de l’homme sur l’homme et en prouve l’absurde en prouvant le mouvement. De même que les globes circulent anarchiquement dans l’universalité, de même les hommes doivent circuler anarchiquement dans l’humanité, sous la seule impulsion des sympathies et des antipathies, des attractions et des répulsions réciproques. L’harmonie ne peut exister que par l’anarchie. Là est toute la solution du problème social. Vouloir le résoudre autrement, c’est vouloir donner à Galilée un éternel démenti, c’est dire que la terre n’est pas une sphère, et que cette sphère ne tourne pas. Et cependant elle tourne, répéterai-je avec ce pauvre vieillard que l’on condamna à se parjurer, et qui accepta l’humiliation de la vie en vue, sans doute, de sauver son idée. A ce grand autoricide je pardonne son apparente lâcheté en faveur de sa science : il n’y a pas que les Jésuites qui sont d’avis que le but justifie les moyens. L’idée du Circulus dans l’universalité est à mes yeux un sujet d’une trop grande portée pour n’y consacrer que ces quelques lignes ; j’y reviendrai. En attendant de plus complets développements, j’appelle sur ce passage les méditations des révolutionnaires.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia UTOPIE ANARCHIQUE
(continued) (suite)
Thus the sciences marched from discovery to discovery. New continents, the two Americas and Australia, had been grouped around the old ones. One of the founders of American Independence, Franklin, tears the lightning from Jehovah’s hands, and science makes of it a domestic force that travels on a wire in the speed of a flash, and respects the word one gives it with the docility of a dog. Fulton tames steam, this amphibious locomotor that Solomon of Caus had seized by the throat. He muzzles it and gives it the hull of a ship for its carapace, and muscular fins serve to replace the capricious span of the sails. And hydre forces it is so large that it is laughed at the winds and the floods, and it is so well overcome that it obeys with an incredible flexibility with the least pressure of the quartermaster. Donc, de découverte en découverte, les sciences marchaient. De nouveaux continents, les deux Amériques, l’Australie, s’étaient groupés autour des anciens. Un des proclamateurs de l’Indépendance américaine, Franklin, arrache la foudre des mains de Jéhovah, et la science en fait une force domestique qui voyage sur un fil de fer avec la rapidité de l’éclair et vous rapporte la réponse au mot qu’on lui jette, avec la docilité d’un chien. Fulton apprivoise la vapeur, ce locomoteur amphibie, que Salomon de Caus avait saisi à la gorge. Il la musèle et lui donne pour carapace la carène d’un navire, et il se sert de ses musculaires nageoires pour remplacer la capricieuse envergure des voiles. Et la force de l’hydre est si grande qu’elle se rit des vents et des flots, et elle est si bien domptée qu’elle obéit avec une incroyable souplesse à la moindre pression du timonier.
With ground, on the ways bordered of rail, the monster with the iron body, the raucous voice, the lungs of flame, leaves well far behind him the patache, the cuckoo and diligence. To the signal of that which assembles it, to a light blow of clamp, it leaves, involving with its trailer a whole avenue of travelling houses, the population of a whole district of city, and that with a speed which precedes the flight of the bird. In the factories, slave with the thousand wheels, it works with a marvellous address with the most delicate work as with the coarsest work. Typography, this splendid invention by means of which one carves the word and one reproduces it to thousands of specimens, the typography owes him a new rise. It is him which weaves the fabrics, the dye, the moire, the pin, him which saws wood, files iron, polishes steel; he finally which makes a crowd of instruments of work and objects of consumption. with the fields, it clears, it plows, it sows, it harrows and it harvests; it crushes ear under the grinding stone; the ground corn, it carries it downtown, it kneads it and it makes bread of it: it is an encyclopaedic worker. Undoubtedly, in society as it is organized, the steam-powered machine displaces many lives and competes with many arms. But what a partial and transitory evil in comparison with the generous and final results! This is what shall clear the roads to the future. In Barbarism as in Civilization, which nowadays are synonymous, progress can cut a path only by treading on corpses. The era of peaceful progress will open only on the bones of the civilized world, when monopoly breathes its last gasp and the products of work will belong to the public domain. A terre, sur les chemins bordés de rails, le monstre au corps de fer à la voix rauque, aux poumons de flamme, laisse bien loin derrière lui la patache, le coucou et la diligence. Au signal de celui qui le monte, à un léger coup d’étrier, il part, entraînant à sa remorque toute une avenue de maisons roulantes, la population de tout un quartier de ville, et cela avec une vitesse qui prime le vol de l’oiseau. Dans les usines, esclave aux mille rouages, il travaille avec une merveilleuse adresse aux travaux les plus délicats comme aux travaux les plus grossiers. La typographie, cette magnifique invention au moyen de laquelle on sculpte la parole et on la reproduit à des milliers d’exemplaires, la typographie lui doit un nouvel essor. C’est lui qui tisse les étoffes, les teint, les moire, les broche, lui qui scie le bois, lime le fer, polit l’acier ; lui enfin qui confectionne une foule d’instruments de travail et d’objets de consommation. Aux champs, il défriche, il labore, il sème, il herse et il moissonne ; il broie l’épi sous la meule ; le blé moulu, il le porte en ville, il le pétrit et il en fait du pain : c’est un travailleur encyclopédique. Sans doute, dans la société telle qu’elle est organisée, la machine à vapeur déplace bien des existences et fait concurrence à bien des bras. Mais qu’est-ce qu’un mal partiel et passager en comparaison des résultats généraux et définitifs? C’est elle qui déblaie les routes de l’avenir. En Barbarie comme en Civilisation, ce qui de nos jours est synonyme, le progrès ne peut se frayer le chemin qu’en passant sur des cadavres. L’ère du progrès pacifique ne s’ouvrira que sur les ossements du monde civilisé, quand le monopole aura rendu le dernier soupir et que les produits du travail seront du domaine public.
Astronomy, physics, chemistry, all the sciences had progressed. Only social science had remained stationary. Since Socrates, who drank the hemlock, and Jesus who was crucified, it had had no great light. Then, in the more debased sectors of society, in something far more contemptible than a cattle shed, in a shop, was born a great reformer. Fourier had just discovered a new world in which all individualities have a value necessary to collective harmony. Passions are the instruments in this living concert which has, for a bow, the fibers of attractions. It was hardly possible for Fourier to reject the frock entirely; in spite of himself, he preserved from his commercial education the bourgeois tradition of prejudice in favor of authority and servitude that made him deviate from absolute freedom and equality, from anarchy. Nevertheless, it is before this bourgeois that I discover myself, and I salute in him an innovator, a revolutionary. As much as other bourgeois are dwarves, so much this one is a giant. His name will remain inscribed in the memory of humanity. L’astronomie, la physique, la chimie, toutes les sciences pour mieux dire avaient progressé. Seule, la science sociale était restée stationnaire. Depuis Socrate qui but la ciguë, et Jésus qui fut crucifié, aucune grande lumière n’avait lui. Quand, dans les régions les plus immondes de la société, dans quelque chose de bien autrement abject qu’une étable, dans une boutique, naquit un grand réformateur. Fourier venait de découvrir un nouveau monde où toutes les individualités ont une valeur nécessaire à l’harmonie collective. Les passions sont les instruments de ce vivant concert qui a pour archet la fibre des attractions. Il n’était guère possible que Fourier rejetât entièrement le froc ; il conserva, malgré lui, de son éducation commerciale, la tradition bourgeoise, des préjugés d’autorité et de servitude qui le firent dévier de la liberté et de l’égalité absolues, de l’anarchie. Néanmoins, devant ce bourgeois je me découvre, et je salue en lui un novateur, un révolutionnaire. Autant les autres bourgeois sont des nains, autant celui-là est un géant. Son nom restera inscrit dans la mémoire de l’humanité.
1848 arrived, and revolutionary Europe caught fire like a powder trail. June, this jacquerie of the nineteenth century, protested against the modern abuses of the new lord. The rape of the right to work and the right to love, the exploitation of man and woman by gold, aroused and armed proletariat. The feudality of capital shook upon its foundations. The high barons of usury and the baronets of petty commerce cowered behind their counters, and from the top of their platform hurled upon the insurrection enormous blocks of armies, ebullient floods of mobile guards. By jesuitic tactics, they managed to crush the revolt. More than thirty thousand rebels, men, women and children, were thrown into the oubliettes of prison vaults. Innumerable prisoners were shot, with the contempt of a poster placarded with all the angles of the streets, posts which invited the insurrectionists to deposit the weapons and declared to them that it neither would have neither victors nor vanquished, but brothers, – enemy brothers, one wanted to say! The streets were strewn with dashed-out brains. The disarmed proletarians were piled up in the cellars of the Tuileries, in the Hôtel de Ville, in the École Militaire, in the stables of the barracks, the careers of Ivry, in the ditches of the Champ de Mars, all the sewers of the capital of the civilized world, and there massacred with all the refinements of cruelty! The shots rained by all the ventilators, lead fell as a bread in these cesspools where, – among the groans of the dying, the laughter of the insane, – one clapotait in the urine and blood to semi-leg, asphyxiated by the lack of air and tortured by thirst and the hunger. The suburbs were treated like, with the Middle Ages, a place taken by storm. The archers of civilization went up in the houses, went down in the cellars, excavated in all the corners and recesses, passing to the wire of the bayonet all that appeared suspect to them. Between the dismantled barricades and in the place of each paving stone one could have put a head of corpse… Never, not since the world was the world, had such slaughter been seen. And not only did the national guards of city and province, the industrialists and tradesmen, the bourgeois and their flunkies commit a thousand and one atrocities after the combat, but the women themselves, the women of the stores and and the salons, showed themselves even keener than their husbands upon the bloody quarry. It was they who waved their scarves from the balconies; they who hurled flowers, ribbons, and kisses upon the troops leading the convoys of prisoners; they who insulted the vanquished; they who demanded with great cries and terrible words that they be shot before their own doors and hung from their shutters these chained lions whose roaring had made them blanch amid their money-changing or their orgies; they who, at the passing of these tormented giants, spit these words in their faces, which for many served as their sentence: Put them to death! Cast them into the muck!… Ah! these women were not women, but bourgeois females! 1848 arriva, et l’Europe révolutionnaire prit feu comme une traînée de poudre. Juin, cette jacquerie du xixe siècle, protesta contre les modernes abus du nouveau seigneur. Le viol du droit au travail et du droit à l’amour, l’exploitation de l’homme et de la femme par l’or souleva le prolétariat et lui mit les armes à la main. La féodalité du capital trembla sur ses bases. Les hauts barons de l’usure et les baronnets du petit commerce se crénelèrent dans leurs comptoirs, et du haut de leur plate-forme lancèrent sur l’insurrection d’énormes blocs d’armées, des flots bouillants de gardes mobiles. A force de tactique jésuitique ils parvinrent à écraser la révolte. Plus de trente mille rebelles, hommes, femmes et enfants, furent jetés aux oubliettes des pontons et des casemates. D’innombrables prisonniers furent fusillés, au mépris d’une affiche placardée à tous les angles des rues, affiche qui invitait les insurgés à déposer les armes et leur déclarait qu’il n’y aurait ni vainqueurs ni vaincus, mais des frères, – frères ennemis, voulait-on dire ! Les rues furent jonchées d’éclats de cervelles. Les prolétaires désarmés furent entassés dans les caveaux des Tuileries, de l’Hôtel de Ville, de l’Ecole Militaire, dans les écuries des casernes, dans les carrières d’Ivry, dans les fossés du Champ-de-Mars, dans tous les égouts de la capitale du monde civilisé, et là massacrés avec tous les raffinements de la cruauté ! Les coups de feu pleuvaient par tous les soupiraux, le plomb tombait en guise de pain dans ces cloaques où, parmi les râles des mourants, les éclats de rire de la folie, – l’on clapotait dans 1’urine et dans le sang jusqu’à mi-jambe, asphyxié par le manque d’air et torturé par la soif et la faim. Les faubourgs furent traités comme, au Moyen Age, une place prise d’assaut. Les archers de la civilisation montèrent dans les maisons, descendirent dans les caves, fouillèrent tous les coins et recoins, passant au fil de la baïonnette tout ce qui leur paraissait suspect. Entre les barricades démantelées et à la place de chaque pavé on aurait pu mettre une tête de cadavre… Jamais, depuis que le monde est monde, on n’avait vu pareille tuerie. Et non seulement les gardes nationaux de la ville et de la province, les industriels et les boutiquiers, les bourgeois et leurs satellites commirent après le combat mille et une atrocités ; mais les femmes même, les femmes de magasin et de salon, se montrèrent encore plus acharnées que leurs maris à la sanglante curée. C’est elles qui, du haut des balcons, agitaient des écharpes ; elles qui jetaient des fleurs, des rubans, des baisers aux troupes conduisant les convois de prisonniers ; elles qui insultaient aux vaincus ; elles qui demandaient à grands cris et avec d’épouvantables paroles qu’on fusillât devant leur porte et qu’on accrochât à leurs volets ces lions enchaînés dont le rugissement les avait fait pâlir au milieu de leur agio ou de leur orgie ; elles qui, au passage de ces gigantesques suppliciés, leur crachaient au visage ces mots, qui pour beaucoup étaient une sentence : A mort ! à la voirie !… Ah ! ces femmes-là n’étaient pas des femmes, mais des femelles de bourgeois !
They thought to have drowned Socialism in blood. On the contrary, it just been given the baptism of life! Crushed in the public square, it took refuge in the clubs, in the workshops, like Christianity in the catacombs, recruiting and proselytizing. Far from destroying its seed, persecution had germinated it. Today, like the grain of wheat under the snow, the germ is hidden under the money that triumphed over labor. But let time pass, let the thaw arrive, let the liquidation melt with a spring sun all this cold exhibition of lucre, this metallic blanket heaped up in thick layers on the chest of the proletariat; let the revolutionary season emerge from the Fishes of February and enter the sign of the Ram, and one shall see Socialism raising its head and continuing its zodiacal dash until it has reached the figure of the Lion, – until the grain produces its ear. On crut avoir anéanti le Socialisme dans le sang. On venait, au contraire, de lui donner le baptême de vie ! Ecrasé sur la place publique, il se réfugia dans les clubs, dans les ateliers, comme le christianisme dans les catacombes, recrutant partout des prosélytes. Loin d’en détruire la sentence, la persécution l’avait fait germer. Aujourd’hui, comme le grain de blé sous la neige, le germe est enfoui sous l’argent vainqueur du travail. Mais que le temps marche, que le dégel arrive, que la liquidation fasse fondre à un soleil de printemps toute cette froide exhibition du lucre, cette nappe métallique amoncelée par couches épaisses sur la poitrine du prolétariat ; que la saison révolutionnaire se dégage des Poissons de Février et entre dans le signe du Bélier, et l’on verra le Socialisme relever la tête et poursuivre son élan zodiacal jusqu’à ce qu’il ait atteint la figure du Lion, – jusqu’à ce que le grain ait produit son épi.
Just as 1789 had had its rebel angel – Mirabeau, launching from the Tennis Court this bloody apostrophe to the face of the aristocracy: “Go and tell your master that we are here by the will of the people, and that the force of bayonets alone shall drive us away!” – 1848 also had its Proudhon, another rebellious spirit, which in its book, had spit this mortal conclusion with the face of the bourgeois: “Property is theft!” Without 1848, this truth had slept been unaware of a long time at the bottom of some library of privileged person! 1848 clarified it, and for framework the publicity of the daily press gave him, the multiplicity of the clubs in full wind: it was engraved in the thought of each worker. The great merit of Proudhon it is not to have been always logical, far from it, but to have caused the others to seek logic. Because the man who also said: “God is evil, – Slavery is murder, – Charity is a mystification, – and thus and still; the man who asserted with such an amount of force the freedom of the man; this same man, alas!, also attacked the freedom of woman: he placed her outside of society, he decreed her to be outside of humanity. Proudhon is yet only a fraction of revolutionary genius; half his being is paralysed, and it is unfortunately the side of the heart. Proudhon has anarchist tendencies, but he is not an anarchist; he is not humanity, he is masculinity. And yet, – as a reformer, if there are flaws in this diamond, – as an agitator, he has dazzling sparks. Admittedly, he is something. And the Mirabeau of the Proletariat has nothing to envy in the Mirabeau of the Bourgeois; the former exceeds the latter by all the height of his innovative intelligence. The one had just a dash of rebellion, a flash, a spark quickly extinguished in the darkness of corruption. The other made thunderclaps resound upon thunderclaps. He not only threatened, he struck down the old social order. Never had man pulverized in his wake so many secular abuses, so many superstitions popularly supposed legitimate. Comme 89 avait eu son ange rebelle : Mirabeau, lançant du sein du Jeu de Paume, cette sanglante apostrophe au front de l’aristocratie : “Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes !”, 48 eut aussi son Proudhon, un autre esprit rebelle, qui dans un livre, avait craché cette mortelle conclusion à la face de la bourgeoisie : “La Propriété, c’est le vol !” Sans 48, cette vérité eût dormi longtemps ignorée au fond de quelque bibliothèque de privilégié. 48 la mit en lumière, et lui donna pour cadre la publicité de la presse quotidienne, la multiplicité des clubs en plein vent : elle se grava dans la pensée de chaque travailleur. Le grand mérite de Proudhon ce n’est pas d’avoir été toujours logique, tant s’en faut, mais d’avoir provoqué les autres à chercher la logique. Car l’homme qui a dit aussi : “Dieu, c’est le mal, – l’Esclavage, c’est l’assassinat, la Charité, c’est une mystification”, – et ainsi et encore ; l’homme qui a revendiqué avec tant de force la liberté de l’homme ; ce même homme, hélas ! a aussi attaqué la liberté de la femme : il a mis celle-ci au ban de la société, il l’a décrétée hors l’humanité. Proudhon n’est encore qu’une fraction de génie révolutionnaire ; la moitié de son être est paralysé, et c’est malheureusement le côté du cœur. Proudhon a des tendances anarchiques, mais ce n’est pas un anarchiste ; il n’est pas humanité, il est masculinité. Mais, – comme réformateur, s’il est des taches à ce diamant, – comme agitateur, il a d’éblouissantes étincelles. Certes, c’est quelque chose. Et le Mirabeau du Prolétariat n’a rien à envier au Mirabeau de la Bourgeoisie ; il le dépasse de toute la hauteur de son intelligence novatrice. L’un n’eut qu’un seul élan de rébellion, il fut un éclair, une lueur qui s’éteignit rapidement dans les ténèbres de la corruption. L’autre fit retentir coups de tonnerres sur coups de tonnerres. Il n’a pas seulement menacé, il a foudroyé le vieil ordre social. Jamais homme ne pulvérisa sur son passage tant de séculaires abus, tant de superstitions prétendues légitimes.
1789 was the 1848 of the Bourgeoisie rising against the nobility; 1848 was the 1789 of the Proletariat rising against the Bourgeoisie. Farewell, 1793! 89 fut le 48 de la Bourgeoisie insurgée contre la noblesse ; 48, le 89 du Prolétariat insurgé contre la Bourgeoisie. A bientôt le 93!
And now, pass, provisional authorities: the white republic, as formerly as a famous poet once called it according to his whims, who feared that the Vendôme column would not be melted down to be made into pennies. Pass, blue republic and pink republic, the republic called honest and moderate, as men are called devout, undoubtedly because those men and this republic are neither one nor the other. Pass also, pachaïsme of Cavaignac the African, hideous Othello, jealous of the form, who stabbed the Republic in the heart because it had social inclinations. Pass, Napoleonic presidency, emperor and empire, pontificate of robbery and murder, catholicity of mercantile, jesuitic, and militaristic interests. Pass, pass, final gleams of the lamp of Civilisation and, before extinguishing yourselves, cast upon the panes of Plutus’ temple the bourgeois shadows of this great seraph. Pass, pass, dying lights, and in fleeting, illuminate the night rounds of the courtiers of the present régime, phantoms grouped about the spectre of Ste.-Hélène, all this phantasmagoria of titled, mitered, braided, silver- and copper-plated, verdegrised ghosts, this Bohemia of the court, the sacristy, the shop, sophistical sorcery of the imperial Sabbath. Pass! Pass! The dead flee!… Et maintenant, passez autorités provisoires : république blanche, comme jadis l’appelait de ses voeux un illustre poète qui craignait alors qu’on ne fondit la colonne Vendôme pour en faire des pièces de deux sous. Passez, république bleue et république rose, république dite honnête et modérée, comme il est des hommes dits de dévouement, sans doute parce que ces hommes et cette république ne sont ni l’un ni l’autre. Passez aussi, pachaïsme de Cavaignac l’Africain, hideux Othello, jaloux de la forme, et qui poignarda la République au coeur parce qu’elle avait des velléités sociales. Passez, présidence napoléonienne, empereur et empire, pontificat du vol et du meurtre, catholicité des intérêts mercantiles, jésuitiques et soldatesques. Passez, passez, dernières lueurs de la lampe Civilisation et, avant de vous éteindre, faites mouvoir sur les vitres du temple de Plutus les ombres bourgeoises de ce grand séraphin. Passez, passez, clartés mourantes, et illuminez en fuyant la ronde de nuit des courtisans du régime actuel, fantômes groupés autour du spectre de Sainte-Hélène, toute cette fantasmagorie de revenants titrés, mitrés, galonnés, argentés, cuivrés, verdegrisés, cette bohème de cour, de sacristie, de boutique et d’arrière-boutique, sophistique sorcellerie du Sabbat impérial. Passez ! passez ! Les morts vont vite !…
Go, Caesar, into this house of perdition that is called the Tuileries, satisfy your obscene whims: caress these ladies, and these bottles, drain the cup of princely pleasures; sleep, Masters, on satin-skinned cushions or velvet pillows. This Elysian brothel is much better than your old Hay-Market hovel. Let us go, ex-constable of London, take in hand your sceptre, and thrash them all, these great lord-servants, and all these people who are servants of your servants; bend them still lower under the weight of your despotism and abjection. Go, providential man, break the bones of this skeleton society; reduce them to dust, so that one day the Revolution has nothing more to do than blow on it to make it disappear. Allons, César, dans cette maison de perdition qu’on nomme les Tuileries, satisfaites vos obscènes caprices : caressez ces dames, et ces flacons, videz la coupe des voluptés princières ; endormez-vous, Maîtres, sur des coussins de peau de satin, ou des oreillers de velours. Cet élyséen lupanar vaut bien votre ancien bouge de Hay-Market. Allons, ex-constable de Londres, prenez en main votre sceptre, et bâtonnez-les tous, ces grands seigneurs-valets, et tout ce peuple valet de vos valets ; courbez-les plus bas encore sous le poids de votre despotisme et de votre abjection. Allons, homme providentiel, rompez-lui les os, à cette société squelette ; réduisez-la en poussière, afin qu’un jour la Révolution n’ait plus qu’à souffler dessus pour la faire disparaître.
Priests, intone the Te Deum over the planks of your churches. Baptize, catechise, confess, marry and bury the living and the dead; sprinkle the world with sermons and holy water to exorcise the demon of free thought. Prêtres, entonnez Te Deum sur les planches de vos églises. Baptisez, catéchisez, confessez, mariez et enterrez les vivants et les morts ; aspergez le monde de sermons et d’eau bénite pour en exorciser le démon de la libre pensée.
Soldiers, sing of the dregs and the scum, of red intoxications. Kill in Sevastopol and kill in Paris. Set up camp in blood and wine and spittle; empty your cans and empty your rifles; smash human craniums and make spout out the brain of it; relax tons of spirits, made run a brook crimson of it, and will vautrez you in this brook to drink there with full mouthful… Victory! soldiers: you have, in the number of 300 thousand, and after two years of hesitation, removed the ramparts of Sevastopol, defended by the fair children of Russia; and, in the number of 500 thousand, after one or two nights of ambush, you conquered, with a very military bravery, the boulevards of Paris, these boulevards where marched, arm in arm, an army of walkers of all ages and all sexes. Soldiers! you are brave men, and from the depths of his tomb, Papavoine watches you!… Soldats, chantez la lie et l’écume, les rouges ivresses. Tuez à Sébastopol et tuez dans Paris. Bivouaquez dans le sang et le vin et les crachats ; videz vos bidons et videz vos fusils ; défoncez des crânes humains et faites-en jaillir la cervelle ; débondez des tonnes de spiritueux, faites-en couler un ruisseau pourpre, et vautrez-vous dans ce ruisseau pour y boire à pleine gorgée… Victoire ! soldats : vous avez, au nombre de 300 mille, et après deux ans d’hésitation, enlevé les remparts de Sébastopol, défendus par de blonds enfants de la Russie ; et, au nombre de 500 mille, et après une ou deux nuits d’embuscade, vous avez conquis, avec une bravoure toute militaire, les boulevards de Paris, ces boulevards où défilait, bras dessus, bras dessous, une armée de promeneurs de tous âges et de tous sexes. Soldats ! vous êtes des braves, et du fond de son tombeau Papavoine vous contemple !…
Judges, informers, legislators and torturers, spy, deport, guillotine, throw the book at the good and the bad alike, this pullulation of the malcontents who, unlike you who gnaw away at budgets, do not think that all is for the best in the best of all possible worlds. Manipulators of the scales of justice, weigh against the weight of gold the culpability of social demands. – Bankers, tradesmen, usurers, leeches upon the production for which the producer is such an easy prey, extend your horns, seize the proletariat by the throat and pump him for all the gold in his veins. Speculate, trade, usure, exploit; make holes in the worker’s shirt and run off without paying [faites des trous à la blouse de l’ouvrier et des trous à la lune]. Rich man, fatten your paunches and starve the flesh of the poor. – Lawyers, plead for and against, black and white; strip the widow and the orphan for the profit of the powerful and corrupt and the little artisan for the profit of the big industrialist. Make lawsuits among the owners while waiting for society to hold your trial and that of property. Lend the criminal courts the support of your parodies of defense, and thus absolve the condemnation under pretext of absolving the defendant. – Baliffs, solicitors and notaries, write upon official papers acts of property or piracy; dispossess these ones and invest the others; frolic like caterpillars upon the rich and copious tops, in order to exhaust more quickly the sap that goes up unceasingly from the lower layers to feed them. – Doctors of public instruction, who have the faculty to develop the children of the society in the name of scholarly or clerical cretinism, beat the girls and boys and beat them again. – Graduates of the Faculty of Medicine for mercurial and arsenical medication, order the sick about, experiment on the proletarians and torture them on your hospital beds. Go, empiricals, not only your patent of scientific incapacity and of grocer’s rapacity authorizes you there, but you have, moreover, the guarantee of the government. Do well, and for the little that you are in possession of aristocratic customers and a well-intentioned character, the head of State will detach from his crown a gold star and suspend it from your buttonhole. Juges, mouchards, législateurs et bourreaux, espionnez, déportez, guillotinez, code-pénalisez les bons et les mauvais, cette pullulation de mécontents qui, à l’encontre de vous, grignoteurs et dévorateurs de budgets, ne pensent pas que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Manipulateurs des plateaux de la justice lice, pesez au poids de l’or la culpabilité des revendications sociales. – Banquiers, boutiquiers, usiniers, sangsues de la production pour qui le producteur est une si douce proie, allongez vos trompes, saisissez le prolétariat à la gorge et pompez-lui tout l’or de ses veines. Agiotez, commercez, usurez, exploitez ; faites des trous à la blouse de l’ouvrier et des trous à la lune. Riches, engraissez-vous la panse et amaigrissez la chair du pauvre. – Avocats, plaidez le pour et le contre, le blanc et le noir ; dépouillez la veuve et l’orphelin au profit du puissant prévaricateur, et le petit artisan au profit du grand industriel. Suscitez des procès entre les propriétaires, en attendant que la société fasse votre procès et celui de la propriété. Prêtez aux tribunaux criminels l’appui de vos parodies de défense, et innocentez ainsi la condamnation, sous prétexte d’innocenter l’accusé. – Huissiers, avoués et notaires, rédigez sur papier timbré des actes de propriété ou de piraterie ; dépossédez ceux-ci et investissez ceux-là ; ébattez-vous comme des chenilles sur les riches et plantureux sommets, afin d’épuiser plus vite la sève qui des couches inférieures monte sans cesse pour les alimenter. – Docteurs de l’instruction publique, qui avez la faculté de mercurialiser les enfants de la société au nom du crétinisme universitaire ou clérical, fessez et refessez filles et garçons. – Diplômés de la Faculté de Médecine pour la médicamentation mercurielle et arsenicale, ordonnancez les malades, expérimentez sur les prolétaires et tenaillez-les sur le chevalet de vos hôpitaux. Allez, empiriques, non seulement votre brevet d’incapacité scientifique et de rapacité épicière vous y autorise, mais vous avez, de plus, la garantie du gouvernement. Faites, et pour peu que vous soyez en possession d’une aristocratique clientèle et d’un caractère bien pensant, le chef de l’Etat détachera de sa couronne une étoile d’or pour la suspendre à votre boutonnière.
All of you, finally, who are opulent in opprobrium, abusers of authority upon whom fortune smiles in the way that prostitutes smile from the threshold of houses of disrepute; debauched by Christian decadence, corrupting and corrupted, trample, trample upon the “vile multitude,” dirty it with your mud, bruise it with your heels, assail its decency, its intelligence, its life; do all of this, and keep on doing it!… Vous tous, enfin, qui êtes opulents d’opprobre, fortaiteurs à qui la fortune sourit, comme sourient les prostituées au seuil des maisons borgnes ; débauchés de la décadence chrétienne, corrupteurs et corrompus, piétinez, piétinez sur la “ vile multitude ”, salissez-la de votre boue, rneurtrissez-la de vos talons, attentez à sa pudeur, à son intelligence, à sa vie ; faites, et faites encore !…
And then, afterwards?… Et puis, après?…
Will you prevent the sun from shining and progress from following its course? No, for you will not be able to pretend that usury is not usury, that poverty is not poverty, that bankruptcy is not bankruptcy, and that the revolution is not the revolution!!… Empêcherez-vous le soleil de luire et le progrès de suivre son cours? Non, car vous ne pourrez pas faire que l’usure ne soit pas l’usure, que la misère ne soit pas la misère, que la banqueroute ne soit pas la banqueroute, et que la révolution ne soit pas la révolution !!…
O bourgeois, you who never produced anything but exactions, and who dream of satisfactions eternal while digesting your temporary satisfactions, tell me, Bourgeois, when you pass an hour in the streets, do not feel you something like a shadow that follows you, something that walks and that does not lose your track? As long as you are standing upright and covered with the imperial livery as your armour, as long as you will have the regimented bayonets for your crutches, and the chopper of the guillotine stands atop this immense bundle of weapons, with the penal catechism on one side and the religious code of the other; as long as capital shines upon all of this like a sun of Austerlitz, Bourgeois, you will never have anything to fear from the wolf, from the hyena, or from the spectre the scent of which terrifies you. But on the day when a veil passes over this sun; the day when your livery will be worn through, on the day when, shivering in your nudity, you will stumble from one false step to the next and fall to the ground, frightened, terrorified; on the day when you fall from Moscow to Berezina, oh! on this day, I tell you, woe unto you! The wolf, the hyena, or the spectre will cut you from belly to throat, and it will devour your entrails, and render your members and your livery in scraps, your bundles of bayonets and your catechisms and your codes. Your utopia of capital will be done with. Like a kite whose string is broken, your golden sun will plunge into the abyss. Paris will have become your Waterloo; and Waterloo, as you know, led to Ste. Helene… In truth, in truth, I say it to you, this day it will have for you neither pity there nor thank you. Remember June! they will shout at you. An eye for an eye, and a tooth for a tooth! – Bourgeois, bourgeois, you are too Jewish not to know the law of Moses… Ô Bourgeois, vous qui n’avez jamais rien produit que des exactions, et qui rêvez des satisfactions éternelles en digérant vos satisfactions momentanées, dites, Bourgeois, quand vous passez à l’heure qu’il est par les rues, ne sentez-vous pas quelque chose comme une ombre qui vous suit, quelque chose qui marche et qui ne lâche pas votre piste? Tant que vous serez debout et revêtus de la livrée impériale comme d’une cuirasse, tant que vous aurez pour béquilles les baïonnettes enrégimentées, et que le couperet de la guillotine surmontera cet immense faisceau d’armes, avec le catéchisme-pénal d’un côté et le code-religieux de l’autre ; tant que le capital rayonnera sur tout cela comme un soleil d’Austerlitz, Bourgeois, vous n’aurez rien à craindre du loup, de l’hyène ou du spectre dont le flair vous épouvante. Mais, le jour où un voile passera sur ce soleil ; le jour où votre livrée sera usée jusqu’à la trame, le jour où, frissonnant dans votre nudité, vous trébucherez de faux pas en faux pas et roulerez à terre, effarés, terrorifiés ; le jour où vous tomberez de Moscou en Bérézina oh ! ce jour-là, je vous le dis, malheur à vous ! Le loup, l’hyène ou le spectre vous sautera au ventre et à la gorge, et il vous dévorera les entrailles, et il mettra en lambeaux vos membres et votre livrée, vos faisceaux de baïonnettes et vos catéchismes et vos codes. C’en sera fait de votre utopie du capital. Comme un cerf-volant dont la ficelle est cassée, votre soleil d’or piquera une tête dans l’abîme. Paris sera devenu votre Waterloo ; et Waterloo, vous le savez, conduit à Sainte-Hélène… En vérité, en vérité je vous le dis, ce jour-là il n’y aura pour vous ni pitié ni merci. Souvenez-vous de Juin ! vous criera-t-on. Œil pour œil et dent pour dent ! – Bourgeois, bourgeois, vous êtes trop juifs pour ne pas connaître la loi de Moïse…
Ah! always iron and lead and fire! always fratricide among men! always victors and vanquished! When, then, will the time of the bloody trials be over? Will Civilization finally die of indigestion from eating corpses? Ah ! toujours le fer et le plomb et le feu ! toujours le fratricide entre les hommes ! toujours des vainqueurs et des vaincus ! Quand donc cessera le temps des sanglantes épreuves? A force de manger des cadavres, la Civilisation ne mourra-t-elle pas enfin d’indigestion?
When men understand that Authority is evil; Quand donc les hommes comprendront-ils que l’Autorité c’est le mal ;
– That Property, which is also authority, is evil; – Que la Propriété, qui est aussi de l’autorité, c’est le mal ;
– That the Family, which once again is authority, is evil; – Que la Famille, qui est encore de l’autorité, c’est le mal ;
– That Religion, which is always authority, is evil; – Que la Religion, qui est toujours de l’autorité, c’est le mal ;
– That Legality, Constitutionality, Regulativity, Contractuality, which are all authority, are evil, again evil, always evil! – Que la Légalité, la Constitutionalité, la Réglementalité, la Contrationalité, qui toutes sont de l’autorité, c’est le mal, encore le mal, toujours le mal !
Spirit of Anarchy, spirit of the future centuries, deliver us from evil!!! Génie de l’Anarchie, esprit des siècles futurs, délivrez-nous du mal !!!
End of Part One Fin de la première partie
Errata – Dans notre dernier numéro, fin de la dernière colonne (l’Humanisphère) au lieu de : l’idée du Circulus dans ‘‘l’humanité’’ est à mes yeux un sujet d’une trop grande portée pour n’y consacrer que quelques lignes, il faut lire : l’idée du Circulus dans ‘‘l’universalité’’ etc. Errata – Dans notre dernier numéro, fin de la dernière colonne (l’Humanisphère) au lieu de : l’idée du Circulus dans ‘‘l’humanité’’ est à mes yeux un sujet d’une trop grande portée pour n’y consacrer que quelques lignes, il faut lire : l’idée du Circulus dans ‘‘l’universalité’’ etc.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Part Two Deuxième partie
Prelude Prélude
Dream, Idea, Utopia Rêve, Idée, Utopie
Daughters of right, sylphids of my dreaming, Filles du droit, sylphides de mes songes,
Equality! Liberty! my loves! Egalité ! Liberté ! mes amours !
Will you ever remain but seeming? Ne serez-vous toujours que des mensonges !
Fraternity! will you ever flee us? Fraternité ! nous fuiras-tu toujours !
No, it isn’t so, my dear goddesses; Non, n’est-ce pas ? mes déesses chéries;
The day approaches when ideality Le jour approche où l’idéalité
Shall mark on the old dial of reality Au vieux cadran de la réalité
The hour of the utopias!… Aura marqué l’heure des utopies !…
Fair utopia, ideal of my heart, endure Blonde utopie, idéal de mon coeur,
Ah! yet a while ignorance and error. Ah ! brave encore l’ignorance et l’erreur.
(The Lazareans) (Les Lazaréennes)
What is a Utopia? a dream unrealized, but not unrealizable. The Utopia of Galileo is now a truth, it triumphed in spite over the sentence over its judges: the ground turns. The Utopia of Christophe Colomb was carried out in spite of the clamours of its detractors: a new world, America left to its call the depths the Ocean. What was Solomon de Caus? a utopian, a madman, but a madman who discovered steam power. And Fulton? Another utopian. Ask rather the academicians of the Institute and their emperor and master, Napoleon, who is called the Great… Great, like the fossil monsters, in idiocy and ferocity. All the innovative ideas were Utopias with their birth; the age alone, by developing them, inserted them in the world of reality. The researchers of ideal happiness like the philosopher stone researchers will perhaps never carry out their Utopia in an absolute way, but their Utopia will be the cause of humane progress. Alchemy did not succeed in making gold, but it withdrew from its crucible something of good more invaluable than a vain metal, it produced a science, chemistry. Social science will be the work of the dreamers of perfect harmony. Qu’est-ce qu’une utopie ? Un rêve non réalisé, mais non pas irréalisable. L’utopie de Galilée est maintenant une vérité, elle a triomphé en dépit de la sentence de ses juges : la terre tourne. L’utopie de Christophe Colomb s’est réalisée malgré les clameurs de ses détracteurs : un nouveau monde, l’Amérique est sortie à son appel des profondeurs de l’Océan. Que fut Salomon de Caus ? Un utopiste, un fou, mais un fou qui découvrit la vapeur. Et Fulton ? Encore un utopiste. Demandez plutôt aux académiciens de l’Institut et à leur empereur et maître, Napoléon, dit le Grand… Grand comme les monstres fossiles, de bêtise et de férocité. Toutes les idées novatrices furent des utopies à leur naissance ; l’âge seul, en les développant, les fit entrer dans le monde du réel. Les chercheurs du bonheur idéal comme les chercheurs de pierre philosophale ne réaliseront peut-être jamais leur utopie d’une manière absolue, mais leur utopie sera la cause de progrès humanitaires. L’alchimie n’a pas réussi à faire de l’or, mais elle a retiré de son creuset quelque chose de bien plus précieux qu’un vain métal, elle a produit une science, la chimie. La science sociale sera l’oeuvre des rêveurs de l’harmonie parfaite.
Humanity, this conquering immortal, is an army corps which has its avant-garde in the future and its rear-guard in the past. To move the present and to clear the way to him, it needs its outposts of riflemen, sentinel-lost who make the shot of the idea on the limits of the Unknown. All the great stages of humanity, her forced marches on the ground of the social conquest were accomplished only on the steps of the guides of the thought. Ahead! he shouted these explorers of the Future, upright on the Alpine summits of the Utopia. Halt! the carriages of the Past râlaient, squatted in the ruts of muddy reactions. Moving! the genius of Humanity answered. And the heavy revolutionary masses shook with its voice. – Humanity! I raise on the road of the future centuries the handlebar of the anarchist Utopia, and shouts you: Ahead! Leave the laggards of the Past to fall asleep in their cowardly immobility and find death there. Answer their death rattle, their cadaverous moans, with a call to movement, to life. Put the bugle of Progress to your lips, take up your insurrectionary arms, and sound and beat the general alarm. L’humanité, cette immortelle conquérante, est un corps d’armée qui a son avant-garde dans l’avenir et son arrière-garde dans le passé. Pour déplacer le présent et lui frayer la voie, il lui faut ses avant-postes de tirailleurs, sentinelles perdues qui font le coup de feu de l’idée sur les limites de l’Inconnu. Toutes les grandes étapes de l’humanité, ses marches forcées sur le terrain de la conquête sociale n’ont été accomplies que sur les pas des guides de la pensée. En avant ! lui criaient ces explorateurs de l’Avenir, debout sur les cimes alpestres de l’utopie. Halte ! râlaient les traînards du Passé, accroupis dans les ornières de fangeuses réactions. En marche ! répondait le génie de l’Humanité. Et les lourdes masses révolutionnaires s’ébranlaient à sa voix. —Humanité ! j’arbore sur la route des siècles futurs le guidon de l’utopie anarchique, et te crie : En avant ! Laisse les traînards du Passé s’endormir dans leur lâche immobilisme et y trouver la mort. Réponds à leur râle d’agonie, à leurs gémissements cadavériques par un sonore appel au mouvement, à la vie. Embouche le clairon du Progrès, prends en main tes baguettes insurrectionnelles, et sonne et bat la générale.
– Let’s go! go!! go!!! —En marche ! en marche ! ! en marche ! ! !
Today, when steam fully enjoys its virility and electricity remains in a state of infancy; today, when locomotion and navigation are performed at high speed; when it there are no longer Pyrenees nor Alps, neither deserts nor oceans; today, when the printing press publishes the word in hundreds of thousands of copies and commerce hawks it to the most far-flung corners of the globe; today, when, from exchanges upon exchanges, the paths to unity have been discovered; today, when the work of generations has erected, brick upon brick and arch upon arch, this tremendous aqueduct that pours the torrent of sciences and enlightenment upon the present world; today, when the motive force and the force of expansion exceed all that the most utopian dreams of old times could imagine of the grandiose for modern times; today, when the word “impossible” is stripped from the human dictionary; today, when man, the new Phoebus directing the progress of steam, heats vegetation and produces wherever he likes greenhouses in which the plants and trees of all climates germinate and flourish, an oasis the traveller encounters in the midst of the snows and ices of the North; today, when the human genius, in the name of its suzerainty, has taken possession of the sun, this source of artistic brilliance, when he has captured its rays, chained them in his workshop, and constrained them, like servile vassals, to engrave and paint their image upon zinc plates or paper sheets; today, finally, when all progresses with giant steps, is it possible that Progress, this giant of giants, should continue to tread softly on the railways of social science? No, no. I tell you that it will change its pace; it will catch up with steam and electricity, it will vie with them in strength and agility. Woe, then, to he who would wish to try to arrest it in its course: he would be torn into scraps and thrown to the side of the tracks by the cowcatcher of the colossal locomotive, this cyclops with a fiery eye that pulls, with all the heat of hell, the satanic train of humanity, and which, rising up on its axles, advances with a high brow and a lowered head along the straight way of anarchy, shaking in the air its dark tresses constellated with sparks of flame! Woe to he who would wish to cross this rolling volcano! All the gods of the ancient and modern world who are not great enough to measure up to this new Titan, make way! Make way, stand aside, you crowned herdsmen, you merchants of human cattle who return from Poissy in your jalopy, Civilisation. Make way, you Lilliputian bully-boys, and open the road to Utopia. Make way! Make way for the energetic breath of the Revolution! Make way, coiners of money, forgers of iron, make way for the coiner of ideas, for the forger of lightning!… Aujourd’hui que la vapeur est dans toute sa virilité, et que l’électricité existe à l’état d’enfance ; aujourd’hui que la locomotion et la navigation se font à grande vitesse ; qu’il n’y a plus ni Pyrénées, ni Alpes, ni déserts, ni océans ; aujourd’hui que l’imprimerie édite la parole à des cent milliers d’exemplaires et que le commerce la colporte jusque dans les coins les plus ignorés du globe ; aujourd’hui que d’échanges en échanges on est arrivé à entrouvrir les voies de l’unité ; aujourd’hui que les travaux des générations ont formé, d’étage en étage et d’arcade en arcade, ce gigantesque aqueduc qui verse sur le monde actuel des flots de sciences et de lumières ; aujourd’hui que la force motrice et la force d’expansion dépassent tout ce que les rêves les plus utopiques des temps anciens pouvaient imaginer de grandiose pour les temps modernes ; aujourd’hui que le mot «impossible» est rayé du dictionnaire humain ; aujourd’hui que 1’homme, nouveau Phébus dirigeant la marche de la vapeur, échauffe la végétation et produit où il lui plaît des serres où germent, poussent et fleurissent les plantes et les arbres de tous les climats, oasis que le voyageur rencontre au milieu des neiges et des glaces du Nord ; aujourd’hui que le génie humain, au nom de sa suzeraineté, a pris possession du soleil, ce foyer d’étincelants artistes, qu’il en a captivé les rayons, les a enchaînés à son atelier, et les contraint, comme de serviles vassaux, à graver et à peindre son image sur des plaques de zinc ou des feuilles de papier ; aujourd’hui, enfin, que tout marche à pas de géant, est-il possible que le Progrès, ce géant des géants, continue à marcher piano-piano sur les railways de la science sociale ? Non, non. Je vous dis, moi, qu’il va changer d’allure ; il va se mettre au pas avec la vapeur et l’électricité, il va lutter avec elles de force et d’agilité. Malheur alors à qui voudrait tenter de l’arrêter dans sa course : il serait rejeté en lambeaux sur le revers du chemin par le chasse-pierres du colossal locomoteur, ce cyclope à l’oeil de feu qui remorque à toute chaleur d’enfer le cortège satanique de l’humanité, et qui, se dressant sur ses essieux, s’avance, front haut et tête baissée, sur la ligne droite de l’anarchie, en secouant dans les airs sa brune chevelure constellée d’étincelles de flamme ! Malheur à qui voudrait se mettre en travers de ce cratère roulant ! Tous les dieux du monde antique et moderne ne sont pas de taille à se mesurer avec le nouveau Titan, place ! place ! rangez-vous de côté, bouviers couronnés, marchands de bétail humain qui revenez de Poissy avec votre cariole Civilisation. Garez-vous, matamores Lilliputiens, et livrez passage à l’utopie. Place ! place au souffle énergique de la Révolution ! Place, monnayeurs d’écus, forgeurs de fers, place au monnayeur d’idées, au forgeur de foudre !…
– Hardly I had finished tracing these lines than I was forced to stop, as it was able to me very often to be constrained there in the course of this work. The too great tension of all my faculties to raise and reject the burden of ignorance which weighs on my head, this enthusiastic excitement of the thought, while acting on my weak temperament, had made spout out the tears of my eyes. I suffocated in sobs. Blood beat in my temples and raised torrential waves in my brain, boiling floods that the arteries did not cease to precipitate through all their locks. And while right hand I tried to contain and alleviate the boilings of my face, with the left hand I in vain tried to compress the accelerated pulsations of my heart. The air did not arrive any more at my lungs. I staggered like a drunk across my room to open the window. I approached my bed and threw myself upon it. – Will I thus lose my life or my reason? I said to myself. And I stood up, not being able to remain lying down, and I lay down, being unable to remain upright. It seemed to me that my head was going to burst, that my chest was caught in a vise. I strangled: iron muscles tightened around my throat… Ah! the Idea is a lover who, in her impetuous embraces, bites you to make you shout, and does not let you go for a single moment, breathless and exhausted, except to prepare you with renewed and more burning caresses. To court her, one must be, if not strong in knowledge, at least brave in intuition. Away with you, she says to the rogues and cowards, you are profane! And she leaves them to pine outside of her sanctuary. This languorous, superb and impassioned mistress demands men of bronze and saltpeter for her lovers. Who knows how many days each of her kisses cost! Once this spasm subsided, I sat before my table. The Idea sat down at my side. And, head pressed on her shoulder, one hand in her hand and the other in the ringlets of her hair, we exchanged a long gaze of calm intoxication. I was given to write, and she leaned on me in turn. And I felt her soft touch rekindle the verve in my brain and my heart, and her breath set my breath ablaze again. After having read what I had written, contemplating this inert mass of prejudices and ignorances that must be transformed into active individualities, into free and studious intelligences, I felt tremors of doubt slip into my mind; but the idea, whispering into my ear, soon dispersed them. A society, she tells me, which, in its most obscure layers, under the worker’s shirt, feels the thunder of such revolutionary lava, the storms of sulphur and fire as it circulates about it in your veins; a society in which there can be found, among the disinherited, those who dare to write what you have written, and to thus call upon all the revolts of the hand and the mind; a society where such writings can find presses to print them and men to shake hands with their authors; where those authors who are proletarians can still find proprietors to employ them, – with exceptions, of course, – and where these heretics of the legal order can walk in the streets without their faces being branded with red-hot irons, and without their being burned at the stake along with their books; ah, yes, such a society, although it is officially the enemy of new ideas, is very close to passing into the enemy’s hands… If it does not have yet the feeling of the morals of the Future, at least it does not have any more the feeling of the morality of the Past. The current society is like an invested fortress de.toutes.parts and which lost any communication with the army corps which protected it and which was destroyed. It knows that it cannot be supplied any more. Also is not defended it more but for the form. One can calculate in advance the day of his rendering. Without any doubt, there will be still flights of blows of gun exchanged; but when it exhausts its last ammunition, empties its arsenals and its granaries, it will be necessary well that it brings house. The old society does not dare any more to be protected, or, if it is protected, it is with a fury which testifies to its weakness. Young enthusiastic people of beautiful can be daring and see success crowning their audacity. The envieux and cruel old men will always fail in their null and void temerities. Nowadays more than ever, there are still priests to inculcate souls with religion, as there are still judges to torture bodies; there are soldiers who allow authority to graze, as there are owners to live at the worker’s expense. But priests and judges, soldiers and owners, no longer have faith in their priesthood. In their public glorification of themselves by themselves, there is an ulterior motive of shame at what they are doing. All these parvenus, these carriers of chasubles or cassocks, their belts heavy with steel blades or gold coins, do not feel at ease between the world that is coming and the world that is passing; their legs are twitching, it feels as if they are walking on hot coals. It is true that they always continue to officiate, to condemn, to shoot, to exploit, but “in their inmost conscience, they are of course very certain that they are not thieves and murderers!…” i.e. they do not dare to acknowledge it fully, for fear of being too afraid of it. They understand vaguely that they are in violation of their order of exile, that civilized society is an infamous society, and that one day or the other the Revolution may bring justice down upon this bulge. The step of the future resounds dully on the paving stone of the street. Three blows knocked on the door, three blows of alarm bell in Paris, and this in is done stake and players! —A peine avais-je fini de tracer ces lignes que je fus forcé de m’arrêter, comme il m’arriva bien souvent d’y être contraint dans le cours de ce travail. La trop grande tension de toutes mes facultés pour soulever et rejeter le fardeau d’ignorance qui pèse sur ma tête, cette surexcitation enthousiaste de la pensée, en agissant sur mon tempérament débile, avait fait jaillir les pleurs de mes yeux. Je suffoquais dans les sanglots. Le sang me battait les deux tempes et soulevait dans mon cerveau des vagues torrentielles, flots brûlants que les artères ne cessaient d’y précipiter par toutes leurs écluses. Et tandis que de la main droite j’essayais de contenir et d’apaiser les bouillonnements de mon front, de la main gauche j’essayais en vain de comprimer les pulsations accélérées de mon coeur. L’air n’arrivait plus à mes poumons. Je chancelais comme un homme ivre, en allant ouvrir la croisée de ma chambre. Je m’approchai de mon lit et me jetai dessus. —Vais-je donc perdre la vie ou la raison ? me disais-je. Et je me relevai, ne pouvant rester couché, et je me recouchai, ne pouvant rester debout. Il me semblait que ma tête allait éclater, et qu’on me tordait le sein avec des tenailles. J’étranglais : des muscles de fer me serraient à la gorge… Ah ! l’Idée est une amante qui dans ses fougueux embrassements vous mord jusqu’à vous faire crier, et ne vous laisse un moment, pantelant et épuisé, que pour vous préparer à de nouvelles et plus ardentes caresses. Pour lui faire la cour, il faut, si l’on n’est pas fort en science, être brave en intuition. Arrière ! dit-elle aux faquins et aux lâches, vous êtes des profanes ! Et elle les laisse se morfondre hors du sanctuaire. A cette langoureuse, superbe et passionnée maîtresse, il faut des hommes de salpêtre et de bronze pour amants. Qui sait combien de jours coûte chacun de ses baisers ! Une fois ce spasme apaisé, je m’assis devant ma table. L’Idée vint s’y asseoir à mes côtés. Et, la tête appuyée sur son épaule, une main dans sa main et l’autre dans les boucles de ses cheveux, nous échangeâmes un long regard de calme ivresse. Je me remis à écrire, et à son tour elle se pencha sur moi. Et je sentais son doux contact rallumer la verve dans mon cerveau et dans mon coeur, et son souffle embraser de nouveau mon souffle. Après avoir relu ce que j’avais écrit, et en songeant à cette masse inerte de préjugés et d’ignorances qu’il fallait transformer en individualités actives, en libres et studieuses intelligences, je sentis que les soupçons du doute se glissaient dans mon esprit. Mais l’Idée, me parlant à l’oreille, les dissipa bientôt. Une société, me dit-elle, qui dans ses couches les plus obscures, sous la blouse de l’ouvrier, sent gronder de semblables laves révolutionnaires, des tempêtes de soufre et de feu comme il en circule dans tes veines ; une société dans laquelle il se trouve des déshérités pour oser écrire ce que tu écris, et faire ainsi appel à toutes les révoltes du bras et de l’intelligence ; une société où de pareils écrits trouvent des presses pour les imprimer et des hommes pour serrer la main à leurs auteurs ; où ces auteurs, qui sont des prolétaires, trouvent encore des patrons pour les employer, —sauf exceptions, bien entendu, —et où ces hérétiques de l’ordre légal peuvent cheminer par les rues sans être marqués au front d’un fer rouge, et sans qu’on les traîne au bûcher, eux et leurs livres ; oh, va, une telle société, bien qu’elle soit officiellement l’ennemie des idées nouvelles, est bien près de passer à l’ennemi … Si elle n’a pas encore le sentiment de la moralité de l’Avenir, du moins n’a-t-elle plus le sentiment de la moralité du Passé. La société actuelle est comme une forteresse investie de toutes parts et qui a perdu toute communication avec le corps d’armée qui la protégeait et qui a été détruit. Elle sait qu’elle ne peut plus se ravitailler. Aussi ne se défend-elle plus que pour la forme. On peut calculer d’avance le jour de sa reddition. Sans aucun doute, il y aura encore des volées de coups de canon échangées ; mais quand elle aura épuisé ses dernières munitions, vidé ses arsenaux et ses greniers d’abondance, il faudra bien qu’elle amène pavillon. La vieille société n’ose plus se protéger, ou, si elle se protège, c’est avec une fureur qui témoigne de sa faiblesse. Les jeunes gens enthousiastes du beau peuvent être audacieux et voir le succès couronner leur audace. Les vieillards envieux et cruels échoueront toujours dans leurs caduques témérités. Il y a bien encore de nos jours, et plus que jamais, des prêtres pour religionner les âmes, comme il y a des juges pour tortionner les corps ; des soldats pour faire pâturer l’autorité, comme des patrons pour vivre aux dépens de l’ouvrier. Mais prêtres et juges, soldats et patrons n’ont plus foi dans leur sacerdoce. Il y a dans leur glorification publique d’eux-mêmes par eux-mêmes comme une arrière-pensée de honte à faire ce qu’ils font. Tous ces parvenus, ces porteurs de chasubles ou de simarres, de ceintures garnies de pièces d’or ou de lames d’acier, ne se sentent pas à l’aise entre le monde qui vient et le monde qui s’en va ; ils ont des inquiétudes dans les jambes, il semble qu’ils marchent sur des charbons ardents. Il est vrai qu’ils continuent toujours à officier, à condamner, à fusiller, à exploiter, mais, « dans leur for intérieur, ils ne sont pas bien sûrs de n’être pas des voleurset des assassins !… » c’est-à-dire qu’ils n’osent pas tout à fait se l’avouer, de peur d’avoir trop peur. Ils comprennent vaguement qu’ils sont en rupture de ban, que la société civilisée est une société mal famée, et qu’un jour ou l’autre la Révolution peut opérer dans ce bouge une descente de justice. Le pas de l’avenir résonne sourdement sur le pavé de la rue. Trois coups frappés à la porte, trois coups de tocsin dans Paris, et c’en est fait de l’enjeu et des joueurs !
Civilization, this daughter of Barbarism who has savagery for a grandmother; Civilization, exhausted by eighteen centuries of vices, is infected with an incurable disease. She stands condemned by science. She must die. When? Earlier than is believed, her disease is a pulmonary phthisis, and, as we know, the phthisical ones preserve the appearance of life until the last hour. One orgiastic evening, it will lie down, never to rise again. La Civilisation, cette fille de la Barbarie qui a la sauvagerie pour aïeule, la Civilisation, épuisée par dix-huit siècles de débauches, est atteinte d’une maladie incurable. Elle est condamnée par la science. Il faut qu’elle meure. Quand ? plus tôt qu’on ne croit, sa maladie est une phtisie pulmonaire, et, on le sait, les phtisiques conservent l’apparence de la vie jusqu’à la dernière heure. Un soir d’orgie elle se couchera pour ne plus se relever.
When the Idea had finished speaking, I gently called her to my knees and there, between two kisses, I asked her for the secrets of future times. She is so tender and so good for which likes ardently that she could not refuse me. And I remained suspended with her lips and collecting each one of her words, and as fascinated by the gravitational fluid, the emanations of light whose its pupil flooded me. How it was beautiful thus, the gracious seductresses! I would like to be able to repeat with all the charm which it put at me to tell it these magnificences of the anarchist Utopia, all these fairyhoods of the world harmonien. My feather is too not very erudite to give another thing of it that a pale outline. That that which will want to know unutterable the enchantements of it makes, like me, call to the Idea, and that, guided by it, it evokes in its turn the sublimes aimed at ideal, the luminous apotheosis of the future ages. Quand l’Idée eut fini de parler, je l’attirai doucement sur mes genoux et là, entre deux baisers, je lui demandai le secret des temps futurs. Elle est si tendre et si bonne pour qui l’aime ardemment qu’elle ne sut pas me refuser. Et je restai suspendu à ses lèvres et recueillant chacune de ses paroles, et comme fasciné par le fluide attractif, par les effluves de lumière dont m’inondait sa prunelle. Qu’elle était belle ainsi, la gracieuse séductrice ! Je voudrais pouvoir redire avec tout le charme qu’elle mit à me le raconter ces magnificences de l’utopie anarchique, toutes ces féeries du monde harmonien. Ma plume est trop peu savante pour en donner autre chose qu’un pâle aperçu. Que celui qui voudra en connaître les ineffables enchantements fasse, comme moi, appel à l’Idée, et que, guidé par elle, il évoque à son tour les sublimes visions de l’idéal, la lumineuse apothéose des âges futurs.
II. II.
Ten centuries have passed over the face of Humanity. We are in year 2858. – Imagine a savage of the first ages, snatch of the centre of its forest primitive and thrown without transition forty away centuries to the medium from current Europe, in France, in Paris. Suppose that a magic power untied its intelligence and walks it through the wonders of industry, agriculture, architecture, all arts and all sciences, and that, like a cicerone, it shows some to him and explains all the beauties of them to him. And now judge astonishment of this savage. He will fall in admiration in front of all these things; he will not be able to believe his eyes of them nor his ears; he will cry miracle, civilization, utopia! Dix siècles ont passé sur le front de l’Humanité. Nous sommes en l’an 2858. —Imaginez un sauvage des premiers âges, arraché du sein de sa forêt primitive et jeté sans transition à quarante siècles de distance au milieu de l’Europe actuelle, en France, à Paris. Supposez qu’une puissance magique ait délié son intelligence et la promène à travers les merveilles de l’industrie, de l’agriculture, de l’architecture, de tous les arts et de toutes les sciences, et que, comme un cicerone, elle lui en montre et lui en explique toutes les beautés. Et maintenant jugez de l’étonnement de ce sauvage. Il tombera en admiration devant toutes ces choses ; il ne pourra en croire ses yeux ni ses oreilles ; il criera au miracle, à la civilisation, à l’utopie !
Now imagine a civilized person suddenly transplanted from the Paris of the 19th century to the dawn of humankind. And judge his amazement before these men who have yet no other instincts but crude ones, men who feed and bleat, who low and ruminate, who ruent and braient, who bite, scratch, and howl, men for whom fingers, language, and intelligence are tools which they do not know how to handle, a mechanism the wheels of which they cannot understand. Imagine this civilized man, thus exposed to the mercy of savage men, the fury of wild animals and the untamed elements. He will not be able to live among all these monstrosities. It will be for him disgust, horror, chaos! Imaginez maintenant un civilisé transplanté tout à coup du Paris du XIXe siècle au temps originaire de l’humanité. Et jugez de sa stupéfaction en face de ces hommes qui n’ont encore d’autres instincts que ceux de la brute, des hommes qui paissent et qui bêlent, qui beuglent et qui ruminent, qui ruent et qui braient, qui mordent, qui griffent et qui rugissent, des hommes pour qui les doigts, la langue, l’intelligence sont des outils dont ils ne connaissent pas le maniement, un mécanisme dont ils sont hors d’état de comprendre les rouages. Figurez-vous ce civilisé, ainsi exposé à la merci des hommes farouches, à la fureur des bêtes féroces et des éléments indomptés. Il ne pourra vivre parmi toutes ces monstruosités. Ce sera pour lui le dégoût, l’horreur, le chaos !
Very well! the anarchist Utopia is to civilization what civilization is to savagery. For that which crossed by the thought the ten centuries which separate the present from the future, which entered this future world and in explored the wonders, which in saw, heard and palpated all the harmonious details, which was initiated with all the joys of this humane society, for that one the current world is still a waste land and marshy, a cesspool populated fossil men and institutions, a monstrous outline of society, something of formless and the hideous one that the sponge of the revolutions must erase surface of the sphere. Civilization, with its monuments, its laws, its manners, with properties for its fences and nations for ruts, with its authoritarian branches and its familial roots, its prostitutional vegetation; Civilization, with its English, German, French, and Cossack patois, with its gods of metal, its coarse fetishes, its pagan animalities, its mitred and crowned crocodiles, its herds of rhinoceroses and deer, of bourgeois and proletarians, its impenetrable forests of bayonets and its bellowing artilleries, torrents of bronze covering their mountings, vomiting cascades of grapeshot with a crash; Civilization, with its caverns of poverty, its penal colonies and its workhouses, its St.-Lazare and its brothels, with its mountainous shackles of palaces and churches, of fortresses and shops, its dens of princes, bishops, generals, bourgeois, obscene macaques, hideous vultures, uncouth fellows, metallivores and carnivores who soil their vices and make human flesh and intelligence bleed under their claws; Civilization, with its penal Gospel and its religious Code, its emperors and its popes – its bracket-constrictors that strangle you in rings of hemp and then dangle you from atop a tree, after having broken the nape of your neck, its guillotine-alligators that crush you like a dog between their terrible jaws and separate your head from your trunk with one blow of their triangular harrows; Civilization, finally, with its customs and habits, its pestilential charters and its constitutions, its moral cholera, with all its epidemic religionalities and governmentalities; Civilization, in a word, in all its sap and its flower, Civilization, in all its glory, is, for whoever has fixed his gaze upon the dazzling Future, that which would be for the civilized the savagery at the origin of the globe, the new-born man with leaving his mould terrestrial and still splashing in the menses of chaos; as also the anarchist utopia is, for the civilized, what the revelation of the civilized world would be for the savage; i.e. something hyperbolically good, hyperbolically beautiful, something ultra- and extra-natural, the paradise of man on earth. Eh bien ! l’utopie anarchique est à la civilisation ce que la civilisation est à la sauvagerie. Pour celui qui a franchi par la pensée les dix siècles qui séparent le présent de l’avenir, qui est entré dans ce monde futur et en a exploré les merveilles, qui en a vu, entendu et palpé tous les harmonieux détails, qui s’est initié à toutes les joies de cette société humanitaire, pour celui-là le monde actuel est encore une terre inculte et marécageuse, un cloaque peuplé d’hommes et d’institutions fossiles, une monstrueuse ébauche de société, quelque chose d’informe et de hideux que l’éponge des révolutions doit effacer de la surface du globe. La Civilisation, avec ses monuments, ses lois, ses mœurs, avec ses frontières de propriétés et ses ornières de nations, ses ronces autoritaires et ses racines familiales, sa prostitutionnelle végétation ; la Civilisation avec ses patois anglais, allemand, français, cosaque, avec ses dieux de métal, ses fétiches grossiers, ses animalités pagodines, ses caïmans mitrés et couronnés, ses troupeaux de rhinocéros et de daims, de bourgeois et de prolétaires, ses impénétrables forêts de baïonnettes et ses mugissantes artilleries, torrent de bronze allongés sur leurs affûts et vomissant avec fracas des cascades de mitraille ; la Civilisation, avec ses grottes de misère, ses bagnes et ses ateliers, ses maisons, de tolérance et de St-Lazare, avec ses montagneuses chaînes de palais et d’églises, de forteresses et de boutiques, ses repaires de princes, d’évêques, de généraux, de bourgeois, obscènes macaques, hideux vautours, ours mal léchés, métallivores et carnivores qui souillent de leur débauche et font saigner sous leur griffe la chair et l’intelligence humaines ; la Civilisation, avec son Evangile pénal et son Code religieux, ses empereurs et ses papes — ses potences-constrictor qui vous étranglent un homme dans leurs anneaux de chanvre et puis le balancent au haut d’un arbre, après lui avoir brisé la nuque du cou, ses guillotines-alligator qui vous le broient comme un chien entre leurs terribles mâchoires et vous lui séparent la tête du tronc d’un coup de leur herse triangulaire ; la Civilisation, enfin, avec ses us et coutumes, ses chartes et ses constitutions pestilentielles, son choléra-moral, toutes ses religionnalités et ses gouvernementalités épidémiques ; la Civilisation, en un mot, dans toute sa sève et son exubérance, la Civilisation, dans toute sa gloire, est, pour celui-là qui a fixé du regard l’éblouissant Avenir, ce que serait pour le civilisé la sauvagerie à l’origine du globe, l’homme nouveau-né au sortir de son moule terrestre et barbottant encore dans les menstrues du chaos ; comme aussi l’utopie anarchique est, pour le civilisé, ce que serait pour le sauvage la révélation du monde civilisé ; c’est-à-dire quelque chose d’hyperboliquement bon, d’hyperboliquement beau, quelque chose d’ultra et d’extra-naturel, le paradis de l’homme sur la terre.
III. III.
Man is an essentially revolutionary being. He cannot immobilize himself in one place. He does not live the life of boundaries, but the life of the stars. Nature gave him the movement and the light, it is to revolve and radiate. Limits it itself, although slow to be driven, it does not change each day imperceptibly until it entirely metamorphosed, and it in the eternal life does not continue its eternal metamorphoses? L’homme est un être essentiellement révolutionnaire. Il ne saurait s’immobiliser sur place. Il ne vit pas de la vie des bornes, mais de la vie des astres. La nature lui a donné le mouvement et la lumière, c’est pour graviter et rayonner. La borne elle-même, bien que lente à se mouvoir, ne se transforme-t-elle pas chaque jour imperceptiblement jusqu’à ce qu’elle se soit entièrement métamorphosée, et ne continue-t-elle pas dans la vie éternelle ses éternelles métamorphoses ?
Civilised people, do you wish then to be more bounded than the boundaries? Civilisés, voulez-vous donc être plus bornes que les bornes ?
– “Revolutions are conservations.” — « Les révolutions sont des conservations. »
– Then revolutionize yourselves in order to preserve yourselves. — Révolutionnez-vous donc, afin de vous conserver.
In the arid desert in which our generation is camped, the oasis of anarchy is still, for the caravan exhausted by marches and counter-marches, a mirage floating to adventure. It remains to the human intelligence to materialize this vapor, to affix its azure-winged phantom to the earth, to give it a body. Do you see, over there, at the deep ends of the immense misery, do you see a dark and reddish cloud rising over the horizon? It is the revolutionary Simoom. Watch out, civilized people! There is barely time to fold the tents, if you do not wish to be engulfed by this avalanche of burning sand. Watch out! and flee right before you. You will find the source fresh, the green lawn, the scented flowers, the tasty fruits, a protective shelter under the broad ones and high shades. Do you hear Simoun which threatens you? do you see the mirage which solicits you? Alarm! Behind you, it is death; on the right and on the left, it is death; where you station, it is death… Go! in front of you, it is the life. Civilized, civilized, I say it to you: the mirage is not a mirage, the Utopia is not a Utopia; what you take for a phantom is the reality!… Dans l’aride désert où est campée notre génération, l’oasis de l’anarchie est encore, pour la caravane fatiguée de marches et de contre-marches, un mirage flottant à l’aventure. Il dépend de l’intelligence humaine de solidifier cette vapeur, d’en fixer le fantôme aux ailes d’azur sur le sol, de lui donner un corps. Voyez-vous là-bas, aux fins fonds de l’immense misère, voyez-vous un nuage sombre et rougeâtre s’élever à l’horizon ? C’est le Simoun révolutionnaire. Alerte ! civilisés. Il n’est que temps de plier les tentes, si vous ne voulez être engloutis sous cette avalanche de sables brûlants. Alerte ! et fuyez droit devant vous. Vous trouverez la source fraîche, la verte pelouse, les fleurs parfumées, les fruits savoureux, un abri protecteur sous de larges et hauts ombrages. Entendez-vous le Simoun qui vous menace ? voyez-vous le mirage qui vous sollicite ? Alerte ! Derrière vous, c’est la mort ; à droite et à gauche, c’est la mort; où vous stationnez, c’est la mort… Marchez ! devant vous, c’est la vie. Civilisés, civilisés, je vous le dis : le mirage n’est point un mirage, l’utopie n’est point une utopie ; ce que vous prenez pour un fantôme c’est la réalité !…
IV. IV.
And having given me three kisses, the Idea drew aside the curtain of the centuries and unfolded before my eyes the great scene of the future world, where she would give me the anarchist Utopia for spectacle. Et, m’ayant donné trois baisers, l’Idée écarta le rideau des siècles et découvrit à mes yeux la grande scène du monde futur, où elle allait me donner pour spectacle l’Utopie anarchique.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
The future world Le monde futur
Mutual freedom is the common law. La liberté mutuelle est la loi commune.
(Émile de Girardin) (Emile de Girardin)
And the ground, which was dry, reverdit and all could eat its fruits, and go and come without nobody saying to them: Where do you go? one does not pass here. Et la terre, qui était sèche, reverdit, et tous purent manger de ses fruits, et aller et venir sans que personne leur dît : Où allez-vous ? on ne passe point ici.
And the little children gathered flowers, and brought them to their mother, who gently smiled upon them. Et les petits enfants cueillaient des fleurs, et les apportaient à leur mère, qui doucement leur souriait.
And there were neither poor nor rich, but all had in abundance the things necessary to their needs, because all liked and were helped as brothers. Et il n’y avait ni pauvres ni riches, mais tous avaient en abondance les choses nécessaires à leurs besoins, parce que tous s’aimaient et s’aidaient en frères.
(Paroles d’un croyant.) (Paroles d’un croyant)
And in the beginning, the Earth changed its face. With the place of the marshy wounds which devoured the cheeks to him, shines an agricultural sleeping bag, gilded harvest of the fertility. The mountains seem to aspire with frenzy the large air of freedom, and balance on their hearts their beautiful plume of foliage. The sand deserts made place with populated forests of oaks, cedars, palm trees, which press with the feet a thick foam carpet, soft enamelled greenery of all the flowers in love with expenses shades and lights brooks. The craters were muzzled, one made conceal their eruption dévastatrice, and one gave a course useful to these tanks of lava. The air, fire, and water, all the elements with the destroying instincts were overcome, and prisoners under the glance of the man, they obey his least wills. The sky was climbed. Electricity carries the man on his wings and walks it in the naked ones, him and its steamboats air. It makes him traverse in a few seconds of spaces which one would put today of the whole months to cross on the back of the heavy marine buildings. An immense network of irrigations covers the vast meadows, which one threw to fire the barriers and where feed of innumerable herds intended for the food of the man. The man throne on his machines of ploughing, it does not fertilize any more the field with the vapor of its body, but with the sweat of the engine. Non-seulement one filled the ruts of the fields, but one also passed the harrow on the borders of the nations. The railroads, the bridges thrown on the underwater straits and tunnels, the building-plungers and the airships, driven by electricity, made of all the sphere a single city which one can make the turn in less than one day. The continents are the districts or the districts of the universal city. Monumental dwellings, disseminated by groups in the medium of the cultivated grounds, form some like the public gardens. The sphere is as a park whose oceans are the water parts; a child can, while playing balloon, to as lightly span them as a brook. The man, holding in hand the sceptre of science, has from now on the power which one formerly allotted to the gods, with good old days of the hallucinations of ignorance, and the weather is with his liking the rain and good; it orders at the seasons, and the seasons are inclined in front of their master. The tropical plants open out with sky open in the polar areas; channels of lava in boiling curve with their feet; the natural work of the sphere and the artificial work of the man transformed the temperature of the poles, and they unchained spring where reigned the perpetual winter. All the cities and all the hamlets of the civilized world, its temples, its citadels, its palates, its thatched cottages, all its luxury and all its miseries were swept ground like rubbish of the public highway; there does not remain any more civilization but the historical corpse, relegated to the Mount-Falcon of the memory. An architecture imposing and elegant, as nothing of what exists today could give the sketch, replaced the petty proportions and poverties of style of the buildings of civilized. On the site of Paris, a colossal construction raises its marble and granite bases, its pillars of cast iron a thickness and an extraordinary height. Under its vast iron dome, open to the sky and posed, like lace, on a base of crystal, a million walkers can meet without being crowded. Circular galleries, stacked upon one another and planted with trees like boulevards, form an immense belt around this immense circle, no less than twenty miles in circumference. In the midst of these galleries, a railway transports walkers from one point to another in light and graceful coaches, picking them up and letting them off where they like. On each side of the railway is an avenue of moss, a lawn; then, an avenue sanded for the riders; then, a paved or parqueted avenue; then, finally, an avenue covered with thick and marrowy carpet. Throughout these avenues are spread out couches and lullabies with elastic diagrids and silk fabrics and velvets, wools and fabrics perses; and also of the benches and the armchairs of wood varnished, out of marble or bronze, naked or furnished with seats in braid or leather, plain cloth or mottled or striped fur. On the edges of these avenues, flowers of all the regions, opening out on their stems, have as a floor of long white marble consoles. From distance does not distance are detached from light fountains, the ones out of white marble, stucco, out of agate and bronzes, lead and solid silver; others out of black marble, breach violet, yellow of his, malachite, granite, stones, shells and copper and gold and iron. The whole mixed together or partly with a perfect agreement of the harmony. Their form, varied ad infinitum, is learnedly animated. Sculptures, works of skilful artists, animate by ideal imaginations these ballot boxes, where, the evening spout out with floods of light, cascades of diamonds and lava which stream through the watery plants and flowers. The pillars and the ceilings of the galleries are of a bold and strongly accentuated ornamentation. It is neither Greek, neither Roman, neither mauresque, neither Gothic, nor rebirth; it is something of daringly beautiful, of boldly gracious, it is the purity of the profile with the lasciviousness of contour, it is flexible and they is nervous; this ornamentation is with the ornamentation nowadays what the majesty of the lion, this superb carry-mane, is with the pataudity and the nudity of the rat. The stone, wood and metal contribute to the decoration of these galleries and marry there harmoniously. On money and gold funds cut out wood sculptures of oak, out of maple wood, ebony wood. On tender fields of colors or severely in relief, the rinceaux ones of galvanized iron and lead. Marble and bronze muscles divide all this rich person charnure into thousand compartments, and connect the unit of it. Opulent draperies hang along the arcades which, on the internal side, are open on the circus, and, side external, closed with the bad weather of the seasons by a crystal wall. At the interior, colonnades forming veranda support with their ridge a notched entablature with platform or terrace, like a fortress or a dovecote, and deliver passage, by these architectural openings, with the visitors who while going down or which go up there by means of a mobile balcony rising or dropping to the least pressure these circular galleries, regular as for the unit, but different as for the details, are crossed of distance in distance by bodies of projecting buildings of a more imposing nature still. In these houses, which are as the links of this chain of avenues, there are the shows of coolings and of collations, the shows of talk and reading, plays and rest, recreations and recreations, for the age of adulthood like the childish age in these kinds of reposoirs, opened to the variegated crowd of the pilgrims, all refinements of the luxury, that one could nowadays call aristocratic, seem y to be exhausted, all is there of a richness and a fairy-like elegance. These houses on their lower floor, are as much of peristyle by where one enters the immense arena. This new Colysée, from which we come to explore the steps, has its arena like the old ones colysées: it is a park strewn with solid masses of trees, lawns, plat bands of flowers, caves rustic and sumptuous kiosks. The Seine and an infinity of channels and basins of all the forms, they sharp and stagnant waters, are spread out or run, rested or curved in the medium of all that. Broad avenues of chestnut trees and narrow paths bordered of hedges, and covered with chèvre-feuille and hawthorn, furrow them in all the directions. Groups of bronze and marble, masterpieces of the statuary, mark out these avenues and there trônent by intervals, or are reflected, with the turning of some concealed path, in the crystal of a solitary fountain. The evening, of small spheres of electric light, like stars, their shy persons rays project on the shades of greenery, and further, above the part discovered, an enormous sphere of electric light pours of its sphere of the torrents of solar clearness. Air-heaters, infernal blazing infernos, and wind ventilators, lungs, combine their efforts to produce in this enclosure an always moderate climate, a perpetual flowering. It is something of thousand and one time more magic than the palates and the gardens of Thousand and One Nights. Aerostatic skiffs, air rowers cross to flight of bird this free human birdcage, go, come, enter and leave, continue or cross in their capricious evolutions. Here in fact multicoloured butterflies fly of flowers in flowers, there of the birds of the equatorial zones which folâtrent with complete freedom. The children have fun on the lawns with the roe-deers and the become lions of the domestic animals or civilized, and they make use of it like hobby-horses to go up above or to harness them with their wheelbarrows. The panthers, tamed like cats, climb after the columns or the trees, jump on the shoulder of rock of the caves, and, in their superb jumps or their capricious mincing ways, draw around the man the most gracious curves and, crawling with its feet, request of him a glance or a caress. Organ underground, mooings of vapor or electricity, makes understand per moment their voice of fast end and, like common concert, mixes their deaf persons notes with the acute warbling with the songbirds, these light tenors. In the center about of this valley of the harmony a labyrinth rises, with the ridge of which is a bouquet of palm trees. With the foot of these palm trees is a platform out of ivory and wooden of oak, more beautiful contour. Above this platform, and leaned with the stems of the palm trees, a broad polished steel crown is suspended surrounding a satin azure hat proportioned with the crown. A drapery out of velvet and silk garnet-red, with money fringe, and supported by gold twists, falls down in loops by behind. On the front of the stringcourses is a large diamond star, surmounted of a crescent and a brush of sharp flame. On each side are two bronze hands, also attached to the stringcourse, one on the right and the other on the left, serving as also fasten with two wings sharp flame. It is with this platform that, in the days of solemnity, those which assembles want to speak to crowd. It is understood that, to dare to approach similar pulpit, it is necessary to be other thing that our powerful orators and members of Parliament. Those would be literally crushed under the moral weight of this crown; they would feel under their feet E floor to quiver of shame and to deviate to also absorb them these men who come to take seat under this diadem and on these allegorical degrees, are only those which have to spread, the top of this ballot box of the intelligence, some large and fertilizes thought, pearl enchased in a brilliant word, and which, left crowd, falls down on crowd like the dew on the flowers. The platform is free. Y goes up which wants, – but wants it only which can go up there. In this world, which is quite different from ours, one has sublimates it pride to raise the voice in public only to say something. There Icare had not dared to test its wings, it had been too certain to choir; It is that it is necessary better than a wax intelligence to try the rise of the word in front of a similar audience. A clever acoustic mechanism makes it possible this million listeners to distinctly hear all the words of the speaker, if distant that each one is of him. Admirably improved optical instruments, make it possible to follow of them the movements, those of the gesture and of the aspect, at a very-large distance. Et d’abord, la Terre a changé de physionomie. A la place des plaies marécageuses qui lui dévoraient les joues, brille un duvet agricole, moisson dorée de la fertilité. Les montagnes semblent aspirer avec frénésie le grand air de la liberté, et balancent sur leurs cimes leur beau panache de feuillage. Les déserts de sables ont fait place à des forêts peuplées de chênes, de cèdres, de palmiers, qui foulent aux pieds un épais tapis de mousse, molle verdure émaillée de toutes les fleurs amoureuses de frais ombrages et de clairs ruisseaux. Les cratères ont été muselés, l’on a fait taire leur éruption dévastatrice, et l’on a donné un cours utile à ces réservoirs de lave. L’air, le feu, et l’eau, tous les éléments aux instincts destructeurs ont été domptés, et captifs sous le regard de l’homme, ils obéissent à ses moindres volontés. Le ciel a été escaladé. L’électricité porte l’homme sur ses ailes et le promène dans les nues, lui et ses steamboats aériens. Elle lui fait parcourir en quelques secondes des espaces que l’on mettrait aujourd’hui des mois entiers à franchir sur le dos des lourds bâtiments marins. Un immense réseau d’irrigations couvre les vastes prairies, dont on a jeté au feu les barrières et où paissent d’innombrables troupeaux destinés à l’alimentation de l’homme. L’homme trône sur ses machines de labor, il ne féconde plus le champ à la vapeur de son corps, mais à la sueur de la locomotive. Non seulement on a comblé les ornières des champs, mais on a aussi passé la herse sur les frontières des nations. Les chemins de fer, les ponts jetés sur les détroits et les tunnels sous-marins, les bâtiments-plongeurs et les aérostats, mus par l’électricité, ont fait de tout le globe une cité unique dont on peut faire le tour en moins d’une journée. Les continents sont les quartiers ou les districts de la ville universelle. De monumentales habitations, disséminées par groupes au milieu des terres cultivées, en forment comme les squares. Le globe est comme un parc dont les océans sont les pièces d’eau ; un enfant peut, en jouant au ballon, les enjamber aussi lestement qu’un ruisseau. L’homme, tenant en main le sceptre de la science, a désormais la puissance qu’on attribuait jadis aux dieux, au bon vieux temps des hallucinations de l’ignorance, et il fait à son gré la pluie et le beau temps ; il commande aux saisons, et les saisons s’inclinent devant leur maître. Les plantes tropicales s’épanouissent à ciel découvert dans les régions polaires ; des canaux de lave en ébullition serpentent à leurs pieds ; le travail naturel du globe et le travail artificiel de l’homme ont transformé la température des pôles, et ils ont déchaîné le printemps là où régnait l’hiver perpétuel. Toutes les villes et tous les hameaux du monde civilisé, ses temples, ses citadelles, ses palais, ses chaumières, tout son luxe et toutes ses misères ont été balayés du sol comme des immondices de la voie publique ; il en reste plus de la civilisation que le cadavre historique, relégué au Mont-Faucon du souvenir. Une architecture grandiose et élégante, comme rien de ce qui existe aujourd’hui ne saurait donner le croquis, a remplacé les mesquines proportions et les pauvretés de style des édifices des civilisés. Sur l’emplacement de Paris, une construction colossale élève ses assises de granit et de marbre, ses piliers de fonte d’une épaisseur et d’une hauteur prodigieuse. Sous son vaste dôme en fer découpé à jour et posé, comme une dentelle, sur un fond de cristal, un million de promeneurs peuvent se réunir sans y être foulés. Des galeries circulaireses, étagées les unes sur les autres et plantées d’arbres comme des boulevards, forment autour de ce cirque immense une immense ceinture qui n’a pas moins de vingt lieues de circonférence. Au milieu de ces galeries, une voie ferrée transporte, dans de légers et gracieux wagons, les promeneurs d’un point à un autre, les prend et les dépose où il leur plaît. De chaque côté de la voie ferrée est une avenue de mousse, une pelouse ; puis, une avenue sablée pour les cavaliers ; puis, une avenue dallée ou parquetée; puis, enfin, une avenue recouverte d’un épais et moelleux tapis. Tout le long de ces avenues sont échelonnés des divans et des berceuses à sommiers élastiques et à étoffes de soie et de velours, de laines et de toiles perses ; et aussi des bancs et des fauteuils en bois vernis, en marbre ou en bronze, nus ou garnis de sièges en tresse ou en cuir, en drap uni ou en fourrure tachetée ou tigrée. Sur les bords de ces avenues, des fleurs de toutes les contrées, s’épanouissant sur leurs tiges, ont pour parterre de longues consoles en marbre blanc. De distance en distance se détachent de légères fontaines, les unes en marbre blanc, en stuc, en agate et bronze, plomb et argent massif ; les autres en marbre noir, en brèche violette, en jaune de sienne, en malaquite, en granit, en cailloux, en coquillage et cuivre et or et fer. Le tout mélangé ensemble ou en partie avec une entente parfaite de l’harmonie. Leur forme, variée à l’infini, est savamment mouvementée. Des sculptures, oeuvres d’habiles artistes, animent par d’idéales fantaisies ces urnes d’où, le soir, jaillissent avec des flots et des jets d’eau limpide des jets et des flots de lumière, cascades de diamants et de lave qui ruissellent à travers les plantes et les fleurs aquatiques. Les piliers et les plafonds des galeries sont d’une ornementation hardie et fortement accentuée. Ce n’est ni grec, ni romain, ni mauresque, ni gothique, ni renaissance ; c’est quelque chose de témérairement beau, d’audacieusement gracieux, c’est la pureté du profil avec la lasciveté du contour, c’est souple et c’est nerveux ; cette ornementation est à l’ornementation de nos jours ce que la majesté du lion, ce superbe porte-crinière, est à la pataudité et à la nudité du rat. La pierre, le bois et le métal concourent à la décoration de ces galeries, et s’y marient harmonieusement. Sur des fonds d’or et d’argent se découpent des sculptures en bois de chêne, en bois d’érable, en bois d’ébène. Sur des champs de couleurs tendres ou sévères courent en relief des rinceaux de fer et de plomb galvanisés. Des muscles de bronze et de marbre divisent toute cette riche charnure en mille compartiments, et en relient l’unité. D’opulentes draperies pendent le long des arcades qui, du côté interne, sont ouvertes sur le cirque, et, du côté externe, fermées aux intempéries des saisons par une muraille de cristal. A l’intérieur, des colonnades formant véranda supportent à leur faite un entablement crénelé à plate-forme ou terrasse, comme une forteresse ou un colombier, et livrent passage, par ces ouvertures architecturales, aux visiteurs qui en descendent ou qui y montent au moyen d’un balcon mobile s’élevant ou s’abaissant à la moindre pression. Ces galeries circulaires, régulières quant à l’ensemble, mais différentes quant aux détails, sont coupées de distance en distance par des corps de bâtiments en saillie d’un caractère plus imposant encore. Dans ces pavillons, qui sont comme les maillons de cette chaîne d’avenues, il y a les salons de rafraîchissements et de collations, les salons de causerie et de lecture, de jeux et de repos, d’amusements et de récréations, pour l’âge viril comme pour l’âge enfantin. Dans ces sortes de reposoirs, ouverts à la foule bigarrée des pèlerins, tous les raffinements du luxe qu’on pourrait de nos jours appeler aristocratique, semblent y avoir été épuisés, tout y est d’une richesse et d’une élégance féerique. Ces pavillons, à leur étage inférieur, sont autant de péristyles par où l’on entre dans l’immense arène. Ce nouveau Colysée, dont nous venons d’explorer les gradins, a son arène comme les anciens colysées : c’est un parc parsemé de massifs d’arbres, de pelouses, de plates-bandes de fleurs, de grottes rustiques et de kiosques somptueux. La Seine et une infinité de canaux et de bassins de toutes les formes, eaux vives et eaux dormantes, se carrent ou courent, reposent ou serpentent au milieu de tout cela. De larges avenues de marronniers et d’étroits sentiers bordés de haies, et couverts de chèvre-feuille et d’aubépine, les sillonnent dans tous les sens. Des groupes de bronze et de marbre, chefs-d’oeuvre de la statuaire, jalonnent ces avenues et y trônent par intervalles, ou se mirent, au détour de quelque sentier dérobé, dans le cristal d’une fontaine solitaire. Le soir, de petits globes de lumière électrique projettent, comme des étoiles, leurs timides rayons sur les ombrages de verdure, et plus loin, au-dessus de la partie la plus découverte, une énorme sphère de lumière électrique verse de son orbe des torrents de clarté solaire. Des calorifères, brasiers infernaux, et des ventilateurs, poumons éoliens, combinent leurs efforts pour produire dans cette enceinte un climat toujours tempéré, une floraison perpétuelle. C’est quelque chose de mille et une fois plus magique que les palais et les jardins des Mille et une Nuits. Des yoles aérostatiques, des canotiers aériens traversent à vol d’oiseau cette libre volière humaine, vont, viennent, entrent et sortent, se poursuivent ou se croisent dans leurs capricieuses évolutions. Ici ce sont des papillons multicolores qui voltigent de fleurs en fleurs, là des oiseaux des zones équatoriales qui folâtrent en toute liberté. Les enfants s’amusent sur les pelouses avec les chevreuils et les lions devenus des animaux domestiques ou civilisés, et ils s’en servent comme de dadas pour monter dessus ou les atteler à leurs brouettes. Les panthères, apprivoisées comme des chats, grimpent après les colonnes ou les arbres, sautent sur l’épaule de roc des grottes, et, dans leurs bonds superbes ou leurs capricieuses minauderies, dessinent autour de l’homme les plus gracieuses courbes ; et, rampantes à ses pieds, sollicitent de lui un regard ou une caresse. Des orgues souterraines, mugissements de vapeur ou d’électricité, font entendre par moment leur voix de basse-taille et, comme d’un commun concert, mêlent leurs sourdes notes au ramage aigu des oiseaux chanteurs, ces légers ténors. Au centre à peu près de cette vallée de l’harmonie s’élève un labyrinthe, au faîte duquel est un bouquet de palmiers. Au pied de ces palmiers est une tribune en ivoire et bois de chêne, du plus beau galbe. Au-dessus de cette tribune, et adossée aux tiges des palmiers, est suspendue une large couronne en acier poli entourant une toque de satin azur proportionnée à la couronne. Une draperie en velours et en soie grenat, à frange d’argent, et supportée par des torsades en or, retombe en boucles par derrière. Sur le devant des bandeaux est une grosse étoile en diamant, surmontée d’un croissant et d’une aigrette de flamme vive. De chaque côté sont deux mains en bronze, également attachées au bandeau, une à droite et l’autre à gauche, servant d’agrafes à deux ailes également de flamme vive. C’est à cette tribune que, dans les jours de solennité, montent ceux qui veulent parler à la foule. On comprend que, pour oser aborder pareille chaire, il faille être autre chose que nos tribuns et parlementaires. Ceux-ci seraient littéralement écrasés sous le poids moral de cette couronne ; ils sentiraient sous leurs pieds le plancher frémir de honte et s’écarter pour les engloutir. Aussi ces hommes qui viennent prendre place sous ce diadème et sur ces degrés allégoriques, ne sont-ils que ceux qui ont à répandre, du haut de cette urne de l’intelligence, quelque grande et féconde pensée, perle enchâssée dans une brillante parole, et qui, sortie de la foule, retombe sur la foule comme la rosée sur les fleurs. La tribune est libre. Y monte qui veut, —mais ne le veut que qui peut y monter. Dans ce monde là, qui est bien différent du nôtre, on a le sublime orgueil de n’élever la voix en public que pour dire quelque chose. Icare n’eût pas osé y essayer ses ailes, il eût été trop certain de choir. C’est qu’il faut mieux qu’une intelligence de cire pour tenter l’ascension de la parole devant un pareil auditoire. Un ingénieux mécanisme acoustique permet à ce million d’auditeurs d’entendre distinctement toutes les paroles de l’orateur, si éloigné que chacun soit de lui. Des instruments d’optique admirablement perfectionnés, permettent d’en suivre les mouvements, ceux du geste et de la physionomie, à une très grande distance.
Seen with the eyes of the Past, this colossal carrousel, with all its human waves, had for me, the imposing aspect of the Ocean. Seen by the eyes of the Future, our academies of legislators and our democratic councils, the Bourbon Palace and the Salle Martel, no longer appeared to me but in the shape of a water glass. What it is that the man and as it sees the things differently, according to whether the panorama of the centuries rolls and unrolls its prospects. What for me was the Utopia was for them very ordinary. They had dreams well differently gigantic and that could not embrace my small imagination. I heard speak about projects so much above vulgar that it is hardly if I could seize the direction of them. Which figure, I in myself said, would do in the medium of these people-there one civilized of the street of Lombards: it would put the head in its mortar in vain, to crush it like a core of fishing, to triturate the brain of it, it would never manage to extract from it a ray of intelligence able only to understand the least word of them. Vu par les yeux du Passé, ce colossal carrousel, avec toutes ses vagues humaines, avait pour moi l’aspect grandiose de l’Océan. Vu par les yeux de l’Avenir, nos académies de législateurs et nos conseils démocratiques, le palais Bourbon et la salle Martel, ne m’apparaissaient plus que sous la forme d’un verre d’eau. Ce que c’est que l’homme et comme il voit différemment les choses, selon que le panorama des siècles roule ou déroule ses perspectives. Ce qui pour moi était l’utopie était pour eux tout ordinaire. Ils avaient des rêves bien autrement gigantesques et que ne pouvait embrasser ma petite imagination. J’entendis parler de projets tellement au dessus du vulgaire que c’est à peine si je pouvais en saisir le sens. Quelle figure, disais-je en moi-même, ferait au milieu de ces gens-là un civilisé de la rue des Lombards : il aurait beau se mettre la tête dans son mortier, la broyer comme un noyau de pêche, en triturer le cerveau, il ne parviendrait jamais à en extraire un rayon d’intelligence capable seulement d’en comprendre le plus petit mot.
This monument of which I tried to give a sketch, it is the palate or for better saying the temple of arts and sciences, something like Capitole and the Forum in the former society. It is the central point where all the rays of a circle come to succeed and from where they are spread then at all the points of the circumference. It is called the Cyclideon, i.e. “place devoted to the circulus of ideas,” and consequently to all that is the product of these ideas; it is the furnace bridge of social worship, the anarchist church of utopian humanity. Ce monument dont j’ai essayé de donner un croquis, c’est le palais ou pour mieux dire le temple des arts et des sciences, quelque chose dans la société ultérieure comme le Capitole et le Forum dans la société antérieure. C’est le point central où viennent aboutir tous les rayons d’un cercle et d’où ils se répandent ensuite à tous les points de la circonférence. Il s’appelle le Cyclidéon, c’est-à-dire “lieu consacré au circulus des idées”, et par conséquent à tout ce qui est le produit de ces idées ; c’est l’autel du culte social, l’église anarchique de l’utopiste humanité.
In this new world, there is neither divinity nor papacy, neither royalty nor gods, neither kings nor priests. Not wanting be slaves, they want no masters. Being free, they worship naught but freedom, and they do so from childhood and confess it every moment, to the last moments of their lives. Their anarchist communion needs neither bibles nor codes; each one of them carries in himself his law and his prophecy, his heart and his intelligence. They do not do to others what they would not like others to do to them, and they do to others what they would like others to do to them. Wanting the good for themselves, they do well by others. Not wanting anyone to make an attempt on their free will, they do not make an attempt on the free will of the others. As lovers, as beloveds, they want to grow in love and to multiply by love. Men return a hundred times over to humanity what children cost humanity in care, and with their next sympathies which are due to their next: glance for glance, smile to smile, kiss for kissing, and, if need be, bite for bite. They know that they have only one common mother, Humanity, that they all are brothers, and that fraternity obliges. They are aware that the harmony can exist only by the contest of the individual wills, that the natural law of attractions is the law of infinitely small like the infinitely large ones, that nothing of what sociable cannot be driven without it, which it is the universal thought, the unit units, the sphere of the spheres, which it is immanente and permanent in the eternal movement; and they say: Apart from the anarchy not of hello! and they add: Happiness, it is of our world. And all are happy, and all meet on their way satisfactions which they seek. They strike, and all the doors open; sympathy, the love, the pleasures and the joys answer the beats of their heart, with the pulsations of their brain, the blows of hammer of their arm; and, upright on their thresholds, they greet the brother, the lover, the worker; and Science, like a humble maidservant, introduces them front under the hall of the unknown. Chez les fils de ce nouveau monde, il n’y a ni divinité ni papauté, ni royauté ni dieux, ni rois ni prêtres. Ne voulant pas être esclaves, ils ne veulent pas de maîtres. Etant libres, ils n’ont de culte que pour la Liberté, aussi la pratiquent-ils dès leur enfance et la confessent-ils à tous les moments et jusque dans les derniers moments de leur vie. Leur communion anarchique n’a besoin ni de bibles ni de codes ; chacun d’eux porte en soi sa loi et son prophète, son coeur et son intelligence. Il ne font pas à autrui ce qu’ils ne voudraient pas que leur fit autrui, et ils font à autrui ce qu’ils voudraient qu’autrui leur fit. Voulant le bien pour eux, ils font le bien pour les autres. Ne voulant pas qu’on attente à leur libre volonté, ils n’attentent pas à la libre volonté des autres. Aimants, aimés, ils veulent croître dans l’amour et multiplier par l’amour. Hommes, ils rendent au centuple à l’Humanité ce qu’enfants ils ont coûté de soins à l’Humanité ; et à leur prochain les sympathies qui sont dues à leur prochain : regard pour regard, sourire pour sourire, baiser pour baiser, et, au besoin, morsure pour morsure. Ils savent qu’ils n’ont qu’une mère commune, l’Humanité, qu’ils sont tous frères, et que fraternité oblige. Ils ont conscience que l’harmonie ne peut exister que par le concours des volontés individuelles, que la loi naturelle des attractions est la loi des infiniment petits comme des infiniment grands, que rien de ce qui est sociable ne peut se mouvoir que par elle, qu’elle est la pensée universelle, l’unité des unités, la sphère des sphères, qu’elle est immanente et permanente dans l’éternel mouvement ; et ils disent : En dehors de l’anarchie pas de salut ! et ils ajoutent : Le bonheur, il est de notre monde. Et tous sont heureux, et tous rencontrent sur leur chemin les satisfactions qu’ils cherchent. Ils frappent, et toutes les portes s’ouvrent ; la sympathie, l’amour, les plaisirs et les joies répondent aux battements de leur coeur, aux pulsations de leur cerveau, aux coups de marteau de leur bras ; et, debout sur leurs seuils, ils saluent le frère, l’amant, le travailleur ; et la Science, comme une humble servante, les introduit plus avant sous le vestibule de l’Inconnu.
And you would like a religion, laws at similar people? Thus let us go! Or it would be a danger, or it would be a hors-d’oeuvre. The laws and the religions are made for the slaves by Masters who are also slaves. The free men carry neither spiritual bond nor temporal chains. Man is his own king and his own God – “Me and my right”: such is his motto. Et vous voudriez une religion, des lois chez un pareil peuple ? Allons donc ! Ou ce serait un péril, ou ce serait un hors-d’oeuvre. Les lois et les religions sont faites pour les esclaves par des maîtres qui sont aussi des esclaves. Les hommes libres ne portent ni lien spirituel ni chaînes temporelles. L’homme est son roi et son Dieu. —”Moi et mon droit”, telle est sa devise.
On the site of the principal great towns of today, had been built Cyclideons, not similar, but analogous to that of which I gave description. This day, there was in this one universal exhibition of the products of the human genius. Some time they were only partial exposures, exposures of district or continent. It is at the time of this solemnity that three or four speakers had made speeches. In this cyclic of the poetic labors of the arm and intelligence a whole museum of wonders was exposed. Agriculture had brought there its sheaves, the horticulture its flowers and its fruit, industry its fabrics, its pieces of furniture, its ornaments, science all its gears, its mechanisms, its statistics, its theories. Architecture had brought there its plans, painting its tables, the sculpture and the statuary its ornaments and its statues, the music and the poetry purest of their songs. The arts, like the sciences, had put their richest jewels into this jewel-box. Sur l’emplacement des principales grandes villes d’aujourd’hui, l’on avait construit des Cyclidéons, non pas semblables, mais analogues à celui dont j’ai donné la description. Ce jour-là, il y avait dans celui-ci exhibition universelle des produits du génie humain. Quelquefois ce n’étaient que des expositions partielles, expositions de district ou de continent. C’est à l’occasion de cette solennité que trois ou quatre orateurs avaient prononcé des discours. Dans ce cyclique des poétiques labeurs du bras et de l’intelligence était exposé tout un musée de merveilles. L’agriculture y avait apporté ses gerbes, l’horticulture ses fleurs et ses fruits, l’industrie ses étoffes, ses meubles, ses parures, la science tous ses engrenages, ses mécanismes, ses statistiques, ses théories. L’architecture y avait apporté ses plans, la peinture ses tableaux, la sculpture et la statuaire ses ornements et ses statues, la musique et la poésie les plus purs de leurs chants. Les arts comme les sciences avaient mis dans cet écrin leurs plus riches joyaux.
It was not a contest like our contests. There was neither Entrance Board neither juries of rewards sorted by the voice of the fate or the poll, neither great price granted by official judges, neither crowns, neither patents, neither prizes winner, nor medals. The free one and great public voice is only sovereign. It is to take pleasure in this power of the opinion that each one comes to subject its work to him, and it is it which, while passing in front of works of the ones and others, decrees to them according to its special aptitudes, not hochets of distinction, but of admirations more or less sharp, more or less attentive examinations, more or less scornful. Also, its judgements are always equitable, always with the judgment of the least brave, always with the praise of most valiant, always an encouragement with the emulation, for the weak ones as for the forts. It is the large rectifying one of wrongs; it which testifies with all individually that they more or less followed the path of their vocation, that they are more or less isolated; and the future is given the responsability to ratify its nursery schools observation. And all its wire are grown with the envi by this mutual instruction, because all have the proud ambition to be also distinguished in their various works. Ce n’était pas un concours comme nos concours. Il n’y avait ni jury d’admission ni jury de récompenses triés par la voix du sort ou du scrutin, ni grand prix octroyé par des juges officiels, ni couronnes, ni brevets, ni lauréats, ni médailles. La libre et grande voix publique est seule juge souveraine. C’est pour complaire à cette puissance de l’opinion que chacun vient lui soumettre ses travaux, et c’est elle qui, en passant devant les oeuvres des uns et des autres, leur décerne selon ses aptitudes spéciales, non pas des hochets de distinction, mais des admirations plus ou moins vives, des examens plus ou moins attentifs, plus ou moins dédaigneux. Aussi, ses jugements sont-ils toujours équitables, toujours à la condamnation des moins braves, toujours à la louange des plus vaillants, toujours un encouragement à l’émulation, pour les faibles comme pour les forts. C’est la grande redresseuse de torts ; elle qui témoigne à tous individuellement qu’ils ont plus ou moins suivi le sentier de leur vocation, qu’ils s’en sont plus ou moins écartés ; et l’avenir se charge de ratifier ses maternelles observations. Et tous ses fils se grandissent à l’envi par cette instruction mutuelle, car tous ont l’orgueilleuse ambition de se distinguer également dans leurs divers travaux.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Deuxième partie Deuxième partie
(continued) (Suite.)
Leaving this festival, I went up by airship with my guide; we sailed in the air for a minute and soon lighted on the perron of one of the public gardens of the universal city. It is something like a phalanstery, but without any hierarchy, without any authority, where all, on the contrary, testifies to freedom and the equality, of the most complete anarchy. The form of this one is about that of a star, but its rectangular faces do not have anything symmetrical, each one has its particular type. Architecture seems to have modelled in the folds of their structural dress all the undulations of the grace, all the curves of the beauty. Interior decorations are of an elegant sumptuousness. It is a happy mixture of luxury and simplicity, a harmonious choice of contrasts. The population is there five to six thousand people. Each man and each woman has a separate apartment, which is composed of two rooms to sleep, from a cabinet of baths or toilet, from a library or study, from a small show, and a terrace or tighten hot filled of flowers and greenery. The whole is aired by ventilators and is heated by air-heaters, which does not prevent that there are also chimneys for the approval of the sight: the winter, in the absence of sun, one likes to have to radiate the flame in the hearth. Each apartment has also its taps of water and light. Furnishing is of an artistic splendour which would make shame with princely haillons our contemporary aristocracies. And still each one can it with its liking to add to it or there restrict, simplify or enrich the details by them of them; it has only to express of it the desire. Wants he to even occupy the same apartment a long time, it occupies it; wants he to change it tous.les.jours, it changes some. Nothing easier, there are always the vacant ones at its disposal these apartments, by their situation, make it possible each one to enter there or left there without being seen. On a side, inside, is a vast gallery giving on the park, which serves as large artery with the movement of the inhabitants. Other side, outside, is a labyrinth small intimate galleries where decency and the love slip with the catch one. There in this anarchist society, the legal family and the property are died institutions, hyérographes which one lost the direction: one and indivisible is the family, one and indivisible is the property. In this fraternal, free communion is work, and free is the love. All that is work of the arm and the intelligence, all that is object of production and consumption, common capital, collective ownership, BELONGS TO ALL AND EACH. All that is work of the soul, all that of intimate essence, feeling and feeling individual, capital particular, body property, all that is man, finally, in its own acceptance, whatever its age or its sex, BELONGS. Producers and consumers produce and consume as they like it, when they like it and where they like it. “Freedom is free.” No one asks them: Why this? why that? The sons and daughters of the rich, per hour of the recreation, draw from the basket of their toys and there take one a hoop, the other a racket, this one a ball and that one an arc, have fun together or separately, and change comrades or toys at the whims of their imagination, but always requested with the movement by the sight of the others and the need of their turbulent nature; so, too, the sons and daughters of anarchy, men or women, choose in the community the tool and the labor which is appropriate to them, work separately or by groups, and change groups or tools according to their whims, but always stimulated with the production for the example of the others and the charm which they test to play together creation. Such still with a dinner of friends, the guests drink and eat with the same table, seize with their choice a piece of such or such mets, glass of such or such wine, without never none them misusing with gloutonnery of a early product or a rare wine; and the such also future men, with this banquet of the anarchist communion, consume according to their taste of all that appears pleasant to them, without never misusing a tasty early product or a rare product. It is with which rather will take only the smallest share of it. – A table-with host, in civilized country, the clerk-traveller, the man of trade, the bourgeois man, is coarse and brutal: it is unknown and it pays. These are legal morals. With a meal of sorted people, the man of society, the aristocrat, is decent and courteous: he bears his name blazoned on his face, and the instinct of reciprocity commands civility from him. Who obliges others obliges himself. These are free morals. Legal freedom, like this squat tradesman, is coarse and brutal; anarchist freedom has all the delicateness of good society (*). Au sortir de cette fête, je montai en aérostat avec mon guide, nous naviguâmes une minute dans les airs et nous débarquâmes bientôt sur le perron d’un des squares de l’universelle cité. C’est quelque chose comme un phalanstère, mais sans aucune hiérarchie, sans aucune autorité, où tout, au contraire, témoigne de la liberté et de l’égalité, de l’anarchie la plus complète. La forme de celui-ci est à peu près celle d’une étoile, mais ses faces rectangulaires n’ont rien de symétrique, chacune a son type particulier. L’architecture semble avoir modelé dans les plis de leur robe structurale toutes les ondulations de la grâce, toutes les courbes de la beauté. Les décorations intérieures sont d’une somptuosité élégante. C’est un heureux mélange de luxe et de simplicité, un harmonieux choix de contrastes. La population y est de cinq à six mille personnes. Chaque homme et chaque femme a son appartement séparé et qui est composé de deux chambres à coucher, d’un cabinet de bains ou de toilette, d’un cabinet de travail ou bibliothèque, d’un petit salon, et d’une terrasse ou serre chaude remplie de fleurs et de verdure. Le tout est aéré par des ventilateurs et chauffé par des calorifères, ce qui n’empêche pas qu’il y ait aussi des cheminées pour l’agrément de la vue : l’hiver, à défaut de soleil, on aime à voir rayonner la flamme dans le foyer. Chaque appartement a aussi ses robinets d’eau et de lumière. L’ameublement est d’une splendeur artistique qui ferait honte aux princiers haillons de nos aristocraties contemporaines. Et encore chacun peut-il à son gré y ajouter ou y restreindre, en simplifier ou en enrichir les détails ; il n’a qu’à en exprimer le désir. Veut-il occuper le même appartement longtemps, il l’occupe ; veut-il en changer tous les jours, il en change. Rien de plus facile, il y en a toujours de vacants à sa disposition. Ces appartements, par leur situation, permettent à chacun d’y entrer ou d’en sortir sans être vu. D’un côté, à l’intérieur, est une vaste galerie donnant sur le parc, qui sert de grande artère à la circulation des habitants. De l’autre côté, à l’extérieur, est un labyrinthe de petites galeries intimes où la pudeur et l’amour se glissent à la dérobée. Là, dans cette société anarchique, la famille et la propriété légales sont des institutions mortes, des h[y]éroglyphes dont on a perdu le sens : une et indivisible est la famille, une et indivisible est la propriété. Dans cette communion fraternelle, libre est le travail, et libre est l’amour. Tout ce qui est oeuvre du bras et de l’intelligence, tout ce qui est objet de production et de consommation, capital commun, propriété collective, APPARTIENT A TOUS ET A CHACUN. Tout ce qui est oeuvre du coeur, tout ce qui est d’essence intime, sensation et sentiment individuels, capital particulier, propriété corporelle, tout ce qui est homme, enfin, dans son acception propre, quel que soit son âge ou son sexe, S’APPARTIENT. Producteurs et consommateurs produisent et consomment comme il leur plaît, quand il leur plaît et où il leur plaît. “La Liberté est libre.” Personne ne leur demande : Pourquoi ceci ? pourquoi cela ? Tels des enfants de riches, à l’heure de la récréation, puisent dans la corbeille de leurs jouets et y prennent l’un un cerceau, l’autre une raquette, celui-ci une balle et celui-là un arc, s’amusent ensemble ou séparément, et changent de camarades ou de joujoux au gré de leur fantaisie, mais toujours sollicités au mouvement par la vue des autres et par le besoin de leur nature turbulente ; tels aussi les fils de l’anarchie, hommes ou femmes, choisissent dans la communauté l’outil et le labeur qui leur convient, travaillent isolément ou par groupes, et changent de groupes ou d’outils selon leurs caprices, mais toujours stimulés à la production par l’exemple des autres et par le charme qu’ils éprouvent à jouer ensemble à la création. Tels encore à un dîner d’amis, les convives boivent et mangent à la même table, s’emparent à leur choix d’un morceau de tel ou tel mets, d’un verre de tel ou tel vin, sans que jamais aucun d’eux n’abuse avec gloutonnerie d’une primeur ou d’un vin rare ; et tels aussi les hommes futurs, à ce banquet de la communion anarchique, consomment selon leur goût de tout ce qui leur paraît agréable, sans jamais abuser d’une primeur savoureuse ou d’un produit rare. C’est à qui bien plutôt n’en prendra que la plus petite part. —A table d’hôte, en pays civilisé, le commis-voyageur, l’homme de commerce, le bourgeois, est grossier et brutal : il est inconnu et il paie. C’est de moeurs légales. A un repas de gens triés, l’homme du monde, l’aristocrate, est décent et courtois : il porte son nom blasonné sur son visage, et l’instinct de la réciprocité lui commande la civilité. Qui oblige les autres s’oblige. C’est de moeurs libres. Comme ce courtaud du commerce, la liberté légale est grossière et brutale ; la liberté anarchique, elle, a toutes les délicatesses de la bonne compagnie.
Men and women make love when they like, as they like, with whom they like. Full and total freedom on both sides. No convention or legal contract binds them. Attraction is the only chain, pleasure their only rule. As the love is it more durable and is surrounded it of more than decency as at civilized. The mystery of which they enjoy to wrap their free connections adds to it an ever-renewed charm; they would look upon chastity of manners as an offence and as a provocation to jealous infirmities, to reveal with public clearness the intimacy of their sexual loves. All, as a public, have tender glances for one another, of the glances of brothers and sisters, vermeil radiation of the sharp friendship; the spark of passion shone only in the secrecy, like stars, these pure gleams, in the dark azure of the nights. Happy loves seek the shade and loneliness. It is with its hidden sources that they draw limpid happinesses. It is pure hearts épris one of the other of the sacraments which must remain been unaware of laymen. – In the civilized world, men and women post with the town hall and with the church the publicity of their union, spread out the nudity of their marriage to the lights of an avoided ball, in the medium of one squares and with accompaniment of orchestra: all the glare, all the desired baccanal. And, scandalous habit of the bridal brothel, at the appointed time, one tears off by the hand of matrones the vineleaf of the lips of the bride; one ignoblement prepares it with wretched bestialities. – In the anarchist world, one would avert one’s eyes, blushing, in disdain of this prostitution and these obscenities. All these sold women, this trade in cashmeres and offices, in petticoats and beef stew, this profanation of the flesh and of human thought, this crapularisation of love, – if the men of the future could have an image of it, they would shiver in horror as we ourselves would shiver, in a dream, at the thought of a dreadful reptile squeezing us in his cold, fatal coils and gushing his tepid, poisonous spittle in our faces. Hommes et femmes font l’amour quand il leur plaît, comme il leur plaît, et avec qui leur plaît. Liberté pleine et entière de part et d’autre. Nulle convention ou contrat légal ne les lie. L’attrait est leur seule chaîne, le plaisir leur seule règle. Aussi, l’amour est-il plus durable et s’entoure-t-il de plus de pudeur que chez les civilisés. Le mystère dont ils se plaisent à envelopper leurs libres liaisons y ajoute un charme toujours renaissant. Ils regarderaient comme une offense à la chasteté des moeurs et comme une provocation aux jalouses infirmités, de dévoiler à la clarté publique l’intimité de leurs sexuelles amours. Tous, en public, ont de tendres regards les uns pour les autres, des regards de frères et soeurs, le vermeil rayonnement de la vive amitié ; l’étincelle de la passion ne luit que dans le secret, comme les étoiles, ces chastes lueurs, dans le sombre azur des nuits. Les amours heureuses recherchent l’ombre et la solitude. C’est à ces sources cachées qu’elles puisent les limpides bonheurs. Il est pour des coeurs épris l’un de l’autre des sacrements qui doivent rester ignorés des profanes. —Dans le monde civilisé, hommes et femmes affichent à la mairie et à l’église la publicité de leur union, étalent la nudité de leur mariage aux lumières d’un bal paré, au milieu d’un quadrille et avec accompagnement d’orchestre : tout l’éclat, tout le baccanal voulu. Et coutume scandaleuse du lupanar nuptial, à l’heure dite, on arrache par la main des matrones la feuille de vigne des lèvres de la mariée ; on la prépare ignoblement à d’ignobles bestialités. —Dans le monde anarchique, on détournerait la vue avec rougeur et dégoût de cette prostitution et de ces obscénités. Tous ces femmes vendues, ce commerce de cachemires et d’études, de cotillons et de pot-au-feu, cette profanation de la chair et de la pensée humaine, cette crapularisation de l’amour, —si les hommes de l’avenir pouvaient s’en faire une image, ils frissonneraient d’horreur comme nous frissonnerions, nous, dans un rêve, à la pensée d’un affreux reptile qui nous étreindrait de ses froids et mortels replis, et nous inonderait le visage de sa tiède et venimeuse bave.
In the anarchist world, a man can have several lovers, and a woman several lovers, without any doubt. Temperaments are not all the same, and attractions are proportional to our needs. A man can love one woman for one thing, and love another for another thing, and reciprocally of the ladies’ man. Where is the evil, if they obey their destiny? The evil would be to force it and not to satisfy it. Free love is like fire, it purifies all. What I then to say, it is that, in the anarchist world, the unsteady loves are the very-small number, and the loves constant, the loves exclusive, the loves with two, are the very-large number. The wandering love is the search for love, it is the voyage, the emotions and tirednesses, it is not the goal. The single love, the perpetual love of two hearts confused in a reciprocal attraction, such is the supreme happiness of the lovers, the apogee of the sexual evolution; it towards which all the pilgrimages tend, the apotheosis of the human couple, happiness at its zenith. Dans le monde anarchique, un homme peut avoir plusieurs amantes, et une femme plusieurs amants, sans nul doute. Les tempéraments ne sont pas tous les mêmes, et les attractions sont proportionnelles à nos besoins. Un homme peut aimer une femme pour une chose, et en aimer une autre pour une autre chose, et réciproquement de l’homme à la femme. Où est le mal, s’ils obéissent à leur destinée ? Le mal serait de la violenter et non de la satisfaire. Le libre amour est comme le feu, il purifie tout. Ce que je puis dire, c’est que, dans le monde anarchique, les amours volages sont le très petit nombre, et les amours constants, les amours exclusifs, les amours à deux, sont le très grand nombre. L’amour vagabond est la recherche de l’amour, c’en est le voyage, les émotions et les fatigues, ce n’en est pas le but. L’amour unique, l’amour perpétuel, axe de deux coeurs confondus dans une attraction réciproque, telle est la suprême félicité des amants, l’apogée de l’évolution sexuelle ; c’est le radieux foyer vers lequel tendent tous les pèlerinages, l’apothéose du couple humain, le bonheur à son zénith.
At the hour when one likes, to doubt the perpetuity of its love is the radiant hearth isn’t to cancel it? Or one doubts, and then one does not like; or one likes, and then one does not doubt. In the old society, love is hardly possible; it is never but the illusion of one moment, too many prejudices and interests against-nature are there to dissipate it, it is a fire at once extinct which lit and who from goes away in smoke. In the new society, love is a too sharp flame and break which surrounds it are too pure, too much according to the soft one, suave and human poetry, so that it is not strengthened in its heat and exalte not in contact with all these breaths. Far from impoverishing itself, all that it meets is used him as food. Here the young man like the girl have all the time to know himself. Equal by education as by the social position, brother and sister in arts and sciences, studies and professional, free of their steps, their gestures, their words, their glances, free work of their thought like their actions, they have only to be sought to be. Nothing was opposed to their meeting, nothing is not opposed to the decency of their first consents, with the pleasure of their first kisses. They like, not because such is the will of fathers and mothers, by interests of shop or genital or cerebral vice, but because nature laid out one for the other, that it made two twin hearts, linked by the same current of thoughts, fluid sympathetic nerve which reflects all their pulsations and put their two beings into communication. A l’heure où l’on aime, douter de la perpétuité de son amour n’est-ce pas l’infirmer ? Ou l’on doute, et alors on n’aime pas ; ou l’on aime, et alors on ne doute pas. Dans la vieille société l’amour n’est guère possible; il n’est jamais qu’une illusion d’un moment, trop de préjugés et d’intérêts contre nature sont là pour le dissiper, c’est un feu aussitôt éteint qu’allumé et qui s’en va en fumée. Dans la société nouvelle, l’amour est une flamme trop vive et les brises qui l’entourent sont trop pures, trop selon la douce et suave et humaine poésie, pour qu’il ne se fortifie pas dans son ardeur et ne s’exalte pas au contact de tous ces souffles. Loin de l’appauvrir, tout ce qu’il rencontre lui sert d’aliment. Ici le jeune homme comme la jeune fille ont tout le temps de se connaître. Egaux par l’éducation comme par la position sociale, frère et soeur en arts et en sciences, en études et en travaux professionnels, libres de leurs pas, de leurs gestes, de leurs paroles, de leurs regards, libres de leurs pensées comme de leurs actions, ils n’ont qu’à se chercher pour se trouver. Rien ne s’est opposé à leur rencontre, rien ne s’oppose à la pudeur de leurs premiers aveux, à la volupté de leurs premiers baisers. Ils s’aiment, non parce que telle est la volonté de pères et de mères, par intérêts de boutique ou par débauche génitale ou cérébrale, mais parce que la nature les a disposés l’un pour l’autre, qu’elle en a fait deux coeurs jumeaux, unis par un même courant de pensées, fluide sympathique qui répercute toutes leurs pulsations et met en communication leurs deux êtres.
Is the love that the love of civilized, the love with naked forms, public love, legal love? It is brutality, something like coarse and brutal intuition. The love at harmonized, the love skilfully buckled, the love pure and worthy, although sensitive and passion, anarchist love, here what is humanly and naturally the love, it is the ideal carried out, the scientification. The first love is the animal love, this one is the love hominal. One is obscenity and venality, feeling of rough, feeling of cretin; the other is pudicity and freedom, feeling and feeling human being Est-ce l’amour que l’amour des civilisés, l’amour à formes nues, l’amour public, l’amour légal ? C’en est la sauvagerie, quelque chose comme une grossière et brutale intuition. L’amour chez les harmonisés, l’amour artistement voilé, l’amour chaste et digne, bien que sensitif et passionnel, l’amour anarchique, voilà qui est humainement et naturellement l’amour, c’en est l’idéal réalisé, la scientification. Le premier est l’amour animal, celui-ci est l’amour hominal. L’un est obscénité et vénalité, sensation de la brute, sentiment de crétin ; l’autre est pudicité et liberté, sensation et sentiment d’être humain.
The principle of love is one, for the wild stock as for the hominal, the man of civilization as for the man of the harmonious era: it is beauty. Only, beauty for the anterior and inferior men, for the fossils of Humanity, is the ruddy and full complexion, the formless and variegated enceinture, a luxury of meat or crinoline, feathers of birds of sea or ribbons autruchiens, it is the hottentot Venus or the headstock of the salon. For the later and higher men, beauty is not only in the carnal fabric, it is also in the purity of forms, grace and majesty in manners, elegance and choice of ornaments, and especially in the luxury, the magnificences of the heart and mind. Le principe de l’amour est un, pour le sauvageon comme pour l’hominal, pour l’homme des temps civilisés comme pour l’homme des temps harmoniques, c’est la beauté. Seulement, la beauté pour les hommes antérieurs et inférieurs, pour les fossiles de l’Humanité, c’est la carnation sanguine et replète, l’enceinture informe et bariolée, un luxe de viande ou de crinoline, de plumes d’oiseaux de mer ou de rubans autrichiens, c’est la Vénus hottentote ou la poupée de salon. Pour les hommes ultérieurs et supérieurs, la beauté n’est pas seulement dans l’étoffe charnelle, elle est aussi dans la pureté des formes, dans la grâce et la majesté des manières, dans l’élégance et le choix des parures, et surtout dans le luxe, dans les magnificences du cœur et cerveau.
Among these perfected people, beauty is no more a privilege of birth than the reflection of a gold crown, as in savage and bourgeois societies; it is the product of its own works, the fruit of its own labor, a personal acquisition. What lights their faces is not the external reflection of a metal, something inert, so to speak, and vile; it is the emanation of all that there is in man of boiling ideas, vaporized passions, heat in motion, a continuous gravitation that, having arrived at the summit of the human body, the cranium, filters through its pores, issues forth from it, streams about it in impalpable pearls, and inundates all the external forms and movements, crowning the individual with its luminous essence. Chez ces perfectibilisés, la beauté n’est pas un privilège de naissance non plus que le reflet d’une couronne d’or, comme dans les sociétés sauvages et bourgeoises, elle est la fille de ses oeuvres, le fruit de son propre labeur, une acquisition personnelle. Ce qui illumine leur visage ce n’est pas le reflet extérieur d’un métal inerte pour ainsi dire, chose vile, c’est le rayonnement de tout ce qu’il y a dans l’homme d’idées en ébullition, de passions vaporisées, de chaleur en mouvement, gravitation continue qui, arrivée au faîte du corps humain, au crâne, filtre à travers ses pores, en découle, en ruisselle en perles impalpables, et, essence lumineuse, en inonde toutes les formes et tous les mouvements externes, en sacre l’individu.
What, ultimately, is physical beauty? The stem of which mental beauty is the flower. All beauty comes from labor; it is by labor that it grows and flourishes in the face of each, the intellectual and moral crown. Qu’est-ce, en définitive, que la beauté physique ? La tige dont la beauté mentale est la fleur. Toute beauté vient du travail ; c’est par le travail qu’elle croît et s’épanouit au front de chacun, couronne intellectuelle et morale.
The primarily carnal love, the love which is only instinct, is only, for the human race, the index, the root of love. It vegetates, opaque and without perfume, thrust into the muck of the soil and delivered over to the embrace of this mud. Hominalized love, the love which is above all that of the intelligence, is the corolla of the transparent flesh, the corporeal enamel that gives forth balmy emanations, a free incense, invisible atoms that flood the fields and rise to the clouds. L’amour essentiellement carnivore, l’amour qui n’est qu’instinct, n’est, pour la race humaine, que l’indice, que la racine de l’amour. Il végète opaque et sans parfum, enfoncé dans les immondices du sol et livré aux embrassements de cette fange. L’amour hominalisé, l’amour qui est surtout intelligence, en est la corolle aux chairs transparentes, émail corporel d’où s’échappent des émanations embaumées, libre encens, invisibles atomes qui courent les champs et montent aux nues.
– Humanity in germ, debased love… —A Humanité en germe, amour immonde…
– Humanity in flower, flower of love! —A Humanité en fleur, fleur d’amour !
(*) Under this heading, The Extremes, here is a note to The Humanisphere, whose true subject, ways and means, is rather outlined a treaty. It is even a sketch incomplete. Nevertheless, I book the advertising as such, except to return afterwards. More than one reader believe duty to condemn me for having published. “We think these things, it does not say” add-on to themselves. What we think must be said. By the way, it is necessary that the revolutionaries as reactionaries become familiar with this idea. It is in the logic of things, and it is in vain that one would like to avoid it. I’m just discovering what, for many eyes, is still hidden; tomorrow to explain yesterday, that draw strong conclusions. It is not my fault if the philosophy of history is a page that can only be written in blood. It is fatal tracks laid down by centuries of oppression and servitude. Wanting to depart by paths traverse is impossible: all roads lead there. We must follow the straight line speed up the steps and go through. This is the shortest escape, and this is the only way. The aristocracy of any nuance needs a lesson, the proletariat of any country needs a stimulant. We must force the world, paralyzed by obesity or hunger, to think, shaking it with an iron arm, waking it from its funereal apathy. Future and Past must rise to their full heights and clash together in the Present, so that one of the two giants breaks the other. To the coalition of all authoritarian interests, we must oppose a coalition of all anarchic interests. We must resurrect the days of September and strike terror in those who oppress us with terror. We must have the boldness of solidarity with all the insurgents of the earth, whoever they are, pushing the temerity to physical or moral complicity with those who make it to civilization iron to iron and fire for fire. Ah! revolutionary, if you have the Revolution in your heart as you do on your lips; why do you recoil and hide your face before such means? What good is it to invoke the principles if you cannot but falter before the consequences? It is not by mystical sighs that you shall beseech tyranny and exploitation, but by drawing the sword along with the idea and stabbing the reaction in its flesh and in its spirit: (*) Sous ce titre : les Extrêmes, voici une note à l’Humanisphère, dont le véritable sujet, voies et moyens, est plutôt esquissé que traité. C’est même une esquisse incomplète. Néanmoins, je la livre à la publicité telle quelle, sauf à y revenir ensuite. Plus d’un lecteur croira devoir me condamner pour l’avoir publiée. “On pense ces choses-là, on ne les dit pas”, ajoutera-t-on tout bas. Tout ce qu’on pense doit être dit. D’ailleurs, il faut que les révolutionnaires comme les réactionnaires se familiarisent avec cette idée. Elle est dans la logique des choses, et c’est en vain qu’on voudrait l’éviter. Je ne fais que découvrir ce qui, pour beaucoup d’yeux, est encore caché ; qu’expliquer demain par hier ; que tirer des conclusions rigoureuses. Ce n’est pas ma faute si la philosophie de l’histoire contemporaine est une page que l’on ne peut écrire qu’avec du sang. Il est des voies fatales tracées par des siècles d’oppression et de servitude. Vouloir s’en écarter par des chemins de traverse est impossible : tous les chemins y ramènent. Il faut suivre la ligne droite, hâter le pas et aller jusqu’au bout. C’est le plus court pour en sortir, et c’est le seul moyen. L’aristocratie de toute nuance a besoin d’une leçon ; le prolétariat de tout pays a besoin d’un stimulant. Il faut forcer le monde, perclu par la graisse ou la faim, à penser, le secouer avec un bras de fer, le réveiller de sa funèbre apathie. Il faut que l’Avenir comme le Passé se dressent de toute leur hauteur, s’entreheurtent dans le Présent, et qu’un des deux colosses brise l’autre. A la coalition de tous les intérêts autoritaires il faut opposer la coalition de tous les intérêts anarchiques. Il faut ressusciter les journées de septembre et frapper de terreur ceux qui nous oppriment par la terreur. Il faut avoir l’audace de la solidarité avec tous les insurgés de la terre, quels qu’ils soient, pousser la témérité jusqu’à la complicité morale sinon physique avec tous ceux qui rendent à la civilisation fer pour fer et feu pour feu. Ah ! révolutionnaires, si vous avez la Révolution dans le cœur comme vous l’avez sur les lèvres ; pourquoi reculer et vous voiler la face devant de pareils moyens ? A quoi bon invoquer les principes si vous ne savez que défaillir devant les conséquences ? Ce n’est pas par de mystiques soupirs que vous conjurerez la tyrannie et l’exploitation, mais en dégainant le glaive avec l’idée, et en poignardant la Réaction dans sa chair et dans son esprit :
The Extremes Les Extrêmes
Note to “The Humanisphere” Note à “l’Humanisphère”
I am far from wanting to say that the aristocracy of our day is a model for the society of the future world; quite the contrary. What I wanted to highlight is that man, according to the varying conditions under which he moves, is more or less worthy or unworthy. The more he has the feeling of freedom, the more he has the feeling of dignity, and the more respect he has for himself and for his fellow men. But the aristocrat is not free; he is a master, he is a slave: master to his inferiors, slave to his superiors; he is only free with his equals. And yet this freedom is very limited, for the aristocrat is not even a man, he is only half a man. (And I speak here of the most intelligent, of those who have intellectual knowledge, awareness and understanding of their own value, scholars, artists, scientists, or at least those who feel letters, arts and Science, the great world in what he has less small, the cream of the elegant world and the scholarly world.) The aristocracy, even in the best sense of the word, is a cripple who knows nothing of the use of his arms, and who, therefore, lacks sensation in both. The proletarian, the white slave, is almost as infirm as the aristocrat: he has neither arms nor brain, or at least has a brain which he little knows how to use. As for the bourgeois, this thing which is neither aristocrat nor proletarian, this heap of flesh – he has neither arms nor head nor heart, but his belly is a being so misshapen and ugly it can serve as a foil to the ultras of the proletariat as well as the ultras of the aristocracy. Sometimes the extremes meet, but on condition of evolving at both ends, and overwhelming in this double approximation anything that is between them both. It is not a matter of dethroning the aristocrat from his luxury, throwing him off his artistic or scientific pedestal, but of elevating the proletarian, enthroning him; nor is it a matter of the proletarian shattering of sceptre of industrial or agricultural labor in his hands, but of placing it in the hands of the aristocrat. The worker at the top and the worker at the bottom, idle hands and idle heads, each must be completed, not only the one by the other, but also the one and the other, in order then to make both men able, rather than leaving both, as they are now, infirm. What the one excels in must be acquired by the other and vice versa. The day is perhaps not far away when manual labor and intellectual labor will be the prerogative of each. It is not so difficult to get there we assumed. Only, “whoever wills the end must will the means.” Je suis loin de vouloir dire que l’aristocratie de nos jours soit un modèle de société pour le monde futur, bien au contraire. Ce que j’ai voulu mettre en évidence c’est que l’homme, selon les conditions diverses dans lesquelles il se meut, est plus ou moins digne ou indigne. Plus il a le sentiment de sa liberté et plus aussi il a le sentiment de dignité ; plus il a de respect pour lui-même et plus aussi il a de respect pour ses semblables. Mais l’aristocrate n’est pas libre ; il est maître, il est esclave : maître envers ses inférieurs, esclave envers ses supérieurs ; il n’est libre qu’avec ses égaux. Et encore, cette liberté est-elle fort limitée, car l’aristocrate n’est pas même un homme, il n’est qu’une moitié d’homme. (Et je parle ici des plus intelligents, de ceux qui ont le savoir intellectuel, une conscience raisonnée de leur propre valeur, les lettrés, les artistes, les sciencés, ou tout au moins ceux qui ont le sentiment des lettres, des arts et des sciences, le grand monde dans ce qu’il a de moins petit, la crème du monde élégant et du monde savant.) L’aristocratie, même dans sa meilleure acceptation, est un estropié qui ne connaît pas l’usage de ses bras, et à qui, par conséquent, il manque un sens sur deux. Le prolétaire, l’esclave blanc, est presque aussi infirme que l’aristocrate : il a des bras et pas de cerveau, ou du moins un cerveau dont il ne connaît guère l’usage. Quant au bourgeois, cette chose qui n’est pas l’aristocrate et qui n’est pas le prolétaire, ce tas de chair, — ni bras ni tête, ni cœur, mais tout ventre, c’est un être tellement difforme et immonde qu’il ne peut servir que de repoussoir aux ultras du prolétariat comme aux ultras de l’aristocratie. Parfois les extrêmes se touchent, mais c’est à condition d’évoluer par les deux bouts, et en écrasant dans ce double rapprochement tout ce qui est entre eux deux. Il ne s’agit pas de découronner l’aristocrate de son luxe, de le faire descendre de son piédestal artistique ou scientifique, mais d’y faire monter le prolétaire, de l’y couronner ; comme il ne s’agit pas non plus de briser entre les mains du prolétaire le sceptre du travail industriel ou agricole, mais d’en armer l’aristocrate. Ouvrier du haut et ouvrier du bas, oisif du bras et oisif de la tête, tous les deux doivent se compléter, non pas seulement l’un par l’autre, mais bien aussi l’un et l’autre, afin de faire, alors, tous deux des hommes valides, au lieu de faire tous les deux, comme aujourd’hui, des infirmes. Ce qu’il y a de bon chez l’un doit être acquis par l’autre et réciproquement. Le jour n’est peut-être pas éloigné où le travail manuel et le travail intellectuel seront l’apanage de chacun. Il n’est pas si difficile d’y arriver qu’on le suppose. Seulement, “qui veut la fin doit vouloir les moyens”.
The proletarian is too stupefied by poverty and forced labor; the excesses of hunger and drink, sleep and unemployment have left him too enervated; he is too full of crippling and shameful prejudices; his head has been too much plunged, like a sponge into swill, in the rinsings of bourgeois education; too many chains and barriers, too many heavy burdens and thick walls; too many obstacles, finally, prevent him from continuing to evolve every day without interruption along the path of scientific and artistic progress. He cannot be completed as a social man and his brain revolutionized in a peaceful and regular manner. This can only be accomplished by means of an anarchic concussion that would animate all his fibres and raise, by the enthusiasm of all vibrating in each and that of each vibrating in all, to a level of clarity that would equal the greatest intelligence and allow it to accomplish the greatest things. Is there anything in the world more and more two-faced traitor, more vile and lower than the bourgeois? No, do you think. Well, yes! yal’affranchi it, a worker who works in his account, the shopkeeper in the room, inform species of the genus in need, yet worker by the arm and already shop on the head. What’s more hideous and more pushing, more horrible to see and know that this kind of human spider crouched behind the windows of a fork and weaving on its established and headed the meshes of its operations, net intended to take the small public, the public midge? It is not lies and tricks that this vile monster two-legged semi-proletarian and semi-bourgeois, not implement to catch you, you, however, his brother in misery and production, but you also, loot as a consumer. – Trade is what I know more demoralizing, more flétrissant for a company as an individual. A people, a caste or a man delivered the mercantilism is a man, a caste or a people lost, but gangrene on the side of humanity. There is no talking to such wounds, we must apply the red-hot iron. Le prolétaire est trop abruti par la misère et les travaux forcés ; les excès de jeûnes et de boisson, de veille et de chômage l’ont trop énervé ; il est trop imbu de préjugés afflictifs et infâmants ; son front a trop plongé comme une éponge dans les eaux grasses, dans les rinçures de l’éducation bourgeoise ; trop de chaînes et de barrières, trop de lourds fardeaux et d’épaisses murailles ; trop d’obstacles, enfin, l’embarrassent encore pour qu’il puisse évolutionner journellement et sans secousse dans la voie du progrès scientifique et artistique. Ce n’est pas pacifiquement et régulièrement qu’il peut se compléter comme homme social, se révolutionner le cerveau. Il ne le peut qu’à l’aide d’une commotion anarchique qui mettrait en mouvement toutes ses fibres, et l’élèverait, par l’enthousiasme de tous vibrant dans chacun et de chacun vibrant dans tous, à un niveau de lucidité qui l’égalerait aux plus grandes intelligences et lui permettrait d’accomplir les plus grandes choses. Y a-t-il rien au monde de plus fourbe et de plus traître, de plus vil et de plus bas que le bourgeois? Non, pensez-vous. Eh bien, si ! il y a l’affranchi, l’ouvrier qui travaille à son compte, le boutiquier en chambre, espèce informe du genre des besogneux, encore ouvrier par le bras et déjà boutiquier par la tête. Quoi de plus hideux et de plus repoussant, de plus horrible à voir et à connaître que cette sorte d’araignée humaine accroupie derrière les vitres d’une croisée et tissant sur son établi et dans sa tête les mailles de son exploitation, filet destiné à prendre le petit public, le public moucheron? Il n’est pas de mensonges et de ruses ignobles que ce monstre à deux pattes, demi-prolétaire et demi-bourgeois, ne mette en oeuvre pour vous attraper, vous cependant, son frère en misère et en production, mais vous aussi, son butin en qualité de consommateur. —Le commerce est ce que je connais de plus démoralisant, de plus flétrissant pour une société comme pour un individu. Un peuple, une caste ou un homme livré au mercantilisme, c’est un homme, une caste ou un peuple perdu ; c’est la gangrène au flanc de l’Humanité. Il n’y a pas à discuter devant de pareilles plaies, il faut y appliquer le fer rouge.
The aristocrat is too full of vanity, too bouffi sufficiency, it is too dorloté in its softness, too chatouillé in his lust, too well attablé in its cuisine, it is too sure to enjoy with impunity that provide easy voluptés rank and wealth for not reluctant to any movement of manual production at any physical labor. This inaction arm necessarily affects the brain and paralyzes development. The aristocrat does the proletarian as a donkey good at most to wear the shoe, and it does not only realizes that it is itself a kind of extended calf fists and feet bound, the back of another beast, and good, at most, bleat pending the slaughterhouse. L’aristocrate est trop plein de vanité, trop bouffi de suffisance ; il est trop dorloté dans sa mollesse, trop chatouillé dans sa luxure, trop bien attablé dans sa gastronomie ; il est trop sûr de jouir avec impunité des faciles voluptés que procurent le rang et la richesse pour ne pas répugner à tout mouvement de production manuelle, à tout labeur physique. Cette inaction du bras influe nécessairement sur le cerveau et en paralyse le développement. L’aristocrate ne considère le prolétaire que comme un âne bon tout au plus à porter le bât ; et il ne s’aperçoit seulement pas qu’il n’est lui-même qu’une sorte de veau étendu pieds et poings liés, sur le dos de l’autre bête, et bon, tout au plus, à bêler en attendant l’abattoir.
The aristocrat as proletarian can not regenerate by a cataclysm. Never, as long as the masses for the spirit of lucre, the needy wage and small trading, the gain of the day and fear the next day, the proletarian could not get out of his abêtissement, its degradation. Yet, it must ensure. Never neither, as long as their indolent and insolent security, the aristocrat by birth, much less the bourgeois thinking or bourgeois pansu, bourgeois managed not believe proud to be engaged in manual work and productive, never they do not resolve themselves. And yet they must become men, physically and intellectually. It must, or they must disappear. But the way? The plea is simple. What is the cause of their inaction? The impunity in which they live. Well! put daily enjoyment of their life and life itself at risk. Dare we assimilate all those who violate the lives and property of the rich. By treating them, we equate to, and consequently we moralisons. We become a threat, a tremendous danger. The social war is taking daily and universal proportions. It does not fall a hair of a head, it is not done to the property the slightest break that this is the work of the Revolution. We complement, we, the Plebs workshops, a new element of the Plebs bagnes. All the convicts are no longer a while, all the arms are in the same casaque, all the heads in the same hat. Each of us can continue to make the rebellion according to his abilities, and if the use of monsignor and knife us more reluctant than the use of barricades and gun, well! we will have at least in our ranks of special men, workers shaped these tools to accomplish the fierce and bloody task. Assassins and thieves, guerrillas cities, insurgents alone, it is necessary that each attacker’s awareness that the legal society, bringing the disturbance among civilized, they are acting on behalf “of the most sacred rights and most essential duties “.- By raising all attacks daily, attacks to life and property of the rich to the height of a social uprising, not only the revolution sévirait permanently, but it would become invincible. Nothing could resist him. The aristocrat and put at risk would be forced to seek a cure to a heroic imminent evil. The spirit of caste disappear to make way for the spirit of personal conservation. Then, and only then, it might come to the idea of being worker, both to escape the epidemic of ruin and death to obey a new need for him, and which could not fail to occur in the smarter, the need to win, the sweat of his body, his right to existence and development of this existence. D’aristocrat it would be humans. His intelligence develops with his arm. And soon, instead of trying to stifle social and revolutionary idea, it would be the first to activate it walk hand in hand with even the most socialist, the most revolutionary of proletarians. The proletarian him having learned to work arm, to learn to work in the brain; fraternitaire replace the feeling at one another like the sensation of fratricidité. There would be more by the front man, a disabled arm and is the man of arms, the disabled from the front, there would be man’s forehead and arm at the same time, Man-wide. His heart grandirait of everything he has acquired by the arm, everything he has acquired by the brain. The human being is formed, humanity would be close. L’aristocrate comme le prolétaire ne peuvent se régénérer que par un cataclysme. Jamais, tant que durera pour les masses l’esprit de lucre, le nécessiteux salaire et le petit négoce, le gain du jour et la peur du lendemain, le prolétaire ne pourra se sortir de son abêtissement, de son avilissement. Et cependant, il faut qu’il en sorte. Jamais non plus, tant que durera leur indolente et insolente sécurité, l’aristocrate de naissance, et encore moins le bourgeois pensant ou le bourgeois pansu, le bourgeois parvenu, ne croiront s’honorer en se livrant à un travail manuel et productif, jamais ils ne s’y résoudront d’eux-mêmes. Et cependant il faut qu’ils deviennent des hommes, physiquement et intellectuellement. Il le faut, ou il faut qu’ils disparaissent. Mais le moyen? Le moyen est bien simple. Quelle est la cause de leur inaction? L’impunité dans laquelle ils vivent. Eh bien ! mettons chaque jour les jouissances de leur vie et leur vie elle-même en péril. Osons nous assimiler à tous ceux qui attentent à la vie et à la propriété des riches. En nous assimilant à eux, nous nous les assimilons, et conséquemment nous les moralisons. Nous devenons ainsi une menace, un danger formidable. La guerre sociale prend des proportions quotidiennes et universelles. Il ne tombe pas un cheveu d’une tête, il n’est pas fait à la propriété la plus légère effraction que ce ne soit l’oeuvre de la Révolution. Nous nous complétons, nous, la plèbe des ateliers, d’un élément nouveau, la plèbe des bagnes. Tous les forçats ne font plus qu’un alors, tous les bras sont sous la même casaque, toutes les têtes dans le même bonnet. Chacun de nous pourra continuer à faire de la rébellion selon ses aptitudes ; et si l’emploi du monseigneur et du couteau nous répugne davantage que l’emploi de la barricade et du fusil, eh bien ! nous aurons du moins dans nos rangs des hommes spéciaux, des ouvriers façonnés à ces outils pour accomplir la farouche et sanglante tâche. Assassins et voleurs, guérillas des villes, insurgés solitaires, il faut que chacun d’eux ait conscience qu’en attaquant la société légale, en portant la perturbation chez les civilisés, ils agissent au nom “du plus sacré des droits et du plus indispensable des devoirs” .—En élevant tous les attentats quotidiens, les attentats à la vie et à la propriété des riches à la hauteur d’une insurrection sociale, non seulement la révolution sévirait en permanence, mais encore elle deviendrait invincible. Rien ne pourrait lui résister. L’aristocrate mis ainsi en péril serait forcé de chercher un remède héroïque à un mal imminent. L’esprit de caste disparaîtrait pour faire place à l’esprit de conservation personnelle. Alors, et seulement alors, il pourrait lui venir à l’idée de se faire ouvrier, autant pour échapper à cette épidémie de ruine et de mort que pour obéir à un besoin nouveau pour lui, et qui ne pourrait manquer de se manifester chez les plus intelligents, le besoin de gagner, à la sueur de son corps, son droit à l’existence et à l’épanouissement de cette existence. D’aristocrate il se ferait homme. Son intelligence se développerait avec son bras. Et bientôt, au lieu de chercher à étouffer l’idée révolutionnaire et sociale, il serait le premier à l’activer, il marcherait de pair même avec les plus socialistes, les plus révolutionnaires des prolétaires. Le prolétaire lui ayant appris à travailler du bras, apprendrait de lui à travailler du cerveau ; le sentiment fraternitaire remplacerait chez l’un comme chez l’autre la sensation de la fratricidité. Il n’y aurait plus ici l’homme du front, l’invalide du bras, et là l’homme du bras, l’invalide du front, il y aurait l’homme du front et du bras tout à la fois, l’homme entier. Son coeur se grandirait de tout ce qu’il aurait acquis par le bras, de tout ce qu’il aurait acquis par le cerveau. L’être humain serait constitué, l’Humanité serait proche.
In medicine individual as a social science, palliative, old and routine processes have never succeeded in making a patient to health; medicines more harmful than helpful, they have never produced that empiricism. The social body like the human body suffers from a disease that worsens each day. There is only one way to save is to deal with a new system is using homeopathy. Oppression is managed by theft and murder, it must be combated by the murder and theft. It does cure the evil with evil. – Let us therefore provoke a terrible crisis, a resurgence of evil, so that tomorrow, to get out of this crisis, humanity, taking possession of his senses and entering an era of convalescence, can feed the heart and brain of the juice fraternal and social ideas and, finally made the health and strength of its movements, then it shows the free and generous movement of all its nutritional fluids, all its productive forces, face radiant with happiness! En médecine individuelle comme en science sociale, les palliatifs, les vieux et routiniers procédés n’ont jamais réussi à rendre un malade à la santé ; médicaments plus nuisibles qu’utiles, ils n’ont jamais produit que l’empirisme. Le corps social comme le corps humain souffrent d’une maladie qui s’aggrave chaque jour. Il n’y a qu’un moyen de les sauver, c’est de les traiter par un nouveau système, c’est d’employer l’homéopathie. L’oppression est entretenue par le vol et l’assassinat ; il faut la combattre par l’assassinat et le vol. On ne guérit le mal que par le mal. — Provoquons donc une crise terrible, une recrudescence du mal, afin que demain, au sortir de cette crise, l’Humanité, prenant possession de ses sens et entrant dans une ère de convalescence, puisse se nourrir le coeur et le cerveau du suc des idées fraternelles et sociales, et que, rendue enfin à la santé et forte de ses mouvements, elle témoigne alors de la libre et généreuse circulation de tous ses fluides nutritifs, de toutes ses forces productives, par une physionomie rayonnante de bonheur !
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
(continued) (Suite.)
From now on, I will call this public garden or phalanstery the Humanisphere, because of the analogy of this human constellation with the grouping and the movement of the stars, gravitational organization, passion and harmonic anarchy. There is the simple Humanisphere and the composite Humanisphere, i.e., the Humanisphere considered in its individuality, or embyronic monument and group, and the Humanisphere considered in its collectivity or harmonic monument and groups. One hundred simple humanispheres grouped around a Cyclodeon form the first link of the serial chain and take the name of “Communal Humanisphere.” All the Communal Humanispheres of the same continent form the first link of this chain and take the name of “Continental Humanisphere.” The meeting of all Continental Humanispheres forms the complement of the serial chain and take the name of “Universal Humanisphere.” Ce square ou phalanstère, je l’appellerai désormais Humanisphère, et cela à cause de l’analogie de cette constellation humaine avec le groupement et le mouvement des astres, organisation attractive, anarchie passionnelle et harmonique. Il y a l’Humanisphère simple et l’humanisphère composé, c’est-à-dire l’Humanisphère considéré dans son individualité, ou monument et groupe embryonnaires, et l’humanisphère considéré dans sa collectivité, ou monument et groupe harmoniques. Cent humanisphères simples groupés autour d’un cyclidéon forment le premier anneau de cette chaîne sériaire et prennent le nom de « Humanisphère communal ». Tous les humanisphères communaux d’un même continent forment le premier maillon de cette chaîne et prennent le nom de « Humanisphère continental ». La réunion de tous les humanisphères continentaux forme le complément de la chaîne sériaire et prend le nom de « Humanisphère universel ».
The simple Humanisphere is a building made up of twelve wings welded to one another and simulating a star, (that at least of which I undertake description here, because it comes in all forms, diversity being a condition of harmony). A part is reserved for the men’s and women’s apartments. These apartments are all separated by walls that impervious to voice and glance, partitions which absorb light and noise, so that each one either well at home and can laugh, even sing, dance, make music there (which is not always amusing for the forced listener), without inconveniencing its neighbors and being inconvenienced by them. Another part is laid out for the apartment of the children. Then come the kitchens, bakery, butchery, the fish shop, the dairy, the legumery; then the wash-house, washing machines, to dry, pass by again, the linen room, then workshops for all that has report/ratio with various industries, factories of all kinds; quartermaster’s stores and stores of matters and made objects. Elsewhere they are the stables and the cattle sheds for some animals of pleasure which it day wander in freedom in the interior park, and with which play the rider or coachman the little children or the large people; auprès is the handing-over for the cars of imagination, to the continuation comes saddlery, the hangars of the tools and the transportable steam-engines, the ploughing implements. Here is the unloading docks of small and large air boats. A monumental platform is used to them as basin. They drop there anchor on their arrival and raise it with their departure. Further they are the study halls for all the tastes and all the ages, – mathematics, mechanics, physics, anatomy, astronomy, – the observatory; chemistry laboratories; hot greenhouses, botany; the museum of natural history, sculpture, picture galleries; the large library. Here, they are the shows of reading, conversation, drawing, music, dance, gymnastics. There, it is the theatre, the rooms of spectacles, concerts; the horse-gear, arenas of horsemanship; rooms of shooting, the play of billiards and all the plays of address, rooms of entertainment for the young children, the mother youth hostel; then large shows of meeting, shows of refectory etc etc. Then finally the place comes where one is assembled to treat the questions of social organization. It is small Cyclodéon, club or forum particular to Humanisphere. In this Parliament of anarchy, each one is the representative of oneself and the par of the others. Oh! it quite different from is civilized; there one does not orate, one does not dispute, one does not vote, one does not legislate, but all young people or old men, men or women, confer needs for Humanisphere jointly. Individual initiative accords or denies itself the word, according to whether it believes useful or not to speak. In this enclosure, there is an office, as of the just. Only, in this office, there is no other authority than the book of statistics. Humanisphereans find that it is an eminently impartial president and of an extremely eloquent laconism; nor do they want any other. L’Humanisphère simple est un bâtiment composé de douze ailes soudées les unes aux autres et simulant l’étoile (celui du moins dont j’entreprends ici la description, car il y en a de toutes les formes, la diversité étant une condition de l’harmonie). Une partie est réservée aux appartements des hommes et des femmes. Ces appartements sont tous séparés par des murailles que ne peuvent percer ni la voix ni le regard, cloisons qui absorbent la lumière et le bruit, afin que chacun soit bien chez soi et puisse y rire, danser, chanter, faire de la musique même (ce qui n’est pas toujours amusant pour l’auditeur forcé), sans incommoder ses voisins et sans être incommodé par eux. Une autre partie est disposée pour l’appartement des enfants. Puis viennent les cuisines, la boulangerie, la boucherie, la poissonnerie, la laiterie, la légumerie ; puis la buanderie, les machines à laver, à sécher, à repasser, la lingerie ; puis les ateliers pour tout ce qui a rapport aux diverses industries, les usines de toutes sortes ; les magasins de vivres et les magasins de matières premières et d’objets confectionnés. Ailleurs ce sont les écuries et les étables pour quelques animaux de plaisance qui le jour errent en liberté dans le parc intérieur, et avec lesquels jouent au cavalier ou au cocher les petits enfants ou les grandes personnes ; auprès sont les remises pour les voitures de fantaisie ; à la suite vient la sellerie, les hangars des outils et des locomotives, des instruments aratoires. Ici est le débarcadère des petites et grandes embarcations aériennes. Une monumentale plate-forme leur sert de bassin. Elles y jettent l’ancre à leur arrivée et la relèvent à leur départ. Plus loin ce sont les salles d’études pour tous les goûts et pour tous les âges, — mathématiques, mécanique, physique, anatomie, astronomie, — l’observatoire ; les laboratoires de chimie ; les serres chaudes, la botanique ; le musée d’histoire naturelle, les galeries de peinture, de sculpture ; la grande bibliothèque. Ici ce sont les salons de lecture, de conversation, de dessin, de musique, de danse, de gymnastique. Là, c’est le théâtre, les salles de spectacles, de concerts ; le manège, les arènes de l’équitation ; les salles du tir, du jeu de billard et de tous les jeux d’adresse ; les salles de divertissement pour les jeunes enfants, le foyer des jeunes mères ; puis les grands salons de réunion, les salons du réfectoire, etc, etc. Puis enfin vient le lieu où l’on s’assemble pour traiter les questions d’organisation sociale. C’est le petit cyclidéon, club ou forum particulier à l’humanisphère. Dans ce parlement de l’anarchie, chacun est le représentant de soi-même et le pair des autres. Oh ! c’est bien différent de chez les civilisés ; là, on ne pérore pas, on ne dispute pas, on ne vote pas, on ne légifère pas, mais tous jeunes ou vieux, hommes ou femmes, confèrent en commun des besoins de l’humanisphère. L’initiative individuelle s’accorde ou se refuse à soi-même la parole, selon qu’elle croit utile ou non de parler. Dans cette enceinte, il y a un bureau, comme de juste. Seulement, à ce bureau, il n’y a pour toute autorité que le livre des statistiques. Les humanisphériens trouvent que c’est un président éminemment impartial et d’un laconisme fort éloquent. Aussi n’en veulent-ils pas d’autres.
The apartments of the children are large salons in rows, lit from above, with a line of rooms on each side. This recalls, but in much differently grandiose proportions, the salons and cabins of the splendid American steamboats. Each child occupies two contiguous compartments, one in which to sleep, the other in which to study, and in which are placed, according to its age and its tastes, its books, its tools or its toys of predilection. The watchers of day and night, men and women, occupy the cabinets of vigilance where couches are placed. These watchers contemplate with solicitude the movements and the sleep of all these young human growths, and provide for all their desires, all their needs. This guard, for the rest, is a voluntary guard, freely assembled, of those who have more the feeling of paternity or maternity. It is not a drudgery ordered by the discipline and the payment; in the Humanisphere, there is no rule and discipline other than the will of each; it is a very spontaneous impulse, like the glance of a mother at the bedside of her child. It is with which will testify the most love to them, with these dear small beings, from those who will most enjoy their childish caresses. And these children are all charming children. Reciprocity is their human teacher. She it is who teaches the exchange of gentle processes to them, she who in fact of the followers of cleanliness, kindness, kindness, she who exerts their physical capacities and morals, she who develops in them the appetites of the heart, appetites of the brain; she who guides them with the plays, and she, finally, who teaches them how to gather the roses of instruction and education without being pricked by their thorns. Les appartements des enfants sont de grands salons en enfilades, éclairés par le haut, avec une rangée de chambres de chaque côté. Cela rappelle, mais dans des proportions bien autrement grandioses, les salons et cabines des magnifiques steamboats américains. Chaque enfant occupe deux cabinets contigus, l’un à coucher, l’autre d’étude, et où sont placés, selon son âge et ses goûts, ses livres, ses outils ou ses jouets de prédilection. Des veilleurs de jour et de nuit, hommes et femmes, occupent des cabinets de vigilance on sont placés des lits de repos. Ces veilleurs contemplent avec sollicitude les mouvements et le sommeil de toutes ces jeunes pousses humaines, et pourvoient à tous leurs désirs, à tous leurs besoins. Cette garde, du reste, est une garde toute volontaire que montent et que descendent librement ceux qui ont le plus le sentiment de la paternité ou de la maternité. Ce n’est pas une corvée commandée par la discipline et le règlement, il n’y a dans l’Humanisphère d’autre règle et d’autre discipline que la volonté de chacun ; c’est un élan tout spontané, comme le coup d’oeil d’une mère au chevet de son enfant. C’est à qui leur témoignera le plus d’amour, à ces chers petits êtres, à qui jouira le plus de leurs enfantines caresses. Aussi ces enfants sont-ils tous de charmants enfants. La mutualité est leur humaine éducatrice. C’est elle qui leur enseigne l’échange des doux procédés, elle qui en fait des émules de propreté, de bonté, de gentillesse, elle qui exerce leurs aptitudes physiques et morales, elle qui développe en eux les appétits du coeur, les appétits du cerveau ; elle qui les guide aux jeux et à l’étude ; elle enfin qui leur apprend à cueillir les roses de l’instruction et de l’éducation sans s’égratigner aux épines.
Caresses: here is all that each one seeks, the child like the adult, the adult like the old man. The caresses of science are not obtained without a labor of the mind, without expenditure of intelligence, nor caresses of love without a labor of the heart, without expenditure of feeling. The man-child is an unworked diamond. His friction with his peers polishes him, cuts him and forms him into a social jewel. He is, at all ages, a gem whose grinding stone is society and whose lapidary is individual selfishness. The more he is in contact with others and the more he receives from them impressions which multiply in his face as in his heart the passion facets, from which spout sparks of feeling and intelligence. The diamond is encrusted in an opaque and hard crust. It does not become really invaluable stone, it is not diaphanous, it only shines with the light removed from this rough crust. The man is as the invaluable stone, it passes to the state of brilliance only after having used, on all the directions and by all its directions, its crust of ignorance, its rough and rude virginity. Les caresses, voilà tout ce que chacun recherche, l’enfant comme l’homme, l’homme comme le vieillard. Les caresses de la science ne s’obtiennent pas sans travail du front, sans dépense d’intelligence, et les caresses de l’amour sans travail du coeur, sans dépense de sentiment. L’homme-enfant est un diamant brut. Son frottement avec ses semblables le polit, il le taille et le forme en joyau social. C’est, à tous les âges, un caillou dont la société est la meule et dont l’égoïsme individuel est le lapidaire. Plus il est en contact avec les autres et plus il en reçoit d’impressions qui multiplient à son front comme à son coeur les passionnelles facettes, d’où jaillissent les étincelles du sentiment et de l’intelligence. Le Diamant naît emmailloté d’une croûte opaque et rude. Il ne devient réellement pierre précieuse, il ne se montre diaphane, il ne brille à la lumière que débarrassé de cette âpre croûte. L’homme est comme la pierre précieuse, il ne passe à l’état de brillant qu’après avoir usé, sur tous les sens et par tous ses sens, sa croûte d’ignorance, son âpre et immonde virginité.
In the Humanisphere, all the young children learn how to smile to whoever smiles to them, to embrace whoever embraces them, to like whoever likes them. If they are gloomy to whoever is pleasant towards them, soon the deprivation of kisses will teach them that one is not gloomy with impunity, and will recall the kindness on their lips. The feeling of reciprocity is engraved thus in their little brains. The adults learn among themselves how to become men humanly and socially. If one of them wants to misuse his force towards another, he has at once all the players against him, he is placed under the ban of youthful opinion, and the renunciation of his comrades is a punishment much more terrible and much more effective than the official reprimand of a pedagogue would be to him. In scientific and professional studies, if it is one whose relative ignorance makes shade in the medium of the schoolboys of its age, it is for him a dunce’s cap much heavier to carry than would be to it the paper wig inflicted by a Jesuit of the University or an academic of the Sacré Collège. Also it has hastens to be rehabilitated, and endeavours it to take again its place on the level of the others. In authoritative teaching, the trip hammer and pensum can meurtrir the body and the brain of the pupils, to degrade the work of the human nature well, to make act of vandalism; they could not model original, standard men of grace and force, intelligence and love. One needs for that the inspiration of this great artist who is called Freedom. Dans l’Humanisphère les tous jeunes enfants apprennent à sourire à qui leur sourit, à embrasser qui les embrasse, à aimer qui les aime. S’ils sont maussades pour qui est aimable envers eux, bientôt la privation des baisers leur apprendra qu’on n’est pas maussade impunément, et rappellera l’amabilité sur leurs lèvres. Le sentiment de la réciprocité se grave ainsi dans leurs petits cerveaux. Les adultes apprennent entre eux à devenir humainement et socialement des hommes. Si l’un d’eux veut abuser de sa force envers un autre, il a aussitôt tous les joueurs contre lui, il est mis au ban de l’opinion juvénile, et le délaissement de ses camarades est une punition bien plus terrible et bien plus efficace que ne le serait la réprimande officielle d’un pédagogue. Dans les études scientifiques et professionnelles, s’il en est un dont l’ignorance relative fasse ombre au milieu des écoliers de son âge, c’est pour lui un bonnet d’âne bien plus lourd à porter que ne le serait la perruque de papier infligée par un jésuite de l’Université ou un universitaire du Sacré Collège. Aussi a-t-il hâte de se réhabiliter, et s’efforce-t-il de reprendre sa place au niveau des autres. Dans l’enseignement autoritaire, le martinet et le pensum peuvent bien meurtrir le corps et le cerveau des élèves, dégrader l’oeuvre de la nature humaine, faire acte de vandalisme ; ils ne sauraient modeler des hommes originaux, types de grâce et de force, d’intelligence et d’amour. Il faut pour cela l’inspiration de cette grande artiste qui s’appelle la Liberté.
The adults almost always occupy their housing during the night. However it arrives, but seldom, if one of them, for example, passes the evening in his/her mother and is delayed there, that it remains there until the next morning. Apartments of the large people being composed, as one knows, of two rooms to sleep, free with them to share it, if it is with the suitability of the mother and the child. This is the exception, the general habit is to separate per hour from the sleep: the mother remains in possession of her apartment, the child turns over to sleep with her dormitory. In these dormitories with the surplus, the children are not held than the large people to always preserve the same compartment; they change some with the liking of their will. There are no either special places for the boys or the girls; each one made its nest where he wants: only attractions decide some. Young people generally mix it up. Oldest, those which approach puberty, generally group by sexes; an admirable instinct of decency moves them away from one another during the night. Null enquiry, of the remainder, does not inspect their sleep. The watchers do not have anything to make there, the children being enough tall to serve themselves. Those find without left their residence water, fire, the light, the syrups and the gasolines are they can need. The day, girls and boys find themselves with the fields, in the study halls or the workshops; joined together and stimulated with work by these joint, and there fascinating exercises share years distinction of sex and without regular fixity in their places; acting always only according to their whims. Les adultes occupent presque toujours leur logement durant la nuit. Cependant il arrive, mais rarement, si l’un d’eux, par exemple, passe la soirée chez sa mère et s’y attarde, qu’il y demeure jusqu’au lendemain matin. Les appartements des grandes personnes étant composés, comme l’on sait, de deux chambres à coucher, libre, à eux de se le partager, si c’est à la convenance de la mère et de l’enfant. Ceci est l’exception, la coutume générale est de se séparer à l’heure du sommeil : la mère reste en possession de son appartement, l’enfant retourne coucher à son dortoir. Dans ces dortoirs au surplus, les enfants ne sont pas plus tenus que les grandes personnes de conserver toujours le même compartiment; ils en changent au gré de leur volonté. Il n’y a pas non plus de places spéciales pour les garçons ou pour les filles ; chacun fait son nid où il veut : seules les attractions en décident. Les plus jeunes se casent généralement pêle-mêle. Les plus âgés, ceux qui approchent de la puberté, se groupent généralement par sexes ; un admirable instinct de pudeur les éloigne pendant la nuit l’un de l’autre. Nulle inquisition, du reste, n’inspecte leur sommeil. Les veilleurs n’ont rien à faire là, les enfants étant assez grands pour se servir eux-mêmes. Ceux-ci trouvent, sans sortir de leur demeure, l’eau, le feu, la lumière, les sirops et les essences dont ils peuvent avoir besoin. Le jour, filles et garçons se retrouvent ou aux champs ou dans les salles d’étude ou dans les ateliers ; réunis et stimulés au travail par ces exercices en commun, et y prenant part sans distinction de sexe et sans fixité régulière dans leurs places ; n’agissant toujours que selon leurs caprices.
As for these residences, I do not need to add only anything misses there, neither the comfortable one, nor elegance. They are decorated and furnished with opulence but with simplicity. The wood of drowning, the wood of oak, the marble, the oil-cloth, the rush mats, the tiles perses, unbleached linens ayées, color on color, or drills of soft nuances, the oil-base paints and the varnished paper hangings form furnishing and decoration of it. All the accessories are out of porcelain, terra cotta, sandstone, tin and some out of money. Quant à ces logements, je n’ai pas besoin d’ajouter que rien n’y manque, ni le confortable, ni l’élégance. Ils sont décorés et meublés avec opulence mais avec simplicité. Le bois de noyer, le bois de chêne, le marbre, la toile cirée, les nattes de joncs, les toiles perses, les toiles écrues rayées, couleur sur couleur, ou coutils de nuances douces, les peintures à l’huile et les tentures de papier verni en forment l’ameublement et la décoration. Tous les accessoires sont en porcelaine, en terre cuite, en grès, en étain et quelques-uns en argent.
For the youngest children, the large room is sanded like a horse-gear and is used as arena with their wavering evolutions. Around is large and broad pad in morocco, stuffed and framed in mouldings out of varnished wooden. It is what holds place of skirting. Above the skirting, in panels divided by compartments, are frescos representing the scenes considered to be able to wake up the imagination of the children. The ceiling is out of crystal and iron. The day comes from the top. There is, moreover, of the openings spared on the sides. During the night, candelabra and glosses spreading their lights there. At oldest, the floor is covered with oil-cloth, plaits or carpet. The decoration of the walls is appropriate to their intelligence. Tables, placed at the medium of the various rooms, are charged with albums and books for all the ages and all the tastes, of boxes of plays and necessary to tools; finally of a multitude of toys being used of study and studies being used as toys. Pour les enfants les plus jeunes, la grande salle est sablée comme un manège et sert d’arène à leurs vacillantes évolutions. Tout autour est un gros et large bourrelet en maroquin, rembourré et encadré dans des montures en bois verni. C’est ce qui tient lieu de lambris. Au-dessus du lambris, dans des panneaux divisés par compartiments, sont des fresques représentant les scènes jugées les plus capables d’éveiller l’imagination des enfants. Le plafond est en cristal et en fer. Le jour vient du haut. Il y a, de plus, des ouvertures ménagées sur les côtés. Pendant la nuit, des candélabres et des lustres y répandent leur lumière. Chez les plus âgés, le plancher est recouvert de toile cirée, de nattes ou de tapis. La décoration des parois est appropriée à leur intelligence. Des tables, placées au milieu des diverses salles, sont chargées d’albums et de livres pour tous les âges et pour tous les goûts, de boites de jeux et de nécessaires d’outils ; enfin d’une multitude de jouets servant d’études et d’études servant de jouets.
Nowadays still, the crowd of people, – even those who are partisans of broad reforms, – incline to think that nothing can be obtained other than by authority, while the opposite alone is true. It is authority which is an obstacle to everything. Progress in ideas is not imposed by decrees, it results from the free and spontaneous teaching of men and things. Obligatory education is an oxymoron. Who says obligation says constraint. The politicians or the Jesuits want to be able to impose instruction, it is a business with them, because authoritarian instruction is the obligatory stupefaction [abêtissement]. But the socialists can want only study and teaching; anarchists want freedom of instruction in order to have the instruction of freedom. Ignorance is what there is that is antipathetic to the human nature. Man, in every moment of life, and especially the child, asks nothing better than to learn; he is called to it by all his aspirations. But civilized society, like barbarian society, like wild society, far from facilitating the development of his aptitudes, can only try to repress them in every way. The manifestation of his faculties is charged as a crime: for the child, by paternal authority; for man, by governmental authority. Deprived, by enlightened efforts, of the vivifying kiss of Freedom (which had made of it a race of beautiful and strong intelligences) child and man stagnate in their original ignorance, wallow in shitty prejudices, and, shrunken in arm, heart and brain, produce and perpetuate, from generation to generation, this uniformity of deformed cretins who are human beings only in name. De nos jours encore, foule de gens, — de ceux-là même qui sont partisans de larges réformes, — inclinent à penser que rien ne peut s’obtenir que par l’autorité, tandis que le contraire seul est vrai. C’est l’autorité qui fait obstacle à tout. Le progrès dans les idées ne s’impose pas par des décrets, il résulte de l’enseignement libre et spontané des hommes et des choses. L’instruction obligatoire est un contresens. Qui dit instruction dit liberté. Qui dit obligation dit servitude. Les politiques ou les jésuites peuvent vouloir imposer l’instruction, c’est affaire à eux, car l’instruction autoritaire, c’est l’abêtissement obligatoire. Mais les socialistes ne peuvent vouloir que l’étude et l’enseignement anarchistes, la liberté de l’instruction, afin d’avoir l’instruction de la liberté. L’ignorance est ce qu’il y a de plus antipathique à la nature humaine. L’homme, à tous les moments de la vie, et surtout l’enfant, ne demande pas mieux que d’apprendre ; il y est sollicité par toutes ses aspirations. Mais la société civilisée, comme la société barbare, comme la société sauvage, loin de lui faciliter le développement de ses aptitudes ne sait que s’ingénier à les comprimer. La manifestation de ses facultés lui est imputée à crime, enfant, par l’autorité paternelle ; homme, par l’autorité gouvernementale. Privés des soins éclairés, du baiser vivifiant de la Liberté (qui en eût fait une race de belles et fortes intelligences) l’enfant comme l’homme croupissent dans leur ignorance originelle, se vautrent dans la fiente des préjugés, et, nains par le bras, le coeur et le cerveau, produisent et perpétuent, de génération en génération, cette uniformité de crétins difformes qui n’ont de l’être humain que le nom.
The child is the monkey of man, but the perfectible monkey. He reproduces all that he sees done, but more or less servilely, according to whether the intelligence of the man is more or less servile, more or less in childhood. The most projecting angles of the adult mask, here what strikes first of all its understanding; if the child is born from warrior people, he will play soldier; he will like the paper helmets, the wood guns, the detonators and the drums. If he is from a people of navigators, he will play sailor; he will make boats with shells of nut and will make them go on water. With a people of farmers, he will play small garden, it will have fun with spades, rakes, wheelbarrows. If he has before his eyes a railroad, he will want a small engine; the tools of carpenter, if he is close to a cabinet-maker’s workshop. Lastly, he will imitate, with an equal fervor, all the defects as all the virtues the sight of which Society will give him. He will take up the practice of brutality, if it is with the rough; urbanity if he is with polished people. He will be a boxer with John Bull, he will push wild howls with Uncle Sam. He will be a musician in Italy, a dancer in Spain. He will grimace and gambadera in all unisons, marked with the face and in his movements of the seal of the industrial, artistic or scientific life, if he lives with workers of industry, art or science: or, impresses of a seal of licentiousness and of idleness, if it is in liaison only with the idlers and parasites. L’enfant est le singe de l’homme, mais le singe perfectible. Il reproduit tout ce qu’il voit faire, mais plus ou moins servilement, selon que l’intelligence de l’homme est plus ou moins servile, plus ou moins en enfance. Les angles les plus saillants du masque viril, voilà ce qui frappe tout d’abord son entendement. Que l’enfant naisse chez un peuple de guerriers, et il jouera au soldat ; il aimera les casques de papier, les canons de bois, les pétards et les tambours. Que ce soit chez un peuple de navigateurs, et il jouera au marin ; il fera des bateaux avec des coquilles de noix et les fera aller sur l’eau. Chez un peuple d’agriculteurs, il jouera au petit jardin, il s’amusera avec des bêches, des râteaux, des brouettes. S’il a sous les yeux un chemin de fer, il voudra une petite locomotive ; des outils de menuisier, s’il est près d’un atelier de menuiserie. Enfin, il imitera, avec une égale ardeur, tous les vices comme toutes les vertus dont la société lui donnera le spectacle. Il prendra l’habitude de la brutalité, s’il est avec des brutes ; de l’urbanité s’il est avec des gens polis. Il sera boxeur avec John Bull, il poussera des hurlements sauvages avec Jonathan. Il sera musicien en Italie, danseur en Espagne. Il grimacera et gambadera à tous les unissons, marqué au front et dans ses mouvements du sceau de la vie industrielle, artistique ou scientifique, s’il vit avec des travailleurs de l’industrie, de l’art ou de la science : ou bien, empreint d’un cachet de dévergondage et de désoeuvrement, s’il n’est en contact qu’avec les oisifs et les parasites.
Society acts on the child and the child then reacts on society. They are moved in solidarity and not to the exclusion of one another. It is thus wrongly that one has said that, in order to reform society, it would be necessary before all else to start by reforming childhood. All the reforms must go forward at once. La société agit sur l’enfant et l’enfant réagit ensuite sur la société. Ils se meuvent solidairement et non à l’exclusion l’un de l’autre. C’est donc à tort que l’on a dit que, pour réformer la société, il fallait d’abord commencer par réformer l’enfance. Toutes les réformes doivent marcher de pair.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
(continued) (Suite.)
The child is a mirror which reflects the image of manhood [virilité]. He is the zinc plate on which, under the radiation of physical feelings and morals, the features of social man are daguerrotyped. And these features reproduce at one all the more accentuated since they are more in relief at the other. The man, like the priest with his parishioners, will have beautiful statement with the child: “Do what I say to you and not what I do.” The child will not take account of the speeches, if the speeches do not agree with the actions. In its small logic, it will especially stick to follow your example; and if you make the opposite of it that you him say, it be the opposite of it that you him have preach. You will be able to then manage to make of it a hypocrite, you will never make of it a good man. L’enfant est un miroir qui réfléchit l’image de la virilité. C’est la plaque de zinc où, sous le rayonnement des sensations physiques et morales, se daguerréotypent les traits de l’homme social. Et ces traits se reproduisent chez l’un d’autant plus accentués qu’ils sont plus en relief chez l’autre. L’homme, comme le curé à ses paroissiens, aura beau dire à l’enfant : “Fais ce que je te dis et non pas ce que je fais.” L’enfant ne tiendra pas compte des discours, si les discours ne sont pas d’accord avec les actions. Dans sa petite logique, il s’attachera surtout à suivre votre exemple ; et, si vous faites le contraire de ce que vous lui dites, il sera le contraire de ce que vous lui avez prêché. Vous pourrez alors parvenir à en faire un hypocrite, vous n’en ferez jamais un homme de bien.
In the Humanisphere, the child has only good and beautiful examples under the eyes. Also it in kindness and beauty grows. Progress is taught to him by all that falls under its directions, by the voice and the gesture, the sight and the touch. All this drives, all revolves around him in perpetual exhales of knowledge, under a streaming of light. All exhales more suaves feelings, the most exquisite perfumes of the heart and the brain. Any contact is a feeling of pleasure there, a fertile kiss in prolific pleasures. The greatest pleasure of the man, work, became there a series of attractions by freedom and the diversity of work and reflects one with the other in immense and ceaseless harmony how, in such a medium, could the child not be hard, studious; how could it not like to play science, arts, with industry, not to test itself, from the most tender age, with the handling of productive forces? How could it resist the innate need for all to know, with the always new charm to inform itself? To answer differently than by the affirmative, it would be to want to ignore the human nature. Dans l’Humanisphère, l’enfant n’a que de bons et beaux exemples sous les yeux. Aussi croît-il en bonté et en beauté. Le progrès lui est enseigné par tout ce qui tombe sous ses sens, par la voix et par le geste, par la vue et par le toucher. Tout se meut, tout gravite autour de lui dans une perpétuelle effluve de connaissances, sous un ruissellement de lumière. Tout exhale les plus suaves sentiments, les parfums les plus exquis du coeur et du cerveau. Tout contact y est une sensation de plaisir, un baiser fécond en de prolifiques voluptés. La plus grande jouissance de l’homme, le travail, y est devenu une série d’attraits par la liberté et la diversité des travaux et se répercute de l’un à l’autre dans une immense et incessante harmonie. Comment, dans un pareil milieu, l’enfant pourrait-il ne pas être laborieux, studieux ? Comment pourrait-il ne pas aimer à jouer à la science, aux arts, à l’industrie, ne pas s’essayer, dès l’âge le plus tendre, au maniement de ses forces productives ? Comment pourrait-il résister au besoin inné de tout savoir, au charme toujours nouveau de s’instruire ? Répondre autrement que par l’affirmative, ce serait vouloir méconnaître la nature humaine.
Look at the child of civilized themselves, the little one of the hosier or the grocer; see him leaving the home, the walk, he sees a thing whose he did not know the existence or of which he does not understand the mechanism, a mill, a plough, a balloon, an engine: at once he questions his driver, it wants to know the name and the use of all the objects. But, alas!, very often in civilization, his driver, ignorant of all sciences or concerned about interests mercantiles, cannot or does not want to give him the explanations that it solicits. The child insists, one thunders it, one threatens it of more the surface left another time. One thus closes the mouth to him, one violently stops the expansion of his intelligence, one muzzles it. And when the child was quite flexible all along the way, that it was held coi in its skin, and did not annoy dad or mom of his importunate questions; when it was let lead cunningly or idiotement by the hand, as a dog leaves some; then it is said to him that it was quite wise, quite nice, and, to reward it, one buys a tin soldier or a catch of bread-of spice to him. In the bourgeois societies that is invited to form the spirit of the children. – Oh! authority! oh! the little family!… And nobody on the steps of this father or this mother to shout: To murder! To rape! To infanticide!… Voyez l’enfant des civilisés même, le petit du bonnetier ou de l’épicier ; voyez-le au sortir du logis, à la promenade ; aperçoit-il une chose dont il ne connaissait pas l’existence ou dont il ne comprend pas le mécanisme, un moulin, une charrue, un ballon, une locomotive : aussitôt il interroge son conducteur, il veut connaître le nom et l’emploi de tous les objets. Mais, hélas ! bien souvent en civilisation, son conducteur, ignorant de toutes les sciences ou préoccupé d’intérêts mercantiles, ne peut ou ne veut lui donner les explications qu’il sollicite. Si l’enfant insiste, on le gronde, on le menace de ne plus le faire sortir une autre fois. On lui ferme ainsi la bouche, on arrête violemment l’expansion de son intelligence, on la musèle. Et quand l’enfant a été bien docile tout le long du chemin, qu’il s’est tenu coi dans sa peau, et n’a pas ennuyé papa et maman de ses importunes questions ; quand il s’est laissé conduire sournoisement ou idiotement par la main, comme un chien en laisse ; alors on lui dit qu’il a été bien sage, bien gentil, et, pour le récompenser, on lui achète un soldat de plomb ou un bonhomme de pain d’épice. Dans les sociétés bourgeoises cela s’appelle former l’esprit des enfants. — Oh ! l’autorité ! oh ! la petite famille !… Et personne sur les pas de ce père ou de cette mère pour crier : Au meurtre ! au viol ! à l’infanticide !…
Under the wing of freedom, with the centres of the great family, on the contrary, the child, not finding everywhere at its elder, men, or women, that teachers willing to listen to it and to answer him, quickly learns how to know it why and it how things. The notions of the Just and the useful thus take root in its youthful understanding and prepares the equitable ones to him and very intelligent judgements for the future. Sous l’aile de la liberté, au sein de la grande famille, au contraire, l’enfant, ne trouvant partout chez ses aînés, hommes ou femmes, que des éducateurs disposés à l’écouter et à lui répondre, apprend vite à connaître le pourquoi et le comment des choses. La notion du juste et de l’utile prend ainsi racine dans son juvénile entendement et lui prépare d’équitables et intelligents jugements pour l’avenir.
Among the civilized, man is a slave, a child grown large, a pole lacking sap, a pile without root and foliage, a fallen through intelligence. Among the Humanisphereans, the child is a free man into small, an intelligence which pushes and with which the young sap is full with exubérance. Chez les civilisés, l’homme est un esclave, un enfant en grand, une perche qui manque de sève, un pieu sans racine et sans feuillage, une intelligence avortée. Chez les humanisphériens, l’enfant est un homme libre en petit, une intelligence qui pousse et dont la jeune sève est pleine d’exubérance.
Naturally, children of young age stay with their mothers, and every mother nurses her child. No woman of Humanisphere would like to deprive herself of the soft attributes of maternity. If the unutterable love of the mother for their small being to which it gave the day were not enough to determine it to be a nurse for it, the care of its beauty, the instinct of its own conservation would still say to him. Nowadays, to have dried up the source of their milk, there are women who all die, lose there something of their health, something of their ornament. Les enfants en bas âge ont naturellement leur berceau chez leur mère ; et toute mère allaite son enfant . Aucune femme dans l’Humanisphère ne voudrait se priver des douces attributions de la maternité. Si l’ineffable amour de la mère pour le petit être à qui elle a donné le jour ne suffisait pas à la déterminer d’en être nourrice, le soin de sa beauté, l’instinct de sa propre conservation le lui dirait encore. De nos jours, pour avoir tari la source de leur lait, il y a des femmes qui en meurent, toutes y perdent quelque chose de leur santé, quelque chose de leur ornement.
The woman who makes her breast fall through makes an attempt at infanticide that nature rejects with equal that which makes fall through the body of the generation. The punishment follows closely the fault. Nature is inexorable. Soon does the breast of this woman étiole, decay and testifies, by a hasty decrepitude, against this attack made on these organic functions, an attack of lèse-maternité. What could be more gracious than a young mother giving her breast to her child, prodigant the caresses and the kisses to him? Was this only by coquettery, any woman should nurse her child. And then is this thus nothing to follow day per day the phases of development of this young existence, to feed with the udder the sap of this bit of man, of to follow continuous progress, to see this human button growing, and to embellish themselves, like the button of flower to the heat of the sun, and y between opening finally more and more, until it opens out on his stem in all the grace of his smile and the purity of his glance in all the charming naivety of his first steps? The woman who does not understand such pleasures is not a woman. Her heart is a lyre whose strings are broken. She can have preserved human appearance, she does not have of it more poetry. Half a mother will never be more than half a lover. La femme qui fait avorter sa mamelle commet une tentative d’infanticide que la nature réprouve à l’égal de celle qui fait avorter l’organe de la génération. Le châtiment suit de près la faute. La nature est inexorable. Bientôt le sein de cette femme s’étiole, dépérit et témoigne, par une hâtive décrépitude, contre cet attentat commis sur ses fonctions organiques, attentat de lèse-maternité. Quoi de plus gracieux qu’une jeune mère donnant le sein à son enfant, lui prodiguant les caresses et les baisers ? Ne fût-ce que par coquetterie, toute femme devrait allaiter son enfant. Et puis n’est-ce donc rien de suivre jour par jour les phases de développement de cette jeune existence, d’alimenter à la mamelle la sève de ce brin d’homme, d’en suivre les progrès continus, de voir ce bouton humain croître, et s’embellir sous les rayons de la tendresse maternelle, comme le bouton de fleur à la chaleur du soleil, et s’y entrouvrir enfin de plus en plus, jusqu’à ce qu’il s’épanouisse sur sa tige dans toute la grâce de son sourire et la pureté de son regard, dans toute la charmante naïveté de ses premiers pas ? La femme qui ne comprend pas de pareilles jouissances n’est pas femme. Son coeur est une lyre dont les fibres sont brisées. Elle peut avoir conservé l’apparence humaine, elle n’en a plus la poésie. Une moitié de mère ne sera jamais qu’une moitié d’amante.
In Humanisphere, any woman has the vibrations of the love. The mother as the amante tressaillent with pleasure with all the breezes of human passions. Their heart is a complete instrument, a lute where not a cord does not miss; and the smile of the child like the smile of the man loved there always wakes up suaves emotions. There, maternity is truly maternity, and sexual loves true loves. Besides, this work of breast feeding, as all other maternal work is well rather a play that a sorrow. Science destroyed what is feeling reluctant in the production, and they are machines with vapor or electricity which take care of all the coarse works. It is they which wash the layers, clean the cradle and prepare the baths. And these iron Negresses always act with docility and promptitude. Their service meets all the needs. It is by their care that all the refuse disappears, all the excrements; it is their untiring wheel which seizes some and delivers them in grazing ground to cast iron conduits, underground boas which triturate them and digest them in their dark circuits, and then déjectent them on the arable lands like an invaluable manure. It is this maidservant with to do everything which takes care of all that relates to the household; it which arranges the beds, sweeps the floors, époussette the apartments. With the kitchens, it is it which washes the crockery, scours the pans, peels or ratise the vegetables, cuts the meat, plucks and vacuum the poultry, opens oysters, scrapes and washes fish, turns the pin, saws and breaks wood, brings coal and maintains fire. It is it which transports to eat it in residence or the common refectory; it which serves and clears away the table. And all is done by this domestic gears, by this slave with a thousand arms, a fiery breath, steel muscles, as if by enchantment. Command, it says to the man, and you shall be obeyed. And all the orders which it receives are punctually carried out. A humanispherean wants it to be made be used to dine in its particular residence, a sign is enough, and the machine of service is put moving; she included/understood. Prefer it to go to the shows of the refectory, a coach lowers its footboard, an armchair tightens the arms to him, the crew rolls and transports it to destination. Arrived at the refectory, it takes seat where good seems to him, with large or a small table, and eats there according to its taste. All is there in abundance. Dans l’humanisphère, toute femme a les vibrations de l’amour. La mère comme l’amante tressaillent avec volupté à toutes les brises des humaines passions. Leur coeur est un instrument complet, un luth où pas une corde ne manque; et le sourire de l’enfant comme le sourire de l’homme aimé y éveille toujours de suaves émotions. Là, la maternité est bien la maternité, et les amours sexuelles de véritables amours. D’ailleurs, ce travail de l’allaitement, comme tous les autres travaux d’alors, est bien plutôt un jeu qu’une peine. La science a détruit ce qui est le plus répugnant dans la production, et ce sont des machines à vapeur ou à électricité qui se chargent de toutes les grossières besognes. Ce sont elles qui lavent les couches, nettoient le berceau et préparent les bains. Et ces négresses de fer agissent toujours avec docilité et promptitude. Leur service répond à tous les besoins. C’est par leurs soins que disparaissent toutes les ordures, tous les excréments ; c’est leur rouage infatigable qui s’en empare et les livre en pâture à des conduits de fonte, boas souterrains qui les triturent et les digèrent dans leurs ténébreux circuits, et les déjectent ensuite sur les terres laborables comme un précieux engrais. C’est cette servante à tout faire qui se charge de tout ce qui concerne le ménage ; elle qui arrange les lits, balaye les planchers, époussette les appartements. Aux cuisines, c’est elle qui lave la vaisselle, récure les casseroles, épluche ou ratisse les légumes, taille la viande, plume et vide la volaille, ouvre les huîtres, gratte et lave le poisson, tourne la broche, scie et casse le bois, apporte le charbon et entretient le feu. C’est elle qui transporte le manger à domicile ou au réfectoire commun ; elle qui sert et dessert la table. Et tout se fait par cet engrenage domestique, par cette esclave aux mille bras, au souffle de feu, aux muscles d’acier, comme par enchantement. Commandez, dit-elle à l’homme, et vous serez obéi. Et tous les ordres qu’elle reçoit sont ponctuellement exécutés. Un humanisphérien veut-il se faire servir à dîner dans sa demeure particulière, un signe suffit, et la machine de service se met en mouvement ; elle a compris. Préfère-t-il se rendre aux salons du réfectoire, un wagon abaisse son marchepied, un fauteuil lui tend les bras, l’équipage roule et le transporte à destination. Arrivé au réfectoire, il prend place où bon lui semble, à une grande ou à une petite table, et y mange selon son goût. Tout y est en abondance.
The rooms of the refectory are of an elegant architecture, and do not have anything uniform in their decorations. One of these shows was papered of pushed back leather, framed of an ornamentation out of bronze and gold. The doors and crossings had Eastern hangings melts black with gold arabesques, and barded across broad band of sharp colors. The pieces of furniture were out of wood of drowning carved, and furnished with similar fabric to hangings. On the medium of the room was suspended, between two arcades, a large clock. It was all at the same time white marble Bacchante and Cérès, lying on a hammock in polished steel meshs. With a hand it aggravated with a sheaf of corn a little child who pétinait on it, other it held a cut which it raised with length of its arm above its head, as to dispute it with the child mutineer which sought to seize at the same time and of the cut and the sheaf. The head of the woman, crowned vine branches and ears, was reversed on a porphyry barrel which was used to him as pillow, of the sheaves of gold corn lay under its kidneys and formed litter to him. The barrel was the dial where two gold ears marked the hours. The evening a flame épanchait cut like a liquor of fire. Vine branches bronzes some which climbed with the vault and ran on the ceiling, darted flames in the shape of vineleaves; made a cradle of light above this group and clarified contours of them. Bunches of grape with crystal grain hung through the foliage and scientillaient in the medium of these ondoynates clartées. Les salons du réfectoire sont d’une architecture élégante, et n’ont rien d’uniforme dans leurs décorations. Un de ces salons était tapissé de cuir repoussé encadré d’une ornementation en bronze et or. Les portes et les croisées avaient des tentures orientales fond noir à arabesques d’or, et bardé en travers de larges bandes de couleurs tranchantes. Les meubles étaient en bois de noyer sculpté, et garnis d’étoffe pareille aux tentures. Au milieu de la salle était suspendue, entre deux arcades, une grande horloge. C’était tout à la fois une Bacchante et une Cérès en marbre blanc, couchée sur un hamac en mailles d’acier poli. D’une main elle agaçait avec une gerbe de blé un petit enfant qui piétinait sur elle, de l’autre elle tenait une coupe qu’elle élevait à longueur de son bras au-dessus de sa tête, comme pour la disputer à l’enfant mutin qui cherchait à s’emparer en même temps et de la coupe et de la gerbe. La tête de la femme, couronnée de pampres et d’épis, était renversée sur un baril de porphyre qui lui servait d’oreiller, des gerbes de blé en or gisaient sous ses reins et lui formaient litière. Le baril était le cadran où deux épis d’or marquaient les heures. Le soir, une flamme s’épanchait de la coupe comme une liqueur de feu. Des pampres en bronze, qui grimpaient à la voûte et couraient sur le plafond, dardaient des flammes en forme de feuilles de vigne, faisaient un berceau de lumière au-dessus de ce groupe et en éclairaient tous les contours. Des grappes de raisin à grains de cristal pendaient à travers le feuillage et scintillaient au milieu de ces ondoyantes clartés.
On the table, the porcelain and the stucco, porphyry and the crystal, gold and the money recèlaient the crowd of the mets and the wines, and étincelaient with the reflection of the lights. Fruit baskets and flowers offered to each one their savour and their scent. Men and women exchanged words and smiles, and seasoned their meal with spiritual talks. Sur la table, la porcelaine et le stuc, le porphyre et le cristal, l’or et l’argent recelaient la foule des mets et des vins, et étincelaient au reflet des lumières. Des corbeilles de fruits et de fleurs offraient à chacun leur saveur et leur senteur. Hommes et femmes échangeaient des paroles et des sourires, et assaisonnaient leur repas de spirituelles causeries.
WARNING — Having in hands a hundred complete collections of Le Libertaire, we are not taking on new subscribers so that we can still send all the issues to those who have requested them. AVIS. — Ayant en mains une centaine de collections complètes du LIBERTAIRE, nous prévenons les nouveaux abonnés que nous pouvons encore expédier tous les numéros parus à ceux qui en feraient la demande.
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The meal finished, one passes to other shows of a decoration not less splendid, but vainer, where one takes the coffee, liquors, the cigarettes or the cigars; living room-cassolettes where and all the flavours of the East smoke burn, all the gasolines which like the taste, all the perfumes which charm the sense of smell, all that cherishes and activates the digestive functions, all that oils the physical gears, and, consequently, accelerates the development of the mental functions. Such enjoys, as a crowd or with the variation, the vaporous puffs of the tobacco, the capricious daydreams; such other hume, in society of two or three friends, the odorous cognac or coffee mouthfuls, fraternizes, by shocking glass, the champagne with the soft sparkling, uses without misusing all these excitations to clearness; this one speaks science or listening, pours or draws from a group nutritive distillations of the knowledge, offers or accepts the spiritualized fruits of the thought; that one picking as an artist in a small circle the fine flowers of the conversation, criticizes a thing, rents some another, and gives free course to all the emanations of its melancholic person or laughing mood. If it is after the lunch, each one from goes away soon separately or by groups to its work, the ones with the kitchen, the others with the fields or the various workshops. Null lawful constraint does not weigh on them, also go to work as to part of pleasure. Doesn’t the hunter, lying in a quite hot bed, rise of itself to go to run wood filled of snow? It is the attraction also which makes them rise top the sofas and the conduit, through tirednesses, but in society of valiant companions and charming partners, to go of the production. The best workers estimate themselves happiest. It is with which will be distinguished among hardest, to which will provide most beautiful cooups of tool. Le repas fini, l’on passe dans d’autres salons d’une décoration non moins splendide, mais plus coquette, où l’on prend le café, les liqueurs, les cigarettes ou les cigares ; salons-cassolettes où brûlent et fument tous les aromates de l’Orient, toutes les essences qui plaisent au goût, tous les parfums qui charment l’odorat, tout ce qui caresse et active les fonctions digestives, tout ce oui huile l’engrenage physique, et, par suite, accélère le développement des fonctions mentales. Tel savoure, en foule ou à l’écart, les vaporeuses bouffées du tabac les capricieuses rêveries ; tel autre honte, en compagnie de deux ou trois amis, les odorantes gorgées de café ou de cognac, boit en choquant le verre, le champagne au doux pétillement, fraternise avec tous ces excitements à la lucidité ; celui-ci parle science ou écoute, verse ou puise dans un groupe les distillations nutritives du savoir, offre ou accepte les fruits spiritualisés de la pensée ; celui-là cueille en artiste dans un petit cercle les fines fleurs de la conversation, critique une chose, en loue une autre, et donne un libre cours à toutes les émanations de sa mélancolique ou riante humeur. Si c’est après le déjeuner, chacun s’en va bientôt isolément ou par groupes à son travail ; les uns à la cuisine, les autres aux champs ou aux divers ateliers. Nulle contrainte réglementaire ne pèse sur eux, aussi vont-ils au travail comme à une partie de plaisir. Le chasseur, couché dans un lit bien chaud, ne se lève-t-il pas de lui-même pour aller courir les bois remplis de neige? C’est l’attrait aussi qui les fait se lever de dessus les sofas et les conduit, à travers les fatigues, mais en société de vaillants compagnons et de charmantes compagnes, au rendez-vous de la production. Les meilleurs travailleurs s’estiment les plus heureux. C’est à qui se distinguera parmi les plus laborieux, à qui fournira les plus beaux coups d’outil.
After dining, one passes from the coffee shows either to the large shows of conversation, or with the small intimate meetings, or still with the various scientific courses, or with the shows of reading, drawing, music, dance, etc; etc And freely, voluntarily, capriciously, for the initiator as for the follower, the study as for teaching, it is always and quite naturally professors for the pupils, and of the pupils for the professors. Always a call causes an answer; always a satisfaction retorts with a need. Man proposes and man disposes. Harmony results from the diversity of desires. Après dîner, on passe des salons de café soit aux grands salons de conversation, soit aux petites réunions intimes, ou soit encore aux différents cours scientifiques, ou bien aux salons de lecture, de dessin, de musique, de danse, etc., etc. Et toujours librement, volontairement, capricieusement, pour l’initiateur comme pour l’adepte, pour l’étude comme pour l’enseignement. Il se trouve toujours et tout naturellement des professeurs pour les élèves, et des élèves pour les professeurs. Toujours un appel provoque une réponse; toujours une satisfaction réplique à un besoin. L’homme propose et l’homme dispose. De la diversité des désirs résulte l’harmonie.
The rooms of the scientific courses of studies and the artistic shows of studies, like the roomy shows of meeting, are magnifiquement decorated. The rooms of course are built in amphitheatre, and the steps, built out of marble, are furnished with velvet stalls. On each side is a room for coolings. The decoration of these amphitheatres is of a severe and rich style. In the shows of leisure, the luxury spark with profusion. These shows communicate one in another, and could easily contain ten thousand people. One of them was decorated as follows: skirting, cornices and pilasters out of white marble, with gilded copper ornamentation. The hangings in the panels were in solitary silk Damas of color and had as an interior edge a silver bégarde on which were posed, as gilded nails, a multitude of false diamonds. A pink satin field separated the edge from the pilaster. The ceiling was with compartments, and from the centre of the ornaments escaped from the blowpipe flames which appeared of the drawings and supplemented decoration, while being used for lighting; medium of the pilasters spouted out also arabesques of lights. In the medium of the show was a pretty bronze fountain, gold and white marble; this fountain was also a clock. A cupola out of bronze and gold was used as support with a group out of white marble representing Eve mollement lying on a bed of sheets and flowers, the head pressed on a rock, and raising between its hands his/her child who has just been born; two doves, placed on the rock, were becquetaient; the rock was used as dial, and two gold needles, appear of the snakes, marked the hours. Behind the rock one saw a gold banana tree whose branches, charged with fruits, leaned above the group. The bananas were formed by beams of light. Les salles des cours d’études scientifiques et les salons d’études artistiques, comme les spacieux salons de réunion, sont magnifiquement ornés. Les salles des cours sont bâties en amphithéâtre, et les gradins, construits en marbre, sont garnis de stalles en velours. De chaque côté est une salle pour les rafraîchissements. La décoration de ces amphithéâtres est d’un style sévère et riche. Dans les salons de loisir, le luxe étincelle avec profusion. Ces salons communiquent les uns dans les autres, et pourraient facilement contenir dix mille personnes. L’un d’eux était décoré ainsi : lambris, corniches et pilastres en marbre blanc, avec ornementation en cuivre doré. Les tentures dans les panneaux étaient en damas de soie de couleur solitaire et avaient pour bordure intérieure une lézarde en argent sur laquelle étaient posés, en guise de clous dorés, une multitude de faux diamants. Un champ de satin rose séparait la bordure du pilastre. Le plafond était à compartiments, et du sein des ornements s’échappaient des jets de flamme qui figuraient des dessins et complétaient la décoration, tout en servant à l’éclairage; du milieu des pilastres jaillissaient aussi des arabesques de lumières. Au milieu du salon était une jolie fontaine en bronze, or et marbre blanc; cette fontaine était aussi une horloge. Une coupole en bronze et or servait de support à un groupe en marbre blanc représentant une Eve mollement couchée sur un lit de feuilles et de fleurs, la tête appuyée sur un rocher, et élevant entre ses mains son enfant qui vient de naître; deux colombes, placées sur le rocher, se becquetaient; le rocher servait de cadran, et deux aiguilles en or, figurant des serpents, marquaient les heures. Derrière le rocher on voyait un bananier en or dont les branches, chargées de fruits, se penchaient au-dessus du groupe. Les bananes étaient formées par des jets de lumière.
An artistic white marble and gold chimney served as base for an immense ice; ices or tables of choice were also suspended in all the panels in the medium of brown silk hangings. The doors and the windows, in this show like everywhere in Humanisphere, do not open by means of hinges, nor upwards, but by means of slides with spring; it return of right-hand side on the left and left on the right in the walls laid out for this purpose. Une artistique cheminée en marbre blanc et or servait de socle à une immense glace; des glaces ou des tableaux de choix étaient aussi suspendus dans tous les panneaux au milieu des tentures de soie brune. Les portes et les fenêtres, dans ce salon comme partout dans l’Humanisphère, ne s’ouvrent pas au moyen de charnières, ni de bas en haut, mais au moyen de coulisses à ressort; elles rentrent de droite à gauche et de gauche à droite dans les murailles disposées à cet effet.
In this manner the leaves do not gènent anybody and one can open doors and windows as large and as small as one wants. De cette manière les battants ne gênent personne et on peut ouvrir portes et fenêtres aussi grandes ou aussi petites que l’on veut.
Several times per week, there is spectacle with the theatre. One represents there lyric parts, dramas, comedies, but all that quite different from poverties which are played on the scenes nowadays. It is, in a splendid language, the criticism of the tendencies to immobilization, an aspiration towards the ideal future. Plusieurs fois par semaine, il y a spectacle au théâtre. On y représente des pièces lyriques, des drames, des comédies, mais tout cela bien différent des pauvretés qui se jouent sur les scènes de nos jours. C’est, dans un magnifique langage, la critique des tendances à l’immobilisation, une aspiration vers l’idéal avenir.
There is also the gymnasium where one makes attack of force and agility; the horse-gear where, riders and riders compete of grace and strength and excel leading, upright on their croups, the horses and the lions galopant or leaping in the arena; the rooms of shooting to the gun and the rifle and the rooms of billiards or other plays where the amateurs exert their skill. Il y a aussi le gymnase où l’ont fait assaut de force et d’agilité ; le manège ou écuyers et écuyères rivalisent de grâce et de vigueur et excellent à conduire, debout sur leurs croupes, les chevaux et les lions galopant ou bondissant dans l’arène ; les salles de tir au pistolet et à la carabine et les salles de billards ou autres jeux où les amateurs exercent leur adresse.
If the weather is nice, there are moreover walks in the splendidly illuminated park; concerts with beautiful star, the pastoral recreations, excursions with far in the countryside, through the solitary forests, plains or rural mountains, where one meets, at certain distances, of the caves and the châlets where one can refresh oneself and collate. Air boats or coaches of railroad locomotionnent with the liking of their whims these swarms of walkers. S’il fait beau temps, il y a de plus les promenades dans le parc splendidement illuminé ; les concerts à la belle étoile, les amusements champêtres, les excursions au loin dans la campagne, à travers les forêts solitaires, les plaines et les montagnes agrestes, où l’on rencontre, à de certaines distances, des grottes et des chalets où l’on peut se rafraîchir et collationner. Des embarcations aériennes ou des wagons de chemin de fer locomotionnent au gré de leur leurs caprices ces essaims de promeneurs.
At the end of the day, each one returns at home, one to summarize its impressions of the day there before delivering itself at rest; the other to await there or there to find the person loved. The morning, lovers and amantes separate mysteriously by exchanging a kiss, and begin again, each one according to its taste, the way of their multiple occupations. The variety of the pleasures excludes satiety from it. Happiness is for them of every moment. A la fin de la journée, chacun rentre chez soi, l’un pour y résumer ses impressions du jours avant de se livrer au repos ; l’autre pour y attendre ou pour y trouver la personne aimée. Le matin, amants et amantes se séparent mystérieusement en échangeant un baiser, et reprennent, chacun selon son goût, le chemin de leurs occupations multiples. La variété des jouissances en exclut la satiété. Le bonheur est pour eux de tous les instants.
Around once per week, more or less, according to whether it is necessary, one is assembled in the room of the conferences, in other words the small internal cyclideon. One causes great work there to be carried out. Those which are most versed in knowledge especially in question, take the initiative of the word there. The statistics besides, the projects, the plans already appeared in the printed sheets, in the newspapers; they were already commented on in small groups; the urgency in was generally recognized or pushed back by each one individually. Also there is very often only one vote, the unanimous voice, for the acclamation or the rejection. One does not vote; the majority or the minority never makes law. That such or such proposal joins together a sufficient number of workers to carry out it, that these workers are the majority or the minority, and the proposal is carried out, if such is the will of those which adhere to it. And generally it happens that the majority adopts the minority, or the minority in the majority. As in an outing in the country, the ones propose to go to Saint-Germain, the others in Meudon, those in Sceaux and these in Fontenay, the opinions are divided; then in the final analysis each one yields to the attraction to be joined together with the others. And all together take the same road by mutual agreement, without no authority other than that of the pleasure controlling them. Attraction is all the law of their harmony. But, with the starting point like on the way, each one is always free to be given up with its whim, to make band with share if that is appropriate to him, remain in way, if it is tired, or to take the way of the return if it is bored. The constraint is the mother of all the defects. Also it is banished by the reason, of the territory of Humanisphere. Selfishness of course, intelligent selfishness is developed too much there so that nobody thinks of forcing his next. And it is by selfishness that one makes exchange of good processes. Environ une fois par semaine, plus ou moins, selon qu’il est nécessaire, on s’assemble à la salle des conférences, autrement dit le petit cyclidéon interne. On y cause des grands travaux à exécuter. Ceux qui sont le plus versés dans les connaissances spécialement en question, y prennent l’initiative de la parole. Les statistiques d’ailleurs, les projets, les plans, ont déjà paru dans les feuilles imprimées, dans les journaux ; ils ont déjà été commentés en petits groupes ; l’urgence en a généralement été reconnue ou repoussée par chacun individuellement. Aussi n’y a-t-il bien souvent qu’une voix, la voix unanime, pour l’acclamation ou le rejet. On ne vote pas ; la majorité ou la minorité ne fait jamais loi. Que telle ou telle proposition réunisse un nombre suffisant de travailleurs pour l’exécuter, que ces travailleurs soient la majorité ou la minorité, et la proposition s’exécute, si telle est la volonté de ceux qui y adhèrent. Et le plus souvent il arrive que la majorité se rallie à la minorité, ou la minorité à la majorité. Comme dans une partie de campagne, les uns proposent d’aller à Saint-Germain, les autres à Meudon, ceux-ci à Sceaux et ceux-là à Fontainebleau ; les vais se partagent ; puis en fin de compte chacun cède à l’attrait de se trouver réuni aux autres. Et tous ensemble prennent d’un, commun accord la même route, sans qu’aucune autorité autre que celle du plaisir les ait gouvernés. L’attraction est toute la loi de leur harmonie. Mais, au point de départ comme en route, chacun est toujours libre de s’abandonner à son caprice, de faire bande à part si cela lui convient, de rester en chemin, s’il est fatigué, ou de prendre le chemin du retour s’il s’ennuie. La contrainte est la mère de tous les vices. Aussi est-elle bannie par la raison, du territoire de l’Humanisphère. L’égoïsme bien entendu, l’égoïsme intelligent y est trop développé pour que personne songe à violenter son prochain. Et c’est par égoïsme qu’ils font échange de bons procédés.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
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Man is egoism; without egoism, man would not exist. It is egoism which is the mobile of all its actions, the engine of all its thoughts. It is him which makes it think of its conservation and with its development which is still its conservation. It is egoism which teaches to him to produce to consume, to like the others to be approved of it, to like the others to be liked them, to work for the others, so that the others work for him. It is egoism that stimulates its ambition and excites it to be distinguished in all the careers where the man makes act of force, address, intelligence. It is the selfishness which raises it with the height of the genius; it is to grow itself, it is to widen the circle of its influence that the man carries high the face and far its glance; it is in the sight of personal satisfactions that it goes to the conquest of collective satisfactions. It is for oneself, individual, that he wants to take part in the sharp effervescence of general happiness; it is for oneself that it fears the image of the sufferings of others. It is for oneself still that it is moved when another is in danger, it is with oneself that it carries help while carrying help to the others. Its selfishness, unceasingly urged on by the instinct of its progressive conservation and by the feeling of solidarity which binds it to its similar, – solicits with perpetual emanations of its existence in the existence of the others. It is what the old society improperly calls of dévoûment and what is only of the speculation, all the more humane speculation as it is more intelligent, all the more humanicide that it is more idiotic. The man in society collects only what it sows: the disease if it sows the disease, health if it sows health. The man is the social cause of all the effects that socially it undergoes. If it is fraternal, it will carry out fraternity at the others; if it is fratricidal, it will carry out at the others the fratricidity. Humanly it cannot make a movement, act of the arm, heart or brain, without the feeling reflecting of them one with the other like an electric shock. And that takes place in an anarchist state of community, with the state of free and intelligent nature, as with the state of civilization, the state of the domesticated man, of connected nature. Only, in civilization the man being institutionnellement in war with the man, can only jalouser the happiness of his next and to howl and bite with his detriment. It is a mastiff with the fastener, squatted in its niche and corroding its bone by grognant wild and continual threat. In anarchy, the man being harmonically in peace with his similar, would not know that to compete of passions with the others to arrive at the possession of universal happiness. In Humanisphere, hive where freedom is queen, the man collecting of the man only perfumes, could produce only honey. – thus maudissons selfishness, because maudire selfishness, it is maudire the man. The compression of our passions is the only cause of their disastrous effects. The man as the society are perfectible. General ignorance, such was the fatal cause of all our evils, universal science such will be the remedy. We thus inform, and spread the instruction around us. Let us analyze, compare, meditate, and of inductions in inductions, and of deductions in deductions, let us arrive at the scientific knowledge of our natural mechanism. L’égoïsme, c’est l’homme : sans l’égoïsme, l’homme n’existerait pas. C’est l’égoïsme qui est le mobile de toutes ses actions, le moteur de toutes ses pensées. C’est lui qui le fait songer à sa conservation et à son développement qui est encore sa conservation. C’est l’égoïsme qui lui enseigne à produire pour consommer, à plaire aux autres pour en être agréé, à aimer les autres pour être aimé d’eux, à travailler pour les autres, afin que les autres travaillent pour lui. C’est l’égoïsme qui stimule son ambition et l’excite à se distinguer dans toutes les carrières où l’homme fait acte de force, d’adresse, d’intelligence. C’est l’égoïsme qui l’élève à la hauteur du génie; c’est pour se grandir, c’est pour élargir le cercle de son influence que l’homme porte haut son front et loin son regard; c’est en vue de satisfactions personnelles qu’il marche à la conquête des satisfactions collectives. C’est pour soi, individu, qu’il veut participer à la vive effervescence du bonheur général; c’est pour soi qu’il redoute l’image des souffrances d’autrui. C’est pour soi encore qu’il s’émeut lorsqu’un autre est en péril, c’est à soi qu’il porte secours en portant secours aux autres. Son égoïsme, sans cesse aiguillonné par l’instinct de sa progressive conservation et par le sentiment de solidarité qui le lie à ses semblables, — le sollicite à de perpétuelles émanations de son existence dans l’existence des autres. C’est ce que la vieille société appelle improprement du dévouement et ce qui n’est que de la spéculation, spéculation d’autant plus humanitaire qu’elle est plus intelligente, d’autant plus humanicide qu’elle est plus imbécile. L’homme en société ne récolte que ce qu’il sème : la maladie s’il sème la maladie, la santé s’il sème la santé. L’homme est la cause sociale de tous les effets que socialement il subit. S’il est fraternel, il effectuera la fraternité chez les autres; s’il est fratricide, il effectuera chez les autres la fratricidité. Humainement il ne peut faire un mouvement, agir du bras, du cœur ou du cerveau, sans que la sensation s’en répercute de l’un à l’autre comme une commotion électrique. Et cela a lieu à l’état de communauté anarchique, à l’état de libre et intelligente nature, comme à l’état de civilisation, à l’état d’homme domestiqué, de nature enchaînée. Seulement, en civilisation, l’homme étant institutionnellement en guerre avec l’homme, ne peut que jalouser le bonheur de son prochain et hurler et mordre à son détriment. C’est un dogue à l’attache, accroupi dans sa niche et rongeant son os en grognant une féroce et continuelle menace. En anarchie, l’homme étant harmoniquement en paix avec ses semblables, ne saurait que rivaliser de passions avec les autres pour arriver à la possession de l’universel bonheur. Dans l’Humanisphère, ruche où la liberté est reine, l’homme ne recueillant de l’homme que des parfums, ne saurait produire ne du miel. — Ne maudissons donc pas l’égoïsme, car maudire l’égoïsme, c’est maudire l’homme. La compression de nos passions est la seule cause de leurs effets désastreux. L’homme comme la société sont perfectibles. L’ignorance générale, telle a été la cause fatale de tous nos maux, la science universelle tel en sera le remède. Instruisons-nous donc, et répandons l’instruction autour de nous. Analysons, comparons, méditons, et d’inductions en inductions, et de déductions en déductions, arrivons-en à la connaissance scientifique de notre mécanisme naturel.
In the Humanisphere, there is no government. A gravitational organization takes the place of legislation. Supremely individual freedom governs all the group decisions. The authority of anarchy, the absence of any dictatorship of the number or the force, replaces arbitrary authority, the despotism of the sword and the despotism of law. Faith in themselves is all the religion of the Humanisphereans. The gods, the priests, the religious superstitions would raise among them a universal reprobation. They recognize neither theocracy nor aristocracy of any kind, but individual autonomy. It is by its own laws that each one is controlled, and it is on this government of each one by oneself that is formed the social order Dans l’Humanisphère, point de gouvernement. Une organisation attractive tient lieu de législation. La liberté souverainement individuelle préside à toutes les décisions collectives. L’autorité de l’anarchie, l’absence de toute dictature du nombre ou de la force, remplace l’arbitraire de l’autorité, le despotisme du glaive et de la loi. La foi en eux-mêmes est toute la religion des humanisphériens. Les dieux et les prêtres, les superstitions religieuses soulèveraient parmi eux une réprobation universelle. Ils ne reconnaissent ni théocratie ni aristocratie d’aucune sorte, mais l’autonomie individuelle. C’est par ses propres lois que chacun se gouverne, et c’est sur ce gouvernement de chacun par soi-même qu’est formé l’ordre social.
Ask of history, and see whether authority was ever anything other than individual suicide? Will you call the order, the destruction of the man by the man? Is this the order, which reigns in Paris, in Warsaw, in Pétersbourg, in Vienna, in Rome, in Naples, in Madrid, in aristocratic England and democratic America? I say to you, me, that it is the murder. The order with the dagger or the gun, the bracket or the guillotine; the order with Siberia or Cayenne, the knout or the bayonet, the stick of the watchman or the sword of the policeman; the order personified in this trinity homicide: iron, gold, holy water; the order with blows of rifle, blows of bibles, banknote blows; the order which throne on corpses and is nourished some, this order can be that of civilizations dying women, but it will be never but the disorder, the gangrene in the societies which will have the feeling of the existence. The authorities are vampires, and vampires are monsters that live only in cemeteries and walk only in shadows. Demandez à l’histoire, et voyez si l’autorité a jamais été autre chose que le suicide individuel? Appellerez-vous l’ordre, l’anéantissement de l’homme par l’homme? Est-ce l’ordre que ce qui règne à Paris, à Varsovie, à Pétersbourg, à Vienne, à Rome, à Naples, à Madrid, dans l’aristocratique Angleterre et dans la démocratique Amérique? Je vous dis, moi, que c’est le meurtre. L’ordre avec le poignard ou le canon, la potence ou la guillotine ; l’ordre avec la Sibérie ou Cayenne, avec le knout ou la baïonnette, avec le bâton du watchman ou l’épée du sergent de ville ; l’ordre personnifié dans cette trinité homicide : le fer, l’or, l’eau bénite ; l’ordre à coups de fusil, à coups de bibles et à coups de billets de banque; l’ordre qui trône sur des cadavres et s’en nourrit, cet ordre-là peut être celui des civilisations moribondes, mais il ne sera jamais que le désordre, la gangrène dans les sociétés ni auront le sentiment de l’existence. Les autorités sont des vampires, et les vampires sont des monstres qui n’habitent que les cimetières et ne se promènent que dans les ténèbres.
Consult your memories and you will see that the greatest absence of authority always produced the greatest sum of harmony. See the people top of the barricades, and known as if in these moments of momentary anarchy, it does not testify by its control, in favour of the natural order. Among these men who are there, naked and black powder arms, well certainly it do not miss ignorant natures, men hardly trimmed by the plane of social education, and able, in the private life and as heads of families, of many brutalities towards their wives and their children. See them, then, in the medium of the public insurrection and in their capacity as temporarily free men. Their brutality was transformed as by enchantement into soft courtesy. That a woman has suddenly passed, and they will have for it only decent and polished words. It is with a very fraternal eagerness that they will help it to cross this rampart paving stones. Them which, Sunday, with the walk, would have reddened to carry their child and would have left of it all the burden to the mother, it is with the smile of satisfaction on the lips that they will take in their arms a child of unknown factor to make him cross the barricade. It is an instantaneous metamorphosis. In the man of the moment you will not recognize the man of the day before. – Let rebuild the Authority, and the man of the following day will be become again soon the man of the day before! Consultez vos souvenirs et vous verrez que la plus grande absence d’autorité a toujours produit la plus grande somme d’harmonie. Voyez le peuple du haut de ses barricades, et dites si dans ces moments de passagère anarchie, il ne témoigne pas, par sa conduite, en faveur de l’ordre naturel. Parmi ces hommes qui sont là, bras nus et noirs de poudre, bien certainement il ne manque pas de natures ignorantes, d’hommes à peine dégrossis par le rabot de l’éducation sociale, et capables, dans la vie privée et comme chefs de familles, de bien des brutalités envers leurs femmes et leurs enfants. Voyez-les, alors, au milieu de l’insurrection publique et en leur qualité d’hommes momentanément libres. Leur brutalité a été transformée comme par enchantement en douce courtoisie. Qu’une femme vienne à passer, et ils n’auront pour elle que des paroles décentes et polies. C’est avec un empressement tout fraternel qu’ils l’aideront à franchir ce rempart de pavés. Eux qui, le dimanche, à la promenade, auraient rougi de porter leur enfant et en auraient laissé tout le fardeau à la mère, c’est avec le sourire de la satisfaction sur les lèvres qu’ils prendront dans leurs bras un enfant d’inconnue pour lui faire traverser la barricade. C’est une métamorphose instantanée. Dans l’homme du jour vous ne reconnaîtrez pas l’homme de la veille. — Laissez réédifier l’Autorité, et l’homme du lendemain sera bientôt redevenu l’homme de la veille!
Recall the day of the distribution of the flags, after the February of 1848: there was not in crowd, more large than she was it never with any festival, neither gendarmes, nor members of the police force; no authority protégeaitla circulation; each one, so to speak, made its police force oneself. And well! was there never again order than in this disorder? Who was pressed? nobody. Not an obstruction did not take place. It was with which would protect one the other. The multitude ran out compact by the boulevards and by the streets as naturally as the blood of a man in good health circulates in its arteries. At the man, it is the disease, which produces clogging; at the multitudes, it is the police force and the armed force: the disease bears the name of authority. Anarchy is the health of the multitudes. Qu’on se rappelle encore le jour de la distribution des drapeaux, après février 48 : il n’y avait dans la foule, plus grande qu’elle ne le fut jamais à aucune fête, ni gendarmes, ni agents de la force publique; aucune autotiré ne protégeait la circulation; chacun, pour ainsi dire, faisait sa police soi-même. Et bien! y eut-il jamais plus d’ordre que dans ce désordre? Qui fut foulé? personne. Pas un encombrement n’eut lieu. C’était à qui se protégerait l’un l’autre. La multitude s’écoulait compacte par les boulevards et par les rues aussi naturellement que le sang d’un homme en bonne santé circule en ses artères. Chez l’homme, c’est la maladie, qui produit l’engorgement : chez les multitudes, c’est la police et la force armée : la maladie alors porte le nom d’autorité. L’anarchie est l’état de santé des multitudes.
Another example: Autre exemple :
It was in 1841, I believe, – on board a frigate of war. Officers and the commander himself, each time that they governed the operation, swore and tempêtaient after the sailors; and more they swore, more they tempêtaient, more the operation was carried out badly. There was on board an officer who made departures from the rule. When it was quarter, it did not say four words and spoke always only with one very female softness. Never operation was better and more quickly carried out only under its ordres.S’ acted it of pprendre one laugh with the topsails, it was made in a wink; and as soon as laugh it taken, as soon as the hoisted topsails; the pulleys smoked about it. A fairy would not have acted more promptly of a blow of rod. Well before the command, each one was at its station, ready to go up in the stays or to release the ropes. It was not waited until it gave the order but which it made it possible to carry out the operation. And not least confusion, not a node of forgotten, nothing which was not rigorously completed. Want you to know the magic secrecy of this officer and how it began there to operate this miracle: it did not swear, it did not tempêtait, it did not order, in a word, it let make. And it was with which would do best. Thus are the men: under the garcette of the authority, the sailor acts only like one rough; he goes stupidly and heavily where it is pushed. Left with its anarchist initiative, it acts as man, it operates hands and intelligence. The fact that I quote took place aboard frigate Calypsodans the seas of the East. The officer in question remained only 2 months on board, commander and officers were jealous of him. C’était en 1841, je crois, — à bord d’une frégate de guerre. Les officiers et le commandant lui-même, chaque fois qu’ils présidaient à la manœuvre, juraient et tempêtaient après les matelots; et plus ils juraient, plus ils tempêtaient, plus la manœuvre s’exécutait mal. Il y avait à bord un officier qui faisait exception à la règle. Lorsqu’il était de quart, il ne disait pas quatre paroles et ne parlait toujours qu’avec une douceur toute féminine. Jamais manœuvre ne fut mieux et plus rapidement exécutée que sous ses ordres. S’agissait-il de prendre un ris aux huniers, c’était fait en un clin d’œil; et sitôt le ris pris, sitôt les huniers hissés; les poulies en fumaient. Une fée n’aurait pas agi plus promptement d’un coup de baguette. Bien avant le commandement, chacun était à son poste, prêt à monter dans les haubans ou à larguer les drisses. On n’attendait pas qu’il donnât l’ordre mais qu’il permît d’exécuter la manœuvre. Et pas la moindre confusion, pas un nœud d’oublié, rien qui ne fût rigoureusement achevé. C’était de l’enthousiasme et de l’harmonie. Voulez-vous savoir le secret magique de cet officier et de quelle manière il s’y prenait pour opérer ce miracle: il ne jurait pas, il ne tempêtait pas, il ne commandait pas, en un mot, il laissait faire. Et c’était à qui ferait le mieux. Ainsi sont les hommes : sous la garcette de l’autorité, le matelot n’agit que comme une brute; il va bêtement et lourdement où on le pousse. Laissé à son initiative anarchique, il agit en homme, il manœuvre des mains et de l’intelligence. Le fait que je cite avait lieu à bord de la frégate le Calypso dans les mers d’Orient. L’officier en question ne séjourna que deux mois à bord, commandant et officiers étaient jaloux de lui.
But thus the absence of orders, here is the true order. The law and the sword, that is only the order of the gangsters, the code of robbery and murder that governs the division of the spoils, the massacre of the victims. It is on this bloody axis that the civilized world pivots. Anarchy is its antipode, and this antipode is the axis of the humanispherean world. Or donc l’absence d’ordres, voilà l’ordre véritable. La loi et le glaive, ce n’est que l’ordre des bandits, le code du vol et du meurtre qui préside au partage du butin, au massacre des victimes. C’est sur ce sanglant pivot que tourne le monde civilisé. L’anarchie en est l’antipode, et cet antipode est l’axe du monde humanisphérien.
– Freedom is all their government. — La liberté est tout leur gouvernement.
– Freedom is all their constitution. — La liberté est toute leur constitution.
– Freedom is all their legislation. — La liberté est toute leur législation.
– Freedom is all their regulation. — La liberté est toute leur réglementation.
– Freedom is all their restriction. — La liberté est toute leur contraction.
– All that is not freedom is beyond manners. — Tout ce qui n’est pas la liberté est hors les mœurs.
– Freedom, all freedom, only freedom, – such is the formula engraved with the tables of their conscience, the criterium of all their relationship between them. — La liberté, toute la liberté, rien que la liberté, — telle est la formule burinée aux tables de leur conscience, le critérium de tous leurs rapports entre eux.
Does any corner of Europe lack for the products of another continent? The newspapers of Humanisphere mention it, it is inserted into the Bulletin of publicity, this monitor of anarchist universality; and Humanispheres of Asia, of Africa, of America or Oceania dispatch the required product. This is, on the contrary, a European product which is missing in Asia, in Africa, in America or Oceania, Humanispheres d’ Europe dispatch it. The exchange takes place naturally and not arbitrarily. Thus, such Humanisphere gives more one day and receives less, which imports, tomorrow it is undoubtedly it which will receive more and give less. All pertaining to all and each one being able to change Humanisphere as it does change apartment, – what in universal circulation a thing is here or over there, what that can make? Isn’t each one free to make it transport where good seems to him and to be transported itself where it seems to him good? Manque-t-on dans un coin de l’Europe des produits d’un autre continent? Les journaux de l’Humanisphère le mentionnent, c’est inséré au Bulletin de publicité, ce moniteur de l’anarchique universalité; et les Humanisphères de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique ou de l’Océanie expédient le produit demandé. Est-ce, au contraire, un produit européen qui fait défaut en Asie, en Afrique, en Amérique ou en Océanie, les Humanisphères d’Europe l’expédient. L’échange a lieu naturellement et non arbitrairement. Ainsi, tel Humanisphère donne plus un jour et reçoit moins, qu’importe, demain c’est lui sans doute qui recevra plus et donnera moins. Tout appartenant à tous et chacun pouvant changer d’Humanisphère comme il change d’appartement, — que dans la circulation universelle une chose soit ici ou soit là-bas, qu’est-ce que cela peut faire? Chacun n’est il pas libre de la faire transporter où bon lui semble et de se transporter lui-même où il lui semble bon?
In anarchy, consumption feeds from itself by the production. In anarchy, consumption feeds from itself by the production. A humanispherean would not understand more than one forced a man to work, that it would not understand that one forced it to eat. The need to work is as pressing at the natural man as the need to eat. The man is not very belly, it has arms, a brain, and, apparently, it is to make them function. Work, handbook and intellectual, are the food which makes them live. If the man did not have for any need that the needs for the mouth and of the belly, it would not be any more one man, but an oyster and then, to the place of the hands, attributes of its intelligence, nature would have given him, like a mollusc, two scales. – And idleness! idleness! you shout at me, O civilized! Idleness is not the daughter of freedom and the human spirit, but of slavery and civilization; it is something debased and contrary to nature that one encounters only in old women and modern Sodoms. Idleness is a vice of the arm, a numbness of the spirit. The idleness, it is not a pleasure, it is a gangrene and a paralysis. The null and void societies, the worlds old men, civilizations corrompues can only produce and propagate such plagues. The humanisphereans, them, naturally satisfy the need for exercise of the arm as to the need for exercise for the belly. It is not more possible to ration the appetite of the production than the appetite of consumption. It is with each one to consume and produce according to its forces, according to its needs. By curving all the men under a uniform remuneration, one would starve the ones and one would make die of indigestion the others. The individual alone is able to know the amount of labor that its stomach, its brain or its hand can digest. One rations a horse with the stable, the Master grants the domestic animal such or such food. But, in freedom, the animal rations itself, and its instinct offers to him, better than the Master, which is appropriate for its temperament. The untamed animals hardly know disease. Having very with profusion, they do not fight either between them to tear off a grass bit. They know that the savage meadow produces more grazing ground than they cannot brouter of it, and they mow it in peace the ones beside the others. Why the men fight would to tear off consumption when the production, by the mechanical forces, provides beyond their needs? En anarchie, la consommation s’alimente d’elle-même par la production. Un humanisphérien ne comprendrait pas plus qu’on forçât un homme à travailler qu’il ne comprendrait qu’on le forçât à manger. Le besoin de travailler est aussi impérieux chez l’homme naturel que le besoin de manger. L’homme n’est pas tout ventre, il a des bras, un cerveau, et, apparemment, c’est pour les faire fonctionner. Le travail manuel et intellectuel est la nourriture qui le fait vivre. Si l’homme n’avait pour tout besoin que les besoins de la bouche et du ventre, ce ne serait plus un homme, mais une huître, et alors, à la place de ses mains, attributs de son intelligence, la nature lui aurait donné, comme au mollusque, deux écailles. — Et la paresse! la paresse! me criez-vous, ô civilisés. La paresse n’est pas la fille de la liberté et du génie humain, mais de l’esclavage et de la civilisation; c’est quelque chose d’immonde et de contre nature que l’on ne peut rencontrer que dans les vieilles et modernes Sodomes. La paresse, c’est une débauche du bras, un engourdissement de l’esprit. La paresse, ce n’est pas une jouissance, c’est une gangrène et une paralysie. Les sociétés caduques, les mondes vieillards, les civilisations corrompues peuvent seuls produire et propager de pareils fléaux. Les humanisphériens, eux, satisfont naturellement au besoin d’exercice du bras comme au besoin d’exercice du ventre. Il n’est pas plus possible de rationner l’appétit de la production que l’appétit de la consommation. C’est à chacun de consommer et de produire selon ses forces, selon ses besoins. En courbant tous les hommes sous une rétribution uniforme, on affamerait les uns et on ferait mourir d’indigestion les autres. L’individu seul est capable de savoir la dose du labeur que son estomac, son cerveau ou sa main peut digérer. On rationne un cheval à l’écurie, le maître octroie à l’animal domestique telle ou telle nourriture. Mais, en liberté l’animal se rationne lui-même, et son instinct lui offre mieux que le maître ce qui convient à son tempérament. Les animaux indomptés ne connaissent guère la maladie. Ayant tout à profusion, ils ne se battent pas non plus entre eux pour s’arracher un brin d’herbe. Ils savent que la sauvage prairie produit plus de pâture qu’ils n’en peuvent brouter, et ils la tondent en paix les uns à côté des autres. Pourquoi les hommes se battraient-ils pour s’arracher la consommation quand la production, par les forces mécaniques, fournit au-delà de leurs besoins?
– Authority is idleness. — L’autorité, c’est la paresse.
– Freedom is work. — La liberté, c’est le travail.
The slave alone is lazy, rich or poor; – the rich person, slave of the prejudices, false science; the poor one, slave of ignorance and the prejudices, – both slaves of the law, one to undergo it, the other to impose it. Wouldn’t this be to commit suicide only to dedicate to inertia its productive faculties? The inert man is not a man, he is less than one rough, because the rough one acts in the measurement of its means, it obeys its instinct. Whoever has a piece of intelligence can less make only obey to him, and the intelligence, it is not idleness, it is the fertilizing movement, it is progress. The intelligence of the man, it is his instinct, and this instinct says to him unceasingly: Work; put the hand like the face at work; produce and discovers; the productions and the discoveries, it is freedom. That which does not work does not enjoy. Work is life. Idleness is death. – Die or work! L’esclave seul est paresseux, riche ou pauvre : — le riche, esclave des préjugés de fausse science ; le pauvre, esclave de l’ignorance et des préjugés, -— tous deux esclaves de la loi, l’un pour la subir, l’autre pour l’imposer. Il n’en saurait être de même pour l’homme libre. Ne serait-ce pas se suicider que de vouer à l’inertie ses facultés productives? L’homme inerte n’est pas un homme, il est moins qu’une brute, car la brute agit dans la mesure de ses moyens, elle obéit à son instinct. Quiconque possède une parcelle d’intelligence ne peut moins faire que de lui obéir; et l’intelligence ce n’est pas l’oisiveté, c’est le mouvement fécondateur, c’est le progrès. L’intelligence de l’homme c’est son instinct; et cet instinct lui dit sans cesse : travaille; mets la main comme le front à l’œuvre; produit et découvre; les productions et les découvertes, c’est la liberté. Celui qui ne travaille pas ne jouit pas. Le travail c’est la vie. La paresse c’est la mort. -— Meurs ou travaille!
In the Humanisphere, property not being divided, each may find it beneficial to make it productive. The aspirations of science, also removed from the parcelling out of thought, invent and improve jointly machines appropriate to all the uses. Everywhere the activity and the speed of work make hatch around the man a exhubérance products. As at the first ages of the world, it does not have any more but to lengthen the hand to seize the fruit, than to await the foot of the tree y to have a shelter. Only the tree is now a splendid monument where all satisfactions of the luxury are; the fruit is all that arts and sciences can offer of tasty. It is anarchy, either in the marshy forest with the muddy idiom and ombrageuse bestiality, but anarchy in a park enchanted with the limpid intelligence and smiling it humanity. It is anarchy, either in the weakness and ignorance, core of brutality, cruelty and civilization, but anarchy in the force and the knowledge, trunk-branches of the harmony, glorious blooming of the man in flower, the free man, in the areas of the azure and under the radiation of universal solidarity. Dans l’Humanisphère, la propriété n’étant point divisée, chacun a intérêt à la rendre productive. Les aspirations de la science, débarrassées aussi du morcellement de la pensée, inventent et perfectionnent en commun des machines appropriées à tous les usages. Partout l’activité et la rapidité du travail font éclore autour de l’homme une exubérance de produits. Comme aux premiers âges du monde, il n’a plus qu’à allonger la main pour saisir le fruit, qu’à s’étendre au pied de l’arbre pour y avoir un abri. Seulement l’arbre est maintenant un magnifique monument où se trouvent toutes les satisfactions du luxe; le fruit est tout ce que les arts et les sciences peuvent offrir de savoureux. C’est l’anarchie, non plus dans la forêt marécageuse avec le fangeux idiotisme et l’ombrageuse bestialité, mais l’anarchie dans un parc enchanté avec la limpide intelligence et la souriante humanité. C’est l’anarchie non plus dans la faiblesse et l’ignorance, noyau de la sauvagerie, de la barbarie et de la civilisation, mais l’anarchie dans la force et le savoir, tronc-rameux de l’harmonie, le glorieux épanouissement de l’homme en fleur, de l’homme libre, dans les régions de l’azur et sous le rayonnement de l’universelle solidarité.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
(continued) (Suite.)
Among the humanisphereans, a man who could handle a tool, whether this tool be a feather or a file, would redden with shame at just this thought. The man wants to be complete, and it is complete only in the condition of knowing much. That which is only man of letters or man of file is a castrato that civilized can well admit or admire in their churches or their factories, their workshops or their academies, but it is not a natural man; it is a monstrosity which would cause only the distance and the dislike among the perfectibilized men of Humanisphere. The man must be at the same time man of thought and man of action, and produce by the arm as by the brain. Otherwise it makes an attempt on its virility, it fixed price with the work of creation; and, to reach with a falsetto voice, it loses all the broad ones and moving notes by its free and living instrument. A man is then no longer a man, but a little canary. Chez les humanisphériens, un homme qui ne saurait manier qu’un seul outil, que cet outil fût une plume ou une lime, rougirait de honte à cette seule pensée. L’homme veut être complet, et il n’est complet qu’à la condition de connaître beaucoup. Celui qui est seulement homme de plume ou homme de lime est un castrat que les civilisés peuvent bien admettre ou admirer dans leurs églises ou dans leurs fabriques, dans leurs ateliers ou dans leurs académies, mais ce n’est pas un homme naturel; c’est une monstruosité qui ne provoquerait que l’éloignement et le dégoût parmi les hommes perfectibilisés de l’humanisphère. L’homme doit être à la fois homme de pensée et homme d’action, et produire par le bras comme par le cerveau. Autrement il attente à sa virilité, il forfait à l’œuvre de la création; et, pour atteindre à une voix de fausset, il perd toutes les larges et émouvantes notes de son libre et vivant instrument. L’homme n’est plus un homme alors, mais une serinette.
The humanispherean not only thinks and acts at the same time, but also exercises different trades in the same day. It will engrave a part of orfevery and will work on a patch of land; it will pass from the graver to the pickaxe, of the kitchen range to a desk of orchestra. It is familiar with a crowd of work. Lower workman in this, he is a higher workman in that. He has his speciality where he excels. And it is precisely this inferiority and this superiority of the ones towards the others which produces the harmony. He by no means costs some to subject himself to a superiority, I will not say officially, but semi-officially recognized, when the moment according to, and in another production, this superiority becomes your inferiority. That creates a salutary emulation, a benevolent and destructive reciprocity of the jealous competitions. Then, by this various work, the man acquires the possession of more than objects of comparison, his intelligence multiplies like his arm, it is a study perpetual and varied which develops in him all physical and intellectual faculties, of which it profits to improve in his act of predilection. Un humanisphérien non seulement pense et agit tout à la fois, mais encore il exerce dans la même journée des métiers différents. Il cisèlera une pièce d’orfèvrerie et travaillera sur une pièce de terre : il passera du burin à la pioche, et du fourneau de cuisine à un pupitre d’orchestre. 1l est familier avec une foule de travaux. Ouvrier inférieur en ceci, il est ouvrier supérieur en cela. Il a sa spécialité où il excelle. Et c’est justement cette infériorité et cette supériorité des uns envers les autres qui produit l’harmonie. Il n’en coûte nullement de se soumettre à une supériorité, je ne dirai pas officiellement, mais officieusement reconnue, quand l’instant d’après, et dans une autre phase de la production, cette supériorité deviendra votre infériorité. Cela crée une émulation salutaire, une réciprocité bienveillante et destructive des jalouses rivalités. Puis, par ces travaux divers, l’homme acquiert la possession de plus d’objets de comparaison, son intelligence se multiplie comme son bras, c’est une étude perpétuelle et variée qui développe en lui toutes les facultés physiques et intellectuelles, et dont il profite pour se perfectionner dans son acte de prédilection.
I repeat here what I already noted previously: When I speak about the man, it is not only one half of the humanity in question, but of whole humanity, of the woman like man, human Being. What applies to also applies to the other. There are only one departures from the general rule, a work which is the exclusive prerogative of the woman, it is that of enfantement and breast feeding. When the woman achieves this labor, it is very simple that she can hardly deal actively with the others. It is a speciality which temporarily moves away it from the plurality of general attributions, but, its pregnancy and its nourriciat completed, it includes in the community its functions, identical to all those of the humanisphereans. Je répète ici ce que j’ai déjà noté précédemment : Quand je parle de l’homme, ce n’est pas seulement d’une moitié de l’humanité dont il est question, mais de l’humanité entière, de la femme comme de l’homme, de l’Etre humain. Ce qui s’applique à l’un s’applique également à l’autre. Il n’y a qu’une exception à la règle générale, un travail qui est l’apanage exclusif de la femme, c’est celui de l’enfantement et de l’allaitement. Quand la femme accomplit ce labeur, il est tout simple qu’elle ne peut guère s’occuper activement des autres. C’est une spécialité qui l’éloigne momentanément de la pluralité des attributions générales, mais, sa grossesse et son nourriciat achevés, elle reprend dans la communauté ses fonctions, identiques à toutes celles des humanisphériens.
At its birth, the child is registered under the names and first names of his mother to the book of the statistics; later, it takes itself the name and first names which are appropriate to him, guard those which one gave him or in exchange. In Humanisphere, it neither bastard disinherited there nor legitimate privileged. The children are the children of nature, and not of the artifice. All are equal and legitimate in front of Humanisphere and the humanispherity. As long as the external embryo is still attached to the udder of his/her mother like the foetus in the internal body, it is regarded as doing only one with its nurse. Weaning is for the woman one second delivery which takes place when the child can only go and come. The mother and the child can remain still together, if such is the good pleasure of both. But if the child who feels to push his small wills prefers the society and the pack of the other children, or if the mother, tired long brooded, does not worry any more to have it constantly near it, then they can separate. The apartment of the children is there, and not more than the others it will not miss a care, because in turn all the mothers give each other appointment to it. If, in the permutation of the deaths and the births, it is that a new-born baby loses his mother, or that a mother loses her child, the young woman who lost his child gives the centre to the child who lost his mother, or one gives to the orphan the udder of a goat or a lioness. It is even of use among the feeder mothers to make drink with the weak child of the milk of vigorous animals such milk of lioness, as among civilized one makes take ass’s milk to the poitrinaires. (Let us not forget that at the time in question, the lionesses and the panthers are domestic animals; that the man has herds of bear as we have herds of sheep today; that the wildest animals lined up, subjected and disciplined under the pontificate of the man; that they crawl with its feet with a secret terror and incline in front of the aureole of light and of electricity which crowns its face and the respect imposes to them. Man is the sun about which all the animal races revolve.) A sa naissance, l’enfant est inscrit sous les nom et prénoms de sa mère au livre des statistiques; plus tard, il prend lui-même les nom et prénoms qui lui conviennent, garde ceux qu’on lui a donnés ou en change. Dans l’humanisphère, il n’y a ni bâtards déshérités ni légitimes privilégiés. Les enfants sont les enfants de la nature, et non de l’artifice. Tous sont égaux et légitimes devant la mère, l’humanisphère et l’humanisphérité. Tant que l’embryon externe est encore attaché à la mamelle de sa mère comme le fœtus dans l’organe interne, il est considéré comme ne faisant qu’un avec sa nourrice. Le sevrage est pour la femme une seconde délivrance qui s’opère lorsque l’enfant peut aller et venir seul. La mère et l’enfant peuvent rester encore ensemble, si tel est le bon plaisir des deux. Mais si l’enfant qui sent pousser ses petites volontés préfère la compagnie et la demeure des autres enfants, ou si la mère, fatiguée d’une longue couvée, ne se soucie plus de l’avoir constamment près d’elle, alors ils peuvent se séparer. L’appartement des enfants est là, et pas plus que les autres il ne manquera de soins, car tour à tour toutes les mères s’y donnent rendez-vous. Si, dans la permutation des décès et des naissances, il se trouve qu’un nouveau-né perde sa mère, ou qu’une mère perde son enfant, la jeune femme qui a perdu son enfant donne le sein à l’enfant qui a perdu sa mère, ou bien on donne à l’orphelin la mamelle d’une chèvre ou d’une lionne. Il est même d’usage parmi les mères nourricières de faire boire à l’enfant chétif du lait d’animaux vigoureux tel que le lait de lionne, comme parmi les civilisés on fait prendre du lait d’ânesse aux poitrinaires. (N’oublions pas qu’à l’époque dont il est question, les lionnes et les panthères sont des animaux domestiques; que l’homme possède des troupeaux d’ours comme nous possédons aujourd’hui des troupeaux de moutons ; que les animaux les plus féroces se sont rangés, soumis et disciplinés sous le pontificat de l’homme; qu’ils rampent à ses pieds avec une secrète terreur et s’inclinent devant l’auréole de lumière et d’électricité qui couronne son front et leur impose le respect. L’homme est le soleil autour duquel toutes les races animales gravitent.)
The food of men and the women is based on hygiene. They preferably adopt the food most suitable for the nutrition of the muscles of the body and fibres of the brain. They do not have a meal without eating some roast meat mouthfuls, that is to say of sheep, bear or ox; a few spoonfuls of coffee or other liquors which over-excite the sap of the thought. All is combined so that the pleasures, even those of the table, are not unproductive or harmful with the development of the man and faculties of the man. On their premises any pleasure is a work, and any work is a pleasure. The fecundation of happiness is perpetual there. It is one spring and an autumn continuous of satisfactions. The flowers and the production profits, like the flowers and the fruits of the tropics, push there in any season. The such banana tree which is small the humanisphere which provides for the lodging and the grazing ground with the maroon negro, such also Humanisphere is the large banana tree which satisfies the immense needs for the free man. It is in its shade that it aspires to full lungs all the soft breezes of nature and that, raising its pupil at the level of the stars, it contemplates all the radiations. La nourriture des hommes et des femmes est basée sur l’hygiène. Ils adoptent de préférence les aliments les plus propres à la nutrition des muscles du corps et des fibres du cerveau. Ils ne font pas un repas sans manger quelques bouchées de viande rôtie, soit de mouton, ours ou bœuf; quelques cuillerées de café ou autres liqueurs qui surexcitent la sève de la pensée. Tout est combiné pour que les plaisirs, même ceux de la table, ne soient pas improductifs ou nuisibles au développement de l’homme et des facultés de l’homme. Chez eux tout plaisir est un travail, et tout travail est un plaisir. La fécondation du bonheur y est perpétuelle. C’est un printemps et un automne continus de satisfactions. Les fleurs et les fruits de la production, comme les fleurs et les fruits des tropiques, y poussent en toute saison. Tel le bananier est le petit humanisphère qui pourvoit au gîte et à la pâture du nègre marron, tel aussi l’humanisphère est le grand bananier qui satisfait aux immenses besoins de l’homme libre. C’est à son ombre qu’il aspire à pleins poumons toutes les douces brises de la nature et que, élevant sa prunelle à la hauteur des astres, il en contemple tous les rayonnements.
As one must think, there are no doctors, that is to say, there are no diseases. What causes diseases today? Pestilential emanations of part of the sphere and, especially, lack of balance in the exercise of the human organs. The man becomes exhausted with a single work, with a single pleasure. One twists in the convulsions of the fast, the other in the colics and the hoquets of the indigestion. One occupies its arm other than its brain, the other its brain other than its arm. Crumplings of the day, the concern of the following day contract fibres of the man, stop the natural circulation of blood and produce interior cesspools from where deterioration and death are exhaled. The doctor arrives, him which has interest so that there are diseases as the lawyer has interest so that there are lawsuits, and it inoculates in the veins of the patient mercury and arsenic; of a momentary indisposition, it makes an incurable leprosy and which communicates from generation to generation. One detests Brinvilliers, but really what Brinvilliers compared to these empoisonneurs whom one names of the doctors? Brinvilliers made an attempt only on the life of some of its contemporaries; they, they make an attempt on the life and the intelligence of all the men until in their posterity. Civilized! civilized! have academies of torturers if you want, but do not have academies of doctors! Men of amphitheatres or scaffolds, assassinate if it is needed the present, but save at least the future!… Comme on doit le penser, il n’y a pas de médecins, c’est dire qu’il n’y a pas de maladies. Qu’est-ce qui cause les maladies aujourd’hui ? Les émanations pestilentielles d’une partie du globe et, surtout, le manque d’équilibre dans l’exercice des organes humains. L’homme s’épuise à un travail unique, à une jouissance unique. L’un se tord dans les convulsions du jeûne, l’autre dans les coliques et les hoquets de l’indigestion. L’un occupe son bras à l’exclusion de son cerveau, l’autre son cerveau à l’exclusion de son bras. Les froissements du jour, les soucis du lendemain contractent les fibres de l’homme, arrêtent la circulation naturelle du sang et produisent des cloaques intérieurs d’où s’exhalent le dépérissement et la mort. Le médecin arrive, lui qui a intérêt à ce qu’il y ait des maladies comme l’avocat a intérêt à ce qu’il y ait des procès, et il inocule dans les veines du patient le mercure et l’arsenic ; d’une indisposition passagère, il fait une lèpre incurable et qui se communique de génération en génération. On a horreur d’une Brinvilliers, mais vraiment qu’est-ce qu’une Brinvilliers comparée à ces empoisonneurs qu’on nomme des médecins ? La Brinvilliers n’attentait qu’à la vie de quelques-uns de ses contemporains ; eux, ils attentent à la vie et à l’intelligence de tous les hommes jusque dans leur postérité. Civilisés! civilisés! ayez des académies de bourreaux si vous voulez, mais n’ayez pas des académies de médecins! Homme d’amphithéâtres ou d’échafauds, assassinez s’il le faut le présent, mais épargnez au moins l’avenir!…
Among the Humanisphereans, there is equation in the exercise of man’s faculties, and this level poduit health. That does not want to say that one does not deal to with it with surgery nor of anatomy. No art, no science are neglected there. It is not even a humanispérien which more or less did not follow one of these courses. Those of the workers who profess the surgery exert their knowledge on an arm or a leg when an accident arrives. As for the indispositions, as all have concepts of hygiene and anatomy, they médicamentent themselves, they take one a bowl of exercise, the other a flask of sleep, and the following day, generally all is known as: they are people more dispos world. Chez les humanisphériens il y a équation dans l’exercice des facultés de l’homme, et ce niveau produit la santé. Cela ne veut pas dire qu’on ne s’y occupe pas de chirurgie ni d’anatomie. Aucun art, aucune science n’y sont négligés. Il n’est même pas un humanisphérien qui n’ait plus ou moins suivi ces cours. Ceux des travailleurs qui professent la chirurgie exercent leur savoir sur un bras ou une jambe quand un accident arrive. Quant aux indispositions, comme tous ont des notions d’hygiène et d’anatomie, ils se médicamentent eux-mêmes, ils prennent l’un un bol d’exercice, l’autre une fiole de sommeil, et le lendemain, le plus souvent tout est dit : ils sont les gens les plus dispos du monde.
Contrary to Gall and in Lavater, who took the effect for the cause, they do not believe that the man is born with absolutely marked aptitudes. The lines of the face and the reliefs of the head are not innate things in us, they say; we all are born with the germ of all faculties, (with rare exceptions: there are mentally as well as physically disabled persons, but monstrosities will have to disappear in Harmony) the external circumstances act directly on them. According to whether these faculties are or were exposed to their radiation, they acquire a more or less great growth, take shape of such or such other manner. The aspect of the man reflects his inclinations, but this aspect is generally quite different from that which it had being child. The craniology of the man testifies to his passions, but this craniology generally does not have anything comparable with that which it had with the cradle. – Just as the arm right exerted to the detriment of the left arm, acquires more strength, more elasticity and as more volume as his/her twin brother, so that the abuse this exercise can make a man uneven of a shoulder, in the same way also the exclusive exercise given to certain passion faculties can develop the bodies of them to make a man uneven of cranium. The furrows of the face as the bumps of cranium are the blooming of our feelings on our face, but are by no means the original marks. Medium in which we live and the diversity from the points of view where are placed men, and which makes that not one cannot see the things under the same aspect, explain the diversity of the craniology and phrenology at the man, as the diversity of its passions and its aptitudes. The cranium whose bumps are also developed is undoubtedly the cranium of the most perfect man. The type of the ideal is not undoubtedly to be uneven nor horned. How of people however in the current world their bumps and their horns are proud! If some learned astrologer, – in the name of alleged science, – came to say that it is the sun which escapes from the rays, and not the rays which escape from the sun, my word, it would be civilized to believe it and clerk-professors to output it. Poor world! The poor teaching bodies! Hell of men! Paradise of grocers! Contrairement à Gall et à Lavater, qui ont pris l’effet pour la cause, ils ne croient pas que l’homme naisse avec des aptitudes absolument prononcées. Les lignes du visage et les reliefs de la tête ne sont pas choses innées en nous, disent-ils; nous naissons tous avec le germe de toutes les facultés (sauf de rares exceptions, il y a les infirmes du mental comme du physique, mais les monstruosités sont appelées à disparaître en Harrnonie), les circonstances extérieures agissent directement sur elles. Selon que ces facultés se trouvent ou se sont trouvées exposées à leur rayonnement, elles acquièrent une plus ou moins grande croissance, se dessinent d’une telle ou telle autre manière. La physionorme de l’homme reflète ses penchants, mais cette physionomie est le plus souvent bien différente de celle qu’il avait étant enfant. La crâniologie de l’homme témoigne de ses passions, mais cette crâniologie n’a le plus souvent rien de comparable avec celle qu’il avait au berceau. — De même que le bras droit exercé au détriment du bras gauche, acquiert plus de vigueur, plus d’élasticité et aussi plus de volume que son frère jumeau, si bien que l’abus de cet exercice peut rendre un homme bossu d’une épaule, de même aussi l’exercice exclusif donné à certaines facultés passionnelles peut en développer les organes et rendre un homme bossu du crâne. Les sillons du visage comme les bosses du crâne sont l’épanouissement de nos sensations sur notre face, mais ne sont nullement des stigmates originels. Le milieu dans lequel nous vivons et la diversité des points de vue où sont placés les hommes, et qui fait que pas un ne peut voir les choses sous le même aspect, expliquent la diversité de la crâniologie et de la phrénologie chez l’homme, comme la diversité de ses passions et de ses aptitudes. Le crâne dont les bosses sont également développées est assurément le crâne de l’homme le plus parfait. Le type de l’idéal n’est sans doute pas d’être bossu ni cornu. Que de gens pourtant dans le monde actuel sont fiers de leurs bosses et de leurs cornes! Si quelque docte astrologue, au nom de la prétendue science, venait dire que c’est le soleil qui s’échappe des rayons, et non les rayons qui s’échappent du soleil, ma parole, il se trouverait des civilisés pour le croire et des commis-professeurs pour le débiter. Pauvre monde! Pauvres corps enseignants! Enfer d’hommes! Paradis d’épiciers !
Like it has neither slaves there there neither Masters, neither subordinated heads neither, neither disinherited owners neither, neither legality neither penalty, neither borders neither barriers, neither civil codes neither religious codes, it has either there neither civil authorities, military and religious, neither lawyers neither ushers, neither acknowledged neither notaries, neither bourgeois man neither lords, neither priests neither soldiers, neither thrones neither furnace bridges, neither barracks neither churches, neither prisons neither fortresses, neither bûchers nor scaffolds; or, if there is still, it is preserved in spirit of wine, is mommifié in natural size or reproduced in miniature, the whole arranged and numbered in some inner room of museum like objects of curiosity and antiquity. The same books of the French authors, cossacks, German, English, etc… etc, lie in the dust and the attics of the libraries; nobody reads them, they are died languages, remainder. A universal language replaced all these jargons of nations. In this language, one says more in one word that in ours one could say in a sentence. When by chance a humanispherean is warned to throw the eyes on the written pages of times of civilized and that it has courage to read some lines of them, it closes again soon the book with a quivering of shame and dislike; and, while thinking so that was humanity at that time of depravity babylonienne and syphilitic constitutions, it feels the red to go up to him to the face, like a woman, young person still, whose youth would have been soiled by the vice, would redden, after having been rehabilitated, with the memory of its days of prostitution. Comme il n’y a là ni esclaves ni maîtres, ni chefs ni subordonnés, ni propriétaires ni déshérités, ni légalité, ni pénalité, ni frontières ni barrières, ni codes civils ni codes religieux, il n’y a non plus ni autorités civiles, militaires et religieuses, ni avocats ni huissiers, ni avoués ni notaires, ni juges ni policiers, ni bourgeois ni seigneurs, ni prêtres ni soldats, ni trônes ni autels, ni casernes ni églises, ni prisons, ni forteresses, ni bûchers ni échafauds; ou, s’il y en a encore, c’est conservé dans l’esprit-de-vin, momifié en grandeur naturelle ou reproduit en miniature, le tout rangé et numéroté dans quelque arrière-salle de musée comme des objets de curiosité et d’antiquité. Les livres même des auteurs français, cosaques, allemands, anglais, etc., etc., gisent dans la poussière et les greniers des bibliothèques : personne ne les lit, ce sont des langues mortes du reste. Une langue universelle a remplacé tous ces jargons de nations. Dans cette langue, on dit plus en un mot que dans les nôtres on ne pourrait dire en une phrase. Quand par hasard un humanisphérien s’avise de jeter les yeux sur les pages écrites du temps des civilisés et qu’il a le courage d’en lire quelques lignes, il renferme bientôt le livre avec un frémissement de honte et de dégoût; et, en songeant à ce qu’était l’humanité à cette époque de dépravation babylonnienne et de constitutions civilitiques, il sent le rouge lui monter au visage, comme une femme, jeune encore, dont la jeunesse aurait été souillée par la débauche, rougirait, après s’être réhabilitée, au souvenir de ses jours de prostitution.
Property and trade, this putrid affection for gold, this usurian disease, this corrosive contagion which infests contemporary societies with a virus of venality and metallizes friendship and love; this plague of the nineteenth century disappeared from the centre of humanity. There are no more neither sold salesmen nor. The anarchist communion of the interests spread everywhere the purity and health in manners. The love is not any more one traffic immonde, but an exchange of tender and pure feelings. Venus is no longer the impudic Venus, but Venus Urania. The friendship is not any more one commercial markets cherishing the bracket of the passers by and changing the mielleux matter into engueulements, according to whether one accepts or refuses his goods, it is a charming child which require only caresses in return of its caresses, sympathy to sympathy. In Humanisphere, all that is apparent is real, appearance is not a dressing-up. The dissimulation was always delivered servants and slaves: it of rigour at is civilized. The free man carries in the heart the frankness, this escutcheon of Freedom. The dissimulation is not even an exception among the humanisphereans. La propriété et le commerce, cette affection putride de l’or, cette maladie usurienne, cette contagion corrosive qui infeste d’un virus de vénalité les sociétés contemporaines, et métalise l’amitié et l’amour; ce fléau du XIXe siècle a disparu du sein de l’humanité. Il n’y a plus ni vendeurs ni vendus. La communion anarchique des intérêts a répandu partout la pureté et la santé dans les mœurs. L’amour n’est plus un trafic immonde, mais un échange de tendres et purs sentiments. Vénus n’est plus la Vénus impudique. mais la Vénus Uranie. L’amitié n’est plus une marchande des halles caressant le gousset des passants et changeant les mielleux propos en engueulements, selon qu’on accepte ou refuse sa marchandise, c’est une charmante enfant qui ne demande que des caresses en retour de ses caresses, sympathie pour sympathie. Dans l’Humanisphère, tout ce qui est apparent est réel : l’apparence n’est point un travestissement. La dissimulation fut toujours la livrée des valets et des esclaves : elle est de rigueur parmi les civilisés. L’homme libre porte au cœur la franchise, cet écusson de la Liberté. La dissimulation n’est pas même une exception parmi les humanisphériens.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
(continued) (Suite.)
The religious artifices, the buildings of the superstition answer at civilized, as at the barbarians, in the savages, with a need for ideal which these populations do not find in the world of reality, will aspire in the world of the impossible one. The woman, especially, this half of the mankind, still more excluded that the other of the social rights, and relegated, like the Cinderella, with the corner of the hearth of the household, delivered to its meditations catéchismales, with its morbid hallucinations, the woman is given up with all the dash of the heart and imagination to the charm of the religious pumps and the masses with large spectacle, with all the mystical poetry of this mysterious novel, whose beautiful Jesus is the hero, and whose divine love is the intrigue. All these songs of angels and angesses, this paradise filled of lights, of music and incense, this opera of the eternity, whose God are large the maëstro, the decorator, the type-setter and the head of orchestra, these stalls of azure where Marie and Madeleine, these two daughters of Eve, have places of honor; all this phantasmagoria of the sacertotaux physicists cannot miss in a society like ours highly impressing sentimental fibre of the woman, this compressed fibre and always quivering. The body connected with its kitchen range, its counter of shop or its piano of show, it wanders by the thought, – without ballast and aerofoil, rudder and compass, – towards the idealization human being in the spheres strewn with shelves and constellated with superstition with fluiditic the azure, in the exotics daydreams of the paradidiaque life. It reacts by mysticism, it rises by the superstition against this degree of inferiority on which the man placed. It calls some of its terrestrial lowering to the celestial rise, of the bestiality of the man to the spirituality of God. Les artifices religieux, les édifices de la superstition répondent chez les civilisés, comme chez les barbares, comme chez les sauvages, à un besoin d’idéal que ces populations ne trouvant pas dans le monde du réel, vont aspirer dans le monde de l’impossible. La femme surtout, cette moitié du genre humain, plus exclue encore que l’autre des droits sociaux, et reléguée, comme la Cendrillon, au coin du foyer du ménage, livrée à ses méditations catéchismales, à ses hallucinations maladives, la femme s’abandonne avec tout l’élan du cœur et de l’imagination au charme des pompes religieuses et des messes à grand spectacle, à toute la poésie mystique de ce roman mystérieux, dont le beau Jésus est le héros, et dont l’amour divin est l’intrigue. Tous ces chants d’anges et d’angesses, ce paradis rempli de lumières, de musique et d’encens, cet opéra de l’éternité, dont Dieu est le grand maestro, le décorateur, le compositeur et le chef d’orchestre, ces stalles d’azur où Marie et Madeleine, ces deux filles d’Eve, ont des places d’honneur; toute cette fantasmagorie des phvsiciens sacerdotaux ne peut manquer dans une société comme la nôtre d’impressionner vivement la fibre sentimentale de la femme, cette fibre comprimée et toujours frémissante. Le corps enchaîné à son fourneau de cuisine, à son comptoir de boutique ou à son piano de salon, elle erre par la pensée, — sans lest et sans voilure, sans gouvernail et sans boussole, — vers l’idéalisation de l’être humain dans les sphères parsemées d’écueils et constellées de superstition du fluidique azur, dans les exotiques rêveries de la vie paradisiaque. Elle réagit par le mysticisme, elle s’insurge par la superstition contre ce degré d’infériorité sur lequel l’homme l’a placée. Elle en appelle de son abaissement terrestre à l’ascension céleste, de la bestialité de l’homme à la spiritualité de Dieu.
In Humanisphere, nothing similar cannot take place. The man is nothing more than the woman, and the woman nothing more than the man. Both are also free. The ballot boxes of the voluntary instruction poured on their faces of the floods of science. The shock of the intelligences in levelled the course. The rising of the unstable needs always raises its level. The man and the woman swim in this ocean of progress, intertwined one with the other. The sharp sources of the heart épanchent in the society their liqueur-like and extreme passions and make to the man as with the woman a bath tasty and scented their mutual insurance societies heats. The love is not any more of mysticism or of bestiality, the love has all pleasures its feelings physical and morals, the love it is of humanity, humanity purified, vivified, regenerated, made humanity man. The ideal being on the ground, ground present or future, which do you want which suits it to seek elsewhere? So that the divinity walks on the clouds of imagination, it is necessary that there are clouds, and under cranium of the humanisphereans, there are only rays. Where reign the light, it does not have darkness there; where reign the intelligence, it does not have a superstition there. Today that the existence is a perpetual maceration, a cloistering of passions, happiness is a dream. In the future world, the life being the expansion of all passion fibres, life will be a dream of happiness. Dans l’Humanisphère, rien de semblable ne peut avoir lieu. L’homme n’est rien plus que la femme, et la femme rien plus que l’homme. Tous deux sont également libres. Les urnes de l’instruction volontaire ont versé sur leurs fronts des flots de science. Le choc des intelligences en a nivelé le cours. La crue des fluxtueux besoins en élève le niveau tous les jours. L’homme et la femme nagent dans cet océan du progrès, enlacés l’un à l’autre. Les sources vives du cœur épanchent dans la société leurs liquoreuses et brûlantes passions et font à l’homme comme à la femme un bain savoureux et parfumé de leurs mutuelles ardeurs. L’amour n’est plus du mysticisme ou de la bestialité, l’amour a toutes les voluptés des sensations physiques et morales, l’amour c’est de l’humanité, humanité épurée, vivifiée, régénérée, humanité faite homme. L’idéal étant sur la terre, terre présente ou future, qui voulez-vous qui l’aille chercher ailleurs? Pour que la divinité se promène sur les nuages de l’imagination, il faut qu’il y ait des nuages, et sous le crâne humanisphérien il n’y a que des rayons. Là où règne la lumière, il n’y a point de ténèbres; là où règne l’intelligence, il n’y a point de superstition. Aujourd’hui que l’existence est une macération perpétuelle, une claustration des passions, le bonheur est un rêve. Dans le monde futur, la vie étant l’expansion de toutes les fibres passionnelles, la vie sera un rêve de bonheur.
In the civilized world, all is only masturbation and sodomy, masturbation or sodomy of the flesh, masturbation or sodomy of the spirit. The spirit is a égoût with contemptible thoughts, the flesh a discharge system with immondes pleasures. In this time the man and the woman do not make love, they make their needs… In this time there it will be a need for them that the love! And it is only with the fire of passion in the heart, with the heat of the feeling to the brain which they will not link in a mutual kiss. All pleasures will not act any more but in the natural order, as well those of the flesh as those of the spirit. Freedom will have purified everything. Dans le monde civilisé, tout n’est que masturbation et sodomie, masturbation ou sodomie de la chair, masturbation ou sodomie de l’esprit. L’esprit est un égout à d’abjectes pensées, la chair un exutoire à d’immondes plaisirs. En ce temps-ci l’homme et la femme ne font pas l’amour, ils font leurs besoins… En ce temps-là ce sera un besoin pour eux que l’amour! Et ce n’est qu’avec le feu de la passion au cœur, avec l’ardeur du sentiment au cerveau qu’ils s’uniront dans un mutuel baiser. Toutes les voluptés n’agiront plus que dans l’ordre naturel, aussi bien celles de la chair que celles de l’esprit. La liberté aura tout purifié.
After having visited in detail the buildings of the humanisphere, where all is only workshops of pleasures and shows of work, stores of sciences and arts and museums of all the productions; after having admired these machines of iron whose vapor or electricity is the mobile, hard of gears which are with the humanisphereans what multitudes of proletarians or slaves with are civilized; after having attended the movement not less admirable of this human gears, of this multitude of free workers, serial mechanism whose attraction is the single engine; after having noted the wonders of this levelling organization whose anarchist evolution produces the harmony; after having visited the fields, gardens, meadows, the pastoral hangers where come to shelter the herds wandering by the countryside, and whose roofs are used as attics with fodder; after having traversed all the iron lines which furrow the interior and the outside of Humanisphere, and to have sailed in these splendid steamers air which transport to flight of eagle the men and the products, the ideas and the objects of a humanisphere to a Humanisphere, of one contains in a continent, and of a point of the sphere at its ends; after having seen and heard, after having palpated finger and thought all these things, – how is it done, said to me I, by making a return on civilized, how is done it that one can live under the Law, this Knout of the Authority, when Anarchy, this law of Freedom, has so pure and so soft manners? How it is made that one looks like so phenomenal thing this intelligent fraternity, and like normal thing this fratricidal imbecility?… Ah! the phenomena and the Utopias are only phenomena or Utopias that compared to our ignorance. All that for our world is phenomenon, for another world is very ordinary thing, which it is about the movement of planets or the movement of the men; and what there would be of more phenomenal good for me, it is that the society remained perpetually in social darkness and that it did not wake up with the light. The authority is a nightmare which weighs on the chest of humanity and chokes it; that it hears the voice of Freedom, that it left its painful sleep, and soon it will have found the plenitude of its directions, and its aptitude for work, love, happiness! Après avoir visité en détail les bâtiments de l’Humanisphère, où tout n’est qu’ateliers de plaisir et salons de travail, magasins de sciences et d’arts et musées de toutes les productions : après avoir admiré ces machines de fer dont la vapeur ou l’électricité est le mobile, laborieuses multitudes d’engrenages qui sont aux humanisphériens ce que les multitudes de prolétaires ou d’esclaves sont aux civilisés; après avoir assisté au mouvement non moins admirable de cet engrenage humain, de cette multitude de travailleurs libres, mécanisme sériel dont l’attraction est l’unique moteur; après avoir constaté les merveilles de cette organisation égalitaire dont l’évolution anarchique produit l’harmonie; après avoir visité les champs, les jardins, les prairies, les hangars champêtres où viennent s’abriter les troupeaux errants par la campagne, et dont les combles servent de greniers à fourrage; après avoir parcouru toutes les lignes de fer qui sillonnent l’intérieur et l’extérieur de l’Humanisphère, et avoir navigué dans ces magnifiques steamers aériens qui transportent à vol d’aigle les hommes et les produits, les idées et les objets d’un humanisphère à un humanisphère, d’un continent à un continent, et d’un point du globe à ses extrémités; après avoir vu et entendu, après avoir palpé du doigt et de la pensée toutes ces choses, — comment se fait-il, me disais-je, en faisant un retour sur les civilisés, comment se fait-il qu’on puisse vivre sous la Loi, ce Knout de l’Autorité, quand l’anarchie, cette loi de la Liberté, a des mœurs si pures et si douces? Comment se fait-il qu’on regarde comme chose si phénoménale cette fraternité intelligente, et comme chose normale cette imbécilité fratricide?… Ah! les phénomènes et les utopies ne sont des phénomènes ou des utopies que par rapport à notre ignorance. Tout ce qui pour notre monde est phénomène, pour un autre monde est chose tout ordinaire, qu’il s’agisse du mouvement des planètes ou du mouvement des hommes ; et ce qu’il y aurait de bien plus phénoménal pour moi, c’est que la société restât perpétuellement dans les ténèbres sociales et qu’elle ne s’éveillât pas à la lumière. L’autorité est un cauchemar qui pèse sur la poitrine de l’Humanité et l’étouffe ; quelle entende la voix de la Liberté, qu’elle sorte de son douloureux sommeil, et bientôt elle aura recouvré la plénitude de ses sens, et son aptitude au travail, à l’amour, au bonheur!
Although in Humanisphere the machines did all the coarsest work, there was, in my opinion, of more unpleasant work the ones than the others, there was even which seemed to to me to have to be taste of anybody. Nevertheless, this work was carried out without no law nor no réglement forcing there which that it was. How that? I said to me, me which saw yet the things only by my eyes of civilized. It was however quite simple. What makes work attractive? It is not always the nature of work but the condition under which it is exerted and the condition of the result to obtain. Nowadays, a workman will follow an occupation; it is not always the profession which it would have chosen: the chance more than attraction in decided thus. That this profession gets a certain relative ease to him, that its wages are raised, that it deals with owner who too heavily does not make him feel his authority, and this workman will achieve its work with a certain pleasure. That thereafter, this same workman works for an owner revêche, that its wages are decreased by half, that its profession does not get to him any more that misery, and it will do nothing any more but with dislike this work than it achieved at one time with pleasure. Drunkenness and the idleness do not have an other causes among the workmen. Slaves with end of patience, they then throw the handle after knocked, and, rejects of the world, they are vautrent in the dregs and the filth, or characters of elite, they rise until the murder, until martyrdom, like Alibaud, Moncharmont, and assert their rights of men, iron against iron and face to face with the scaffold. Immortality of glory to these!… Bien que dans l’Humanisphère les machines fissent tous les plus grossiers travaux, il y avait, selon moi, des travaux plus désagréables les uns que les autres, il y en avait même qui me semblaient ne devoir être du goût de personne. Néanmoins, ces travaux s’exécutaient sans qu’aucune loi ni aucun règlement y contraignît qui que ce fût. Comment cela? me disais-je, moi qui ne voyais encore les choses que par mes yeux de civilisé. C’était bien simple pourtant. Qu’est-ce qui rend le travail attrayant? ce n’est pas toujours la nature du travail mais la condition dans laquelle il s’exerce et la condition du résultat à obtenir. De nos jours, un ouvrier va exercer une profession; ce n’est pas toujours la profession qu’il aurait choisi : le hasard plus que l’attraction en a décidé ainsi. Que cette profession lui procure une certaine aisance relative, que son salaire soit élevé, qu’il ait affaire à un patron qui ne lui fasse pas trop lourdement sentir son autorité, et cet ouvrier accomplira son travail avec un certain plaisir. Que par la suite, ce même ouvrier travaille pour un patron revêche, que son salaire soit diminué de moitié, que sa profession ne lui procure plus que la misère, et il ne fera plus qu’avec dégoût ce travail qu’il accomplissait naguère avec plaisir. L’ivrognerie et la paresse n’ont pas d’autre cause parmi les ouvriers. Esclaves à bout de patience, ils jettent alors le manche après la co[i]gnée et, rebuts du monde, ils se vautrent dans la lie et la crasse, ou caractères d’élite, ils s’insurgent jusqu’au meurtre, jusqu’au martyre, comme Alibaud, comme Moncharmont, et revendiquent leurs droits d’hommes, fer contre fer et face à face avec l’échafaud. Immortalité de gloire à ceux-là !
In Humanisphere, some work which by their nature appeared to me being repugnant to however finds workmen to carry out them with pleasure. And causes it is in the condition under which they are exerted. The various series of workers are voluntarily recruited, as recruit the men of a barricade, and are entirely free to remain time there that they want or to pass to another series or another barricade. There is no appointed or titrated head. That which has the most knowledge or of aptitude for this work directs the others naturally. Each one takes the initiative mutually, according to whether it recognizes the capacities of them. In turn each one delivers opinions and receives some. There is friendly agreement, it is no authority. Moreover it is rare that there is not mixture of men and women among the workers of a series. Also work is it under too attractive conditions so that, it was feeling reluctant by itself, one does not find a certain charm to achieve it. Then nature comes from the results to obtain. If this work is indeed essential, those to which it is repugnant more and which abstains from some will be charmed that others took care some, and they will return of affability to the latter, in hard attentions in addition, the compensation of the service that the others will have returned to them. It should not be believed that the coarsest work is at the humanisphereans the division of the lower intelligences, quite to the contrary, they are the higher intelligences, the celebrities in sciences and arts which generally enjoy to fill these drudgeries. The more exquisite delicacy is at the man, the more the moral smell is developed, and the more suited it is to certain moments to hard and rough labors, especially when these labors are a sacrifice offered in love to humanity. I saw, at the time of the transportation of June, at the height of Homet, in Cherbourg, of delicate natures which could, with the help of some coins, to make take by a fellow-prisoner their turn of drudgery, – and it was a dirty work to empty the bucket with the refuse, – but which, to give satisfaction to their pleasures morals, the interior testimony of their fraternity with their similar, preferred to make this work themselves and to spend with the canteen, with and for their comrades of drudgery, the money which could have been used for freeing some. The man truly man, the man égoïstementbon, is happier to make a thing for although it gets for the others to exempt itself some for an immediate and very personal satisfaction. He knows that it is a grain sown in good ground and of which he will collect early or late an ear. Selfishness is the source of all the virtues. The first Christians, those which lived in community and fraternity in the catacombs, were egoists, they placed their virtues at usurious interests between the hands of God to obtain celestial premiums of immortality from them. The humanisphereans place their good deeds in life annuity on Humanity, in order to enjoy, – since the moment of their birth until the extinction of their life, – benefit of the mutual benefit insurance. Humanly, one cannot buy happiness that at the price of universal happiness. Dans l’Humanisphère, les quelques travaux qui par leur nature me paraissaient répugnants trouvent pourtant des ouvriers pour les exécuter avec plaisir. Et la cause en est à la condition dans laquelle ils s’exercent. Les différentes séries de travailleurs se recrutent volontairement, comme se recrutent les hommes d’une barricade, et sont entièrement libres d’y rester le temps qu’ils veulent ou de passer à une autre série ou à une autre barricade. Il n’y a pas de chef attitré ou titré. Celui qui a le plus de connaissance ou d’aptitudes à ce travail dirige naturellement les autres. Chacun prend mutuellement l’initiative, selon qu’il s’en reconnaît les capacités. Tour à tour chacun donne des avis et en reçoit. Il y a entente amicale, il n’y a pas autorité. De plus, il est rare qu’il n’y ait pas mélange d’hommes et de femmes parmi les travailleurs d’une série. Aussi le travail est-il dans des conditions trop attrayantes pour que, fut-il répugnant par lui-même, on ne trouve pas un certain charme à l’accomplir. Vient ensuite la nature des résultats à obtenir. Si ce travail est en effet indispensable, ceux à qui il répugne le plus et qui s’en abstiennent seront charmés que d’autres s’en soient chargés, et ils rendront en affabilité à ces derniers, en laborieuses prévenances d’autre part, la compensation du service que les autres leur auront rendu. Il ne faut pas croire que les travaux les plus grossiers soient chez les humanisphériens le partage des intelligences inférieures, bien au contraire, ce sont les intelligences supérieures, les sommités dans les sciences et dans les arts qui le plus souvent se plaisent à remplir ces corvées. Plus la délicatesse est exquise chez l’homme, plus le sens moral est développé, et plus il est apte à certains moments aux rudes et âpres labeurs, surtout quand ces labeurs sont un sacrifice offert en amour à l’humanité. J’ai vu, lors de la transportation de Juin, au fort du Homet, à Cherbourg, de délicates natures qui auraient pu, moyennant quelques pièces de monnaie, faire faire par un codétenu leur tour de corvée, — et c’était une sale besogne que de vider le baquet aux ordures, — et qui, pour donner satisfaction à leurs jouissances morales, au témoignage intérieur de leur fraternité avec leurs semblables, préféraient faire cette besogne eux-mêmes et dépenser à la cantine, avec et pour leurs camarades de corvée, l’argent qui eût pu servir à les en affranchir. L’homme véritablement homme, l’homme égoïstement bon, est plus heureux de faire une chose pour le bien qu’elle procure aux autres que de s’en dispenser en vue d’une satisfaction immédiate et toute personnelle. Il sait que c’est un grain semé en bonne terre et dont il recueillera tôt ou tard un épi. L’égoïsme est la source de toutes les vertus. Les premiers chrétiens, ceux qui vivaient en communauté et en fraternité dans les catacombes, étaient des égoïstes, ils plaçaient leurs vertus à intérêts usuraires entre les mains de Dieu pour en obtenir des primes d’immortalité célestes. Les hurnanisphériens placent leurs bonnes actions en viager sur l’Humanité, afin de jouir, — depuis l’extraction de leur naissance jusqu’à l’extinction de leur vie, — des bénéfices de l’assurance mutuelle. Humainement, on ne peut acheter le bonheur individuel qu’au prix de l’universel bonheur.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Second part Deuxième partie
(continued) (Suite.)
I have not yet spoken of the costumes of the humanisphereans. Their costume is not at all uniform; each gets dressed in his own way. There is no special fashion. Elegance and simplicity are the general sign. It is especially in the cut and the quality of the fabrics that is the distinction. The blouse, known as carrying, with sleeves pagodas, of fabric for work, cloth or silk for the leisures; Breton breeches or broad or sticking, but always narrow trousers bottom, with top boots over the trousers or of light patent leather cothurnes; a felt hat round with a simple ribbon or trimmed with a feather, or a turban; the naked neck as with the Middle Ages; and the facings of the shirt overflowing with the neck and the wrists by lower part the blouse, such is the costume the most the use. Now, the color, the nature of the fabric, the cut, the accessories differ primarily. One lets float its blouse, the other carries a scarf out of belt, or a small pocket in morocco or fabric, suspended with a steel chain or a leather band and falling on the thigh. The winter, one is wrapped of a coat, the other of a burnous. The men as the women carry the same costume indifférement. Only, the women most generally susbtituent a skirt with the trousers, decorate their blouse or lace tunic, their wrists and their neck of skilfully worked jewels, imagine the hairstyles able to put forward the features of their face; but none them would find gracious to bore the nose or the ears to pass there from the rings of gold or money and y to attach precious stones. A great number wear dresses to size of which the multiplicity of the forms is ad infinitum. They do not seek to be standardized the ones with the others, but to be different from/to each other. It is the same for the men. The men generally wear all the beard, and the hair long and separate on the top of the head. They find more natural nor less ridiculous to shave the chin than cranium; and in their old age, whereas the snow of the years bleached their face and engourdi their sight, they do not depilate more the white hairs which they do not tear off the eyes. It goes also much of various costumes, of the costumes kind Louis XIII, inter alia, but not one of the male costumes of our time. The balloons in which on ground the women sail nowadays are reserved for the air steamers, and the pipes in tolle or black silk are used as cover-chief only with the cerebellum of the chimneys. I do not know that he is only one man among the humanisphereans who wanted to ridicule himself in the bourgeois frock coat or dress, this delivered civilized. There one wants to be free of his movements and that the costume testifies to the grace and the freedom of that which carries it. One prefers the majesty of a full and floating fold to the stiffness bouffie of the crinoline and the grimace epileptic of a frac with head of cretin and cod tail. The dress, known as a proverb, does not make the monk. It is true in the direction of the proverb. But the society makes its dress, and a society which gets dressed like ours, denounces, like the chrysalis for its hull, its ugliness of caterpillar to the clearness of the eyes. In Humanisphere, humanity is far from being a caterpillar, it is not more captive of its cocoon, it pushed wings to him, and it covered the full one and gracious tunic, charming it enamel, the elegant scale of the butterfly. – Taken in the absolute direction, the envelope, it is the man: The aspect is never a mask for which can question it. The moral one always bores with the physique. And the physique of the current society is not beautiful: how much uglier still is its moral! Je n’ai pas encore parlé du costume des humanisphériens. Leur costume n’a rien d’uniforme, chacun s’habille à sa guise. Il n’y a pas de mode spéciale. L’élégance et la simplicité en est le signe général. C’est surtout dans la coupe et la qualité des étoffes qu’en est la distinction. La blouse, dite roulière, à manches pagodes, de toile pour le travail, de drap eu de soie pour les loisirs ; une culotte bretonne ou un pantalon large ou collant, mais toujours étroit du bas, avec des bottes à revers par-dessus le pantalon ou de légers cothurnes en cuir verni ; un chapeau de feutre rond avec un simple ruban ou garni d’une plume, ou bien un turban ; le cou nu comme au Moyen Age ; et les parements de la chemise débordant au cou et aux poignets par-dessous la blouse, tel est le costume le plus en usage. Maintenant, la couleur, la nature de l’étoffe, la coupe, les accessoires diffèrent essentiellement. L’un laisse flotter sa blouse, l’autre porte une écharpe en ceinture, ou bien une pochette en maroquin ou en tissu, suspendue à une chaîne d’acier ou à une bande de cuir et tombant sur la cuisse. L’hiver, l’un s’enveloppe d’un manteau, l’autre d’un burnous. Les hommes comme les femmes portent indifféremment le même costume. Seulement, les femmes substituent le plus généralement une jupe au pantalon, ornent leur blouse ou tunique de dentelles, leurs poignets et leur cou de bijoux artistement travaillés, s’ingénient les coiffures les plus capables de faire valoir les traits de leur visage ; mais aucune d’elles ne trouverait gracieux de se percer le nez ou les oreilles pour y passer des anneaux d’or ou d’argent et y attacher des pierreries. Un grand nombre portent des robes à taille dont la multiplicité des formes est à l’infini. Elles ne cherchent pas à s’uniformiser les unes avec les autres, mais à se différencier les unes des autres. Et il en est de même des hommes. Les hommes portent généralement toute la barbe, et les cheveux longs et séparés sur le sommet de la tête. Ils ne trouvent pas plus naturel ni moins ridicule de se raser le menton que le crâne ; et dans leur vieillesse, alors que la neige des années a blanchi leur front et engourdi leur vue, ils ne s’épilent pas plus les poils blancs qu’ils ne s’arrachent les yeux. Il se porte aussi beaucoup de costumes divers, des costumes genre Louis XIII, entre autres, mais pas un des costumes masculins ou crinolins de notre époque. Les ballons dans lesquels naviguent sur terre les femmes de nos jours sont réservés pour les steamers aériens, et les tuyaux en tôle ou en soie noire ne servent de couvre-chef qu’au cervelet des cheminées. Je ne sache pas qu’il soit un seul homme parmi les humanisphériens qui voulût se ridiculiser dans la redingote ou l’habit bourgeois, cette livrée des civilisés. Là on veut être libre de ses mouvements et que le costume témoigne de la grâce et de la liberté de celui qui le porte. On préfère la majesté d’un pli ample et flottant à la raideur bouffie de la crinoline et à la grimace épileptique d’un frac à tête de crétin et à queue de morue. L’habit, dit un proverbe, ne fait pas le moine. C’est vrai dans le sens du proverbe. Mais la société fait son habit, et une société qui s’habille comme la nôtre, dénonce, comme la chrysalide pour sa coque, sa laideur de chenille à la clarté des yeux. Dans l’humanisphère, l’humanité est loin d’être une chenille, elle n’est plus prisonnière dans son cocon, il lui a poussé des ailes, et elle a revêtu l’ample et gracieuse tunique, le charmant émail, l’élégante envergure du papillon. — Pris dans le sens absolu, l’enveloppe c’est l’homme : La physionomie n’est jamais un masque pour qui sait l’interroger. Le moral perce toujours au physique. Et le physique de la société actuelle n’est pas beau : combien plus laid encore est son moral !
In my excursions, I had not seen a cemetery nowhere. And I wondered where deaths passed, when I have the occasion to attend a dead burial. Dans mes excursions, je n’avais vu nulle part de cimetière. Et je me demandais où passaient les morts, quand j’eus occasion d’assister à un enterrement.
Was wide for It in an up to date coffin which had the shape of a large cradle. It was surrounded of no funeral aspect. Natural flowers were leafless in the cradle and the body covered to him. The head discovered rested on pink bunchs which were used to him as pillow. One put the coffin in a coach; those which had most particularly known it dead took seat with the continuation. I imitated them. Le mort était étendu dans un cercueil à jour qui avait la forme d’un grand berceau. Il n’était environné d’aucun aspect funèbre. Des fleurs naturelles étaient effeuillées dans le berceau et lui couvraient le corps. La tête découverte reposait sur des bouquets de roses qui lui servaient d’oreiller. On mit le cercueil dans un wagon ; ceux qui avaient le plus particulièrement connu le mort prirent place à sa suite. Je les imitai.
Arrived in the countryside, at a place where was an iron machine set up on degrees of granite, the convoy stopped. The machine in question had about the appearance of an engine. A drum or boiler posed on a burning blazing inferno. The boiler was surmounted by a long pipe with piston. One left the corpse the coffin, one wrapped it in his shroud, then one slipped it by an opening out of drawer into the drum. The blazing inferno was charged to reduce it out of powder. Each assistant then threw a handle of pinks thinned out the leaves of on the flagstones of the monument. One entonna an anthem with the universal transformation. Then each one separated. Ashes of deaths are then thrown as manures on the grounds of ploughing. Arrivé dans la campagne, à un endroit où était une machine en fer érigée sur des degrés de granit, le convoi s’arrêta. La machine en question avait à peu près l’apparence d’une locomotive. Un tambour ou chaudière posait sur un ardent brasier. La chaudière était surmontée d’un long tuyau à piston. On sortit le cadavre du cercueil, on l’enveloppa dans son suaire, puis on le glissa par une ouverture en tiroir dans le tambour. Le brasier était chargé de le réduire en poudre. Chacun des assistants jeta alors une poignée de roses effeuillées sur les dalles du monument. On entonna une hymne à la transformation universelle. Puis chacun se sépara. Les cendres des morts sont ensuite jetées comme engrais sur les terres de labor.
The humanisphereans claim that the cemeteries are the cause of insalubrity, and that it is quite preferable to sow them corn grains that tombs, waited until the wheat nourishes the alive ones and that the caveaux ones of marble can only make an attempt on the regeneration of deaths. They do not include/understand more the funerary prisons that they would not include/understand the cellular tombs, not more detention of deaths that the detention of the alive ones. It is not the superstition which makes law on their premises, it is science. For them any matter is animated; they do not believe in the duality of the heart and of the body, they recognize only the unit of substance; only, this substance acquires thousand and one forms, it more or less coarse, is more or less purified, more or less solid or more or less bird. While admitting even, they say, that the heart was a thing distinct from the body, – what all denies, – there would be still nonsense to believe in its individual immortality, with its eternally compact personality, its indestructible immobilization. The law of decomposition and composition that governs bodies, and which is the universal law, would be also the law of souls. Les humanisphériens prétendent que les cimetières sont une cause d’insalubrité, et qu’il est bien préférable de les ensemencer de grains de blé que de tombeaux, attendu que le froment nourrit les vivants et que les caveaux de marbre ne peuvent qu’attenter à la régénération des morts. Ils ne comprennent pas plus les prisons funéraires qu’ils ne comprendraient les tombes cellulaires, pas plus la détention des morts que la détention des vivants. Ce n’est pas la superstition qui fait loi chez eux, c’est la science. Ils n’ont que de la raison et point de préjugés. Pour eux toute matière est animée ; ils ne croient pas à la dualité de l’âme et du corps, ils ne reconnaissent que l’unité de substance ; seulement, cette substance acquiert mille et mille formes, elle est plus ou moins grossière, plus ou moins épurée, plus ou moins solide on plus ou moins volatile. En admettant même, disent-ils, que l’âme fût une chose distincte du corps, ce que tout dénie, — il y aurait encore absurdité à croire à son immortalité individuelle, à sa personnalité éternellement compacte, à son immobilisation indestructible. La loi de composition et de décomposition qui régit les corps, et qui est la loi universelle, serait aussi la loi des âmes.
Just as, with the heat of heating the vapor of water condenses in the brain of the engine and constitutes what one could call his heart, in the same way with the hearth of the human body, the boiling of our feelings, condensing out of vapor under our cranium, constitutes our thought and makes drive, of all the force of electricity of our intelligence, the wheels of our body mechanism. But does it follow that the engine, forms finished and consequently perishable, a heart more immortal has than its envelope? Admittedly, the electricity which animates it will not disappear in impossible nothing, not more than will not disappear the palpable substance of which it is covered. But at the moment of death, as at the moment of the existence, the boiler as the vapor could not preserve their exclusive personality. Rust corrodes iron, the vapor evaporates; bodies and heart change without delay and disperse in the entrails of the ground or on the wing of the winds in as many pieces as metal or the fluid contains molecules, i.e. ad infinitum, the molecule being for infinitesimal what is the terrestrial sphere for the men, a world inhabited and moving, an animated aggregation of unperceivable, suitable beings for attraction and repulsion, and consequently of formation and dissolution. What makes the life, or, which is the same thing, the movement, it is the condensation and the dilation of the substance worked out by the chemical action of nature. It is this food and this dejection of the vapor at the engine, of the thought at the man, who agitates the beam of the body. But the body wears by friction, the engine goes to the reject, the man with the tomb. It is what is called the death, and which is not only a metamorphosis, since nothing is lost and that all regains new shape in the ceaseless handling of gravitational attractions. De même que, à la chaleur du calorique, la vapeur de l’eau se condense dans le cerveau de la locomotive et constitue ce qu’on pourrait appeler son âme, de même au foyer du corps humain, le bouillonnement de nos sensations, se condensant en vapeur sous notre crâne, constitue notre pensée et fait mouvoir, de toute la force d’électricité de notre intelligence, les rouages de notre mécanisme corporel. Mais s’ensuit-il que la locomotive, forme finie et par conséquent périssable, ait une âme plus immortelle que son enveloppe ? Certes, l’électricité qui l’anime ne disparaîtra pas dans l’impossible néant, pas plus que ne disparaîtra la substance palpable dont elle est revêtue. Mais au moment de la mort, comme au moment de l’existence, la chaudière comme la vapeur ne sauraient conserver leur personnalité exclusive. La rouille ronge le fer, la vapeur s’évapore ; corps et âmes se transforment incessamment et se dispersent dans les entrailles de la terre ou sur l’aile des vents en autant de parcelles que le métal ou le fluide contient de molécules, c’est-à-dire à l’infini, la molécule étant pour les infinitésimaux ce qu’est le globe terrestre pour les hommes, un monde habité et en mouvement, une agrégation animée d’imperceptibles susceptibles d’attraction et de répulsion, et par conséquent de formation et de dissolution. Ce qui fait la vie, ou, ce qui est la même chose, le mouvement, c’est la condensation et la dilatation de la substance élaborée par l’action chimique de la nature. C’est cette alimentation et cette déjection de la vapeur chez la locomotive, de la pensée chez l’homme, qui agite le balancier du corps. Mais le corps s’use par le frottement, la locomotive va au rebut, l’homme à la tombe. C’est ce qu’on appelle la mort, et ce qui n’est qu’une métamorphose, puisque rien ne se perd et que tout reprend forme nouvelle sous la manipulation incessante des forces attractives.
It is recognized that the human body is renewed every seven years; not one molecule remains upon another molecule. From the plant of the feet to the point of the hair, all has been destroyed, piece by piece. And one ought to say that the heart, which is but the totality of our feelings, something like their living mirror, a mirror in which the evolutions of this infinitely small world are reflected whose whole is called a man; it would be liked that the heart was not renewed year by year and of moment in moment; what it didn’t lose anything of its individuality while being exhaled with the outside, and did not acquire anything the individuality of the others by breathing the emanation about it? And when death, extending its breath on the physique, forms finished, comes to disperse with the wind the remains of them and to walk in the furrows dust of it, as a seed which carries in it the germ of new harvests, one, – conceited and absurd inconsistency of our share would like! – what this breath of destruction couldn’t break the human heart, forms finished, and disperse in the world dust of it? Il est reconnu que le corps humain se renouvelle tous les sept ans ; il ne reste de nous molécule sur molécule. Depuis la plante des pieds jusqu’à la pointe des cheveux, tout a été détruit, parcelle par parcelle. Et l’on voudrait que l’âme, qui n’est que le résumé de nos sensations, quelque chose comme leur vivant miroir, miroir où se reflètent les évolutions de ce monde d’infiniment petits dont le tout s’appelle un homme ; l’on voudrait que l’âme ne se renouvelât pas d’année en année et d’instant en instant ; qu’elle ne perdît rien de son individualité en s’exhalant au-dehors, et n’acquît rien de l’individualité des autres en en respirant les émanations ? Et quand la mort, étendant son souffle sur le physique, forme finie, vient en disperser au vent les débris et en promener dans les sillons la poussière, comme une semence qui porte en elle le germe de nouvelles moissons, l’on voudrait, — vaniteuse et absurde inconséquence de notre part ! — que ce souffle de destruction ne pût briser l’âme humaine, forme finie, et en disperser au monde la poussière?
In truth when one hears the civilized pride themselves on the immortality of their souls, one is tempted to wonder whether one is beholding cheaters or brutes, and one ends up concluding that they are both. En vérité quand on entend les civilisés se targuer de l’immortalité de leur âme, on est tenté de se demander si l’on a devant soi des fourbes ou des brutes, et l’on finit par conclure qu’ils sont l’un et l’autre.
We throw, say the humanisphereans, the ashes of dead on grazing grounds in our agricultural fields, in order to more quickly incorporate them into ourselves in the form of food and thus to make them reappear more promptly within the life of humanity. We would look upon it as a crime to relegate part of ourselves to the earth and to thus delay its emergence into the light. As there is no doubt that the earth does not make exchange of emanations with the other spheres, and that in the most subtle form, that of the thought, we have the certainty that the purer man’s thought is, the more it is ready to exhale itself towards the spheres of the higher worlds. This is why we do not want only what belonged to humanity is lost for humanity, so that these remainders passed by again with the still of the human life, still increasingly more sophisticated, acquire a éthérée property and thus pass from the human circulus to a higher circulus, and of circulus in circulus to universal circulation. Nous jetons, disent les humanispliériens, la cendre des morts en pâture à nos champs de culture, afin de nous les incorporer plus vite sous forme d’aliment et de les faire renaître ainsi plus promptement à la vie de l’humanité. Nous regarderions comme un crime de reléguer à fond de terre une partie de nous-mêmes et d’en retarder ainsi l’avènement à la lumière. Comme il n’y a pas à douter que la terre ne fasse échange d’émanations avec les autres globes, et cela sous la forme la plus subtile, celle de la pensée, nous avons la certitude que plus la pensée de l’homme est pure, plus elle est apte à s’exhaler vers les sphères des mondes supérieurs. C’est pourquoi nous ne voulons pas que ce qui a appartenu à l’humanité soit perdu pour l’humanité, afin que ces restes repassés à l’alambic de la vie humaine, alambic toujours plus perfectionné, acquièrent une propriété plus éthérée et passent ainsi du circulus humain à un circulus plus élevé, et de circulus en circulus à la circulation universelle.
The Christians, the Catholics eat God out of love for the divinity, they take communion like theophages. The humanisphereans take their love of humanity to the point of anthropophagy: after a man’s death, they eat him, but in a manner which has nothing of the repugnant, in the manner of the host, i.e. in the form of bread and wine, meats and fruits, in the form of food. It is the communion of man by man, the resurrection of the cadaveric remainders into human existence. It is better, they say, to make the dead revive than to cry for them. And they activate the clandestine work of nature, they shorten the phases of the transformation, the adventures of the métempsycose. And they greet death, like the birth, these two cradles of a new life, with songs of festival and perfumes of flowers. Immortality, affirm, does not have anything immaterial. The man, body of flesh, luminous of thought, like all the suns, dissolves when it finished his career. The flesh, pulverized, returns to flesh; and the thought, the light it projects, radiates towards its ideal, is decomposed into its constituent rays and adheres to it. – Man sows man, collects him, kneads him and eats of him. Humanity is the sap of humanity, and it rises within it and is exhaled from it, a cloud of Thought or of incense that rises towards better worlds. Les chrétiens, les catholiques mangent Dieu par amour pour la divinité, ils communient en théophages. Les humanisphériens poussent l’amour de l’humanité jusqu’à l’anthropophagie : ils mangent l’homme après sa mort, mais sous une forme qui n’a rien de répugnant, sous forme d’hostie, c’est-à-dire sous forme de pain et de vin, de viande et de fruits, sous forme d’aliments. C’est la communion de l’homme par l’homme, la résurrection des restes cadavériques à l’existence humaine. Il vaut mieux, disent-ils, faire revivre les morts que de les pleurer. Et ils activent le travail clandestin de la nature, ils abrègent les phases de la transformation, les péripéties de la métempsycose. Et ils saluent la mort, comme la naissance, ces deux berceaux d’une vie nouvelle avec des chants de fête et des parfums de fleurs. L’immortalité, affirment-ils, n’a rien d’immatériel. L’homme, corps de chair, lumineux de pensée, comme tous les soleils se dissout quand il a fourni sa carrière. La chair se triture et retourne à la chair ; et la pensée, clarté projetée par elle, rayonne vers son idéal, se décompose en ses rayons et y adhère. — L’homme sème l’homme, le récolte, le pétrit et le fait lui par la nutrition. L’humanité est la sève de l’humanité, et elle s’épanouit en elle et s’exhale au-dehors, nuage de Pensée ou d’encens qui s’élève vers les mondes meilleurs.
Such is their pious belief, a scientific belief based on induction and deduction, on analogy. To speak truly, there are no believers [croyants], only seers [voyants]. Telle est leur pieuse croyance, croyance scientifique basée sur l’induction et la déduction, sur l’analogie. Ce ne sont pas, à vrai dire, des croyants, mais des voyants.
I traverse all continents: Europe, Asia, Africa, Oceania. I see so many diverse physiognomies, but I see everywhere only one and the same race. The universal crossing of the Asian, European, African and American (Red-Skin) populations, the multiplication of all by all has levelled all disparities of color and language. Humanity is one. There is in the glance of every humanispherean a mixture of gentleness and pride which has a strange charm. Something like a cloud of magnetic fluid surrounds all her person and illuminates her face with a phosphorescent aureole. One feels pulled to her by an irresistible attraction. The grace of her movements still adds to the beauty of her forms. The word that rises from her lips, every mark of her sweet thoughts, is like a perfume emanating from them. The sculptor would be powerless to sculpt the lively contours of her body and her face, which borrow ever-renewed charms from this liveliness. Painting could not reproduce her eyes and the enthusiastic and limpid thought, full of languor or energy, the mobile aspects of light that fluctuate like the reflection of a sunlit mountain in a river that, whether calm or fast-flowing, is always picturesque. Music could not mimic her words, because it could not touch the ineffability of their sentiment, and poetry could not translate this sentiment, because it could not touch their inexpressible melody. She is the human being idealized, bearing in form and movement, in gesture and thought, the mark of the most utopian perfectibility. In a word, she is the human being made human. Je parcourus tous les continents, l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Océanie. Je vis bien des physionomies diverses, je ne vis partout qu’une seule et même race. Le croisement universel des populations asiatiques, européennes, africaines et américaines (les Peaux-Rouges) ; la multiplication de tous par tous a nivelé toutes les aspérités de couleur et de langage. L’humanité est une. Il y a dans le regard de tout humanisphérien un mélange de douceur et de fierté qui a un charme étrange. Quelque chose comme un nuage de fluide magnétique entoure toute sa personne et illumine son front d’une auréole phosphorescente. On se sent attiré vers lui par un attrait irrésistible. La grâce de ses mouvements ajoute encore à la beauté de ses formes. La parole qui découle de ses lèvres, tout empreinte de ses suaves pensées, est comme un parfum qui s’en émane. Le statuaire ne saurait modeler les contours animés de son corps et de son visage, qui empruntent à cette animation des charmes toujours nouveaux. La peinture ne saurait en reproduire la prunelle et la pensée enthousiaste et limpide, pleine de langueur ou d’énergie, mobiles aspects de lumière qui varient comme le miroir d’un clair ruisseau dans son cours calme ou rapide et toujours pittoresque. La musique ne saurait en modeler la parole, car elle ne pourrait atteindre à son ineffabilité de sentiment ; et la poésie ne saurait en traduire le sentiment, car elle ne pourrait atteindre à son indicible mélodie. C’est l’être humain idéalisé, et portant dans la forme et dans le mouvement, dans le geste et dans le regard, dans la parole et dans la pensée l’empreinte de la plus utopique perfectibilité. En un mot, c’est l’homme fait homme.
Thus appeared the later world to me, thus was held under my eyes the continuation of times; thus appeared with my spirit the harmonic anarchy; the libertarian society, the egalitarian and universal human family. O Freedom! Ceres of anarchy, you who plow the centre of modern civilizations of your heel and there sow revolt, you who prunings wild instincts of the contemporary societies and Clerc’s Offices on their stems utopian thoughts of a world better, safety, universal fertilizing, and glory with you, Liberté, which doors in your hands the sheaf of the future harvests, the basket of the flowers and fruits of the Future, the horn of plenty of the social progress. Health and glory to you, Freedom! Ainsi m’est apparu le monde ultérieur ; ainsi s’est déroulée sous mes yeux la suite des temps ; ainsi s’est relevée à mon esprit l’harmonique anarchie : la société libertaire, l’égalitaire et universelle famille humaine. O Liberté ! Cérès de l’anarchie, toi qui labores le sein des civilisations modernes de ton talon et y sèmes la révolte, toi qui émondes les instincts sauvages des sociétés contemporaines et greffes sur leurs tiges les utopiques pensées d’un monde meilleur, salut, universelle fécondatrice, et gloire à toi, Liberté, qui portes en tes mains la gerbe des moissons futures, la corbeille des fleurs et des fruits de l’Avenir, la corne d’abondance du progrès social. Salut et gloire à toi, Liberté.
And you, Idea, thank you for having permitted me the contemplation of this human paradise, this humane Eden. Idea, ever-beautiful lover, mistress full of grace, enchantress and houri, for whom my heart and my voice quiver, who fills my eyes and my thoughts are filled with love; Idea, whose kisses are spasms of happiness, oh! let me live and die and live again in your continuous embraces; let me take root in this world that you have evoked; let me grow in the medium of this human garden; let me bloom among all these flowers of men and women; let me inhale and exhale there the scents of universal felicity! Et toi, Idée, merci de m’avoir permis la contemplation de ce paradis humain, de cet Eden humanitaire. Idée, amante toujours belle, maîtresse pleine de grâce, houri enchanteresse, pour qui mon cœur et ma voix tressaillent, pour qui ma prunelle et ma pensée n’ont que des regards d’amour ; Idée, dont les baisers sont des spasmes de bonheur, oh! laisse-moi vivre et mourir et revivre encore dans tes continuelles étreintes ; laisse-moi prendre racine dans ce monde que tu as évoqué ; laisse-moi me développer au milieu de ce parterre d’humains ; laisse-moi m’épanouir parmi toutes ces fleurs d’hommes et de femmes. Laisse-moi y recueillir et y exhaler les senteurs de l’universelle félicité!
Idea, pole of love, magnetized star, gravitational beauty, oh! stay with me, surrender me not; do not tear me away from the dreamed-of future to plunge me back into the present reality, from the sun of freedom into the darkness of authority; let me be no longer only the spectator, but the actor of this anarchist romance [roman] that you have staged before my eyes. O you by whom miracles are accomplished, let the curtain of the centuries fall behind me, and let me live my life in the Humanisphere and humanispherity!… Idée, pôle d’amour, étoile aimantée, beauté attractive, oh ! reste-moi attachée, ne m’abandonne pas, ne me replonge pas du rêve futur dans la réalité présente, du soleil de la liberté dans les ténèbres de l’autorité ; fais que je ne sois plus seulement spectateur, mais acteur de ce roman anarchique dont tu m’as donné le spectacle. 0 toi par qui s’opèrent les miracles, fais retomber derrière moi le rideau des siècles, et laisse-moi vivre de ma vie dans l’humanisphère et l’humanisphérité !…
Child, she says to me, I cannot grant you what you wish. Time is time. And it is distance alone that thought can traverse. The feet adhere to the ground that witnessed their birth. The law of gravity wishes it thus. Remain, then, on the soil of civilization as a martyrdom; this you must do. Be one of the Messiahs of the social regeneration. Make your words shine like a sword, plunge them naked and sharp-edged into the corrupt societies, and strike the heart of the living corpse of Authority. Call unto you the little children and the women and the proletarians, and teach them, by preaching and by example, the right to individual and social development. Confess the absolute power of the Revolution unto the steps of the barricade, unto the platform of the gallows. Be ye the torch that sets aflame and the torch that illuminates. Pour gall and honey upon the head of the oppressed. Lift high the standard of ideal progress and provoke free intelligences with a crusade against the barbarian ignorance. Oppose truth to prejudice, freedom to authority, good to evil. Wanderer, be my champion; cast a bloody gauntlet in the face of bourgeois legality; fight with the rifle and the pen, with sarcasm and the paving stone, with your face and your hands; die or…. Martyr, victim of social crucifixion, carry your crown of thorns courageously, bite the bitter sponge that the civilized place in your mouth, let bleed the wounds of your heart; it is with this blood that the clothes of free men shall be dyed. The blood of martyrs is a fertile dew; shake the drops on the world. Happiness does not belong to this century; it belongs to the earth that is revolutionized every day while revolving towards the light, it belongs to the future humanity!… Enfant, me dit-elle, je ne puis t’accorder ce que tu désires. Le temps est le temps. Et il est des distances que la pensée seule peut franchir. Les pieds adhèrent au sol qui les a vus naître. La loi de la pesanteur le veut ainsi. Reste donc sur le sol de la civilisation comme sur un calvaire, il le faut. Sois un des messies de la régénération sociale. Fais luire ta parole comme un glaive, Plonge-la nue et acérée au sein des sociétés corrompues, et frappe à la place du cœur le cadavre ambulant de l’Autorité. Appelle à toi les petits enfants et les femmes et les prolétaires, et enseigne-leur par la prédication et par l’exemple la revendication du droit au développement individuel et social. Confesse la toute-puissance de la Révolution jusque sur les degrés de la barricade, jusque sur la plate-forme de l’échafaud. Sois la torche qui incendie et le flambeau qui éclaire. Verse le fiel et le miel sur la tête des opprimés. Agite dans tes mains l’étendard du progrès idéal et provoque les libres intelligences à une croisade contre les barbaresques ignorances, Oppose la vérité au préjugé, la liberté à l’autorité, le bien au mal. Homme errant, sois mon champion ; jette à la légalité bourgeoisiale un sanglant défi ; combats avec le fusil et la plume, avec le sarcasme et le pavé, avec le front et la main ; meurs ou tue ! Homme martyr, crucifié social, porte avec courage ta couronne d’épines, mords l’éponge amère que les civilisés te mettent à la bouche, laisse saigner les blessures de ton cœur ; c’est de ce sang que seront faites les écharpes des hommes libres. Le sang des martyrs est une rosée féconde, secouons-en les gouttes sur le monde. Le bonheur n’est pas de ce siècle, il est sur la terre qui chaque jour se révolutionne en gravitant vers la lumière, il est dans l’humanité future !…
Alas! you still shall pass through the sieve of many generations, you shall yet witness many ill-formed attempts at social restoration, many disasters, followed by new progress and new disasters, before you arrive in the promised land and before all the -cracys and -archys shall make way for anarchy. Peoples and men shall break their chains and reforge them many more times before casting their last links behind them. Freedom is not a whore who gives herself to the first comer. She must be won by valiant efforts; one must become worthy of her to obtain her smile. She is a great lady proud of her nobility, because her nobility is in her face and in her heart. Freedom is a lady of the manor whose throne is at the antipode of civilization; she beckons Humanity there. With steam and electricity, the distance is shortened. All railways lead to the goal, and the shortest is best. The Revolution lays its iron rails there. Forward, men and peoples!!! Hélas! tu passeras encore par l’étamine de bien des générations, tu assisteras encore à bien des essais informes de rénovation sociale, à bien des désastres, suivis de nouveaux progrès et de nouveaux désastres, avant d’arriver à la terre promise et avant que toutes les craties et les archies aient fait place à l’anarchie. Les peuples et les hommes briseront et re[s]soudront encore bien des fois leurs chaînes avant d’en jeter derrière eux le dernier maillon. La Liberté n’est pas une femme de lupanar et qui se donne au premier venu. Il faut la conquérir par de vaillantes épreuves, il faut se rendre digne d’elle pour en obtenir le sourire. C’est une grande dame qui est fière de sa noblesse, car sa noblesse lui vient du front et du cœur. La Liberté est une châtelaine qui trône à l’antipode de la civilisation, elle y convie l’Humanité. Avec la vapeur et l’électricité on abrège les distances. Tous les chemins conduisent au but, et le plus court est le meilleur. La Révolution y a posé ses rails de fer. Hommes et peuples, allez ! ! !
The Idea had spoken: I stepped forward… L’Idée avait parlé : je m’inclinai…
END OF PART TWO. FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE.
The Humanisphere L’Humanisphère
Anarchist Utopia Utopie Anarchique
Part Three Troisième partie
(continued and concluded) (Suite et fin.)
Transitional period. Période transitoire.
How to achieve progress? Which means will prevail? Which will be the selected road? It is what it is difficult to determine in an absolute way. But whatever these means, whatever the road, if it is a step towards anarchist freedom, I will applaud it. Whether progress is achieved by the arbitrary scepter of the tsars or by the free hand of the republics, whether by the Cossacks of Russia or the proletarians of France, Germany, England, or Italy, however this unity may be established – let national feudality disappear, and I will shout bravo. Let the earth, divided into a thousand fractions, be unified and constituted as vast agricultural associations, even if these associations, like those of the railroad companies, are associations for usurious exploitation, I will still cry bravo. Let the proletarians of the city and the countryside organize themselves into corporations and substitute the circulation of goods for the wage system, the bazaar for the shop, the exchange of products for private accumulation by means of public display and capitalist commerce; let them subscribe jointly to a mutual insurance and found a bank for reciprocal credit, let them decree the very beginnig of the abolition of any kind of usury: I will always shout bravo. Let woman be called to enjoy all the benefits as she is called to share all the burdens of society; let marriage disappear; let inheritance be abolished and the legacies be given to equip each mother with a pension for the breastfeeding and education of her child, let prostitution be abolished and all danger of penury removed; let the pickaxe be taken to the barracks and the churches; let them be razed to the ground, and let monuments of public utility be built on their ruins; let arbiters stand in place of official judges and individual contracts in place of law; let universal inscription, as Girardin understands it, demolish jails and prison camps, the penal code and the gallows; let the smallest as well as the slowest reforms be given play, even if these reforms have the scales and legs of tortoises, as long as they constitute real progress and not harmful palliatives, a step into the Future and not a return to the Past, and with my own hands I will applaud them. Comment s’accomplira le progrès ? Quels moyens prévaudront ? Quelle sera la route choisie ? C’est ce qu’il est difficile de déterminer d’une manière absolue. Mais quels que soient ces moyens, quelle que soit la route, si c’est un pas vers l’anarchique liberté, j’y applaudirai. Que le progrès s’opère par le sceptre arbitraire des tzars ou par la main indépendante des républiques; que ce soit par les Cosaques de la Russie ou par les prolétaires de France, d’Allemagne, d’Angleterre ou d’Italie d’une manière quelconque que l’unité se fasse, que la féodalité nationale disparaisse, et je crierai bravo. Que le sol divisé en mille fractions, s’unifie et se constitue en vastes associations agricoles, ces associations fussent-elles même, comme les sociétés de chemins de fer, des exploitations usurières, et je crierai encore bravo. Que les prolétaires de la ville et de la campagne s’organisent en corporations et remplacent le salaire par le bon de circulation, la boutique par le bazar, l’accaparement privé par l’exhibition publique et le commerce du capital par l’échange des produits ; qu’ils souscrivent en commun à une assurance mutuelle et fondent une banque de crédits réciproques; qu’ils décrètent en germe l’abolition de toute espèce d’usure, et toujours je crierai bravo. Que la femme soit appelée à tous les bénéfices comme elle est appelée à toutes les charges de la société; que le mariage disparaisse ; que l’on supprime l’héritage et qu’on emploie le produit des successions à doter chaque mère d’une pension pour l’allaitement et l’éducation de son enfant ; qu’on ôte à la prostitution et à la mendicité toutes chances de se produire ; qu’on mette la pioche sur les casernes et les églises, qu’on les rase, et qu’on édifie sur leur emplacement des monuments d’utilité publique ; que les arbitres se substituent aux juges officiels et le contrat individuel à la loi ; que l’inscription universelle, telle que la comprend Girardin , démolisse les prisons et les bagnes, le Code pénal et l’échafaud ; que les plus petites comme les plus lentes réformes se donnent carrière, ces réformes eussent-elles des écailles et des pattes de tortue, pourvu qu’elles fussent des progrès réels et non des palliatifs nuisibles, une étape dans l’Avenir et non un retour vers le Passé, et des deux mains je les encouragerai de mes bravos.
All that has become great and mighty was at first small and feeble. The man of today is incomparably greater in knowledge, stronger in industry than was the man of former times. Whatever is born with monstrous dimensions is not a viable birth. The fossil enormities preceded the birth of man as the civilized societies yet precede the creation of harmonious societies. Just as the soil had to be manured with the plants and animals that died to make it fertile, so man needs the refuse of civilizations that have rotted to make him social and fraternal. Time reaps what time has sown. The future supposes a past and the past a future; the present oscillates between these two movements without being able to keep the balance, and pulled by the irresistible gravitational attraction of the Unknown. Nothing can resist Progress indefinitely. These is a fatal weight which will always, and despite everything, pull down one of the pans of the scale. One can certainly resist it by force for a moment, jerk things in the opposite direction, exert a reactionary pressure; the pressure having expired, it will merely resume its natural inclination with greater force and affirm the power of the Revolution more vigorously. Ah! instead of dangling in rage from the branch of the Past, agitating there fruitlessly and bloodying our impotence, let us allow the social balance to plunge freely into the Future. And, one hand on the ropes, feet on the edge of that spherical pan, O Humanity, great aeronaut who has the terrestrial globe for your balloon, close not your eyes, do not cast yourself below decks, tremble not with fear, rend not your chest with your nails, clasp not your hands in distress: fear is a poor counselor, it populates thought with phantoms. On the contrary: lift the veil of your eyelids from your pupils and gaze out like an eagle: see and greet the limitless horizons, the blue and luminous depths of the Infinite, all these magnificences of universal anarchy. Queen, you upon whose crown sit the jewels of the intelligence, oh! be worthy of your sovereignty. All that lies before you is your domain, this immensity is your empire. Human grace, enthroned upon the terrestrial sphere, enter your triumphal airship pulled by the doves of attraction. Arise, fair sovereign, – mother, this time not of the sickly child of a blind Cupid armed with poisoned arrows, but quite to the contrary, mother of men in possession of all their senses, loves lucid and armed with minds as productive as their arms. Let us go, Majesty, raise your crimson sails at your prow, and sail with the crown on your head and the scepter in your hand, into the acclamations of the Future!… Tout ce qui est devenu grand et fort a d’abord été chétif et faible. L’homme d’aujourd’hui est incomparablement plus grand en science, plus fort en industrie que ne l’était l’homme d’autrefois. Tout ce qui commence avec des dimensions monstrueuses n’est pas né viable. Les énormités fossiles ont précédé la naissance de l’homme comme les sociétés civilisées précèdent encore la création des sociétés harmoniques. Il faut à la terre l’engrais des plantes et des animaux morts pour la rendre productive, comme il faut à l’homme le détritus des civilisations pourries pour le rendre social et fraternel. Le temps récolte ce que le temps a semé. L’avenir suppose un passé et le passé un avenir; le présent oscille entre ces deux mouvements salis pouvoir garder l’équilibre, et entraîne par un irrésistible aimant du côté de l’attractif Inconnu. On ne peut rien indéfiniment contre le Progrès. C’est un poids fatal qui entraînera toujours et malgré tout l’un des plateaux de la balance. On peut bien le violenter momentanément, opérer une secousse en sens inverse, lui faire subir une pression réactionnaire; la pression expirée, il ne reprend qu’avec plus de force son inclinaison naturelle, et n’en affirme qu’avec plus de vigueur la puissance de la Révolution. Ah ! au lieu de nous accrocher avec rage à la branche du Passé, de nous y agiter sans succès et d’y ensanglanter notre impuissance, laissons donc le balancier social plonger librement dans l’Avenir. Et, une main appuyée aux cordages, les pieds sur le rebord du plateau sphérique, ô toi, gigantesque aéronaute qui as le globe terrestre pour nacelle, Humanité, ne te bouche pas les yeux, ne te rejette pas à fond de cale, ne tremble pas ainsi d’effroi, ne te déchire pas la poitrine avec tes ongles, ne joins pas les mains en signe de détresse : la peur est mauvaise conseillère, elle peuple la pensée de fantômes. Soulève, au contraire, le voile de tes paupières et regarde, aigle, avec ta prunelle : vois et salue les horizons sans bornes, les profondeurs lumineuses et azurées de l’Infini, toutes ces magnificences de l’universelle anarchie. Reine, qui as pour fleurons à ta couronne les joyaux de l’intelligence, oh ! sois digne de ta souveraineté. Tout ce qui est devant toi c’est ton domaine, l’immensité c’est ton empire. Entres-y, humaine vénusté, montée sur le globe terrestre, ton aérostat triomphal et entraînée par les colombes de l’attraction. Debout, blonde souveraine, — mère, non plus cette fois d’un enfant infirme, d’un amour aveugle et armé de flèches empoisonnées, mais bien au contraire d’hommes en possession de tous leurs sens, d’amours lucides et armés d’un esprit comme d’un bras productif. Allons, Majesté, arbore à ta proue ton pavillon de pourpre, et vogue, diadème en tête et sceptre à la main, au milieu des acclamations de l’Avenir !…
Two sons of the Bourgeoisie who abdicated in part their bourgeois education and pledged themselves to freedom, Ernest Coeurderoy and Octave Vauthier, the one in a pamphlet, la Barrière du Combat, and one of them in his book, la Révolution dans l’homme et dans la société, prophesy the regeneration of society by the invasion of the cossacks. They formulate this judgement based on the analogy which they see existing between our decadent society and the Roman decadence. They affirm that socialism shall only be established in Europe when Europe is unified. From the absolute point of view, yes, they are right to affirm that freedom must be everywhere or else it is nowhere. But it is not only in Europe, it is across the globe that unity must be established before socialism in its catholicity, grasping the world at its root, can rise high enough to shelter Humanity from the bloody storms and bestow upon it the charm of universal and reciprocal fraternity. To be logical, it is not only the invasion of France by the Cossacks which would have to be called for, it is also the invasion of the Sepoys of Hindustan, of the Chinese, Mongol, and Tartar multitudes, of the savages of New Zealand and Guinea, of Asia, of Africa and Oceania; that of the Red-Skins of the two Americas and of the Anglo-Saxons of the United States, even wilder than the Red-Skins; these are all the tribes of the four corners of the world that must be called to the conquest and domination of Europe. But no. The conditions are no longer the same. The means of communication are very different than they were in Roman times; the sciences have taken an immense step forward. It is not only from the banks of the Neva or the Danube that the hordes of Barbarians will from now on emerge, called to the sack of Civilization, but from the banks of the Seine and the Rhone, the Thames and the Tagus, the Tiber and the Rhine. – It is from the furrowed fields, it is from the depths of the workshop, it is carrying, in its floods of men and women, the pitchfork and the torch, the hammer and the rifle; it wears the peasant’s blouse and the workman’s shirt; it is with hunger in the belly and fever in the heart, but led by the Idea, this Attila of the modern invasion; it is under the generic name of proletariat, rolling its avid masses towards the luminous centers of the utopian City; it is in Paris, London, Vienna, Berlin, Madrid, Lisbon, Rome, Naples, that, raising its enormous waves and pushed by its insurrectionary flood, the devastating torrent shall overflow. It is amid the howling of this social storm, it is in the current of this regenerative flood that decadent Civilization shall collapse. It is with the breath of the innovative spirit that the popular ocean shall leap from its pit. It is the storm of new ideas that shall fall upon the heads and thrones of the civilized and pass with its level of iron and fire over the ruins. This it is that shall drown in fire and blood all the notarized and legalized acts and the upholders of these acts, and make of the fragmented and proprietarized soil a collective unity. They are not darkness this time, that the Barbarians bring to the world, it is the light. The old ones took Christianity only the name and the letter, they killed the spirit out of it; the new ones will not absolutely confess the letter, but the spirit of socialism. Where they will be able to find a social ground corner, they will plant the core of the Liberté tree there. They will install their tent there, being born to it tribe from the free men. From there they will project the branches of propaganda everywhere where it will be able to extend. They will grow in a number and force, in scientific and social progress. They will invade, step by step, idea with idea, all of Europe, from the Caucasus to Mount Hekla and from Gibraltar to the Urals. The tyrants will struggle in vain. Oligarchical Civilisation must yield the ground to the ascending walk of Social Anarchy. Europe having been conquered and freely organized, America will have to socialize itself in its turn. The republic of the Union, this seedbed of grocers that one generously grants the name of model republic, all the greatnes of which consists in the extent of its territory; this cesspool in which all the villainies of mercantilism, all the filibusteries of commerce and piracies of human flesh are crowed over and wallowed in; this den of all the hideous and ferocious beasts that revolutionary Europe will have pushed from its breast, the last rampart of bourgeois civilization, but where, also, of the colonies of Germans, revolutionists of all nations, established inside, will have hammered into the earth the stakes of Progress, will have posed the first courts of social reform; this formless colossus, this republic with a heart of ore, a face of ice, a goiterous neck, statue of stupidity with its feet upon a cotton boll and hands armed with a whip and a Bible; this harpy carrying a revolver and a knife in her teeth; thieving as a magpie, murderous as a tiger; this vampire with bestial thirsts that always demand to suck gold and blood… the American Babel shall finally shake on its foundations. From North to South and from East to West, the lightning of insurrections shall thunder. Proletarian war and the slave war will shatter the States and the bones of the exploiters of these States. The flesh of politicians and industrialists, bosses and masters, shopkeepers and planters will smoke under the bloody foot of the proletarians and the slaves. The monstrous American Union, the fossil Republic, will disappear in this cataclysm. Then the Republic of the social United States of Europe will span the Ocean and will take possession of this new conquest. Blacks and white, Creoles and red-skins shall then fraternize and form a single race. The regicides and the proletaricides, the amphibians of liberalism and the carnivores of privilege will retreat like caimans and bears before the progress of social freedom. The gallows birds like the deer of the forests fear the proximity of man. Libertarian fraternity startles the hosts of Civilization. They know that where human right exists, there exploitation has no place. They will flee to the last depths of the bayous, to the virgin caves of the Cordilleras. Deux fils de la Bourgeoisie, qui ont en partie abdiqué leur éducation bourgeoisiale et ont fait vœu de liberté, Ernest Cœurderoy et Octave Vauthier, tous deux dans une brochure, la Barrière du Combat, et l’un d’eux dans son livre la Révolution dans l’homme et dans la société, prophétisent la régénération de la société par l’invasion cosaque. Ils se fondent, pour formuler ce jugement, sur l’analogie qu’ils voient exister entre notre société en décadence et la décadence romaine. Ils affirment que le socialisme ne s’établira en Europe qu’autant que l’Europe sera une. Au point de vue absolu, oui, ils ont raison d’affirmer que la liberté doit être partout ou nulle part. Mais ce n’est pas seulement en Europe, c’est par tout le globe que l’unité doit se faire avant que le socialisme dans sa catholicité, étreignant le monde entier de ses racines, puisse s’élever assez haut pour abriter l’Humanité des sanglants orages, et lui faire goulet les charmes de l’universelle et réciproque fraternité. Pour être logique, ce n’est pas seulement l’invasion des Cosaques sur la France qu’il faudrait appeler, c’est aussi l’invasion des Cipayes de l’Indoustan, des multitudes chinoises, mongoles et tartares, des sauvages de la Nouvelle-Zélande et de la Guinée, l’Asie, l’Afrique et l’Océanie ; celle des Peaux-Rouges des deux Amériques et des Anglo-Saxons des Etats-Unis, plus sauvages que les Peaux-Rouges; ce sont toutes ces peuplades des quatre parties du monde qu’il faudrait appeler à la conquête et à la domination de l’Europe. Mais non. Les conditions ne sont plus les mêmes. Les moyens de communication sont tout autres qu’ils n’étaient du temps des Romains ; les sciences ont fait un pas immense. Ce n’est pas seulement des bords de la Neva ou du Danube que surgiront désormais les hordes de Barbares appelées au sac de la Civilisation, mais des bords de la Seine et du Rhône, de la Tamise et du Tage, du Tibre et du Rhin. — C’est du creux sillon, c’est du fond de l’atelier, c’est charriant, dans ses flots d’hommes et de femmes, la fourche et la torche, le marteau et le fusil ; c’est couvert du sarrau du paysan et de la blouse de l’ouvrier ; c’est avec la faim au ventre et la fièvre au cœur, mais sous la conduite de l’Idée, cet Attila de l’invasion moderne ; c’est sous le nom générique du prolétariat et en roulant ses masses avides vers les centres lumineux de l’utopique Cité ; c’est de Paris, Londres, Vienne, Berlin, Madrid, Lisbonne, Rome, Naples, que, soulevant ses vagues énormes et poussé par sa crue insurrectionnelle, débordera le torrent dévastateur. C’est au bruit de cette tempête sociale, c’est au courant de cette inondation régénératrice que croulera la Civilisation en décadence. C’est au souffle de l’esprit novateur que l’océan populaire bondira de son gouffre. C’est la tourmente des idées nouvelles qui fera tomber les têtes et les trônes des civilisés et passera avec son niveau de fer et de feu sur les ruines. C’est elle qui no[y]era dans les flammes et le sang tous les actes notariés et légalisés et les souteneurs de ces actes, et fera du sol morcelé et propriétarisé une unité collective. Ce n’est pas les ténèbres cette fois, que les Barbares apporteront au monde, c’est la lumière. Les anciens n’ont pris du christianisme que le nom et la lettre, ils en ont tué l’esprit ; les nouveaux ne confesseront pas absolument la lettre, mais l’esprit du socialisme. Là où ils pourront trouver un coin de terre sociale, ils y planteront le noyau de l’arbre Liberté. Ils y installeront leur tente, la naissante tribu des hommes libres. De là ils projetteront les rameaux de la propagande partout où elle pourra s’étendre. Ils grandiront en nombre et en force, en progrès scientifiques et sociaux. Ils envahiront, pied à pied, idée à idée, toute l’Europe, du Caucase au mont Hécla et de Gibraltar aux monts Oural. Les tyrans lutteront en vain. Il faudra que l’oligarchique Civilisation cède le terrain à la marche ascendante de l’Anarchie Sociale. L’Europe conquise et librement organisée, il faudra que l’Amérique se socialise à son tour. La république de l’Union, cette pépinière d’épiciers qui s’octroie bénévolement le surnom de république modèle et dont toute la grandeur consiste dans l’étendue du territoire ; ce cloaque où se vautrent et croassent toutes les crapuleries du mercantilisme, flibusteries de commerce et pirateries de chair humaine ; ce repaire de toutes les hideuses et féroces bêtes que l’Europe révolutionnaire aura rejetées de son sein, dernier rempart de la civilisation bourgeoise, mais où, aussi, des colonies d’Allemands, de révolutionnaires de toutes nations, établies à l’intérieur, auront piqué en terre les jalons du Progrès, posé les premières assises des réformes sociales ; ce colosse informe, cette république au cœur de minerai, au front de glace, au cou goitreux, statue du crétinisme dont les pieds posent sur une balle de coton et dont les mains sont armées d’un fouet et d’une Bible; harpie qui porte suspendus aux lèvres un couteau et un revolver; voleuse comme une pie, meurtrière comme un tigre; vampire aux soifs bestiales et à qui il faut toujours de l’or ou du sang à sucer… la Babel américaine enfin, tremblera sur ses fondements. Du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest tonnera la foudre des insurrections. La guerre prolétarienne et la guerre servile feront craquer les Etats et les os des exploiteurs de ces Etats. La chair des politiques et des industriels, des patrons et des maîtres, des boutiquiers et des planteurs fumera sous le pied sanglant des prolétaires et des esclaves. La monstrueuse Union Américaine, la République fossile, disparaîtra dans ce cataclysme. Alors la République des Etats-Unis sociaux d’Europe enjambera l’Océan et prendra possession de cette nouvelle conquête. Noirs et blancs, créoles et peaux-rouges fraterniseront alors et se fondront dans une seule et même race. Les négricides et les prolétaricides, les amphibies du libéralisme et les carnivores du privilège reculeront comme les caïmans et les ours devant le progrès de la liberté sociale. Les gibiers de potence comme les fauves des forêts redoutent le voisinage de l’homme. La fraternité libertaire effarouche les hôtes de la Civilisation. Ils savent que là où le droit humain existe il n’y a pas place pour l’exploitation. Aussi s’enfuiront-ils jusqu’aux fins fonds des bayous, jusque dans les antres les plus vierges des Cordillères.
Thus, socialism, initially individual, then communal, then national, then European, from ramification to ramification, and invasion to invasion, will become universal socialism. And one day it will no longer be a question of a little French Republic, nor of a little American Union, nor even of a little United States of Europe, but of the true, the grand, the social, human Republic, one and indivisible, the Republic of men in a state of freedom, the Republic of the united individualities of the globe. Ainsi le socialisme d’abord individuel, puis communal, puis national, puis Européen, de ramification en ramification et d’envahissement en envahissement, deviendra le socialisme universel. Et un jour il ne sera plus question ni de petite République française, ni de petite Union américaine, ni même de petits Etats-Unis d’Europe, mais de la vraie, de la grande, de la sociale République humaine, une et indivisible, la République des hommes à l’état libre, la République des individualités-unies du globe.

Notes

1. An eclectic philosopher, Théodore Jouffroy (1796-1842), an academic persecuted by the Restoration, was a parliamentary representative under the July Monarchy.
2. In 1836, Émile de Girardin (1802-1884) created La Presse, the first cheap and widely circulated daily – thereby attracting advertisers and being able to live on advertising. A controversy about the funding of his publication led him to kill Armand Carrel, director of the national organ of the bourgeois liberal Republican, in a duel. A parliamentary representative, he resigned on the eve of the revolution of February 1848. On June 25, 48, General Cavaignac arrested him for sympathizing with the insurgent workers. In 1849, the Girardin declared himself to be a socialist, opening his newspaper to the labor question, winning election as a montagnard representative in June 1850. Forced into exile for a moment in the wake of the coup d’état on December 2, 1851, his personal relationship with Napoleon III allowed him to return to France without difficulty. Girardin would continue his career as head of La Presse and publicist during the Empire and the Third Republic.
3. James 2:12; Galatians 5:1; Ephesians 6:12.
4. Salamander: allusion to an episode of a maritime adventure novel by Eugène Sue, La Salamandre (1832), translated by Henry William Herbert as The Salamander: A Naval Romance (New York: Stringer & Townsend, 1851) [note courtesy of Antoine Sausverde].
5. One thousand seems to have been the constant circulation of Le Libertaire: “… and soon he is on his feet, firing off a thousand copies, both before and after the funeral oration” (editorial in the 26th and penultimate issue of the newspaper, Le Comment).
6. Omitted from the Temps Nouveaux version. The editors of déjacques.free.fr add: “It is true that, at the time of the [Temps Nouveaux] publication, the ‘lois scélérates’ of December 1893 and July 1894 severely punished ‘new forms of crime,’ meaning ‘propaganda by the deed’ and anarchist attentats.”
7. Eugène Pelletan (1813-1884), journalist and publicist Republican, author of Letters to Lamartine – The World Goes Forward (1857). He had violently taken the side of the insurgents in June 1848. He would become part of the Government of National Defense in 1870.
8. The same Fourier quotation appears in Ernest Coeurderoy’s De la Révolution dans l’Homme et la Société , Bruxelles, 1852, p. 55.
9. When I say “man”, it is of course that I do not intend to only speak of this male being, but of one sex as well as the other, the human being in the most complete sense. It is an observation which I make once and for all at the reader. For me, humanity is humanity; I do not establish any hierarchical distinction between sexes and races, men and women, blacks and whites. The difference in sexual organism could no more be a sign of superiority or inferiority than the difference in skin color. It would be worth as much to say, because there are men whose hair is fair, that these constitutes two species in humanity and that there is reason to affirm the superiority of the brown-haired to the fair-haired. “Equality is not uniformity.” [Déjacque’s note.]
10. This paragraph was also omitted from the Temps Nouveaux edition.
11. Barthélemy Prosper Enfantin (1796-1864), a “Supreme Father” (Père Suprême) of the Saint-Simonians in the 1830s.
12. Étienne Cabet (1788-1856), author of the communist utopia, Voyage en Icarie (1842), and promoter of communitarian efforts in the United States.
13. The following issue of Le Libertaire included an “Errata” notice: “At the end of our previous issue, on the bottom of the last column (The Humanisphere), in place of ‘The idea of the Circulus in humanity is, in my eyes, a subject of too great importance to devote only these few lines to it,’ one must read: ‘The idea of the Circulus in universality,’ etc.”
14. the meditations of revolutionaries: the theme of the circulus was to be developed as a “note to The Humanisphere” in issues 8 and 9 of Le Libertaire (in an article titled “The Circulus in Universality”).
15. A neologism, a portmanteau of terrorisé (terrorized) and horrifié (horrified).
16. The Berezina River was the site of a spectacular loss suffered by Napoleon’s retreating army in 1812.
17. Reference to the epigraph on “an eye for an eye.” One of four cases of stereotypical language occuring in Le Libertaire – see No. 16: your judaified following (in the article “The Political Question”), No. 21: Jews in Christian livery (in “The Civilised of Decadence, or Martyrs of Socialism,” a one-act drama), and No. 25: Catholic Jew (in the poem “Love and Poverty”) [joseph.dejacque.free.fr].
After this regrettable slide, one will do well to read Bernard Lazare’s “Antisemitism and Revolution” [Kropot].
18. Quote from the last stanza of a seventy-line poem, “Mes utopies,” dated London 1852 (Lazaréennes, pp. 97-100).
19. St.-Lazare: the women’s prison in Paris.
20. A loose quotation from Proudhon, already cited epigraphically at the opening of The Humanisphere. It is also found in Ernest Coeurderoy’s book, De la révolution dans l’Homme et la Société (Bruxelles, 1852, p. 67), at the beginning of the third chapter, which develops the theme “who among you knows not that immobility is death” [joseph.dejacque.free.fr].
21. The abbé de Lamennais (1782-1854), leader of the liberal Catholic youth at the end of the Restoration and the beginning of the July Monarchy, broke with the Church as a result of the conviction (1834) by Pope Gregory XVI of his work, Paroles d’un croyant [Words of a Believer]. A mystic and a promoter of democratic socialism, he became a member of the Constituent Assembly in 1848. Victor Hugo relates an anecdote: he had a nephew, an officer of the National Guard, who, after the June Days of ’48, wished to visit his uncle, As soon as Lamennais caught sight of him in the distance, he shouted to him, without even giving Blaise a chance to open his mouth: ‘Go away; you horrify me; you have just fired at the poor!’” (Things Seen, trans. David Kimber, London, New York: Oxford University Press, 1964, p. 219).
22. These climatic reveries are a muffled echo of Fourier, as are, below, references to the domestication of wild animals.
23. The famous Crystal Palace, designed by landscape architect Joseph Paxton for the Great Exhibition in London in 1851, had inaugurated the new architecture of the industrial era: large buildings combining an iron frame and large glass surfaces. Déjacque, having arrived in London via Brussels in early 1852, probably had the opportunity to admire this huge exhibition hall.
24. See “The Extremes: Note to The Humanisphere.”
25. “Offices,” here in the sense of the services of a notary or attorney. The same theme is developed by Fourier and by the Saint-Simonian Claire Démar in l’Appel d’une femme au peuple [A Woman’s Appeal to the People] and Ma loi d’avenir [My Future Law] (1833), reprinted by Albin Michel, 2001.
26. The Extremes: “The Extremes” was reproduced in the full Spanish edition of The Humanisphere, initiated by Max Nettlau in 1927 (Buenos Aires, Ediciones La Protesta). In reference to this passage, “Let us dare to assimilate all those who violate the lives and property of the rich. By assimilating ourselves to them, we assimilate them to ourselves, and consequently we moralize them,” Nettlau wrote in a note (p. 140) that one can also invert this argument and reach the opposite conclusion: it is not we who moralize them but they who demoralize us! He therefore called Déjacque’s assertion “absolutely unwarranted.” Elsewhere, however, Nettlau identified with a similar suggestion advanced by the German communist Weitling in 1842. In an historical context, he recalled the tradition of the “generous social bandits” found among all peoples who carry out reprisals against the powerful. It should be noted that in this text, Déjacque locates part of the intelligentsia within the aristocracy.
27. In Fourier’s system, the “phalanstery” (1816) refers both to a community, an association of workers (a phalanx), and to their dwelling. The neologism “Humanisphere,” by contamination, is of the masculine gender.
28. Adults: In this paragraph and the following, the word “adults” signifies “adult children,” i.e., older, as opposed to “young children.” It is therefore synonymous with “adolescent.”
29. In the French idiom of the time, “Jonathan.”
30. Parasites: This invites comparison with a passage from the Enquête faite par la Chambre de commerce de Paris pour les années 1847/48: “The very popular development of the arts, the many applications that are daily made to science and Industry, the adjacency, the contact, the relationship of so many jobs, form together an instruction that penetrates, without its knowledge, the entire working population, and impacts, independently of the instruction offered in schools, all the children of Paris. The result is a great precocity and quickness of intelligence among workers. If, alongside these benefits, it was possible for a good moral education to proceed, the progress in all respects could become incalculable. Unfortunately for the children, their parents, forced to devote all their time at work,” etc. (p. 71). This is followed by the classic tableau of working-class depravity of the authors of the period. For Déjacque, on the contrary, it is the child of the privileged classes who is corrupted by the spectacle of idleness, arrogance, etc., provided by the familial environment.
31. Naturally, children of young age stay with their mothers, and every mother nurses her child: There is a hostility to the imposition of nurses employed in Ernest Coeurderoy’s book De la Révolution dans l’Homme et la Société (1852). See Appendix II.
32. We leave to Joseph Déjacques the responsibility for his opinions here, as so often!
(Following an internal debate, we add this:)
It is true that the formulation is often dependent on the habitus of the time. Let us not then deprive Joseph Déjacques of the generosity of his intentions. Today, we would certainly not compare a machine for washing linens/dishes with a “Negress”, but at that time, the status of the Blacks was very much that of subordinates. This, alas, they still are, but in a more novlangue manner. They are the subjects of “development aid” (as soup kitchens are called the Restaurant of the Heart, and the “machines” of insertion replaced the job centers, the “savages” replacing the rabble…)
It remains nevertheless that the term “negros” in the mouth – under the pen – of Élisée Reclus (in the next serial: Slavery in the United States (1860) or in John Brown) undoubtedly does not have the same connotation as the term would in today’s context, without to return for as much in politically correct, which is of use only for those which do not want froisser people that they force…
In any case, on our premises will not exchange the terms of yesterday to make them sound better…today.
33. See “De la Législation directe et universelle – IV” in Le Libertaire 18, where Emile de Girardin is quoted at length on this subject [dejacques.free.fr].
34. Ernest Coeurderoy, Hurrah !!! ou la révolution par les Cosaques, London, 1854 (reprinted by Jacques Le Glou, Plasma, Paris, 1977). Coeurderoy had sketched this theme in De la révolution dans l’Homme et la Société, Bruxelles, 1852.
35. This is written following the great rebellion of the Sepoys, indigenous Indian troops, against the English in 1857.
36. Here, a passage is omitted from the Temps Nouveaux edition.
37. Mount Hekla: a volcano in Iceland.
38. This is written two years before the Civil War; slavery is still protected by the Constitution in the southern states.

The Circulus in Universality1 Le Circulus dans l’Universalité
I. I.
The circulus in universality is the destruction of all religion, all arbitrariness, whether elysian or tartaresque, infernal or paradisiacal. Movement in the infinite is infinite progress. Therefore the world can no longer be a duality, spirit and matter, body and soul, that is to say one thing that changes and another thing that is immutable, which implies contradiction – since movement excludes immutability and immutability excludes movement – but, quite the contrary, an infinite unity of substance always changing and always changeable, which implies perfectibility. This is the eternal and infinite movement that the substance infinite and eternal turns immediately and universally. It is through fermentation of all moments, but through successive stamen metamorphosis by the gradual emancipation of species, the mineral plant, plant-animal and instinct to Intelligence, but by a rotation and continues upward it rises gradually and consistently from virtually inertia of the solid subtle agility fluid, and that spray to spray, it is making steady affinities ever more refined and still work purification in the great melting pot of universal laboratory worlds. The movement is not outside the substance, it is the same and there is no substance without movement, as there is no movement without substance. The so-called matter that is the spirit crude; what is called spirit is the subject worked. Le circulus dans l’universalité, c’est la destruction de toute religion, de tout arbitraire élyséen et tartaresque, infernal et paradisiaque. Le mouvement dans l’infini c’est le progrès infini. Dès lors le monde ne peut plus être une dualité, esprit et matière, corps et âme, c’est-à-dire une chose mue et une chose immuable, ce qui implique contradiction, — le mouvement excluant l’immuabilité et l’immuabilité excluant le mouvement, — mais, bien au contraire, une unité infinie de substance toujours mue et toujours muable, ce qui implique perfectibilisation. C’est par le mouvement éternel et infini que la substance infinie et éternelle se transforme incessamment et universellement. C’est par une fermentation de tous les instants ; c’est en passant par l’étamine des métamorphoses successives, par l’émancipation progressive des espèces, du minéral au végétal, du végétal à l’animal et de l’instinct à l’intelligence ; c’est par une rotation ascendante et continue qu’elle s’élève graduellement et constamment de la presque inertie du solide à la subtile agilité du fluide, et que, de vaporisation en vaporisation, elle se rapproche sans cesse d’affinités sans cesse plus épurées et toujours en travail d’épuration dans le grand creuset de l’universel laboratoire des mondes. Le mouvement n’est donc pas en dehors de la substance ; il lui est identique ; il n’y a pas de substance sans mouvement, comme il n’y a pas de mouvement sans substance. Ce que l’on nomme matière c’est de l’esprit brut ; ce que l’on nomme esprit c’est de la matière travaillée.
As human beings, summary of all terrestrial beings, essence of all the kingdoms below, be universal encyclopedia of all beings and atomic sidéraux, infinite sphere of all spheres finished – to be universal, as ‘Human being is improved, it has never been, is and will never be perfect. The perfectibility is the negation of perfection. Coping with the infinite is impossible, this would become infinite. So far that thought can penetrate, it can not uncover terminals. It is a sphere of extension that defies all calculations, and where generations of the universe and multinivers sidéraux gravitate evolution evolving never able to reach the end of the journey, ever more remote frontiers of the unknown. The absolute infinity in time and space is the eternal movement, the eternal progress. A limit to this endless without limits, one God, a sky whatsoever, and is immediately restrict the movement is limited progress, so save the chain as the pendulum of a clock is tell him: “When you’re after your roll, stop you, you shall be no further.” That place finish in place of infinity. Eh! do we not realize that perfection is always relative; that absolute perfection is immobility, and that therefore an immobilized perfection is something absurd, impossible? Only the brains of idiots can dream of it. There is and can be no absolute but perfectibility in the universal infinity. The more the being is perfected, the more it aspires to perfect itself further. Would Nature, who gave us endless aspirations, have lied to us, promising more than she could give? Where has she ever been seen to lie? One has to be a Christian and a civilised man, i.e., a cretin and a eunuch, to imagine as a place of delight a paradise in which the old Jehovah is enthroned. Could one imagine anything more stupid and boring? Could one imagine there these blessed and blessed, these saints and holy cloistered in the clouds as in a convent, and whose full enjoyment is to égrener rosaries and ruminate, as brutes, praise God the Father, this higher immutable, pontiff of the pundits, this king of kings, with the mother abbess Virgin Mary, to his left and, to his right, the child Jesus, the son presumptive, a large dadais dealing with air seminarian of its rim with thorns, and who – in the representation of the mystery of the very sacrosanct Trinity – fill, with its immaculate mother cradling her knees on the peacock Holy Spirit, which is the wheel — the role of two thieves on the cross, nailed on each side of the greatest criminals, the supreme and divine creator of all oppression and all easements, all crimes and all objections, the verb and the incarnation of evil! In convents land, at least, men and women can still be consoled by their imperfections, their deadly torture with a view to a future perfection, a life, and immortal, to celestial satisfaction. But the sky throughout their highest aspiration is prohibited: Are not at the height of their being? The very high and almighty judge, one who judges without appeal and ultimately the living and the dead, they applied the maximum of happiness. Now they have endorsed the casaque elected officials, they drag, in paradise, in-enforced idleness, the ball of their lives, and they are serving life sentences! There is no possible pardon, no hope for change, no glimmer of movement future can not descend to them: the hatch of progress is forever sealed on their heads, and as a slave for life his pontoon, galley slaves immortal, they are forever riveted to the chain of centuries in the eternal stay divine! Comme l’être humain, résumé de tous les êtres terrestres, essence de tous les règnes inférieurs, l’être universel, encyclopédie de tous les êtres atomiques et sidéraux, sphère infinie de toutes les sphères finies, — l’être universel, comme l’être humain, est perfectible, il n’a jamais été, il n’est, et ne sera jamais parfait. La perfectibilité est la négation de la perfection. Limiter l’infini est impossible, ce ne serait plus l’infini. Si loin que la pensée puisse percer, elle ne peut y découvrir de bornes. C’est une sphère d’extension qui défie tous les calculs, et où les générations d’univers et de multinivers sidéraux gravitent d’évolution en évolution sans jamais pouvoir atteindre au terme du voyage, aux frontières toujours plus reculées de l’inconnu. L’infinité absolue dans le temps et dans l’espace c’est l’éternel mouvement, l’éternel progrès. Une limite à cette infinité sans limites, un Dieu, un ciel quelconque, et immédiatement c’est limiter le mouvement, c’est limiter le progrès, c’est le mettre à la chaîne comme le pendule d’une horloge, c’est lui dire : “Quand tu seras au bout de ton rouleau, arrête-toi ; tu n’iras pas plus loin.” C’est placer le fini à la place de l’infini. Eh ! ne s’aperçoit-on pas que la perfection est toujours relative ; que la perfection absolue c’est l’immobilité ; et que par conséquent la perfection immobilisée est quelque chose d’absurde, d’impossible ? Des cervelles d’idiots peuvent seules la rêver. Il n’y a et ne peut y avoir d’absolu que la perfectibilité dans l’infinité universelle. Plus l’être est perfectibilisé et plus il aspire à se perfectibiliser encore. La Nature, qui a mis en nous des aspirations infinies, aurait donc menti en nous promettant plus qu’elle ne peut tenir ? Où a-t-on vu qu’elle eût jamais menti ? Il faut être chrétien et civilisé, c’est-à-dire crétin et eunuque, pour se figurer comme un lieu de délices le paradis où trône le vieux Jéhova. Comprend-on rien de plus stupide et de plus ennuyeux ? Imagine-t-on ces bienheureux et ces bienheureuses, ces saints et ces saintes cloîtrées dans les nuages comme dans un couvent, et dont toute la jouissance consiste à égrener des chapelets et à ruminer, comme des brutes, des louanges au révérend père Dieu, ce supérieur immuable, ce pontife des pontifes, ce roi des rois, ayant la mère abbesse Vierge-Marie, à sa gauche, et, à sa droite, l’enfant Jésus, le fils présomptif, un grand dadais qui porte, avec des airs de séminariste, son bourrelet d’épines, et qui, — dans la représentation du mystère de la très-sacro-sainte Trinité, — remplit, avec son immaculée mère berçant sur ses genoux le paon Saint-Esprit, qui fait la roue,— le rôle de deux larrons en croix, cloués de chaque côté du plus grand des malfaiteurs, le suprême et divin créateur de toutes les oppressions et de toutes les servitudes, de tous les crimes et de toutes les abjections, le verbe et l’incarnation du mal ! Dans les couvents terrestres, du moins, hommes et femmes peuvent encore se consoler de leur imperfection, de leurs tortures mortelles en songeant à une perfection future, à une vie autre et immortelle, à des félicités célestes. Mais au ciel toute aspiration plus élevée leur est interdite : ne sont-ils pas à l’apogée de leur être ? Le très haut et tout-puissant magistrat, celui qui juge sans appel et en dernier ressort les vivants et les morts, leur a appliqué le maximum de la béatitude. Désormais ils ont endossé la casaque des élus ; ils traînent, au paradis, dans l’oisiveté-forcée, le boulet de leurs jours ; et ils y sont condamnés à perpétuité ! Il n’y a pas de recours en grâce possible ; aucun espoir de changement, aucune lueur de mouvement futur ne peut descendre jusqu’à eux : l’écoutille du progrès est à jamais scellée sur leur têtes ; et, comme le forçat à vie dans son ponton, galériens immortels, ils sont à jamais rivés à la chaîne des siècles dans l’éternel séjour divin !
Any distraction of these poor souls is to psalmodier hymns and bow to the sovereign master, cruel old man who at the time of Moses, wearing a blue robe and a beard circle, which according to current fashion, must bear today Today a black frock and a faux-collar, favourites c [o] telettes or imperial goatee, a spit in place of the heart and a rainbow of satin in frying pan. The Empress Marie and her maids of honor the sacred have certainly crinolines under their petticoats. Well certainly the saints, delivered in court, are empesés, cravatés, pommadés and curly neither more nor less than diplomats. Their grandesses blessed the fighting without doubt the piano throughout the holy eternity, and their excellencies the blessed turning the crank on the organ-paradise … As they have fun! that this should be rejoicing! True I am not rich, but I would give even pennies to see such a spectacle to see a moment, hear us, not to stay, and it does pay that outgoing, and if I content and satisfied. But, all things considered, I have trouble believing that the interior worth the trifles of the door. Is not it said: “Blessed are the poor in spirit, the kingdom of heaven belongs to them.” This property there will never my delight. A coup course, the holy Gospels are sometimes naive … joking: award and ears of donkeys to all winners of the faith! It was that fathers were pranksters that these early fathers of the Church are all worth confess straight away that paradise is not worth the four irons an … Christian. And to think that women are left to take the promises of these Lovelaces of superstition, they smiled crétines all these temptations, they did their love of this paradise and anti ultrahumain! And to think that men have been taken as women, they believed in all these outrageous, nonsense, they have adorées! — Poor human nature! – However, we agree that it would be difficult to invent anything more detrimental to the happiness of the people who did not absolutely happy to be poor in spirit. In truth, I m’estimerais happier to be a slave to a penal colony elected in paradise. In the penal colony again, I live by my aspirations, and any progress after me does not completely closed, my thoughts as my arm could attempt an escape of galleys. And then the eternity of a man’s life is shorter than the life of the life of a saint. The universal movement in me turning my life to die issue finally my ordeal, I renaîtrais free. While that imprisonment is paradise immobility endless employees knees, hands clasped, the head quarters of the stomach, forehead void of hope, ie an unprecedented torture, the body and soul, muscles and fibers to the question under the inquisitive eyes of God … Toute la distraction de ces pauvres âmes consiste à psalmodier des cantiques et à se prosterner devant le souverain maître, ce cruel vieillard qui, du temps de Moïse, portait une robe bleue et une barbe bouclée, et qui selon la mode actuelle, doit porter aujourd’hui un frac noir et un faux-col, des favoris en c[o]telettes ou une barbiche impériale, un crachat à la place du cœur, et un arc-en-ciel de satin en sautoir. L’impératrice Marie et ses dames d’honneur les saintes ont assurément des crinolines sous leurs jupons. Et bien certainement les saints, en livrées de cour, sont empesés, cravatés, pommadés et frisés ni plus ni moins que des diplomates. Leurs grandesses les bienheureuses battent sans doute du piano toute la sainte éternité, et leurs excellences les bienheureux tournent la manivelle de l’orgue-de-paradis… Comme ils doivent s’amuser ! que ce doit être réjouissant ! Vrai je ne suis pas riche, mais je donnerais bien encore quelques sous pour voir pareil spectacle, pour le voir un moment, entendons-nous, non pour y rester ; et à condition de ne payer qu’en sortant, et si j’étais content et satisfait. Mais, toute réflexion faite, j’ai de la peine à croire que l’intérieur vaille les bagatelles de la porte. N’est-il pas dit : “Heureux les pauvres d’esprit, le royaume des cieux leur appartient.” Cette propriété-là ne fera jamais mes délices. A coup sûr, les saints Evangiles sont parfois d’une naïveté… plaisante : décerner ainsi des oreilles d’ânes à tous les lauréats de la foi ! Il fallait que ce fussent des pères farceurs que ces premiers pères de l’Eglise : autant valait confesser tout de suite que le paradis ne vaut pas les quatre fers d’un… chrétien. Et dire que les femmes se sont laissées prendre aux promesses de ces Lovelaces de la superstition, qu’elles ont souri à toutes ces crétines séductions, qu’elles ont fait leur amour de ce paradis anti et ultrahumain ! Et dire que les hommes y ont été pris comme les femmes, qu’ils ont cru à toutes ces ignobles, balivernes, qu’ils les ont adorées ! — Pauvre nature humaine ! —Cependant, on conviendra qu’il serait difficile de rien inventer de plus attentatoire au bonheur des humains qui n’ont pas absolument le bonheur d’être des pauvres d’esprit. En vérité, je m’estimerais plus heureux d’être un forçat au bagne qu’un élu au paradis. Au bagne encore, je vivrais par mes aspirations ; toute issue de progrès ne me serait pas complètement fermée, ma pensée comme mon bras pourraient tenter une évasion des galères. Et puis l’éternité de la vie d’un homme est moins longue que la perpétuité de la vie d’un saint. L’universel mouvement, en me transformant de vie à trépas me délivrerait enfin de mon supplice ; je renaîtrais libre. Tandis qu’avec la réclusion paradisiaque c’est l’immobilité sans fin, les genoux ployés, les mains jointes, la tête rapprochée du ventre, le front vide d’espérance, c’est-à-dire une torture inouïe, le corps et l’âme, les muscles et les fibres à la question sous l’œil inquisiteur de Dieu…
When I consider that, taking advantage of the weakness of my faculties by age or illness, a priest could come to the time of my death, and give me, willingly or forcibly, absolution for my sins, my heresies; that he could deliver me, a subject suspected or convicted of lèse-divinité, a letter of cachet for heaven, and send me to languish in this divine bastille without a ray of hope to never leave, brrrrrrrr!… it gives me the shivers. Fortunately, that paradise in expectation is like the castles in Spain: they exist only in imaginations tainted with mental alienation, or as houses of cards: the slightest breath of reason is enough to overthrow them. However, I declare here: The day death weighs upon me, those who may then surround me, if they are my friends, if they respect the wishes of my reason, will not pollute my agony with a priest or my body with a church. As a free thinker, I want to die as I lived, in rebellion. Living and standing, I protest highly and in advance against any such desecration of my remains. As a part of humanity, I want to serve the education and life of humanity even after my death, which is why I bequeath my body to the practitioner who wishes to do an autopsy and examine the bodies of a man who did everything he could to be worthy of that name and that I ask if it is possible to bury my remains as fertilizer in a planted field. Quand je songe que, profitant de l’atonie de mes facultés par l’âge ou la maladie, un prêtre pourrait venir à l’heure de ma mort, et me donner, de gré ou de force, l’absolution de mes péchés, de mes hérésies ; qu’il pourrait me délivrer à moi, sujet suspect ou convaincu de lèse-divinité, une lettre de cachet pour le ciel, et m’envoyer croupir dans cette bastille divine sans un rayon d’espoir d’en jamais sortir, brououou !… cela me donne le frisson. Heureusement que les paradis en expectative sont comme les châteaux en Espagne : ils n’existent que dans les imaginations atteintes d’aliénation mentale ; ou comme les châteaux de cartes : le moindre souffle de raison suffit pour les renverser. Toutefois, je le déclare ici : Le jour où la mort s’appesantira sur moi, que ceux qui pourraient m’entourer alors, s’ils sont mes amis, s’ils respectent le vœu de ma raison, ne laissent pas souiller mon agonie par un prêtre et mon cadavre par l’église. Libre penseur, je veux mourir comme j’ai vécu, en rebelle. Vivant et debout, je proteste hautement et par avance contre toute profanation pareille de mes dépouilles. Parcelle de l’humanité, je veux servir encore après ma mort à l’enseignement et à la vie de l’humanité ; c’est pourquoi je lègue mon corps au praticien qui voudra en faire l’autopsie et y étudier les organes d’un homme qui fit tout ce qu’il put pour être digne de ce nom ; et que je le prie, s’il est possible, d’en enterrer les restes, comme engrais dans un champ ensemencé.
But let us return to our subject, the circulus in universality. The unlimited sphericity of the infinite and its absolute movement of rotation and gravity – its perfectibility, in a word – is demonstrated by anything that strikes our attention and all tha we understand. Everything revolves within us and around us, but never precisely in the same circle. Every rotation tends to rise, to be closer to a purer ideal, a distant utopia which will happen one day to make room for another utopia, and thus gradually from ideal to ideal and from realization to realization. Mais revenons notre sujet, le circulus dans l’universalité. La sphéricité illimitée de l’infini et son mouvement absolu de rotation et de gravitation, —sa perfectibilité en un mot, est démontrée par tout ce qui frappe notre vue et notre entendement. Tout tourne en nous et autour de nous, mais jamais précisément dans le même cercle. Toute rotation tend à s’élever, à se rapprocher d’un idéal plus pur, utopie lointaine qui se réalisera un jour pour faire place à une autre utopie, et ainsi progressivement d’idéal en idéal et de réalisation en réalisation.
On earth, all beings, our subordinates, at whatever degree they are placed in the hierarchy of kingdoms or species, minerals, plants or animals, tend towards the human ideal. As the infinitely small, infinitely large, our world and the multitude of globes that travel distance in the same whirlwind, also tend, whatever their superiority or inferiority relative to their luminous ideal, toward the sun. And all of them closer each day, however insensibly, to man as the sun tends to turn to more utopian spheres, by a graduation and continues upward, and always the case until the end, or rather without end or run. – The mineral imperceptibly rotates on itself and draws to it everything it can steal from the lower layers; it grows and grows, then it gives agents that conduct the parcels of his exuberance and nourishes the plant. – In turn, the plant grows, rocking in the breeze and flourishes to light. Insects butinent on it, it offers them its honey and its fibers, all it has pleased the bowels of the earth and it has done up to date in the tamisant by its tissues. The insects and worms then become prey to birds and the plant itself is the major grazing animals. Already the mineral has been transformed into flesh and blood, has become the lifeblood of blood; instinct is more prompt, the movement more pronounced. The gravitation continues. Man assimilates plant and animal, vegetable and grain, honey and fruit, flesh and blood, gases and juices, breezes and rays. A terrestrial star, he pumps into all his pores the emanations of his inferiors; he elevates them drip by drip, sprig by sprig, to his own level, and restores them to divide what is still too crudely embodied in him. Similarly also, he exhales by his thought perfumes too pure to be retained in his chalice, and he scatters them upon humanity. Humanity, after having absorbed them, incorporates anything that it can identify with its degree of perfectibility, restores to divide the species instinctive, the lower layers, that is too coarse for it in these fluids, exhaling what is in them too subtle toward the higher humanities of the outer-sphere. Sur la terre, tous les êtres, nos subalternes, à quelque degré qu’ils soient placés dans la hiérarchie des règnes ou des espèces, minéraux, végétaux ou animaux, tendent vers l’idéal humain. Comme les infiniment petits, les infiniment grands, notre globe et la multitude des globes qui cheminent à distance dans un même tourbillon, tendent également quelque soit leur supériorité ou leur infériorité relative, vers leur idéal lumineux, le soleil. Et tous s’en rapprochent chaque jour, quoiqu’insensiblement, l’homme comme le soleil tendent à leur tour vers des sphères plus utopiques, par une gradation ascendante et continue ; et toujours ainsi jusqu’à la fin des fins, ou plutôt sans fin ni terme. —Le minéral pivote imperceptiblement sur lui-même et attire à lui tout ce qu’il peut s’approprier des couches inférieures ; il croît et s’étend, puis il confie à des agents conducteurs des parcelles de son exhubérance et alimente la plante. —A son tour, la plante croît, se berce à la brise et s’épanouit à la lumière. Les insectes butinent sur elle ; elle leur offre son miel et ses fibres, tout ce qu’elle a ravi aux entrailles de la terre et qu’elle a fait monter au jour en le tamisant par ses tissus. Les insectes et les vers deviennent ensuite la proie des oiseaux ; la plante elle-même est pâture aux gros animaux. Déjà le minéral s’est transformé en chair et en os, la sève est devenue du sang ; l’instinct est plus prompt, le mouvement plus prononcé. La gravitation continue. L’homme s’assimile le végétal et l’animal, l’herbe et le grain, le miel et le fruit, la chair et le sang, les gaz et les sucs, les brises et les rayons. Astre terrestre, il pompe par tous ses pores les émanations de ses inférieurs ; il les élève goutte à goutte, brin à brin, à son niveau et leur redonne à triturer ce qui est encore trop grossier pour s’incarner en lui. De même aussi, il exhale par la pensée les parfums trop pure pour être retenus dans son calice, et il les éparpille sur l’humanité. L’humanité, après les avoir absorbés, s’incorpore tout ce qui peut s’identifier avec son degré de perfectibilisation, redonne à triturer aux espèces instinctives, aux couches inférieures, ce qu’il y a de par trop grossier pour elle dans ces fluides, et exhale ce qu’il y a en eux de trop subtil vers les humanités supérieures et outre-sphère.
Thus it is a planet moving around the sun, and sun moving in turn with all its satellites around another centre highest star of this star. Ainsi il en est des planètes se mouvant autour du soleil, et du soleil se mouvant à son tour avec tous ses satellites autour d’un autre centre plus élevé, astre de cet astre.
But if everything turns in a spiral first from the need for conservation, and if, turning on itself, just below draws obvious need for food and rise above self-expression need; if life is a perpetual revolution, a circle always in motion and whose every movement is changing the nature, if any movement is a step forward, and if more rotary motion and gravitation is quicker and it accelerates our progress, men and women who analogy demonstrates all these things, can we do less than we make, of course? Can we not want to be revolutionary and, as revolutionaries, not wanting to be more? For human beings, live life mineral, plant or animal, live the life of terminals or brutes, it’s not live, and live the life of civilized is to live the life of terminals and brutes. Humans, we do not roidissons against our destiny, deliver us with his passion for training; moving boldly to the discovery of the unknown; extend a hand to progress to carry with him the developments in the great humanitarian round of beings and Corporations improvement; initions us without fear the mysteries of the eternal and universal revolution in infinity. Infinity alone is great, and the revolution has evil spells that for those who want to remain outside its circle. Let us live by the movement and the movement by the progress and advancement, without bothering about whether the tomb is near and far the cradle. What matters death, if death is still the movement, and if the movement is still progress? if the death is a regeneration, the dissolution of our unity decrepit body unable to move at perfectiblement in its disintegration continues, and, against, réagrégation the plurality of our being in bodies and younger more improvement? If this death, finally, is that the passage of our state of obsolescence in an embryonic state, the mold, the matrix of a life more hectic, the crucible of a life more pure, a transmutation of our copper gold and a transfiguration of this gold medals miles lively and varied and all affected by the effigy of Progress? Death is frightening that for that one who has complu in its mud and petrified in its envelope pourceau. For, in a breakdown of its organs, it will accede by its gravity and its immondicité, as there will be joined during his life, anything that is stone and mud, stench and torpor. But the man who, instead of making bacon and a pleasure mired in its ignominy, will be melted fat to produce its light, the man who has done the voice and arm, and the heart ‘Intelligence which will be enlivened by the work and love, through movement; this one at a time when the last of his days will be consumed, where there will be more oil in the lamp nor ‘Elasticity in the spring, while most of its substance, has long disappeared, already travel with fluids; one, I tell you, reborn him, in conditions even more improvement that will be worked on its own perfectibilisation. Moreover death did not take place at every moment of life beings? The body of man can it retain a single moment the same molecules? Any contact would alter Does not it ever? Can he not breathe, drink, eat, digest, think, feel? Any change is both a death and a new life, the more arduous and even more below that food and digestion physical and moral have been more lazy or more coarse, and even easier, especially Superior they have been more active or more refined. (To be concluded in the next issue) Or, si tout tourne en spirale d’abord par besoin de conservation et si, tournant sur soi-même, tout puise au dessous de soi par besoin d’alimentation et s’élève au-dessus de soi par besoin d’émanation ; si la vie est une révolution perpétuelle, un cercle toujours en mouvement et dont chaque mouvement modifie la nature ; si tout mouvement est un progrès, et si plus le mouvement de rotation et de gravitation est rapide et plus il accélère en nous le progrès ; hommes et femmes à qui l’analogie démontre toutes ces choses, pouvons-nous moins faire que de nous rendre à l’évidence ? Pouvons-nous ne pas vouloir être révolutionnaires, et, étant révolutionnaires, ne pas vouloir l’être davantage ? Pour l’être humain, vivre de la vie minérale, végétale ou animale, vivre de la vie des bornes ou des brutes, ce n’est pas vivre ; et vivre de la vie des civilisés c’est vivre de la vie des bornes et des brutes. Humains, ne nous roidissons pas contre notre destinée, livrons-nous avec passion à ses entraînements ; avançons hardiment à la découverte de l’inconnu ; tendons la main au progrès pour accomplir avec lui l’évolution humanitaire dans la grande ronde des êtres et des sociétés perfectibles ; initions nous sans crainte aux mystères de l’éternelle et universelle révolution dans l’infini. L’infini seul est grand, et la révolution n’a de maléfices que pour ceux qui veulent rester en dehors de son cercle. Vivons par le mouvement et pour le mouvement, par le progrès et pour le progrès, sans plus nous soucier si la tombe est proche et loin le berceau. Que nous importe la mort, si la mort c’est encore le mouvement, et si le mouvement c’est encore le progrès ? si cette mort n’est qu’une régénérescence, la dissolution de notre unité décrépite, organisme incapable pour lors de se mouvoir perfectiblement dans sa désagrégation continue ; et, par contre, la réagrégation de la pluralité de notre être dans des organismes plus jeunes et plus perfectibles ? Si cette mort, enfin, n’est que le passage de notre état de caducité à l’état embryonnaire, le moule, la matrice d’une vie plus mouvementée, le creuset d’une existence plus pure, une transmutation de notre cuivre en or et une transfiguration de cet or en mille médailles animées et diverses et toutes frappées à l’effigie du Progrès ? La mort n’est effrayante que pour celui-là qui s’est complu dans sa fange et s’est pétrifié dans son enveloppe de pourceau. Car, à l’heure de la décomposition de ses organes, il adhérera par sa pesanteur et son immondicité, comme il y aura adhéré pendant sa vie, à tout ce qui est fange et pierre, puanteur et torpeur. Mais l’homme qui, au lieu de faire du lard et de s’embourber à plaisir dans son ignominie, aura fondu sa graisse à produire la lumière ; l’homme qui aura agi de la voix et du bras, du cœur et de l’intelligence qui se sera vivifié par le travail et par l’amour, par le mouvement ; celui-là à l’heure où le dernier de ses jours sera consumé ; où il n’y aura plus d’huile dans la lampe ni d’élasticité dans les ressorts ; alors que la plus grande partie de sa substance, depuis longtemps volatilisée, voyagera déjà avec les fluides ; celui-là, vous dis-je, renaîtra, lui, dans des conditions d’autant plus perfectibles qu’il aura plus travaillé à sa propre perfectibilisation. Au surplus la mort n’a-t-elle pas lieu à tous les instants de la vie des êtres ? Le corps de l’homme peut-il conserver un seul moment les mêmes molécules ? Tout contact ne le modifie-t-il pas sans cesse ? Peut-il ne pas respirer, boire, manger, digérer, penser, sentir ? Toute modification est à la fois une mort et une vie nouvelles, plus pénibles et d’autant plus inférieures que l’alimentation et la digestion physiques et morales auront été plus paresseuses ou plus grossières ; et d’autant plus faciles, d’autant plus supérieures qu’elles auront été plus actives ou plus épurées. (La fin au prochain numéro)
The Circulus in Universality Le Circulus dans l’Universalité
II. II.
Just as humans digest plants and animals, assimilating the juice or essence and rejecting the bark or excremental detritus in the manure that will give birth to inferior beings, so humanity digests the hominal and generations of hominals, assimilating the juice or essence and rejecting the bark or excremental detritus in manure on which bestial or vegetative societies graze and wallow. De même que l’homme digère le végétal et l’animal, s’en assimile le suc ou l’essence et en rejette l’écorce ou les détritus excrémentiels au fumier qui donnera naissance à des êtres inférieurs ; de même l’humanité digère l’hominal et les générations d’hominaux, s’en assimile le suc ou l’essence et en rejette l’écorce ou les détritus excrémentiels au fumier sur lequel se vautrent et pâturent les sociétés bestiales ou végétatives.
Like the stomach of a mill, the individual agency of man and the body of humanity grind in their wheels the ear of good and evil, separating the good from the bad, the wheat from the chaff. The chaff is thrown into the trough for cattle, the wheat is collected by man and is used for his nutrition. The good is for the high level of beings, the poor for the lower classes. One turns it into white bread or cake and sits at table on seats on china or silver at the feast of intelligences, and the other remains raw or turns into patée and squats in a tin beasts lard or beasts of burden. The good or bad grain and every grain of this grain is handled according to its value, rewarded or punished according to its merit. Each carries his punishment and reward, the man as grain, and grain as humans, and its purity or impurity is his paradise or hell in this, his hell or paradise in the future. Comme l’estomac d’un moulin, l’organisme individuel de l’homme et l’organisme de l’humanité broient dans leurs rouages l’épi du bien et du mal, séparent le bon du mauvais, le son de la farine. Le son est jeté dans l’auge au bétail, la farine est recueillie par l’homme et sert à sa nutrition. Le bon est destiné aux hautes classes des êtres, le mauvais aux basses classes. L’un se transforme en pain blanc ou en gâteau et s’attable sur des sièges de porcelaine ou d’argent au festin des intelligences ; l’autre reste brut ou se transforme en patée, et s’accroupit dans la gamelle des bêtes à lard ou des bêtes de somme. Le bon ou le mauvais grain et chaque grain de ce grain est traité selon sa valeur, puni ou récompensé selon son mérite. Chacun porte en soi son châtiment et sa récompense, l’homme comme le grain, et le grain comme l’homme ; sa pureté ou son impureté fait son paradis ou son enfer dans le présent, son enfer ou son paradis dans l’avenir.
All work is an instrument of progress, any laziness is a litter of decay. Work is the universal law ; it is the organ of purification for all beings. No one can evade it without endangering his life, because no one can be born and grow, train and develop, except through work. It is through work that the grain seed in the furrow, gives its stem and crown a rich ear, but also by the work that the human fetus ferments and bypasses in the side of the mother, and that ‘Obedience to a compelling attraction it is a day leaking from the body generational, it is through work that the child stands on its feet, growing, and that became man, he was crowned double ear its manual and intellectual faculties, it is through work that is still maturing physically and morally before falling under the scythe of time, the universal and eternal reaper, to begin a life eternal and universal a new job and new destinies. — Being whatsoever, is all the more sought work that its attractions are higher, and its sensations are all the more voluptuous the work that has more pure. Tout travail est instrument de progrès, toute paresse est litière à décrépitude. Le travail est la loi universelle ; c’est l’organe d’épuration de tous les êtres. Nul ne peut s’y soustraire sans attenter à sa vie, car nul ne peut naître et croître, se former et se développer que par le travail. C’est par le travail que le grain germe dans le sillon, dresse sa tige et se couronne d’un riche épi ; c’est par le travail aussi que le fœtus humain fermente et se contourne dans le flanc de la mère, et qu’obéissant à une attraction impérieuse il se fait jour en s’échappant de l’organe générationnel ; c’est par le travail que l’enfant se dresse sur ses pieds, grandit, et que, devenu homme, il se couronne du double épi de ses facultés manuelles et intellectuelles ; c’est par le travail encore qu’il se mûrit physiquement et moralement avant de tomber sous la faulx du Temps, cet universel et éternel moissonneur, pour recommencer dans la vie éternelle et universelle un nouveau travail et de nouvelles destinées. — L’être, quel qu’il soit, est d’autant plus sollicité au travail que ses attractions sont plus élevées ; et ses sensations sont d’autant plus voluptueuses que le travail les a plus épurées.
Blessed are those whose productive faculties are overexcited by love of the good and beautiful: they are fertilized by goodness and beauty; no toil is sterile. Unhappy those whose productive faculties sleep buried in the apathy of the horrible and the evil: they will not know the enjoyment that gave the laborious and generous passions. Any inertia is infertile, and any hermaphrodie any exclusive worship of oneself is doomed sterility. Happiness is a fruit that we can not pick on the high peaks, and which has a delicious flavor after having been cultivated. For lazy, inert, like the helpless fox, a fruit that is too green: it matures and for agile workers. This is not to be in his s’encapuchonnant, isolating her womb breast of his brothers that can be obtained without it is not the fratricidal but the fraternitaires. They can only reap who are not afraid to arm and heart and head to the air, and make communion of individual efforts. Heureux ceux dont les facultés productives sont surexcitées par l’amour du bien et du beau : ils seront fécondés en bonté et en beauté ; aucun labeur n’est stérile. Malheureux ceux dont les facultés productives dorment ensevelies dans l’apathie de l’horrible et du mal : ils ne connaîtrons pas les jouissances que donnent les laborieuses et généreuses passions. Toute inertie est inféconde ; toute hermaphrodie, toute adoration exclusive de soi-même est vouée la stérilité. Le bonheur est un fruit qu’on ne peut cueillir que sur les hautes cimes, et qui n’a de saveur délicieuse qu’après avoir été cultivé. Pour les paresseux, les inertes, comme pour l’impuissant renard, c’est un fruit trop vert : il ne mûrit que pour les agiles, les travailleurs. Ce n’est pas en s’encapuchonnant dans son être, en isolant son sein du sein de ses frères qu’on peut l’obtenir ; il n’appartient pas aux fratricides mais aux fraternitaires. Ceux-là seuls peuvent le récolter qui ne craignent pas de mettre bras et cœur et tête à l’air, et font communion d’efforts individuels.
Man and humanity carry within themselves the seeds of social and individual happiness, but the individual and social work to cultivate if they want to enjoy the fruits. L’homme et l’humanité portent en eux le germe du bonheur individuel et social ; c’est au travail individuel et social à le cultiver, s’ils veulent en savourer les fruits.
It is in order to have tasted the fruit of the tree of science, according to Jewish and Christian mythologies, that we lost the earthly paradise. Ah! if, instead of only tasting, humanity wished to try to eat at his appetite, it is not difficult to find this Eden so confining, so little to be mourned. This time, we could have more prodigiously unlimited and filled with appreciation otherwise attractive than those of primitive ages. I am not saying that using the science we could, as the so-called gods, creating something from nothing, but we could regenerate what is, make a world a better place, from our societies in the civilized state to society in the harmonic state, almost without any transition enter the lives of ages present in the lives of future ages. C’est pour avoir go[u]té au fruit de l’arbre de la science que, selon les mythologies juives et chrétiennes, nous avons perdu le paradis terrestre. Ah ! si, au lieu de ne faire qu’y goûter, l’Humanité voulait essayer d’en manger à son appétit, il ne serait pas difficile de retrouver cet Eden si borné et si peu regrettable. Cette fois, nous le pourrions avoir prodigieusement plus illimité et rempli de félicités bien autrement séduisantes que celles des âges primitifs. Je ne dis pas qu’à l’aide de la science nous pourrions, comme les prétendus dieux, créer quelque chose de rien, mais nous pourrions régénérer ce qui est, faire d’un monde un monde meilleur, de nos sociétés à l’état civilisé une société à l’état harmonique, entrer presque sans transition de la vie des âges présents dans la vie des âges futurs.
Religions, as absurd as they are, nonetheless respond to an need for the ideal that is innate in man. All fables of past and present represent future aspirations, a sense of immortality among mortals. The ignorance and superstition have made these aspirations monsters informed; he belongs to science, reason relieved of his swaddling and its edges, giving them humanitarian forms. The man and humanity, for if they are perfectibilisés one day, do not feel less desires that do not find satisfaction at the present time. The future will always be a beacon to which tend all their efforts, the constant object of their lusts;’s call progress still resonate in their ear. The perception will always be higher and will always farther than the achievement. The man feeling that not everything is closed for ever under the board’s coffin. The idea of progress protest not only against any destruction, but also against any degeneration, and not only against any degeneration, but also against anything that is not regenerate and perfectibilisation. The ignorance and superstition have imagined immortality of the soul and resurrection paradise. I have demonstrated, there is no soul separate body and took it duality, which is not permissible that the soul still follow the same laws decomposition of the body. The soul and absolute paradise would be the absolute negation of progress, and we can not deny the progress that we can not deny the motion. God in the religious sense as in the philosophical sense, can not exist with respect to us that we can not exist as God against the myriads of at [O] my body is that our While the Grand. This is not the human body, in its small universality that creates and manages these myriad at [O] mes, which it is composed, are these a [O] my, rather, who create and run in moving according to their passionate attractions. Far from being God, man is still much that the temple: it is the hive or the ant [ll] ière qu’animent the countless multitudes of imperceptible. Being universal, nor that human beings can not be the creator and director of colossal multitudes of worlds which it is composed, are these worlds, rather, who create and run it. Far from being a worker, the producer, God, as saying the métaphysiciens, be universal is not that the workshop or, at most, the product of infinite beings. How would it therefore the engine of each, if the machine is that each of which is the engine? God or the absolute is contradicted by everything that has life in the wild. The progress that is the movement and the movement which is the progress issue him a certificate of non-existence, it makes it a sham. If absolute could exist above us, we would be absolute when it comes to below us, and the movement and progress would not exist. Life would be nothing, and nothing can be conceived. All we know is that life is: hence the movement is, therefore, the progress is, therefore, is not absolute. Anything that we can conclude is that the circulus exists in the universality as there is individuality. This is because, like any individuality, universality, it is something infinite, is itself a rotation and a spherical gravity, away more and more of darkness and chaos and bringing more light and harmony, perfectibilise by working continuously and through a mechanism or body without ever Corrected … But this absolutely contradicts the idea of a God who comes and everything to which any returns, everything that was created by God from nothing to s’anéantir in the womb of God, that is to say something from scratch to achieve anything beyond the absurd to fall into the absurd. God, the source of all things, central point where everything comes and everything goes back to that, is one of these contradictory reasons we can give the children of men and humanities in childhood, because their intelligence still can not sleep reply. But it is absolutely absurd. A river can not go back to its source, the source is no more eternal than the river. They are both only on condition of the movement, ie progress, ie the birth and death, generation and the regeneration. As the river, the source has a cause. This is not everything, the small central point from which flows living water that produces runoff. The opening is a fact, it is not a cause, and back of the effect the case, we find that the cause is still that the effect of another cause, and so forth. God does nothing. It is a word vocabulary to strike men, it is expected to sophistication on the problem without solving it. God is a dummy, the plastron of ignorance, a stick in the wheels of progress, a éteignoir on light, a … cloth in a lantern! It is time to clean the universal language. Excrément of cretinism humans, it is now up to the academy Domange and others: that reigns in the ditches of the Villette, and that reduced to powder and thrown to the four winds, it finally serve the fertilize movement, to the eternal and universal improvement creation, development unlimited infinity. Les religions, pour absurdes qu’elles sont, n’en répondent pas moins à un besoin d’idéal inné chez l’homme. Toutes les fables du passé et du présent représentent des aspirations futures, le sentiment de l’immortalité chez les mortels. L’ignorance et la superstition ont fait de ces aspirations des monstres informes ; il appartient à la science, la raison dégagée de ses langes et de ses lisières, de leur donner des formes humanitaires. L’homme et l’humanité, pour si perfectibilisés qu’ils soient un jour, n’en éprouveront pas moins des désirs qui ne trouveront jamais satisfaction dans le temps présent. L’avenir sera toujours un phare vers lequel tendront tous leurs efforts, l’objet de leurs constantes convoitises ; l’appel du progrès résonnera toujours à leur oreille. La perception sera toujours plus haute et portera toujours plus loin que la réalisation. L’homme sent bien que tout n’est pas clos à tout jamais sous la planche du cercueil. L’idée de progrès proteste non seulement contre tout anéantissement, mais aussi contre toute dégénérescence ; et non seulement contre toute dégénérescence, mais encore contre tout ce qui n’est pas régénérescence et perfectibilisation. L’ignorance et la superstition ont imaginé l’immortalité de l’âme et la résurrection paradisiaque. Je crois l’avoir démontré, il n’y a pas d’âme distincte du corps ; et y eut-il dualité, ce qui n’est pas admissible, que cette âme obéirait encore aux mêmes lois de décomposition du corps. L’âme absolue et le paradis absolu seraient la négation du progrès ; et nous ne pouvons pas plus nier le progrès que nous ne pouvons nier le mouvement. Dieu, dans le sens religieux comme dans le sens philosophique, ne peut pas plus exister à l’égard de nous que, nous, nous ne pouvons exister comme Dieu à l’égard des myriades d’at[ô]mes dont notre corps est le Grand-Tout. Ce n’est pas le corps humain, dans sa petite universalité qui crée et dirige ces myriades d’at[ô]mes, dont il est composé ; ce sont ces a[ô]mes, bien plutôt, qui le créent et le dirigent en se mouvant selon leurs passionnelles attractions. Loin d’en être le Dieu, l’homme n’en est guère que le temple : il est la ruche ou la fourmi[ll]ière qu’animent ces innombrables multitudes d’imperceptibles. L’être universel, non plus que l’être humain, ne saurait être le créateur ni le directeur des colossales multitudes de mondes dont il est composé ; ce sont ces mondes, bien plutôt, qui le créent et le dirigent. Loin d’en être l’ouvrier, le producteur, le Dieu, comme disent les métaphysiciens, l’être universel n’est guère que l’atelier ou, tout au plus, le produit de l’infinité des êtres. Comment serait-il donc le moteur de chacun, s’il n’est que la machine dont chacun est le moteur ? Dieu ou l’absolu est démenti par tout ce qui a vie dans la nature. Le progrès qui est le mouvement et le mouvement qui est le progrès lui délivre un certificat de non-existence, elle le qualifie d’imposture. Si l’absolu pouvait exister au-dessus de nous, nous serions l’absolu pour ce qui est au-dessous de nous, et le mouvement et le progrès n’existeraient pas. La vie serait le néant, et le néant ne peut se concevoir. Tout ce que nous savons, c’est que la vie est : donc le mouvement est, donc le progrès est, donc l’absolu n’est pas. Tout ce que l’on peut en conclure, c’est que le circulus existe dans l’universalité comme il existe dans l’individualité. C’est que, comme toute individualité, l’universalité, quelque infinie qu’elle soit, n’est elle-même qu’une rotation et une gravitation sphériques qui, s’éloignant de plus en plus des ténèbres et du chaos et se rapprochant de plus en plus de la lumière et de l’harmonie, se perfectibilise en se travaillant sans cesse et en passant par un mécanisme ou organisme sans cesse plus rectifié… Mais tout cela contredit absolument l’idée d’un Dieu de qui tout émane et vers qui tout retourne, ce tout qui aurait été créé, par Dieu, du néant pour s’anéantir dans le sein de ce Dieu ; c’est-à-dire quelque chose partant de rien pour aboutir à rien, débordant de l’absurde pour retomber dans l’absurde. Dieu, source de toutes choses, point central d’où tout découle et vers qui tout remonte, est une de ces raisons contradictoires qu’on peut donner aux enfants des hommes et aux humanités en enfance, parce que leur intelligence encore endormie ne peut y répondre. Mais c’est absolument absurde. Un fleuve ne peut remonter vers sa source ; la source n’est pas plus éternelle que le fleuve. Ils n’existent l’un et l’autre qu’à la condition du mouvement, c’est-à-dire du progrès, c’est-à-dire de la naissance et de la mort, de la génération et de la régénération. Comme le fleuve, la source a une cause. Ce n’est pas le tout, le petit point central d’où jaillit l’eau vive qui produit le ruissellement. L’ouverture n’est qu’un effet, elle n’est pas une cause ; et, en remontant de l’effet à la cause, l’on trouvera que la cause n’est encore que l’effet d’une autre cause, et ainsi de suite. Dieu n’explique rien. C’est un mot à rayer du vocabulaire des hommes, attendu qu’il sert à sophistiquer sur la difficulté sans la résoudre. Dieu n’est qu’un mannequin, le plastron de l’ignorance, un bâton dans les roues du progrès, un éteignoir sur la lumière, un… torchon dans une lanterne ! Il est temps d’en nettoyer la langue universelle. Excrément du crétinisme humain, il appartient désormais à l’académie Domange et consorts : qu’il règne dans les fossés de la Villette, et que, réduit en poudrette et jeté aux quatre vents, il serve enfin d’engrais au mouvement, à l’éternelle et universelle et perfectible création, au développement illimité de l’infini.
God ! … in truth, is it possible that two men agree on the meaning they give to this word? I will not admit that for the purposes of the dialectic it is necessary to use them. That a philosopher employs in his writings and, if it is a Catholic who reads them, it does want to see – quelqu’avertissement that has given the author – that the God of his religion him. If it is a Calvinist, Lutheran, an Israelite, a Muslim, a Hindu, a believer philosopher or a philosopher believer, not everyone will want and can not be seen as anything other than the God of his imagination to him. Ultimately, these four letters cabalistic represent as many different gods they have been readers or listeners. I see no need then what could be the dialectic, and my opinion it would be better and more wisely to do without them. A new things we need new words. I know there are many other expressions which are used, me first, and who do not have the same meaning for everybody is an evil which we must try to deal with it, otherwise we will be discussing for a long time yet without us understand. GOD is the primary cause of all social falsehoods, the source of all human error, falsehood capital, God can no longer be used in the discussion as an offensive term, as a splash crachée our lips or our pen. It is not enough to be an atheist, you must be a theicide. It’s not enough to deny the Absolute, we must affirm Progress, and say in everything and everywhere. Dieu !… en vérité est-il possible que deux hommes s’entendent sur la signification qu’ils donneront à ce mot ? Je n’admet pas que pour les besoins de la dialectique il soit nécessaire d’y recourir. Qu’un philosophe l’emploie dans ses écrits, et, si c’est un catholique qui les lit, il ne voudra y voir, — quelqu’avertissement qu’en ait donné l’auteur, — que le Dieu de sa religion à lui. Si c’est un calviniste, un luthérien, un israëlite, un musulman, un indou, un croyant philosophe ou un philosophe croyant, chacun ne voudra et ne pourra y voir autre chose que le Dieu de son imagination à lui. En définitive, ces quatre lettres cabalistiques représenteront autant de dieux différents qu’elles auront eu de lecteurs ou d’auditeurs. Je ne vois pas alors quel besoin pouvait en avoir la dialectique, et m’est avis qu’elle ferait mieux et plus sagement de s’en passer. A choses nouvelles il faut des mots nouveaux. Je sais qu’il y a bien d’autres expressions dont on se sert, moi le premier, et qui n’ont pas la même signification pour tout le monde : c’est un mal auquel il faut tâcher de remédier, autrement nous discuterons longtemps encore sans nous comprendre. DIEU étant la cause première de toutes les faussetés sociales, la source de toutes les erreurs humaines, le mensonge capital, DIEU ne peut plus être employé dans la discussion que comme un terme injurieux, comme une éclaboussure crachée de nos lèvres ou de notre plume. Il ne suffit pas d’être athée, il faut être théicide. Ce n’est pas assez de nier l’Absolu, il faut affirmer le Progrès, et l’affirmer dans tout et partout.
The lack of logic is what misplaces the greatest thinkers, bringing the disturbance in the mass of intelligence. This is because we did not agree with oneself that often can not reach agreement with others. We affirm that all the movement in the infinite and therefore the infinite progress, a universality and solidarity, also affirm the movement and therefore we progress, an individuality and solidarity. Nions duality in the finish as we deny in infinity. Repoussons this absurd assumption of immortality of the soul, ie the absolute in the finish, when we have proof by the body that everything is finished perishable, ie divisable and multiplied, ie gradually improved. The substance is not one thing and the mind another thing, but one thing that the movement diversifies ever. The spiritual is the result of the body, which is not spirituality but the spirituosité. The soul or, rather, the thought is a man that alcohol is the wine. When talking about the spirit of wine is certainly something any material. Why should we want it to be otherwise when it comes to the human spirit! Do you still that the earth is flat, that the sky was a dome to serve as dome, and the sun and stars are candles lit by God the creator in honor of Adam and Eve and their offspring? And if you think most of these alleged revelations, these charlataneries or the aberration of the faith, and if you believe that science and engineering of observation you teach, under what reason would you want the spirit was separate from the matter? and, although separate, that one was the movement and the other inertia, and that just the person to whom you assign the movement was immovable in its individuality? cons-inexplicable sense! Well, observation tells you, by my mouth, that everything that has been steam or dust and together and took finished form, ie defined, will detach grain to grain, drip, molecule by molecule and will disperse in the undefined to take, not another form, but a great many other forms, and leave again these multiple forms to further divide and multiply and grow forever in the ‘Infinite. To be convinced, is not necessary to have studied the Greek nor the latin, il ne faut qu’interroger the analogy, there is only induce and deduct. Le défaut de logique, voilà ce qui égare les plus grande penseurs, ce qui porte la perturbation dans la masse des intelligences. C’est parce qu’on n’est pas d’accord avec soi-même que souvent on ne peut pas se mettre d’accord avec les autres. Nous tous qui affirmons le mouvement dans l’infini et par conséquent le progrès infini, l’universalité une et solidaire, affirmons également le mouvement en nous et par conséquent le progrès, l’individualité une et solidaire. Nions la dualité dans le fini comme nous la nions dans l’infini. Repoussons cette hypothèse absurde de l’immortalité de l’âme, c’est-à-dire de l’absolu dans le fini, quand nous avons la preuve par le corps que toute chose finie est périssable, c’est-à-dire divisable et multipliable, c’est-à-dire progressivement perfectible. La matière n’est pas une chose et l’esprit une autre chose, mais une seule et même chose que le mouvement diversifie sans cesse. Le spirituel n’est que la résultante du corporel ; ce n’est pas de la spiritualité mais de la spirituosité. L’âme ou, pour mieux dire, la pensée est à l’homme ce que l’alcool est au vin. Quand on parle de l’esprit de vin, c’est assurément d’une chose toute matérielle. Pourquoi vouloir qu’il en soit autrement quand il est question de l’esprit de l’homme ! Croyez-vous donc encore que la terre soit plate, que le ciel soit une coupole pour lui servir de dôme, et que le soleil et les étoiles soient des cierges allumée par le Dieu créateur en l’honneur d’Adam et Eve et de leur descendance ? Et si vous ne croyez plus à ces prétendues révélations, à ces charlataneries ou à ces aberration de la foi, et si vous croyez à ce que la science et le génie de l’observation vous enseignent, en vertu de quelle raison voudriez-vous que l’esprit fut distinct de la matière ? et, même étant distinct, que l’un fût le mouvement et l’autre l’inertie, et que justement celui à qui vous attribuez le mouvement fut inamovible dans son individualité ? contre-sens inexplicable ! Eh bien, l’observation vous dit, par ma bouche, que tout ce qui a été vapeur ou poussière et s’est groupé et a pris forme finie, c’est-à-dire définie, s’en détachera grain à grain, goutte à goutte, molécule à molécule et se dispersera dans l’indéfini pour revêtir, non pas une autre forme, mais une multiplicité d’autres formes, et quittera de nouveau ces formes multiples pour se diviser encore et se multiplier et progresser éternellement dans l’infini. Pour s’en convaincre, pas n’est besoin d’avoir étudié le grec ni le latin, il ne faut qu’interroger l’analogie, il n’y a qu’à induire et déduire.
I have established that anything less than the man tends to gravitate toward him. The man is a summary of the earthly creation. The Earth is a being animated as all beings and endowed the various bodies to life. Humanity is the brain, or rather it is that, compared to the human brain, it was called (I heard) the grey matter, ie the part highly intelligent, because animal and plant, and mineral, – a certain percentage – also live under the skull land and form its entire brain. Alone, of all atômes living ténébreusement in the bowels of the global body where lying, végètent, crawl, walk or fly in the light between the soil and atmosphere, – the man is a species improvement. It has faculties unknown to other beings in their homes or who are just sensitive, that of memory, for example, calculation, while the broadcast and transmission of ideas. Unlike the generations mineral, plant and animal generations hominales succeed and do similar point, but still progressing and know no limit to their perfectibility. Eh! Well, what exists for land is clearly for humans. The man is another world, a world in which little has also privileged to race, his humanity in miniature, ideal of all atomic species that populate and form his body. This humanity is called the brain. It is she who gravitate to all kingdoms or all molecular species in the human body. These molecules – the most horrendous as what might be called the most inert – all tend to rise from their couches and their natures below this type of superiority which lives under the human skull. And, as humanity, intelligent part of the brain earthly body, is perfectible, cervellité, intelligent or part of the brain, which is the humanity of the human body, is also improved. While that outside the brain, below the molecules that act mechanically, so to speak, and with even more inertia they are placed lowest on the scale of increase of kingdoms or species, in the brain, on the contrary, a masterpiece of creation hominale, the movement is quick and intelligent. The brain of man, as the mastermind of the planet, also has three, or rather his four gradations that correspond to the four kingdoms: mineral, plant, animal and hominal. The freak, for example, in which the human race is to be the most dispossessed of intelligence has, in the brain, state of development, as the recumbent and vegetative material, which is the mineral and the plant, but where the mineral wins in volume over the plant. The fool is the one in the brain which the plant outweighs the mineral, and where there may be a bit of the animal, ie the subject of rampant and somewhat instinctive. The civilized is where the three kingdoms were all developed in his brain, but where the animal kingdom takes precedence over the other two. This corresponds to hominal, ie the matter intelligently, is still in its childhood or savagery and disseminated under the skull in the middle of the virgin forests of the plant system, between blocks rocks and mineral system exposed in its weakness and its nudity to the ferocity of the animal. — Thus, the industrial and scientific work of these generations at [O] my improvement moving between our two temples as between two poles, which are their joys and sorrows, their science or their ignorance, their individual and social struggles that make up our mind. Depending on whether these infinitesimal are more or less to the state harmonic; them that they obey the natural law of freedom, anarchy, autonomy, or the law artificial authority, the monarchy to tyranny; depending on whether they are under the influence of superstition or they are freed, as their populations are more or less affected by poverty and aristocracy or rich equality and fraternity; as these small diminutives men are more or less parked between national barriers and racks of private property, or moving more or less a painter, household or homeland of passion, another painter, and a continent cranéologique to another continent and finally, as they are more or less free or more or less slaves, and according also, we are more or less worthy, more or less close to slavery or freedom. — Cervelain be, as a human being aspires food everything that is below him, rejects the bodies below what is too coarse, assimilated what is enough for perfectibilisé embodied in him , Exhaling the outside, on the wing of human thought, which is too subtle to remain captive in him. It is therefore wrong that made the classification of spirit and matter as two separate things, one mobile and immutable, the other muable and motionless, one invisible and intangible, and other palpable visible. Anything that is mobile muable east, and everything that is muable is mobile. What is palpable and visible to the human being, infinitely large, is invisible and intangible to be cervelain, the infinitely small. What is intangible and invisible to the human being is visible and palpable to be placed higher in the hierarchy of beings, human beings or be land. For beings infinitely more perfectibilisés that we – the humanities spheres astral, I suppose – what we believe, we as a fluid, they consider themselves as a solid, and what they see as fluid is regarded as a solid humanities still higher superiority. The more subtle here, for one, is there for another, which becomes more coarse. Everything depends on the point of view and the condition in which the being is placed. The last word to be cervelain is certainly not the skull as the last word of human beings is certainly not the skull land. The man is not the absolute one, humanity is not absolute on the other. Without doubt, child cervellité many generations that, like human generations, issue and convey ideas, and accumulate in the memory of the man of enormous work. Undoubtedly, humanity piled on generations and generations progress on progress. The best, well, the better, because of increasing efforts each. But the planets, like men, are born, grow and die. On the death of men or globes, the humanities or pure cervellités amount to what they have to fluidics spheres training or growth and a more improved. The progress is eternal and infinite, a step after another step, after a lifetime another life, and still. J’ai établi que tout ce qui est inférieur à l’homme tend à graviter vers lui. L’homme est le résumé de la création terrestre. La Terre est un être animé comme tous les êtres et doué des divers organes propres à la vie. L’humanité en est la cervelle, ou plutôt elle en est ce que, par rapport à la cervelle humaine, on a appelé (ai-je ouï dire) la matière grise, c’est-à-dire la partie éminemment intelligente, car l’animal et le végétal, et le minéral même, — dans une certaine proportion,— habitent aussi sous le crâne terrestre et forment l’ensemble de son cerveau. Seul, de tous les atômes qui vivent ténébreusement dans les entrailles du corps planétaire où gisent, végètent, rampent, marchent ou volent à la lumière entre le sol et l’atmosphère, — l’homme est une espèce perfectible. Il possède des facultés inconnues aux autres êtres ou qui chez eux sont à peine sensibles, celle de la mémoire, par exemple, du calcul ; celle de l’émission et de la transmission des idées. Contrairement aux générations minérales, végétales et animales, les générations hominales se succèdent et ne se ressemblent point ; elles progressent toujours et ne connaissent pas de limite à leur perfectibilité. Eh ! bien, ce qui existe pour la terre existe évidemment pour l’homme. L’homme est un autre globe, un monde en petit qui a aussi en lui sa race privilégiée, son humanité en miniature, idéal de toutes les espèces atomiques qui peuplent et forment son corps. Cette humanité s’appelle la cervelle. C’est vers elle qui gravitent tous les règnes ou toutes les espèces moléculaires du corps humain. Ces molécules, — les plus immondes comme ce que l’on pourrait appeler les plus inertes,— tendent toutes à s’élever de leurs couches et de leurs natures inférieures à ce type de supériorité qui habite sous le crâne humain. Et, comme l’humanité, partie intelligente de la cervelle du corps terrestre, est perfectible, la cervellité, ou partie intelligente de la cervelle, qui est l’humanité du corps humain, est aussi perfectible. Tandis qu’en dehors du cerveau, les molécules inférieures n’agissent que mécaniquement, pour ainsi dire, et avec d’autant plus d’inertie qu’elles sont placées plus bas sur l’échelle de progression des règnes ou des espèces ; dans le cerveau, au contraire, chef-d’œuvre de la création hominale, le mouvement est rapide et intelligent. Le cerveau de l’homme, comme le cerveau de la planète, a aussi ses trois, ou plutôt ses quatre gradations qui correspondent aux quatre règnes : le minéral, le végétal, l’animal et l’hominal. Le crétin, par exemple, qui dans la race humaine est l’être le plus dépossédé d’intelligence, n’a, dans le cerveau, à l’état de développement, que de la matière gisante et végétative, ce qui correspond au minéral et au végétal, mais où le minéral l’emporte en volume sur le végétal. L’imbécile est celui dans le cerveau duquel le végétal l’emporte sur le minéral, et où il peut se trouver un peu de l’animal, c’est-à-dire de la matière rampante et quelque peu instinctive. Le civilisé est celui où les trois règnes sont tous trois développés dans son cerveau, mais où le règne animal l’emporte sur les deux autres. Ce qui correspond à l’hominal, c’est-à-dire à la matière intelligente, y est encore à l’état d’enfance ou de sauvagerie et disséminée sous le crâne au milieu des forêts vierges du système végétal, entre les blocs de rocs du système minéral et exposée dans sa faiblesse et sa nudité à la férocité du système animal. — Ce sont donc les travaux industriels et scientifiques de ces générations d’at[ô]mes perfectibles se mouvant entre nos deux tempes comme entre deux pôles ; ce sont leurs joies et leurs douleurs, leur science ou leur ignorance, leurs luttes individuelles et sociales qui constituent notre pensée. Selon que ces infinitésimales sont plus ou moins à l’état harmonique ; qu’elles obéissent entre elles à la loi naturelle de la liberté, à l’anarchie, à l’autonomie, ou à la loi artificielle de l’autorité, à la monarchie à la tyrannie ; selon qu’elles sont sous l’empire de la superstition ou qu’elles en sont affranchies ; selon que leurs populations sont plus ou moins affectées de paupérisme et d’aristocratie, ou riches d’égalité et de fraternité ; selon que ces petits diminutifs d’hommes sont plus ou moins parqués entre des barrières nationales et des claies de propriétés privées, ou circulent plus ou moins facilement d’une bosse, foyer ou patrie passionnel, à une autre bosse, et d’un continent cranéologique à un autre continent ; enfin, selon qu’ils sont plus ou moins libres ou plus ou moins esclaves, et selon aussi, nous, nous sommes plus ou moins dignes, plus ou moins près de l’esclavage ou de la liberté. — L’être cervelain, comme l’être humain aspire par l’alimentation tout ce qui est au-dessous de lui, rejette aux organes inférieurs ce qui est trop grossier, s’assimile ce qui est assez perfectibilisé pour s’incarner en lui, et exhale au-dehors, sur l’aile de la pensée humaine, ce qui est trop subtil pour demeurer captif en lui. C’est donc à tort qu’on a fait cette classification d’esprit et matière comme étant deux choses distinctes, l’une mobile et immuable, l’autre muable et immobile, l’une invisible et impalpable, l’autre palpable et visible. Tout ce qui est mobile est muable, et tout ce qui est muable est mobile. Ce qui est palpable et visible pour l’être humain, l’infiniment grand, est invisible et impalpable pour l’être cervelain, l’infiniment petit. Ce qui est impalpable et invisible pour l’être humain est visible et palpable pour l’être placé plus haut dans la hiérarchie des êtres, l’êtres humanité ou l’être terrestre. Pour les êtres infiniment plus perfectibilisés que nous, — les humanités des sphères astrales, je suppose, — ce que nous considérons, nous, comme un fluide, ils le considèrent, eux, comme un solide ; et ce qu’ils considèrent comme fluide est considéré comme solide par des humanités encore plus élevées en supériorité. Le plus subtil, ici, pour l’un, est, là, pour l’autre, ce qui devient le plus grossier. Tout dépend du point de vue et de la condition dans lesquels l’être est placé. Le dernier mot de l’être cervelain n’est certainement pas le crâne comme le dernier mot de l’être humain n’est certainement pas le crâne terrestre. L’homme n’est pas l’absolu de l’un, l’humanité n’est pas l’absolu de l’autre. Sans doute, la cervellité enfante bien des générations qui, comme les générations humaines, émettent et se transmettent des idées, et accumulent dans la mémoire de l’homme de gigantesques travaux. Sans doute aussi, l’humanité entasse générations sur générations et progrès sur progrès. Le mieux, le bien, le meilleur, s’accroît en raison des efforts de chacun. Mais les planètes, comme les hommes, naissent, croissent et meurent. A la mort des hommes ou des globes, les humanités ou les cervellités épurées s’élèvent en ce qu’elles ont de fluidique vers des sphères en formation ou en croissance et d’une nature plus perfectible. Le progrès est éternel et infini, après un pas un autre pas, après une vie une autre vie, et encore et toujours.
Being what he is, man, or the superior or inferior to men, is like a bag of seed or molecules of all kinds that the movement, ie life and death, and fills empty without ceasing. These grains from all over the field of production, returning to the field of production or, depending on their degree of perfectibilisation, they produce or wheat chaff. The contents of the bag procrée a multitude of stems, and on each stalk each grain is divided and multiplies in the ear. Nothing that is can not keep a minute its full individuality. Life is a perpetual exchange for the benefit of everyone. The richest perfectibility they are the most prodigal, those who emit most of their movement to be more the farmer sowing and harvesting! The poorest are the most miserly, those who have eyes turned inward, which pile on molecule molecule in the cellar of their being, to lock in their inner and destroy and, in a silly contemplation private capital faculties , Treasures of sensations that contact was made outside grow. L’être quel qu’il soit, l’homme, ou le supérieur ou l’inférieur de l’homme, est comme un sac de graine ou de molécules de toutes sortes que le mouvement, c’est-à-dire la vie et la mort, emplit et vide sans cesse. Ces grains, venus du champ de la production, retournent au champ de la production ou, selon leur degré de perfectibilisation, ils produisent l’ivraie ou le froment. Le contenu du sac procrée une multitude de tiges, et sur chaque tige chacun des grains se subdivise et se multiplie dans l’épi. Rien de ce qui est ne peut conserver une minute son individualité intégrale. La vie est un perpétuel échange au profit de chacun. Les plus riches en perfectibilité ce sont les plus prodigues, ceux qui émettent le plus de leur être en circulation : plus le laboreur sème et il récolte ! Les plus pauvres ce sont les plus avares, ceux qui ont les regards tournés en dedans, qui empilent molécule sur molécule dans les caves de leur être, se verrouillent dans leur for intérieur et anéantissent ainsi, dans une idiote contemplation privée, un capital de facultés, des trésors de sensations que le contact extérieur eut fait fructifier.
What I would like to understand, and what I try to generalize the risk of repeating myself, is that religions, moral or artificial artificieuses have outlived their usefulness, and they are now as the immorality or the irreligion, but there is a moral, religion natural to inaugurate the debris of old superstitions, and that this corporation or that religion can only be found in the science of the ‘Man and humanity, humanity and universal, so that man as the universe is one and not two: neither matter and mind, body and soul or (subject or body inert, spirit or soul immaterial), but lively and passionate substance capable of miles and miles metamorphosis and coercion by his animation and his passionnalité, by its attractions, a perpetual motion and upward. — The important thing to note in order to destroy all secular theologies and with it the authoritarian system that still serves as a basis for the organization of contemporary societies and retards the fraternal communion of humans is that the movement l ‘Absolutely can not exist, so that the individuality of men and humanity as the individuality of all beings and atomic sidéraux can retain a single moment their personality absolute is that the movement revolutionizes constantly and continually add them and denies them something, so that all of us, minerals, plants, animals, men, stars, we do not live in ourselves and in ourselves, that n ‘ there is no life without movement, and that the movement is a transformation of the infinite thing finished, so that we can live only on condition of participating in the lives of others, and that life is within us all more productive as we sow outside plots, plots that are back and abundant harvest ripened, and even more serious than we give it more external elements that we put passion burning in his home. Finally, is that we be dry most of light and heat, the more we spend intelligence and love and more we raise promptly apotheosis of a climax in the regions increasingly higher, more and more ethereal. Ce que je voudrais faire bien comprendre, et ce que je m’efforce de généraliser au risque de me répéter, c’est que les religions, les morales artificielles ou artificieuses ont fait leur temps, et qu’elles ne sont plus aujourd’hui que de l’immoralité ou de l’irreligion ; c’est qu’il y a une morale, une religion naturelle à inaugurer sur les débris des vieilles superstitions, et que cette morale ou cette religion ne peuvent se trouver que dans la science de l’homme et de l’humanité, de l’humanité et de l’universalité ; c’est que l’homme comme l’univers, est un et non pas double : ni matière et esprit, ni corps et âme (matière ou corps inerte, esprit ou âme immatériel), mais substance animée et passionnelle, susceptible de mille et mille métamorphose et contrainte par son animation et sa passionnalité, par ses attractions, à un mouvement perpétuel et ascensionnel. — Ce qu’il importe de constater afin de détruire toutes les séculaires théologies et avec elle le système autoritaire qui sert encore de base à l’organisation des sociétés contemporaines et retarde la communion fraternelle des humains, c’est qu’avec le mouvement l’absolu ne peut exister ; c’est que l’individualité de l’homme et de l’humanité comme l’individualité de tous les êtres atomiques et sidéraux ne peuvent conserver un seul instant leur personnalité absolue, c’est que le mouvement les révolutionne sans cesse et sans cesse leur ajoute et leur enlève quelque chose ; c’est que nous tous, minéraux, végétaux, animaux, hommes, astres, nous ne saurions vivre en nous-mêmes et par nous-mêmes ; qu’il n’y a pas de vie sans mouvement, et que le mouvement est une transformation infinie de la chose finie ; c’est que nous ne vivons qu’à la condition de participer à la vie des autres, et que la vie en nous est d’autant plus féconde que nous en semons au dehors les parcelles, parcelles qui nous reviennent en moissons abondantes et mûries ; et d’autant plus vive que nous lui donnons plus d’éléments externes, que nous mettons de passions en combustion à son foyer. Enfin, c’est que plus nous dégageons de lumière et de calorique, plus nous dépensons d’intelligence et d’amour et plus nous nous élevons avec promptitude d’apothéose en apothéose dans les régions de plus en plus supérieures, de plus en plus éthérées.
Everything is united in its universality. Everything is composed, decomposed, and recomposed according to its progressive and reciprocal attractions, the atom as a man, man as the star and the star as the universe. The universe are atoms in the universality, as the atom itself is a universe in its individuality. Infinity are the two poles of creation, for severance small as to the multiplicity large. The short view of the man, his weak understanding can not plumb the depths immeasurable. The finish can not embrace the infinite, it can only sense. But what the thinker, equipped with powerful instrument is called the analogy can touch and reach of thought, it must declare a logical moves in all places and all leaves public, that is that the individual shall not be the consequence of being universal, but that is universal is the result of individual beings, it is infinitely large group whose infinitely small are the constituent members. God, the soul, the spirit are myths that humanity approaching the age of reason must reject without regret the trash rags as dolls young age. The science now, rather than superstition, must occupy his thoughts. She does not forget that she is the daughter of progress and fiancée progress. The polichinelles, good gods and devils, all Guignols and puppets armed with sticks are childish unworthy of it, today that its minority draws to a close. It is time, high time, that it is considering its emancipation, it ceigne its intellectual front of the strip; finally it prepares for its social, if it does not serve any of the laughing stock of other Humanities Globes. Tout est solidaire dans l’universalité. Tout se compose, se décompose et se recompose d’après ses attractions réciproques et progressives, l’atome comme l’homme, l’homme comme l’astre, et l’astre comme les univers. Les univers sont des atomes dans l’universalité, comme l’atome est lui-même un univers dans son individualité. L’infini existe aux deux antipodes de la création, pour la divisibilité en petit comme pour la multiplicité en grand. La courte vue de l’homme, son faible entendement ne peuvent en sonder les incommensurables profondeurs. Le fini ne peut embrasser l’infini, il ne peut que le pressentir. Mais ce que le penseur, muni du puissant instrument qu’on nomme l’analogie, peut toucher et faire toucher de la pensée, ce qu’il doit proclamer à coups de logique sur toutes les places et dans toutes les feuilles publiques, c’est que l’être individuel n’est pas la conséquence de l’être universel, mais que l’être universel est la conséquence des êtres individuels ; il est le groupe infiniment grand dont les infiniment petits sont les membres constitutifs. Dieu, l’âme, l’esprit sont des mythes que l’Humanité approchant de l’âge de raison doit rejeter sans regret à la corbeille aux chiffons comme des poupées du jeune âge. La science, dorénavant, et non plus la superstition, doit occuper sa pensée. Qu’elle n’oublie pas qu’elle est fille du progrès et fiancée au progrès. Les polichinelles, les bons dieux et les diables, tous les Guignol[le]s et les pantins armés de bâtons sont de enfantillages indignes d’elle, aujourd’hui que sa minorité touche à son terme. Il est temps, grandement temps, qu’elle songe à son émancipation ; qu’elle ceigne son front du bandeau intellectuel ; qu’elle se prépare enfin à ses sociales destinées, si elle ne veut servir à tout jamais de risée aux Humanités des autres globes.
I summarize, and I say: Je me résume, et je dis :
Movement, i.e., progress, being a proven fact, the absolute can not exist in the finite but in the infinite, therefore the absolute does not exist. Le mouvement c’est-à-dire le progrès étant prouvé, l’absolu ne peut pas plus exister dans le fini que dans l’infini, donc l’absolu n’existe pas.
Therefore God, the universal soul or absolute of infinity does not exist. Par conséquent Dieu, âme universelle ou absolu de l’infini n’existe pas.
And therefore, moreover, the soul, the human absolute, an individuality that is one and indivisible, an eternally finished form, does not exist. Et par conséquent encore l’âme, absolue de l’homme, individualité une et indivisible, forme éternellement finie, n’existe pas.
Matter is everything. Movement is the attribute of matter, and progress attribute the of the movement. La matière est tout. Le mouvement est l’attribut de la matière, et le progrès l’attribut du mouvement.
As the subject and as the movement, progress is eternal and infinite. Comme la matière et comme le mouvement, le progrès est éternel et infini.
The circulus in universality does not lead to absolute perfection, he led the perfectibility infinite, unlimited progress, a consequence of movement eternal and universal. Le circulus dans l’universalité ne mène pas à la perfection absolue, il conduit à la perfectibilité infinie, au progrès illimité, conséquence du mouvement éternel et universel.
There is no absolute perfection, it can not exist. If it existed, progress would not exist. La perfection absolue n’existe donc pas, elle ne peut pas exister. Si elle existait, le progrès n’existerait pas.
Absolute perfection is obviously the absurd. La perfection absolue est, contre toute évidence, c’est l’absurde.
Movement is obviously the truth. Le mouvement, lui, est de toute évidence, c’est la vérité.
There can be no transaction between these two terms: we must either believe in God and in his diminutives and deny movement, or affirm movement and deny God. Pas de transaction possible entre ces deux termes : il faut ou croire en Dieu et en ses diminutifs et nier le mouvement, ou affirmer le mouvement et infirmer Dieu.
— God is the negation of progress. — Dieu, c’est la négation du progrès.
— Progress is the negation of God. — Le progrès, c’est la négation de Dieu.
APPENDIX I ANNEXE I
TWO BELGIAN SOCIALIST NEWSPAPERS, DEUX JOURNAUX SOCIALISTES BELGES,
CORRESPONDENTS WITH LE LIBERTAIRE CORRESPONDANTS DU LIBERTAIRE
Déjacque had as correspondents in Brussels two publications Socialists close by the ideas, but also by conditions of release random similar to those of Libertaire. Whether it was the Prolétaire or the Bien-Être Social, it depended on the chaotic physical survival of a single editor, himself a political refugee, practitioner of a manual profession. The situation of the potential buyers and subscribers, in most cases, was no better. Déjacque avait comme correspondants à Bruxelles deux publications socialistes, proches par les idées, mais aussi par des conditions de parution aléatoires analogues à celles du Libertaire. Qu’il s’agisse du Prolétaire ou du Bien-Être Social, elle dépendait de la survie matérielle chaotique d’un unique rédacteur, lui-même réfugié politique, exerçant une profession manuelle. La situation des acheteurs, et éventuels souscripteurs, n’était dans leur majorité pas meilleure.
Le Prolétaire. Plus de privilège, tout pour le travail, appearing bimonthly since September 23, 1855, was edited by Nicolas Coulon see, on this subject, Arthur Lehning’s book, De Buonarroti à Bakounine. Etudes sur le Socialisme International, Paris, Champ Libre, 1977. A complete collection of the newspaper is kept in Brussels by the Institut belge d’histoire sociale. In the issue dated 23 January 1861, the editorial (dated January 22) is devoted to explaining the causes of a prolonged interruption – which had persuaded Déjacque the disappearance of the journal (cf., in Le Libertaire No. 27, the article “La Révolution et ses verbes”): Le Prolétaire. Plus de privilège, tout pour le travail, bimestriel paraissant depuis le 23 septembre 1855, était édité par Nicolas Coulon voir, à son propos, le livre d’Arthur Lehning De Buonarroti à Bakounine. Etudes sur le Socialisme International, Paris, Champ Libre, 1977. Une collection complète du journal est conservé à Bruxelles par l’Institut belge d’histoire sociale. Dans le numéro du 23 janvier 1861, l’éditorial (daté du 22 janvier) est consacré à expliquer les causes d’une interruption prolongée – qui avait d’ailleurs persuadé Déjacque de la disparition du journal (cf. Le Libertaire n° 27, article La Révolution et ses verbes) :
“(…) The main cause, the dominant cause, we could even say the only cause that has paralysed the Prolétaire is simply a question of work. Eighteen months in prison, as is known, are not without exerting some disruption in the life of a man, especially when that man is a worker and as first and foremost we must live, it became necessary to consider recreating the old course of work that was so inadvertently interrupted by this solution continuity which, in Brussels, called the Petits Carmes name of a prison of the city. (…) And as long as our reason will guide our thinking, so long as we will be able to take the tool in hand and pen, we swear by all the furies social amassed, Prolétaire live and fight for full freedom of the proletarian race. Vagabond by temperament and by nature, his burning hatred for everything that lives on privilege and exploitation, his passionate love for everything that works and suffers, that its law is its raison d’être: the proletariat to wrest ignorance, servillisme the lead in the field of social revolution, to Finally, each worker an irreconcilable enemy of the current social order, is its purpose, and this law, nothing will prevent him to follow, and this goal, to achieve it, no work, no sacrifice does appear above of its forces. " (…) La cause principale, dominante, nous pourrions dire même la seule cause qui ait paralysé la marche du Prolétaire, c’est tout simplement une question de travail. Dix-huit mois de prison, qu’on le sache, ne sont pas sans exercer un certain dérangement dans l’existence d’un homme, surtout lorsque cet homme est un travailleur ; et comme avant tout il faut vivre, il a bien fallu songer à se recréer l’ancien courant de travail qui fut si malencontreusement interrompu par cette solution de continuité qui, à Bruxelles, se nomme les Petits Carmes nom d’une des prisons de la ville. (…) Et aussi longtemps que notre raison guidera notre pensée, aussi longtemps qu’il nous sera possible de tenir en main l’outil et la plume, nous en jurons par toutes les colères sociales amassées, Le Prolétaire vivra et combattra pour l’affranchissement intégral de la race prolétarienne. Vagabond par tempérament et par nature, sa haine ardente pour tout ce qui vit de privilège et d’exploitation, son amour passionné pour tout ce qui travaille et souffre, voilà sa loi, voilà sa raison d’être : arracher les prolétaires à l’ignorance, au servillisme, les entraîner dans le champ de la révolution sociale, faire enfin de chaque travailleur un irréconciliable ennemi de l’ordre social actuel, voilà son but ; et cette loi,, rien ne lui empêchera de la suivre ; et ce but, pour l’atteindre, aucun labeur, aucun sacrifice ne lui paraîtront au dessus de ses forces.
Yes! Fight, fight again, fight always; to awaken popular fury, to arouse anger, to sow hatred among the masses, this is the work that is imposed upon the Prolétaire, and there are not falter, do well, dear reader. Oui ! Lutter, lutter encore, lutter toujours ; réveiller les fureurs populaires, susciter les colères, semer la haine au sein des masses, telle est l’œuvre que s’est imposée Le Prolétaire, et il n’y faillira pas, croyez-le bien, ami lecteur.
And when, having dropped from fatigue on the road, exhausted, panting, feel it coming its last hour as the vagabond poet, and with more reason – because the Prolétaire never begged him – he could tell all, friends or enemies: Et lorsque tombé de lassitude sur la route, épuisé, pan,telant, il sentira venir sa dernière heure, comme le vagabond du poète, et avec plus de raison – car Le Prolétaire n’a jamais mendié, lui –, il pourra dire à tous, amis ou ennemis :
Run quickly, go to the party, ‘‘Courez vite, allez à la fête,
Old vagabond, I can die without you.’’ Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.’’
But in the meantime, he claws and fangs, he returned in a fiery blaze lice in the brain, the heart of the treasures of hatred. Addressing the poor of this world: Parias of society, slaves of any sex, any condition, children of heroic losers of 48, restorative and social revolution is at our doorstep; deaf grondements, passing from one end of World to the other complaints, moans of people, announced with a terrible certainty and next cataclysm, the flag of revolution, soon will float all the winds, its huge folds, it can accommodate all door-rags All suffer pain, all victims of privilege at last. Soldiers of freedom, before then! Who loves me, follow me! In this radical way, though I walk can say whatever can be done. With you if you want, without you and even if you stay back. Mais en attendant, il a griffes et crocs ; il rentre dans la lice un ardent brasier dans la cervelle, au cœur des trésors de haine. S’adressant aux déshérités de ce monde : Parias de la société, esclaves de tout sexe, de toute condition, enfants des héroïques vaincus de 48, la réparatrice et sociale révolution est à nos portes ; de sourds grondements, répercutant d’un bout du monde à l’autre les plaintes, les gémissements des peuples, annoncent avec certitude un terrible et prochain cataclysme ; le drapeau de la révolution, bientôt, va flotter à tous les vents ; de ses gigantesques plis, il peut abriter tous les porte-haillons, tous les souffre-douleurs, tous les victimes du privilège enfin. Soldats de la liberté, en avant donc ! Qui m’aime me suive ! Dans cette radicale voie, je marcherai quoiqu’on puisse dire, quoiqu’on puisse faire. Avec vous si vous voulez, sans vous et malgré vous si vous restez en arrière.
Another word. Encore un mot.
Among the observations that we won sic of Prolétaire momentary silence, it is one that we particularly struck, so we have reserved sic for the good mouth, as they say. It comes, that one of our good friends the bourgeois Other observations at the beginning of the article, came from’’proletarians’’which questioned the causes of the interruption of the newspaper and even threatened -- "Those who had hitherto supported the newspaper (and these are our friends, our best friends these" - "stuck to them and to found a new Prolétaire. These kind parishioners, believing no doubt that Le was Prolétaire well actually dead, were quick to send their compliments condoléance sic, at the same time that their service offerings,‘’in case we would like to repeat the fight.’’ Au nombre des observations que nous a valu sic le silence momentané du Prolétaire, il en est une qui nous a frappé tout particulièrement ; aussi l’avons nous réservé sic pour la bonne bouche, comme on dit. Elle nous vient, celle-là, de nos bons amis les bourgeois Les autres observations, au début de l’article, venaient de ‘‘prolétaires’’ qui s’interrogeaient sur les causes de l’interruption du journal et menaçaient même – " ceux qui jusqu’ici avaient soutenu le journal (et ce sont nos camarades, nos meilleurs amis ceux-là " – de " s’en séparer et de fonder un nouveau Prolétaire. Ces aimables paroissiens, croyant sans doute que Le Prolétaire était bien réellement mort, se sont empressés de nous faire parvenir leurs compliments de condoléance sic, en même temps que leurs offres de service, ‘‘pour le cas où nous voudrions recommencer la lutte’’.
‘’This is not surprising – they say with this little air protective suits them so well – if your newspaper has fallen; reduced to only see resources, you were impotent, and your violent polemic, acerbic, especially against the bourgeoisie , Held away from you many bourgeois democrats who would not ask better than to lend their assistance if – they add – you want to agree to take look more moderate, more fraternal, maybe we could reach agreement, because then we n’hésiterions not help you, you reach out.’’(You know, comrades, this soft and velvety petit bourgeois leg, which so quickly turns into the GRIFFE SANGLANTE day triumphs popular). ‘‘Ce n’est pas étonnant – disent-ils avec ce petit air protecteur qui leur sied si bien – si votre journal est tombé ; réduit à vois seuls ressources, vous étiez impuissant, et votre polémique violente, acerbe, surtout contre la bourgeoisie, a tenu éloigné de vous bon nombre de démocrates bourgeois qui n’auraient pas demandé mieux que de vous apporter leur concours ; si – ajoutent-ils – vous vouliez consentir à prendre des allures plus modérées, plus fraternelle, peut-être pourrait-on parvenir à s’entendre, car alors nous n’hésiterions pas à vous venir en aide, à vous tendre la main.’’ (Vous connaissez, camarades, cette douce et veloutée petit patte bourgeoise, qui si vite se change en GRIFFE SANGLANTE aux jours des triomphes populaires).
Thank you, gentlemen, thank you for your mamours, your brotherly hugs! We know the value we know what it costs to the people, the past is there, we need and we do not want to redo the test. Merci, Messieurs, merci de vos mamours, de vos étreintes fraternelles ! Nous en connaissons la valeur ; nous savons ce que cela coûte au peuple ; le passé est là, il nous suffit et nous ne voulons plus recommencer l’épreuve.
Your help! Your sympathy! So let us! Votre concours ! Votre sympathie ! Allons donc !
Men of privilege and exploitation, what can there be in common between you and the social revolution, whose work must be the immediate destruction of any exploitation of any privilege? Hommes de privilège et d’exploitation, que peut-il y avoir de commun entre vous et la révolution sociale, dont l’œuvre immédiat doit être l’anéantissement de toute exploitation, de tout privilège ?
Go, go to carmagnole acrobats! Son ungrateful and abâtardis of the great age of 93, also wear your service offerings, the proletariat has to do with your jokes turgid, your mirobolantes promises he knows you and loves you better in front of him as its sides. Allez, allez saltimbanques en carmagnole ! Fils ingrats et abâtardis de la grande épopée de 93, portez ailleurs vos offres de service ; le prolétariat n’a que faire de vos blagues ampoulées, de vos mirobolantes promesses ; il vous connaît et vous aime mieux en face de lui qu’à ses côtés.
A dangerous your friendship, he prefers your sterile and impotent hatred !!!!’ " A votre dangereuse amitié, il préfère votre stérile et impuissante haine !!!!’ "
In Brussels, it is with the Social Well-Being Déjacque that had the most regular exchanges. This newspaper, in principle weekly (?), Was published by the Beaujoint’’citizen’’. At the end of 1859, it merged with The Flag (edited by Louis Labasse since December 1856). Despite this reinforcement, it does not seem to have survived the Libertaire. In its issue of April 29, 1860 (number 17, fourth year), we read an editorial,‘’The Editors subscribers’’, which explains the erratic issue for the past fortnight: A Bruxelles, c’est avec Le Bien-Être Social que Déjacque avait les échanges les plus réguliers. Ce journal, en principe hebdomadaire ( ? ), était édité par le ‘‘citoyen Beaujoint’’. Fin 1859, il fusionne avec Le Drapeau (édité par Louis Labasse depuis décembre 1856). Malgré ce renfort, il ne semble pas avoir survécu au Libertaire. Dans sa livraison du 29 avril 1860 (numéro 17, quatrième année), on lit un éditorial, ‘‘Les Rédacteurs aux abonnés’’, qui explique l’irrégularité de parution pour la quinzaine écoulée :
“We have already said, our publication is in exceptionally difficult conditions. We know most of the dangers and obstacles that a newspaper like ours faces in its existence and it does not all. We know that it has little money and credit point, it has no means of advertising that can help to open up a path in the crowd of his colleagues. It knows the secret war is being done to her. Sometimes on the accused (is less) of wanting a subscription exploit the generosity of democracy, but it works well a commercial enterprise; sometimes it behind the wing, is presented as one that we should abandon wounded on a battlefield. We turn over in silence the accusations of infamy. Soon the support, many of the attack. Finally, the informers, the scourge of time trying to break the existence of those who write. A year ago, senior writer – ie one who takes care of most of the work, and when the work takes a whole – was expelled from Belgium by royal decree ; Few months ago, travelling to Liege, it was for the offence of breaking ban sentenced to fifteen days in prison. He did not complain; authority had warned; denouncements informal plagued the Chiefs A hotel that pays denunciation and espionage. " Nous l’avons déjà dit, notre publication se fait dans des conditions exceptionnellement difficiles. On connaît la plupart des dangers et des obstacles qu’un journal comme le nôtre rencontre dans son existence ; on ne les connaît pas tous. On sait qu’il a peu d’argent et point de crédit, qu’il ne possède aucun des moyens de réclames qui puissent l’aider à s’ouvrir un chemin dans la foule de ses confrères. On sait la guerre secrète qu’on lui fait. Tantôt on l’accuse (c’est le moins) de vouloir par l’abonnement exploiter la générosité de la démocratie ; c’est s’il marche bien une entreprise commerciale ; tantôt s’il traîne l’aile, on le présente comme un blessé qu’il faut abandonner sur un champ de bataille. Nous passons sous silence les accusations d’infamie. Peu le soutienne ; beaucoup l’attaquent. Enfin, la délation, ce fléau du temps, tente de briser l’existence de ceux qui le rédigent. Il y a un an, le rédacteur principal – c’est-à-dire celui qui se charge de la plus grande partie du travail, et lorsqu’il le faut du travail tout entier – était expulsé de Belgique par arrêté royal ; il y a quelques mois, se rendant à Liège, il a été pour délit de rupture de ban condamné à quinze jours de prison. Il ne s’est pas plaint ; l’autorité l’avait prévenu ; les délations officieuses accablaient les chefs d’une administration qui paie la dénonciation et l’espionnage.
On those two facts, one can judge of a thousand small miseries which disputed so far in drafting the Social Well-Being and the time necessary to study and the time necessary to care for propaganda. It remains to be seen, the editor of a leaf Democratic n, e can be at ease as that of a conservative newspaper. The latter has an active collaboration and a sense of his personal security; he wrote in his hour, quiet, can draw from a library of documents of newspapers and books; arsenals always filled for a war made in the rules of the strategy , But the first is without resources, without tranquillity often (as now) and suddenly without collaborator. He writes a current, it sits in writing, its library is the one chance to meet him. Par ces deux faits, on peut juger des mille petites misères qui disputèrent jusqu’à présent à la rédaction du Bien-Être Social et le temps nécessaire à l’étude, et le temps indispensable aux soins de la propagande. On le voit de reste, le rédacteur d’une feuille démocratique n,e peut être à son aise comme celui d’un journal conservateur. Ce dernier a une collaboration active, et le sentiment de sa sûreté personnelle ; il écrit à son heure, tranquille, pouvant puiser à une bibliothèque de documents de journaux et de livres ; arsenaux toujours bien garnis pour une guerre faite dans les règles de la stratégie, mais le premier est sans ressources, sans tranquillité souvent (comme aujourd’hui) et à l’improviste sans collaborateur. Il écrit en courant, il se repose en écrivant, sa bibliothèque est celle que le hasard lui fait rencontrer.
’’If he draws from the fountain, ‘‘S’il puise à la fontaine,
It’s like a poacher continued in the plain, C’est comme un braconnier poursuivi dans la plaine,
It watertight its thirst in the palm of his hand.’’ Il étanche sa soif dans le creux de sa main.’’
Finally, he did not have time to be sick, and if it takes a week, he must as he does today, report to readers of the newspaper of the causes of its inaccuracy. Enfin, il n’a pas le temps d’être malade, et s’il prend une semaine, il doit ainsi qu’il le fait aujourd’hui, rendre compte aux lecteurs du journal des causes de son inexactitude.
Players, you are for most proletarians, the poor and the outcast, those who founded four years ago this body to support your cause, have the right to expect that their weakness is even a song to your brotherly competition. " Lecteurs, vous êtes pour la plupart des prolétaires, des pauvres et des bannis ; ceux qui fondèrent il y a quatre ans cet organe pour le soutien de votre cause, ont le droit d’espérer que leur faiblesse même est un titre à votre concours fraternel. "
(In his number 13, dated 27 March 1859, the Social Welfare includes part of speech Déjacque for the anniversary of 24 February 1848 (originally published in issue 11 of Libertaire); likewise publishes he , In its issue 34 of 21 August 1859, an excerpt from’’The legislation direct and universal.’’It also incorporates articles of the Journal of the West and Libertaire in favor of abolitionism. (Dans son numéro 13, daté du 27 mars 1859, le Bien-Être Social reprend une partie du discours de Déjacque pour l’anniversaire du 24 février 1848 (initialement publié dans le numéro 11 du Libertaire) ; de même publie-t-il, dans son numéro 34 du 21 août 1859, un extrait de ‘‘La législation directe et universelle’’. Il reprend aussi des articles de la Revue de l’Ouest et du Libertaire en faveur de l’abolitionnisme.
For its part, Déjacque refers to a report of the Social Well-Being (number 29 of 22 July 1860) of a meeting of the club open discussion held in London on June 25, 1860. De son côté, Déjacque se réfère à un compte-rendu du Bien-Être Social (numéro 29 du 22 juillet 1860) d’un meeting du Club de la libre discussion tenu à Londres le 25 juin 1860.
APPENDIX II ANNEXE II
Ernest Coeurderoy Ernest Coeurderoy
From a social environment very different from that of Déjacque, as son of a doctor of Avallon Republican and physician himself, Ernest Coeurderoy (1825-1862) saw a parallel development. First Republican simply, the medical student will be treated at the Hotel-Dieu de Paris insurgents on June 48, the police has “interviewed” on the benches where they death struggle. Compromise in the day on June 13, 1849, which consumes the political collapse of the democratic petty bourgeoisie, he fled to Switzerland and Belgium, countries where he will be expelled successively, and finally in London (from 1852 to 1854). In exile he completes becoming a radical socialist revolutionary and is campaigning against my Republican leaders and notables Socialists responsible, directly or by default, the massacre of the proletariat in Paris in June 1848. D’un milieu social bien différent de celui de Déjacque, puisque fils d’un médecin républicain d’Avallon et médecin lui-même, Ernest Coeurderoy (1825-1862) a connu une évolution parallèle. D’abord simplement républicain, l’étudiant en médecine aura à soigner à l’Hôtel-Dieu de Paris les insurgés de Juin 48, que la police vient " interroger " sur les paillasses où ils agonisent. Compromis dans la journée du 13 juin 1849 qui consomme la déconfiture politique de la petite-bourgeoisie démocratique, il se réfugié en Suisse puis en Belgique , pays d’où il sera successivement expulsé, enfin à Londres (de 1852 à 1854). C’est en exil qu’il achève de devenir un socialiste révolutionnaire radical et mène campagne contre mes chefs républicains et les notabilités socialistes responsables, directement ou par défaut, du massacre du prolétariat parisien en juin 1848.
In collaboration with a young Fourierist engineer, Octave Vauthier, he published in 1852 in Brussels, an ironic and vigorous pamphlet, The Barrier of Combat or the Last Great Assault just engaged between citizens Mazzini, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Etienne Cabet, Pierre Leroux, Martin Nadaud, Malarmet, A. Bianchi (Lille) and other Hercules of the North. En collaboration avec un jeune ingénieur fouriériste, Octave Vauthier, il publie en 1852 à Bruxelles, un ironique et vigoureux pamphlet, La Barrière du Combat ou Dernier Grand Assaut qui vient de se livrer entre les citoyens Mazzini, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Etienne Cabet, Pierre Leroux, Martin Nadaud, Malarmet, A. Bianchi (de Lille) et autres Hercules du Nord.
In this pamphlet, the two Fourierist revolutionaries ridicule the pretensions of the defeated Republican and Socialist leaders to form around their persons “the unity of Republicans” in exile and to form with Mazzini and other stars a “Directory of European revolutionaries.” Various meetings had been held in London for this purpose in spring 1852. Dans ce pamphlet, les deux révolutionnaires fouriéristes ridiculisaient les prétentions des chefs républicains et socialistes vaincus à faire autour de leurs personnes " l’unité des républicains " en exil et à former avec Mazzini et autres vedettes, un " directoire révolutionnaire européen ". Diverses réunions s’étaient tenus à Londres dans ce but au printemps 1852 .
“Well! Re-vo-lu-tion-aries invited to this ridiculous comedy (of unity)… she is finished. Are you satisfied? Is it not instructive that steeple-chase to dictatorship?” And these Césars Borrowing does are not tired enough to merit your bravos. " Eh bien ! Ré-vo-lu-tionnaires conviés à cette comédie ridicule (de l’unité)… la voilà finie. Etes-vous satisfaits ? N’est-il pas édifiant ce steeple-chase à la dictature ? Et ces Césars d’emprunt ne se sont-ils pas assez fatigués pour mériter vos bravos.
“Sheep enraged that you are storing a large herds in the gaule your masters and their shepherd dogs, are you fixed? Do you feel ready to do even hear your leaders who deserve it, the tribe of your usual adoration: " Moutons enragés qui vous rangez par grands troupeaux sous la gaule de vos maîtres et de leurs chiens de berger, êtes-vous corrigés ? vous sentez-vous disposés à faire encore entendre à vos chefs qui le méritent, ce tribu habituel de votre adoration :
“Saint Augustus Caesar Ledru! Unite! Révolutionnez us! " Saint Auguste César Ledru ! Unissez-vous ! Révolutionnez-nous !
“Saint Joseph Mazzini Caesar! Operate us! Lead Us! " Saint Joseph César Mazzini ! Actionnez-nous ! Dirigez-nous !
“Saint Louis Blanc Caesar! Enrégimentez us! Use us! " Saint Louis César Blanc ! Enrégimentez-nous ! Servez-nous !
“Saint Etienne Cabet Caesar! Level us! Carry Us! " Saint Etienne César Cabet ! Nivelez-nous ! Transportez-nous !
“Saint Pierre Leroux Julius Caesar! Love Us! Humanisez us! " Saint Pierre Jules César Leroux ! Aimez-nous ! Humanisez-nous !
“Saint Augustus Caesar Bianchi! Départementalisez us! Socialisez us! " Saint Auguste César Bianchi ! Départementalisez-nous ! Socialisez-nous !
“Saint Martin Caesar Nadaud! Support us! Etayez us! " Saint Martin César Nadaud ! Soutenez-nous ! Etayez-nous !
“Saint Placide Malarmé Caesar! Alarmez! Alarmez us! " Saint Placide César Malarmé ! Alarmez-vous ! Alarmez-nous !
“Variant that once sang on the same air: " Variante qu’on chantait autrefois sur le même air :
“Saint Caesar Robespierre! Pray for us! " Saint César de Robespierre ! Priez pour nous !
“Saint Saint-Just Caesar! Pray for us! " Saint César Saint-Just ! Priez pour nous !
“Saint Caesar Danton! Pray for us! " Saint César Danton ! Priez pour nous !
“Saint Caesar Fouquier-Tinville! Pray for us! " Saint César Fouquier-Tinville ! Priez pour nous !
“Saint Caesar Cromwell! Pray for us! " Saint César Cromwell ! Priez pour nous !
“Saint Luther Caesar! Pray for us! " Saint César Luther ! Priez pour nous !
“Saint Caesar Loyola! Pray for us! " Saint César Loyola ! Priez pour nous !
“Just as we still sings: " Tout comme on chante encore :
“Sancta Maria! Ora pro nobis! " Sancta Maria ! Ora pro nobis !
“Sancta Cunegonda! Ora pro nobis! " Sancta Cunegonda ! Ora pro nobis !
“Sancte Troas! Ora pro nobis! " Sancte Troas !Ora pro nobis !
“Sancte Unibald! Ora pro nobis! " Sancte Unibald ! Ora pro nobis !
“Sancte Hilarion! Ora pro nobis! " Sancte Hilarion ! Ora pro nobis !
“Sancte Bonaventure! Ora pro nobis! Sancte Dagobert! Ora pro nobis! " Sancte Bonaventure ! Ora pro nobis ! Sancte Dagobert ! Ora pro nobis !
“And so on until Year’s Eve.” (Pp. 23-24). " Et ainsi de suite jusqu’à la Saint-Sylvestre. "(pp. 23-24.)
Similarly, this burlesque credo (pp. 19-20): De même, ce credo burlesque (pp. 19-20) :
“I believe in Etienne Cabet, the Father Almighty, who has not been Icarie seven days to Louis Blanc, his only son, our servant, which was designed by Pierre-Jules Leroux, is born George Sand, always Virgin, has suffered under Cavaignac, was sentenced, died, but not quite buried; descended east England, has resumed his senses and after three years reconvened an Olympus where he sits at the right of Etienne Cabet, the Father Almighty, where he will return to France to oppress égalitairement anarchists and reactionaries. " Je crois en Etienne Cabet, le Père Tout-Puissant, qui n’a pas fait l’Icarie en sept jours; en Louis Blanc, son fils unique, notre serviteur, qui a été conçu de Pierre-Jules Leroux, est né de George Sand, toujours Vierge, a souffert sous Cavaignac, a été condamné, est mort, mais n’est pas tout à fait enterré ; est descendu en Angleterre, y a repris ses sens et après trois ans a reconstitué un Olympe où il est assis à la droite d’Etienne Cabet, le Père Tout-Puissant, d’où il reviendra en France pour opprimer égalitairement les anarchistes et les réactionnaires.
“I believe in and Jules Pierre Leroux, in the holy community, the Socialist union, the replenishment of social workshops, the resurrection of Nauvoo, in the eternal movement in humanity. Amen.” " Je crois en Pierre et Jules Leroux, en la sainte communauté, en l’union socialiste, en la reconstitution des ateliers sociaux, en la résurrection de Nauvoo, en la circulation éternelle dans l’Humanité. Amen. "
Nauvoo was an Icarian colony in the United States of America. The social workshops – not to be confused with national workshops – sort of cooperative workers working for the state, had been the great idea of Louis Blanc to the Commission of Luxembourg in order to harmonize reporting “of capital and labour” . Nauvoo était une colonie icarienne aux Etats-Unis d’Amérique. Les ateliers sociaux – à ne pas confondre avec les ateliers nationaux –, sorte de coopératives ouvrières travaillant pour l’Etat, avaient été la grande idée de Louis Blanc à la Commission du Luxembourg afin d’harmoniser les rapports " du capital et du travail ".
In the first volume of his book Days in exile, published in London water spring 1854, he describes the reactions from the Republicans in its campaign of demystification: Dans le premier tome de son ouvrage Jours d’exil, paru à Londres eau printemps 1854, il décrit les réactions des milieux républicains à sa campagne de démystification :
“The conspiracy of silence, the most odious conspiracies, then, any end, slander, anger and hatred épuisèrent their fury on this collection of heresies and its unfortunate author. I did what I deserve : M’avisais why I keep my frank talk when everyone forgoes? Politicians in London fulminèrent of excommunications terrible; around my person and my customers (doctor) is established cordons sanitaires; friends, who did not share all my ideas were warned to choose between my visits and meetings which they belonged. Finally in Brussels, bourgeois Republicans tore among booksellers posters of a brochure that we published my friend and Vauthier me. And all this because we find that it is time to throw earth idols, dethrone small césars of democracy, and tell them all their truths without using the parliamentary language. This will greatly inconvenience, especially when it is. " La conspiration du silence, la plus odieuse des conspirations, puis, à toute extrémité, la calomnie, la colère et la haine épuisèrent leurs fureurs sur ce recueil d’hérésies et sur son malencontreux auteur. Je n’avais que ce que je méritais : pourquoi m’avisais-je de garder mon franc parler quand chacun y renonce ? Les hommes politiques de Londres fulminèrent des excommunications terribles ; autour de ma personne et de ma clientèle (de médecin) on établit des cordons sanitaires ; des amis particuliers, qui ne partageaient pas toutes mes idées, furent mis en demeure de choisir entre ma fréquentation et celle des réunions dont ils faisaient partie. Enfin à Bruxelles, des bourgeois républicains déchirèrent chez les libraires les affiches d’une brochure que nous avions publiée mon ami Vauthier et moi. Et tout cela, parce que nous trouvons qu’il est temps de jeter par terre les idoles, de détrôner les petits césars de la démocratie, et de leur dire toutes leurs vérités sans employer la langue parlementaire. Cela les gêne considérablement, surtout quand cela fait effet.
“There is no doubt that if these people would have had at their disposal pontoons, prisons and exile, they had worn as widely as M. Bonaparte against which they then published the Little Napoleon Victor Hugo. Let us learn to disseminate as all those who want to govern again! That’s how they understand the discussion and freedom, this is the faith that they are in the excellence of their principles! remain as the authority, power and opposition will play the same comedy. " " Nul doute que si ces gens-là eussent eu à leur disposition pontons, prisons et exils, ils n’en eussent usé aussi largement que M. Bonaparte contre lequel ils publiaient alors Napoléon le Petit de Victor Hugo. Qu’on apprenne à connaître aussi tous ceux qui veulent gouverner encore ! Voilà comment ils comprennent la discussion et la liberté ; voilà la foi qu’il sont dans l’excellence de leurs principes ! tant que subsistera l’autorité, pouvoir et opposition joueront la même comédie. "
It is possible that Déjacque and Coeurderoy have encountered during their exile in London. In any case it is certain that both were aware, at least during their English, their community of ideas and action. According to Max Nettlau, who is the initiative of the new edition of the Daily Times News exile in Brussels in 1910, the list of non-written chapters on London proves that Coeurderoy had planned to talk about the "funeral Goujon (Beaune ), Where we have shown Joseph Déjacque reciting his verses if scathing for the old men of power. "(Volume II, presented by M. Nettlau, p. XVI.) Il est possible que Déjacque et Coeurderoy se soient rencontrés durant leur exil londonien. Il est en tout cas certain que l’un et l’autre ont été au courant, du moins durant leur période anglaise, de leur communauté d’idées et d’action. Selon Max Nettlau, à qui revient l’initiative de la réédition de Jours d’exil aux Temps Nouveaux, à Bruxelles en 1910, la liste des chapitres non rédigés sur Londres prouverait que Coeurderoy avait prévu d parler des " funérailles de Goujon (de Beaune), où il nous aurait montré Joseph Déjacque récitant ses vers si cinglants pour les anciens hommes du pouvoir. " (Tome II, présentation de M. Nettlau, p. XVI.)
This passage from exile Days (1910 Edition, Volume 1, pp. 43-44) is most touched the Notes to the Revolutionary Question: Tel passage de Jours d’exil (Edition de 1910, tome 1, pp. 43-44) fait plus qu’évoquer les Notes à la Question Révolutionnaire :
“Keep Up Above all, proletarian! Mark the stigma of infamy those of your brothers they call Voleurs, Assassins, Prostitutes, Revolutionary, Galériens, Infâmes ceases to pursue your curses, does covers more than mud, rejects their heads the hammer fatal. " Garde-toi surtout, prolétaire ! de marquer du stigmate de l’infamie ceux de tes frères qu’ils appellent les Voleurs, les Assassins, les Prostituées, les Révolutionnaires, les Galériens, les Infâmes, cesse de les poursuivre de tes malédictions, ne les couvre plus de boue, écarte de leur tête le couperet fatal.
“Do not you see that the soldier t’approuve, that the judge call you to witness that the shark you smile, that the priest bat hands, that the sergeant t’excite city. " Ne vois-tu pas que le soldat t’approuve, que le magistrat t’appelle en témoignage, que l’usurier te sourit, que le prêtre bat des mains, que le sergent de ville t’excite.
“Insensé, senseless! Did not you see that prior to slaughter the bull threatening, the matador knows shine in the circus the last efforts of his rage. And they play you, as we are playing the bull Until death? " Insensé, insensé ! ne vois-tu pas qu’avant d’abattre le taureau menaçant, le matador sait faire briller dans le cirque les derniers efforts de sa rage. Et qu’ils se jouent de toi, comme on se joue du taureau, jusqu’à la mort ?
“Rehabilitate the criminals, I say unto you. And you shall rehabilitate them. Know ye if tomorrow the insatiable greed of the rich shall not force you to steal the piece of bread without which ye would die? " Réhabilite les criminels, te dis-je., et tu te réhabiliteras. Sais-tu si demain l’insatiable cupidité des riches ne te forcera pas à dérober le morceau de pain sans lequel il faudrait mourir ?
“I tell you the truth: All those that are powerful condemn victims of the unfairness of the powerful. When a man kills or steals, one can say for sure that the company runs his arm. " Je te le dis en vérité : Tous ceux que les puissants condamnent sont victimes de l’iniquité des puissants. Quand un homme tue ou dérobe, on peut dire à coup sûr que la société dirige son bras.
“If the proletarian does not want to die of poverty or hunger, we must: either it becomes the thing of others, torture thousand times more terrible than death – or objects with his brothers — or lastly, it takes only if the other refuses to share its resolution sublime. And this insurgency, they call CRIME! " Si le prolétaire ne veut pas mourir de misère ou de faim, il faut : ou qu’il devienne la chose d’autrui, supplice mille fois plus affreux que la mort ; – ou qu’il s’insurge avec ses frères ; – ou bien enfin, qu’il s’insurge seul, si les autres refusent de partager sa résolution sublime. Et cette insurrection, ils l’appellent CRIME !
“You, his brother, who sentenced tell me: do you live forever the death of close enough to throw the stone to the poor, because the horrible entant s embrace it déroba, or immersed in the iron belly of the rich, which prevented him from living? " Toi, son frère, qui le condamnes, dis-moi : vis-tu jamais la mort d’assez près pour jeter la pierre au pauvre, parce que ,s entant l’horrible étreinte, il déroba, ou plongea le fer dans le ventre du riche, qui l’empêchait de vivre ?
“Society! Society! Here is the criminal, responsible for years and homicides, which must be carried out without mercy, without delay.” " La société ! la société ! voilà la criminelle, chargée d’ans et d’homicides, qu’il faut exécuter sans pitié, sans retard. "
Coeurderoy committed suicide at the age of thirty-seven years in Geneva. Coeurderoy se suicidera, à l’âge de trente-sept ans, à Genève.
APPENDIX III ANNEXE III
Déjacque against Hugo, Jersey, 1853. Déjacque contre Hugo, Jersey, 1853.
In exile in London, Jeanne Deroin and announced in its publication feminist – Women’s Almanac, second year, Women’s Almanac, 1853-1854 (London-Jersey, 239p. +122 P., In-16) – the disappearance of Louise Julien "Today, after Pauline Roland is Louise Julien, the woman beloved poet of the proletariat, because she was inspired by love of freedom and humanity and compassion for suffering of his brothers. (…) Some details about the persecution which she was the victim are given by the eloquent voice of the great poet Hugo that we insert the speech, and that of J. Déjacque citizen. The affirmation of women’s rights, if nobly expressed on the grave of our sister and friend by these two citizens, is the most worthy tribute we can pay to the memory of the martyrdom of the holy dedicated social cause. " En exil à Londres, Jeanne Deroin annonçait ainsi, dans sa publication féministe — Almanach des Femmes, seconde année, Women’s Almanach, 1853-1854 (London-Jersey, 239p.+122 p., In-16) — la disparition de Louise Julien : « Aujourd’hui , après Pauline Roland, c’est Louise Julien, la femme poète aimée des prolétaires, parce qu’elle était inspirée par l’amour de la liberté et de l’humanité, et par la compassion pour les souffrances de ses frères. (…) Quelques détails sur les persécutions dont elle a été victime sont donnés par la voix éloquente du grand poète Hugo dont nous insérons le discours, ainsi que celui du citoyen J.Déjacque. L’affirmation du droit de la femme, si noblement exprimé sur la tombe de notre soeur et amie par ces deux citoyens, est le plus digne hommage que l’on puisse rendre à la mémoire de cette martyre dévouée de la sainte cause sociale. »
A poem by Louise Julien (72 to 12 stanzas), dated London, May 28, 1853, goodbye, forever, “dedicated to my friend Jeanne Deroin,” was published in the wake of two speeches. Un poème de Louise Julien (72 vers en 12 strophes), daté de Londres, 28 mai 1853, Au revoir, à toujours, « vers dédiés à mon amie Jeanne Deroin », était publié à la suite des deux discours.
* *
SPEECH DISCOURS
Delivered on July 26, 1853, Prononcé le 26 juillet 1853,
On the tomb of Louise Julien, condemned, Sur la tombe de Louise Julien, proscrite,
BY JOSEPH DEJACQUE PAR JOSEPH DEJACQUE
Even a pit that opens … And this time, this is not a man, a woman exile … that the circus devour the applause of Caesar and his praetorian cohues. Encore une fosse qui s’ouvre… Et cette fois, ce n’est pas un homme, c’est une femme que l’exil… que le cirque dévore aux applaudissements de César et de ses cohues prétoriennes.
Poor and valiant woman, humble martyr of an idea which, as there are ten-eight centuries the Christian idea, revolutionary idea then – is turn on the section of the old idols, heroic apostle of social revolution , Woman-Christ! otherwise, your death will not be useless to the renovation of society. It was, alas! that women also suffer the torture of prison and exile, they were crucifiées by dictatorial reactions to redeem the suffering and death – the struggle – their sisters of the submission to the ’man of sin of slavery. Pauvre et valeureuse femme, humble martyr d’une idée, qui, comme il y a dix-huit siècles l’idée Chrétienne, idée révolutionnaire alors, – s’élève à son tour sur le tronçon des vieilles idoles, héroïque apôtre de la révolution sociale, femme-Christ ! non, ta mort n’aura pas été inutile à la rénovation de la société. Il fallait, hélas ! que des femmes, elles aussi, subissent les tortures de la prison et de l’exil, qu’elles fussent crucifiées par les réactions dictatoriales pour racheter par la souffrance et la mort, – par la lutte, – leurs soeurs de la soumission à l’homme, du péché d’esclavage.
Oh! let the Republic come, and who now would dare to challenge equal rights to those who have sealed their freedom and sang the confession of their faith revolutionary. Oh ! vienne la République, et qui donc maintenant oserait contester des droits égaux à celles qui ont scellée de leur liberté et de leur sang la confession de leur foi révolutionnaire.
Today, it is an obscure citizen, a heart and a poet front, it is a low female voice buried in the depths of the proletariat, but a voice sharpened by the idea, a voice-pen, which is pâlir crime happy and shake a throne bristling with thousands of guns and a hundred thousand bayonets! It is a woman sick and infirm and, – the body supported on its stand, the soul supported by a thought for the future – a brave sceptre, breaks in the effort, but does not ploie … Aujourd’hui, c’est une obscure citoyenne, un coeur et un front de poète ; c’est une faible voix de femme ensevelie dans les profondeurs du prolétariat, mais une voix aiguisée par l’idée, une voix-stylet, qui fait pâlir le crime heureux et trembler un trône hérissé de milliers de canons et de cent milliers de baïonnettes ! C’est une femme malade et infirme et qui, – le corps appuyé sur sa béquille, l’âme étayée d’une pensée d’avenir, – brave un sceptre, rompt sous l’effort, mais ne ploie pas…
Yesterday, it was Pauline Roland succumbing, as Louise Julien, the bloody gallows of brute force; touching and sublime rivals heroic sacrifices, defeated? No: killed in the fighting body, but alive and imperishable the martyrology of socialism, but his genius and radiant in their halo of suppliciées propaganda by winning the hearts and minds the sad and painful spectacle of their agony and their purpose. Hier, c’était Pauline Roland succombant, comme Louise Julien, au sanglant gibet de la force brutale ; touchantes et sublimes rivales en héroïques sacrifices, vaincues ? non : tuées dans la lutte corporelle, mais vivantes et impérissables au martyrologe du socialisme, mais triomphantes et radieuses sous leur auréole de suppliciées par la propagande qui gagne les esprits et les coeurs au navrant et douloureux spectacle de leur agonie et de leur fin.
But it’s not only today or yesterday that the wife of progress – the woman, this sensitive and frail, – pay the Minotaur of resistance its toll of blood and tears! A few years ago barely – in another Césarisme – they were socialist workers, chaste girls, mothers also worthy, we threw in the pasture sentines prisons, these monsters of stone and mud named St.-Lazare and Clairvaux! I saw a 49, horrible thing! — An unfortunate mother made to freedom and cruel irony – his affections, I have seen it again in vain two young children that he had been snatched arms the day she and her husband were each thrown in a sheds of the prefecture: the pimps of the family knew what they were doing … Mais ce n’est pas d’aujourd’hui seulement ni d’hier que la femme du progrès, — la femme, cette nature sensible et frêle, — paye au minotaure de la résistance son tribut de sang et de larmes ! Il y a quelques années à peine, — sous un autre Césarisme, — c’étaient des ouvrières socialistes, de chastes jeunes filles, de dignes mères aussi, qu’on jetait en pâture aux sentines des prisons, à ces monstres de pierre et de fange qui s’appellent St.-Lazare et Clairvaux ! J’ai vu en 49, chose horrible ! – une malheureuse mère rendue à la liberté et, cruelle ironie, – à ses affections, je l’ai vue redemander en vain les deux petits enfants qu’on lui avait arraché des bras le jour où elle et son mari étaient jetés chacun dans un des cabanons de la préfecture : les souteneurs de la famille ne savaient plus ce qu’ils en avaient fait…
Well! despite this appalling immolation, the slaughter of flesh and human feelings that all governments who spend cause bleeding on the altar of the old society, O worshippers of force, is therefore one of those governments which have saviours managed to save himself from sixty years? The senseless, they dedicate themselves to the persecution women, and they do not realize that it is primarily the martyrdom of women that once Christianity had to invade pagan populations, and that socialism itself win the popular masses. Eh bien ! malgré cette épouvantable immolation, de cette boucherie de la chair et des sentiments humains que tous les gouvernements qui passent font saigner sur l’autel de la vieille société, ô adorateurs de la force, en est-il donc un de ces gouvernements sauveurs qui ait su se sauver lui-même depuis soixante ans ? Les insensés, ils vouent à la persécution jusqu’aux femmes, et ils ne s’aperçoivent pas que c’est surtout par le martyre des femmes que jadis le Christianisme a dû d’envahir les populations païennes, et que le Socialisme, lui, conquerra les masses populaires.
Before this earth does your linceuil, oh Louise Julien, I greet you, woman for all women who, like you, breaking through the heart and thought the narrow circle of family, this straitjacket that hugs the throat feelings social – soar within the human family and spreading their ineffable and prodigal love, the infinite love of Christ, expiring on the cross, exhala in a last gasp. Avant que cette terre ne recouvre ton linceuil, ô Louise Julien, je te salue, femme, pour toutes les femmes qui, comme toi, brisant par le coeur et la pensée le cercle étroit de la petite famille, ce carcan qui étreint à la gorge les sentiments sociaux, – s’élancent au sein de la grande famille humaine et y répandent leur ineffable et prodigue amour, cet amour infini que le Christ, en expirant sur la croix, exhala dans un dernier soupir.
O you whose it took death to teach us life, sister, that few of us have known, go! this is not the dark oblivion, the angel who has blown funeral on your eyes closed today is that of remembrance is the angel of fame that you sleep on her dress light, you screwed to the front by deploying its wings. O toi dont il a fallu la mort pour nous apprendre la vie, soeur, que peu de nous ont connue, va ! ce n’est pas le sombre oubli, l’ange funèbre qui a soufflé sur tes yeux aujourd’hui fermés, c’est celui du souvenir, c’est l’ange de la renommée qui, te couchant sur sa robe de lumière, t’a baisée au front en déployant ses ailes.
Those who die, having lived mûrés in a corner of their being, down the coffin wrapped in their stupid selfishness, but when we lived in humanity and for humanity, when we left his heart in all hearts, her tears on all the miseries of his blood in all the massacres, oh! then it does not die: the tomb that is the cradle of immortality. Ceux-là meurent qui, ayant vécu mûrés dans un coin de leur être, descendent au cercueil enveloppés dans leur imbécile égoïsme ; mais quand on a vécu dans l’humanité et pour l’humanité ; quand on a laissé de son coeur dans tous les coeurs, de ses larmes sur toutes les misères, de son sang dans toutes les hécatombes, oh ! alors, on ne meurt pas : la tombe n’est que le berceau de l’immortalité.
On this tomb whose gravedigger is not here, but the Tuileries, but in the salons of the aristocracy, but under the froc priest and the frac warrior, but on the flagstones of the Exchange and the floor of shops, the skull shrunk mercantilism and the premium out of this tomb, well! no, we n’évoquerons point the furies of vengeance. Why bother? Socialism, he did not revenge, it destroys the obstacles, men or things – without looking at their past: it does not punish, it clears. But, oh victim that we mourn, I want at least a t’embaumer I hope that this form and is working tirelessly and with all my strength to achieve your dream, to build your idea; that is, – unlike paganism which denied one side of human nature, to Christianity who denies the other – that is – according to the new science that includes the man with all its moral and physical sensations, the entire human being – that is, I say, to unite everywhere and always the cause of proletarian than for women, empowerment, affranchissment each to emancipation, the afranchissement other; is to push all the oppressed of the sword and safe, the gown and goupillon, deprived of our earthly hell, hatred and contempt exploiters, but to use the service of the revolution social, the triumph of the egalitarian idea, thought and speech, arm and action, ink and saltpeter, is finally walk the overthrow of the old society and the promised land of freedom and harmony, the torch in one hand and the sword of the other: on one side light to spread, another iron worker for him and keep him the way. Sur cette tombe dont le fossoyeur n’est pas ici, mais aux Tuileries, mais dans les salons de l’aristocratie, mais sous le froc du prêtre et le frac guerrier, mais sur les dalles de la Bourse et le parquet des boutiques, sous le crâne rétréci du mercantilisme et de l’agio ; sur cette tombe, eh bien ! non, nous n’évoquerons point les furies de la vengeance. À quoi bon ? Le socialisme, lui, ne se venge pas ; il détruit les obstacles, hommes ou choses, – sans regarder à leur passé : il ne châtie pas, il déblaie. Mais, ô victime que nous pleurons, je veux du moins t’embaumer dans ce voeu que je forme : et c’est de travailler sans relâche et de toutes mes forces à la réalisation de ton rêve, à l’édification de ton idée ; c’est, – contrairement au paganisme qui niait une des faces de la nature humaine, au christianisme qui nie l’autre, – c’est – selon la science nouvelle qui comprend l’homme avec toutes ses sensations physiques et morales, l’être humain tout entier, – c’est, dis-je, d’unir partout et toujours la cause des prolétaire à celle des femmes, l’émancipation, l’affranchissment des uns à l’émancipation, à l’afranchissement des autres ; c’est de pousser tous les opprimés du sabre et du coffre-fort, de la toge et du goupillon, les déshérités de notre enfer terrestre, à la haine et au mépris des exploiteurs ; c’est d’employer au service de la révolution sociale, au triomphe de l’idée égalitaire, la pensée et la parole, le bras et l’action, l’encre et le salpêtre ; c’est de marcher enfin au renversement de la vieille société et à la terre promise de la liberté et de l’harmonie, le flambeau d’une main et le glaive de l’autre : d’un côté la lumière pour la répandre, de l’autre le fer pour lui ouvrier et lui garder le chemin.
LONG LIVE THE DEMOCRATIC AND SOCIAL REPUBLIC! VIVE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE ET SOCIALE !
* *
Speech by VICTOR HUGO Discours de VICTOR HUGO
On the tomb of Louise Julien, condemned, Sur la tombe de Louise Julien, proscrite,
dead in Jersey morte à Jersey
CITIZENS, CITOYENS,
Three coffins in four months. Trois cercueils en quatre mois.
The death was hastily and God delivers us one by one. La mort se hâte et Dieu nous délivre un à un.
We t’accusons not you, we thank you, God powerful rouvres us, we exiles, the doors of the eternal homeland. Nous te t’accusons pas, nous te remercions, Dieu puissant qui nous rouvres, à nous exilés, les portes de la patrie éternelle.
This time, being inanimate and expensive that we bring to the tomb is a woman. Cette fois, l’être inanimé et cher que nous apportons à la tombe, c’est une femme.
On 21 January 1853, when a woman arrested at her home by M. Boudrot, Commissioner of Police in Paris. The woman, still young, she was thirty-five years, but estropiée and infirm, was sent to the Prefecture and enclosed in cell No. 1, known test cell. This cell, so this cage of seven to eight square feet or less, without air and without the unfortunate prisoner days has painted a word, it’s called: cell-tomb, she said, I quote his own words :‘’It is in this cell-tomb qu’estropiée, sick, I spent twenty-one days, sticking my lips by the hour against the lattice to evacuate some vital air and not die. ’’(1). — After twenty-one days, February 14, the Government of December with the woman outside and expelled. He threw the time outside the prison and outside the homeland. The outlawed out of jail test with the seeds of phtisie. She left France and won Belgium. Deprivation forced it to travel, coughing, spitting blood, lungs sick, in the middle of winter in the north, in the rain and snow in these ugly cars scar the rich railway undertakings. She arrived in Ostend, but was expelled from France, Belgium drove it. She went to England. Just landed in London, she went to bed. The disease, contracted in jail, aggravated by the forced journey of exile, had become threatening. The outlawed, I should say the condemned to death, remained recumbent two and a half months. Then, hoping a little spring and the sun, she came to Jersey. It still remembers the sight be achieved through a cold rainy morning, through the mists of the sea, râlant and grelotant under his poor dress canvas, all wet. Few days after his arrival, she laid it has never recovered. Le 21 janvier 1853, une femme fur arrêtée chez elle par le sieur Boudrot, commissaire de police à Paris. Cette femme, jeune encore, elle avait trente-cinq ans, mais estropiée et infirme, fut envoyée à la Préfecture et renfermée dans la cellule n°1, dite cellule d’essai. Cette cellule, sorte ce cage de sept à huit pieds carrés à peu près, sans air et sans jour la malheureuse prisonnière l’a peinte d’un mot ; elle l’appelle : cellule-tombeau ; elle dit, je cite ses propres paroles : ‘‘c’est dans cette cellule-tombeau qu’estropiée, malade, j’ai passé vingt et un jours, collant mes lèvres d’heure en heure contre le treillage pour aspirer un peu d’air vital et ne pas mourir.’’ (1). — Au bout de vingt et un jours, le 14 février, le gouvernement de Décembre mit cette femme dehors et l’expulsa. Il la jeta à la fois hors de la prison et hors de la patrie. La proscrite sortait du cachot d’essai avec les germes de la phtisie. Elle quitta la France et gagna la Belgique. Le dénuement la força de voyager, toussant, crachant le sang, les poumons malades, en plein hiver, dans le nord, sous la pluie et la neige, dans ces affreux wagons découverts qui déshonorent les riches entreprises des chemins de fer. Elle arriva à Ostende ; elle était chassée de France, la Belgique la chassa. Elle passa en Angleterre. A peine débarquée à Londres, elle se mit au lit. La maladie, contractée dans le cachot, aggravée par le voyage forcé de l’exil, était devenue menaçante. La proscrite, je devrais dire la condamnée à mort, resta gisante deux mois et demi. Puis, espérant un peu de printemps et de soleil, elle vint à Jersey. On se souvient encore de l’y avoir vue arriver par une froide matinée pluvieuse, à travers les brumes de la mer, râlant et grelotant sous sa pauvre robe de toile, toute mouillée. Peu de jours après son arrivée, elle se coucha ; elle ne s’est plus jamais relevée.
She has been dead for three days. Il y a trois jours elle est morte.
You ask me what this woman was and what she had done to be treated thus and I’ll tell you: Vous me demanderez ce qu’était cette femme et ce qu’elle avait fait pour être traitée ainsi ; je vais vous le dire :
The woman, by her patriotic songs, by her friendly and cordial words, by her good and civil actions, made famous in the suburbs of Paris the name of Louise Julien under which the people knew and greeted her. A worker, she had fed her sick mother; she cared for and sustained her for ten years. In the days of civil strife, she bandaged the wounded; lame and dragging, she rode in ambulances, treating the wounded of all parties. This woman of the people was a poet, this woman of the people was a spirit; she sang of the republic, she loved freedom, she called for a strong fraternal future for all nations and all men; she believed in God, the people, Progress, France; her great heart, like a vase filled with love and faith, she poured out into the minds of proletarians all around her. That was what this woman was. M. Bonaparte killed her. Cette femme, par des chansons patriotiques, par de sympathiques et cordiales paroles, par de bonnes et civiques actions, avait rendu célèbre, dans les faubourgs de Paris, le nom de Louise Julien sous lequel le peuple la connaissait et la saluait. Ouvrière, elle avait nourri sa mère malade ; elle l’a soignée et soutenue pendant dix ans. Dans les jours de luttes civiles, elle faisait de la charpie ; et boiteuse et se traînant, elle allait dans les ambulances, et soignait les blessés de tous les partis. Cette femme du peuple était un poète, cette femme du peuple était un esprit ; elle chantait la république, elle aimait la liberté, elle appelait ardemment l’avenir fraternel de toutes les nations et de tous les hommes ; elle croyait à Dieu, au peuple, au progrès, à la France ; elle versait autour d’elle, comme un vase, dans les esprits des prolétaires, son grand cœur plein d’amour et de foi. Voilà ce que faisait cette femme. M. Bonaparte l’a tuée.
Ah! Such a fall is not silent, it is full of tears, moaning and clamors. Ah ! une telle tombe n’est pas muette ; elle est pleine de sanglots, de gémissement et de clameurs.
Citizens, the peoples with legitimate pride of their omnipotence, their right, built with granite and marble, speakers majestic, sublime risers, which speaks up their genius, top of which spread afloat in souls, éloquences holy patriotism, progress and freedom; peoples, s’imaginant it just be sovereign to be invincible, inaccessible and believe these impregnable citadels of speech, these fortresses sacred ‘s human intelligence and civilization, and they say: the rostrum is indestructible. They are wrong, and these forums there may be overturned. A traitor comes, soldiers arrived, a gang of bandits will consult, démasque, fired, and the sanctuary is invaded, and stone and marble are dispersed, and the palaces and temples where the vast nation speaking on World , Collapse, and the vile tyrant winner s’applaudit, bat hands and said, it’s over. Person speak more. Not one vote will not now. The silence is done. — Citizens! Turn to the tyrant is wrong. God does not want the silence takes place; God does not want freedom, which is his word, silent. Citizens! when despots triumphant believe theirs have removed forever, God gives voice to ideas. This forum destroyed, he rebuilt. Not in the middle of the public square, not with granite and marble, he did not need. He rebuilt in solitude; he rebuilt with grass cemeteries, with the shade of cypress, with the berm claim that the coffins are hidden beneath the earth, and this loneliness, this herb, these cypress, these coffins missing, do you know what sort, citizens? He emerges ripping the cry of humanity, it leaves the denunciation and testimony, he accused inexorable fate that makes the accused crowned fade, it leaves the formidable protest dead! He emerges the voice of revenge, inextinguishable voice, the voice that n’étouffe not, the voice that does not baillonne! — Ah! M. Bonaparte has been raire the podium, so well, now, therefore it should shut the tomb! Citoyens, les peuples, dans le légitime orgueil de leur toute puissance, de leur droit, construisent, avec le granit et le marbre, des enceintes majestueuses, des estrades sublimes, du haut desquelles parle leur génie, du haut desquelles se répandent à flot dans les âmes, les éloquences saintes du patriotisme, du progrès et de la liberté ; les peuples, s’imaginant qu’il suffit d’être souverain pour être invincibles, croient inaccessibles et imprenables ces citadelles de la parole, ces forteresses sacrées de l’intelligence humaine et de la civilisation, et ils disent : la tribune est indestructible. Ils se trompent ; ces tribunes là peuvent être renversées. Un traître vient, des soldats arrivent, une bande de brigands se concerte, se démasque, fait feu, et le sanctuaire est envahi, et la pierre et le marbre sont dispersés, et le palais, et les temples où la grande nation parlait au monde, s’écroulent, et l’immonde tyran vainqueur s’applaudit, bat des mains et dit : c’est fini. Personne de parlera plus. Pas une voix ne s’élèvera désormais. Le silence est fait. — Citoyens !à son tour le tyran se trompe. Dieu ne veut pas que le silence se fasse ; Dieu ne veut pas que la liberté, qui est son verbe, se taise. Citoyens ! au moment où les despotes triomphants croient la leur avoir ôtée à jamais, Dieu redonne la parole aux idées. Cette tribune détruite, il la reconstruit. Non au milieu de la place publique, non pas avec le granit et le marbre, il n’en a pas besoin. Il la reconstruit dans la solitude ; il la reconstruit avec l’herbe des cimetières, avec l’ombre des cyprès, avec le monticule sinistre que font les cercueils cachés sous la terre ; et de cette solitude, de cette herbe, de ces cyprès, de ces cercueils disparus, savez-vous ce qui sort, citoyens ? Il en sort le cri déchirant de l’humanité, il en sort la dénonciation et le témoignage, il en sort l’accusation inexorable qui fait pâlir l’accusé couronné, il en sort la formidable protestation des morts ! Il en sort la voix vengeresse, la voix inextinguible, la voix qu’on n’étouffe pas, la voix qu’on ne baillonne pas ! — Ah ! M. Bonaparte a fait raire la tribune, ; c’est bien ; maintenant, qu’il fasse donc taire le tombeau !
He and his kind have done nothing until you hear out a sigh of a tomb, and so we will ride a tear in the eye augustes of pity. Lui et ses pareils n’auront rien fait tant qu’on entendra sortir un soupir d’une tombe, et tant qu’on verra rouler une larme dans les yeux augustes de la pitié.
Pity!… The word that I have just made, he sprang in the depths of my heart before the coffin, the coffin of a woman, a sister coffin, the coffin to a martyr! Pauline Roland in Africa, Louise Julien Jersey, Francesca Maderspach to Temeswar, Blanca Téléki to Pesth, many others, Rosalie Gobert, Eugénie Guillemot, Augustine Péan, Blanche Clouart, Josephine Prabeil, Elizabeth Parlès, Marie Reviel, Claudine Hibruit, Anne Sangla, widow Combescure, Armandine Huet, and many others, sisters, mothers, daughters, wives, banned, exiled, transported, tortured, suppliciées, crucifiées, oh poor women! Oh! What about tears and deep inexprimables attendrissements! Light, suffering, sick, uprooted from their families, their husbands, their parents, their supporters, old and sometimes broken by age, all were heroes, many were heroes! Oh! my thoughts at this time to precipitate in this tomb and kiss the feet of this cold dead in her coffin! This is not a woman I worshipped in Luise Julian, the woman, the wife of our day, a woman worthy of becoming a citizen; women as we see around us in all his dedication, all its gentleness, in all its sacrifice, in all its majesty! Friends in the future time, in this beautiful and peaceful and loving, social and fraternal republic’s future, the role of women will be great, but how beautiful prelude to the role that such martyrs if valiantly endured! Men and citizens, we said more than once in our pride – the eighteenth century has proclaimed the human right: the nineteenth proclaim a woman’s right: – but it must be said , Citizens, we did point hâtés; many considerations, which were serious, I agree, and who wanted to be carefully examined, we have arrested, and at the moment when I speak, even to the point where progress is reached among the best Republicans, by mid Democrats the most real and most pure, many great minds are still reluctant to admit men and women equality of the human soul, and therefore assimilation Otherwise, the full identity, civil rights. Let’s be very high, citizens, as prosperity has lasted as long as the Republic was standing, women have been forgotten by us, have forgotten themselves, they simply shine the light; warming minds; attendrit hearts, to arouse the enthusiasm, pointing the finger at all the good, fair, the largest and true. It had nothing ambitionné beyond. She which, at times, are the image of the homeland alive, they could be the soul of the city, they were simply the soul of the family. At the time of adversity, their attitude changed, they ceased to be modest. At the time of adversity, they told us: – We do not know if we are entitled to your power, your freedom, your greatness, but what we know is that we are entitled to your misery. Share your suffering, your accablements, your dénuements, your troubles, your sacrifices, your exile, your abandonment if you are not asylum, your hunger if you are without bread, this is a woman’s right, and we are asking. — Oh my brothers! and that is what we follow in the fight, which accompany us in the proscription, and we are ahead in the tomb! Pitié !… ce mot que je viens de prononcer, il a jailli au plus profond de mes entrailles devant ce cercueil, cercueil d’une femme, cercueil d’une sœur, cercueil d’une martyre ! Pauline Roland en Afrique, Louise Julien à Jersey, Francesca Maderspach à Temeswar, Blanca Téléki à Pesth, tant d’autres, Rosalie Gobert, Eugénie Guillemot, Augustine Péan, Blanche Clouart, Joséphine Prabeil, Elizabeth Parlès, Marie Reviel, Claudine Hibruit, Anne Sangla, veuve Combescure, Armandine Huet, et tant d’autres encore, soeurs, mère, filles, épouses, proscrites, exilées, transportées, torturées, suppliciées, crucifiées, ô pauvres femmes ! Oh ! quel sujet de larmes profondes et d’inexprimables attendrissements ! Faibles, souffrantes, malades, arrachées à leur famille, à leurs maris, à leurs parents, à leurs soutiens, vieilles quelquefois et brisées par l’âge, toutes ont été des héroïnes, plusieurs ont été des héros ! Oh ! ma pensée en ce moment se précipité dans ce sépulcre et baise les pieds froids de cette morte dans son cercueil ! Ce n’est pas une femme que je vénère dans Luise julien, c’est la femme ; la femme de nos jours, la femme digne de devenir citoyenne ; la femme telle que nous la voyons autour de nous, dans tout son dévouement, dans toute sa douceur, dans tout son sacrifice, dans toute sa majesté ! Amis, dans les temps futurs, dans cette belle, et paisible, et tendre, et fraternelle république sociale de l’avenir, le rôle de la femme sera grand ; mais quel magnifique prélude à ce rôle que de tels martyres si vaillamment endurés ! Hommes et citoyens, nous avons dit plus d’une fois dans notre orgueil : — le dix-huitième siècle a proclamé le droit de l’homme : le dix-neuvième proclamera le droit de la femme : — mais, il faut l’avouer, citoyens, nous ne nous sommes point hâtés ; beaucoup de considérations, qui étaient graves, j’en conviens, et qui voulaient être mûrement examinées, nous ont arrêtés ; et à l’instant où je parle, au point même où le progrès est parvenu, parmi les meilleurs Républicains, par mi les démocrates les plus vrais et les plus purs, bien des esprits excellents hésitent encore à admettre dans l’homme et dans la femme l’égalité de l’âme humaine, et par conséquent l’assimilation, sinon l’identité complète, des droits civiques. Disons-le bien haut, citoyens, tant que la prospérité a duré, tant que la République a été debout, les femmes ont été oubliés par nous, se sont oubliées elles-mêmes ; elles se sont bornées à rayonner comme la lumière ; à échauffer les esprits ; à attendrit les coeurs, à éveiller les enthousiasmes, à montrer du doigt à tous le bon, le juste, le grand et le vrai. Elle n’ont rien ambitionné au-delà. Elle qui, par moment, sont l’image de la patrie vivante, elles qui pouvaient être l’âme de la cité, elles ont été simplement l’âme de la famille. A l’heure de l’adversité, leur attitude a changé ; elles ont cessé d’être modestes. A l’heure de l’adversité, elles nous ont dit : — Nous ne savons pas si nous avons droit à votre puissance, à votre liberté, à votre grandeur ; mais ce que nous savons, c’est que nous avons droit à votre misère. Partager vos souffrances, vos accablements, vos dénuements, vos détresses, vos renoncements, votre exil, votre abandon si vous êtes sans asile, votre faim si vous êtes sans pain, c’est là le droit de la femme, et nous le réclamons. — Ô mes frères ! et les voilà qui nous suivent dans le combat, qui nous accompagnent dans la proscription, et qui nous devancent dans le tombeau !
Citizens, since this again you wanted me parlasse on your behalf, since your mandate gives me the authority fails to a single floor, and on the tomb of Louise Julien, as three months ago, on the tomb John Bouquet, the latest I want to throw is the cry of courage, insurrection and hope! Citoyens, puisque cette fois encore vous avez voulu que je parlasse en votre nom, puisque votre mandat donne à ma voix l’autorité qui manquerait à une parole isolée, ; sur la tombe de Louise Julien, comme il y a trois mois, sur la tombe de Jean Bouquet, le dernier cri que je veux jeter, c’est le cri de courage, d’insurrection et d’espérance !
Yes, coffins like this noble woman who is there, mean and predict the fall of next executioners, the inevitable collapse of despotism and despots. The outlawed dying one after another, the tyrant dig their pit, but a day comes, citizens, the pit suddenly attracts and swallows the gravedigger. Oui, des cercueils comme celui de cette noble femme qui est là, signifient et prédisent la chute prochaine des bourreaux, l’inévitable écroulement des despotismes et des despotes. La proscrits meurent l’un après l’autre ; le tyran creuse leur fosse ; mais à un jour venu, citoyens, la fosse tout-à-coup attire et engloutit le fossoyeur.
Oh m’entourez dead, and listening, to curse Louis Bonaparte! Oh dead, execration this man! No scaffolding when it comes victory, but long and infamous atonement to this miserable! Curse in all the heavens in all climates, France, Austria, Lombardy, Sicily, Rome, Poland, Hungary, the curse of the human right violators and the law of God! Curse the outfitters pontoons, the trainers of gibets, destructive of families, tourmenteurs peoples! Curse the proscripteurs fathers, mothers and children! Curse the fouetteurs women! Proscrits! let us be ruthless in these solemn demands of law and humanity. The human race needs these terrible screams and the universal conscience needs this holy indignation of pity. Exécrer executioners is console the victims. Maudire tyrants is bless the nations! Ô morts qui m’entourez, et qui m’écoutez, malédiction à Louis Bonaparte ! Ô morts, exécration à cet homme ! Pas d’échafauds quand viendra la victoire, mais longue et infamante expiation à ce misérable ! Malédiction sous tous les cieux, sous tous les climats, en France, en Autriche, en Lombardie, en Sicile, à Rome, en Pologne, en Hongrie, malédiction aux violateurs du droit humain et de la loi divine ! Malédiction aux pourvoyeurs des pontons, aux dresseurs de gibets, aux destructeurs des familles, aux tourmenteurs des peuples ! Malédiction aux proscripteurs des pères, des mères et des enfants ! Malédiction aux fouetteurs de femmes ! Proscrits ! soyons implacables dans ces solennelles revendications du droit et de l’humanité. Le genre humain a besoin de ces cris terribles ; la conscience universelle a besoin de ces saintes indignations de la pitié. Exécrer les bourreaux, c’est consoler les victimes. Maudire les tyrans, c’est bénir les nations !
LONG LIVE THE UNIVERSAL REPUBLIC! VIVE LA RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE !
(1) See Bagnes Africa and the Transportation of December, Ch Ribeyrolles, page 199. (1) Voir Les Bagnes d’Afrique et la Transportation de Décembre, par Ch. Ribeyrolles, page 199.
APPENDIX IV ANNEXE IV
Against the destruction of mechanical presses (February 1848). Contre la destruction des presses mécaniques (Février 48).
Déjacque was one of twenty-nine signatories to a placard displayed on the walls of Paris by members of the newspaper worker Workshop: Déjacque avait été l’un des vingt-neuf signataires d’un placard affiché sur les murs de Paris par les membres du journal ouvrier l’Atelier :
“February 25, six o’clock in the evening / THE WORKERS! / BROTHERS! / We learn that in the midst of the joy of triumph, some of ours, lost by perfidious advice, want to tarnish the glory of our Revolution by excesses that we reject with all our energy. They want to break presses mechanical / BROTHERS! They are wrong! We are suffering like them disturbances that brought the introduction of machinery in the industry, but instead we take the inventions that shorten work, and increase production, n’accusons of our pain that governments and selfish lacking. / It can no longer be true in the future; / Respect therefore the machines! By the way, address the mechanical presses, it is slow is stifling the voice of the revolution, is in serious circumstances where we are, to work ill citizens. / Workers sub-signed delegates: (…). " Among them, ten printers, three tailors, three levels of books, two watchmakers-mechanics, two jewelers and nine representatives isolated from various guilds. « 25 février, six heures du soir / AUX OUVRIERS ! / FRERES ! / Nous apprenons qu’au milieu de la joie du triomphe, quelques uns des nôtres, égarés par de perfides conseils, veulent ternir la gloire de notre Révolution par des excès que nous repoussons de toute notre énergie. Ils veulent briser les presses mécaniques ; / FRERES ! Ceux-là ont tort ! Nous souffrons comme eux des perturbations qu’a amenées l’introduction des machines dans l’industrie ; mais au lieu de nous en prendre aux inventions qui abrègent le travail, et multiplient la production, n’accusons de nos douleurs que les gouvernements égoïstes et imprévoyants. / Il ne peut plus en être de même à l’avenir ; / Respect donc aux machines ! D’ailleurs, s’attaquer aux presses mécaniques, c’est ralentir, c’est étouffer la voix de la révolution, c’est, dans les graves circonstances où nous sommes, faire œuvre de mauvais citoyens. / Les ouvriers sous-signés délégués : (…). » Parmi eux, dix imprimeurs, trois tailleurs, trois teneurs de livres, deux horlogers-mécaniciens, deux bijoutiers et neufs représentants isolés de divers corps de métiers.
(The Revolutionary Murals of 1848, Pieces and documents collected and put into order by Charles Boutin, Paris, 1868, E. Picard ed., P. 552, p. 48). (Les Murailles révolutionnaires de 1848, Pièces et documents recueillis et mis en ordre par Charles Boutin, Paris, 1868, E. Picard éd., 552 p., p. 48).
We read elsewhere in the first issue (27 February 1848) of The Public Safety, ephemeral newspaper Champfleury, Baudelaire and Toubin, under the title Mechanical Presses, the following paragraph: On lit par ailleurs dans le premier numéro (27 février 1848) du Salut Public, éphémère journal de Champfleury, Baudelaire et Toubin, sous le titre Les Presses Mécaniques, le paragraphe suivant :
“Some wayward brothers have smashed mechanical presses. You break the tools of the Revolution. With the freedom of the press, there would be twenty times more mechanical presses that there would perhaps still not enough arm to make them work. Any mechanical is sacred as an object of art. The intelligence we have been given to save us. Any mechanical or any product of intelligence would hurt qu’administré by a government infamous. Other workers have protested, among others, the editors of the newspaper L’Atelier. We expect it of them.” « Quelques frères égarés ont brisé des presses mécaniques. Vous cassez les outils de la Révolution. Avec la liberté de la presse, il y aurait vingt fois plus de presses mécaniques qu’il n’y aurait peut-être pas encore assez de bras pour les faire fonctionner. Toute mécanique est sacrée comme un objet d’art. L’intelligence nous a été donnée pour nous sauver. Toute mécanique ou tout produit de l’intelligence ne fait du mal qu’administré par un gouvernement infâme. Les autres ouvriers ont protesté, entre autres les rédacteurs du journal L’Atelier. Nous attendions cela d’eux. »
(Baudelaire, Complete Works, Volume II, La Pléiade, p. 1030). (Baudelaire, Œuvres complètes, Tome II, La Pléiade, p. 1030).

Notes

1. Déjacque shares with the philosopher and socialist Pierre Leroux the theory of the circulus (circle), elements of which appear in Fourier. Basically, the theme of circulus in universality may be defined as a somewhat “crazy” reflection on the incessant transmutation in the cosmos of beings and things through space and time. In Leroux, this reflection justifies a confessed mysticism; for Déjacque, it leads to a radical materialism. However, the interpretation of this theme is not quite so simple; see Valentin Pelosse, “Joseph Déjacque et la création du néologisme libertaire,” in Economies et Sociétés, Tome VI, n°12, décembre 1972, pp. 2313-2349.


 

Hi Jesse

I am interested in translating Dejacque’s “The Humanisphere” in greek. I would like to use your english translation since my french level is (very, very) poor.

The french text mentions that

“It does not yet appear to us to be time to publish THE HUMANISPHERE in its entirety. The current edition will present some omissions, …..”

This is also stated here
anarlivres.free.fr/pages/documents/Huma…

Did you manage to find the entire text and translate it?

In solidarity
Kostas

 
 

WOW!!!
I’d like to cooperate to the English version and for an Italian one.

Here I found a .Pdf in french
ebookbrowse.com/humanisphere-pdf-d13087...
I do not know if it is the full text…
please, Jesse, let us know!

 
 

Hi, I don’t know either if the text here is the full text or not.
I don’t remember if I started to translate this text in italian and where

 
 

..let me know..otherwise, we could end it together if it’s still in conclusion..:)

 
 

Actually I didn’t find anything in my hard disk. Uff.
If you are interested in translating this text in italian, let me know.
If it was possible to copy wikis, we could use the table here and substitute a language with italian.
Of course, we can use other tools.
I suggest to read this:
en.flossmanuals.net/open-translation-to...
and take a look at this:
socialsourcecommons.org/toolbox/show/1107
Actually, with some comrades, we installed in a server pootle:
babele(dot)indivia(dot)net
In order to use pootle you have to:
1. copy all the text in a .txt file
2. convert it in a .po file using “txt2po” tool
3. upload the .po file in the site
4. start to collaborative-translate it

 
 

ok!:)

 
 

Actually, one of the best solution that I know to translate text in a collaborative way (not software-localization oriented) is mediawiki + translate extension
www.mediawiki.org/wiki/Extension:Translate
In fact, I think that crabgrass could be inspired by this extension for an eventual “translation-wiki” feature.
For now, I think something will be installed in invidia.net in order to translate documents (like mediawiki, that is the easiest way).

Best regards

 
 

..didn’t you receive my private message, did you?
I also sent you a contact invitation..
anyway, we could create another page here if it’s more comfortable to you and starting the cooperative translation with an eye to the original french text (the proposed english Jesse one is not approved/concluded)
Please, let me know preferably via email (I check the mailbox everyday)

As soon!

 
 

I have little knowledge of french but from english to italian I can help. As soon as possible I’ll send you an email (in italian :p ) so we can decide how to plan the translation.

Anarchist regards